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Accueil du site > Actualités > Politique > Gouvernance : le mot et la chose

Gouvernance : le mot et la chose

Vous l’avez sans doute remarqué, depuis une dizaine d’années environ, nous assistons à un emploi toujours plus fréquent du terme “gouvernance”. Or, nous ne le savons que trop bien, les mots ne sont jamais innocents, en particulier ceux sortis de la bouche des dirigeants. Remarquons d’ailleurs que ce terme n’est pour ainsi dire jamais employé par ceux “d’en bas”, qui lui préfèrent le désuet et dépassé "gouvernement”. D’autres en revanche s’en gargarisent jusqu’à plus soif : hauts fonctionnaires nationaux ou européens, éminents membres du FMI de l’OMC de la banque mondiale ou de la BCE. Dès l’origine il convenait comme un gant aux grands patrons, et il séduit toujours plus les politiques, en particulier ceux qui prétendent …gouverner, c’est-à-dire accéder au pouvoir.

 En l’espèce, nous n’avons pas à faire uniquement au phénomène bien connu de la féminisation à outrance de la langue française grâce à laquelle nous pouvons écrire sans crainte que l’auteur de ces lignes n’est pas une auteure sans que le correcteur ne surligne ce mot en rouge ! Non, dans le cas de la gouvernance nous avons à faire à une distorsion de la langue plus symptomatique des errements politiques de nos “vieilles’” démocraties.

 Alors de quoi s’agit-il ? Vous vous en doutez, ce terme a d’abord été utilisé dans le monde de l’entreprise, de l’entreprise privée est-il besoin de le préciser ? Il se rapprochait alors de la classique “gestion”. Une bonne gouvernance d’entreprise c’était une solide répartition des tâches, l’absence ou l’éradication des “échelons superflus”, un personnel qualifié et volontaire, une gestion saine des comptes, se pencher sur la recherche développement, s’assurer une solide implantation territoriale et bien sûr accroître les profits. C’est au tournant des années 70-80 que le terme se popularisa dans les cénacles entrepreneuriaux au moment de la révolution néolibérale thatchérienne et surtout reaganienne.

 Les patrons n’étaient plus simplement des PDG, ils devenaient des gouverneurs (titre au demeurant donné à l’ensemble des dirigeants des banques centrales). C’était reconnaître que leur “champ de compétences” s’était considérablement accru. Il est vrai que leur puissance pouvait égaler voire surpasser celle de nombre de gouvernements. Ernest Antoine Seillière ne disait-il pas que les patrons “n’étaient pas comme les politiques soumis à la pression de la rue” pointant par là la faiblesse inhérente au pouvoir politique d’une part et l’immunité des grands patrons d’autre part. Les grandes entreprises se muèrent en multinationales, implantées sur tous les continents. Ces gigantesques pieuvres, créèrent des flux de toutes sortes entre leurs multiples tentacules. Le commerce international explosa en volume comme en valeur, profitant dès les années 90 de l’ouverture au marché de la moitié de la planète jusqu’alors communiste.Le monde se mit à parler anglais.

Quoi de plus banal dans ce contexte que le terme de gouvernance qui était inusité en France depuis la fin de l’Ancien Régime se réintroduise par le biais de l’anglais “governance” ? Miracle des miracles le vieux français se mariait merveilleusement à la langue du commerce international !

 De colloques en cocktails, de cours d’anglais commercial en stages formation pour jeune cadre, de G7 (à l’époque) en conseils des ministres, “gouvernance” s’introduisit sans difficulté dans l’attirail langagier des puissants devenus avant tout des communicants.Une fois la mutation linguistique accomplie, il suffisait de la déverser continuellement sur le pékin de base pour qu’il l’accepte sans y avoir consenti. Pour accélérer le processus, la “gouvernance” montra le bout de son nez dans la refonte des programme d’Histoire-Géographie au printemps 2010. Quel succès ! et quel volontarisme !

Que cache la gouvernance ? Pour les partisans de cette dernière, poser cette question est insensé. En effet, la gouvernance, c’est la pratique tempérée du pouvoir, ce n’est pas pour rien si elle rime avec transparence… Car ne nous y trompons pas, la gouvernance est un mode de gouvernement.

 

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 Il ne serait pas venu à l’esprit de Lorenzetti de peindre les effets de la bonne et de la mauvaise gouvernance. De même aucun historien actuel n’a songé à parler de “gouvernance soviétique”. On utilisera les termes de pouvoir voire le traditionnel gouvernement. Aucun institutionnel n’osera évoquer une gouvernance nord-coréenne. Ainsi donc, il y a des pays qui bien qu’ayant un gouvernement, restent dépourvus de gouvernance. Vous pouvez chercher, vous ne trouverez pas de gouvernance iranienne ou cubaine. Voici me semble-t-il la preuve que “gouvernance” doit aussi être compris comme un objet politique : L’art de bien gouverner. D’ailleurs, un gouvernement peut s’égarer, commettre des erreurs, être mal jugé…la gouvernance non. La gouvernance est bonne en soi puisqu’elle n’est utilisée que pour décrire de “bons régimes démocratiques” ou leurs institutions parallèles. Démocratie et gouvernance sont devenus complémentaire ou au moins indissociables.

 Donc, ce terme choisi et connoté si positivement, à qui sied-il ? Quels pouvoirs se voient ainsi honorés d’être affublés du qualificatif de gouvernance ? Il y a d’abord la “gouvernance mondiale”. On entend par là a priori l’ONU (même si on préfère souvent la “communauté internationale” pour la qualifier). En réalité, il s’agit plutôt des institutions internationales type FMI, OMC, banque mondiale, FED, BCE etc. Autrement dit les instances internationales en charge d’organiser l’économie mondiale. Où l’on voit la gouvernance mondiale entre les mains des financiers.

 Mais, en Europe, notre gouvernance préférée, c’est bien sûr celle de l’UE ! Ah la gouvernance européenne, cette façon de faire si merveilleuse qui passe par le consensus entre gauche et droite, cet art d’être sage et pondéré. Ces gens là, si invisibles, si transparents font des miracles de directives. Leur pouvoir est si diffus qu’il enveloppe tout. Car la gouvernance messieurs dames, est girondine dans ses contours. Fédéraliste dans l’âme et niant l’échelon national, la gouvernance européenne encourage l’essor de gouvernances régionales transnationales.

 Mais à y regarder de plus près, il est une autre gouvernance qui gagne du terrain, insensiblement. Celle d’Internet. Car voyez-vous ce que l’on ne peut régenter, ce que l’on ne peut gouverner, nous y appliquons notre bienveillante gouvernance. Autrement dit, la gouvernance serait plus souple que le rigide gouvernement.

 Qu’il s’agisse de la gouvernance mondiale, de l’européenne ou de celle du Net, toutes ont en commun d’exercer un pouvoir flou et éthéré. On peut difficilement y mettre des visages. Nos gouverneurs de l’ombre ont surtout en commun d’exercer leur pouvoir d’une façon totalement a-démocratique. Alors même que le terme de gouvernance ne peut qualifier que des régimes démocratiques, il ne désigne en réalité que des instances décisionnelles hors de tout contrôle démocratique !

 Les gouvernances n’aiment pas les éclats, elles savent être discrètes. La gouvernance perdure également, elle semble comme suspendue, sans prise avec les événements, insensibles aux secousses. D’ailleurs personne ne sait dater la gouvernance. Quand est elle née ? Existe-t-elle vraiment ?

 Elle semble en tout cas en âge de procréer puisqu’elle a une petite fille : la Régulation. Ah non ! Vous ne l’aimez pas celle-là ? N’ayez crainte vous apprendrez à l’aimer. Pour l’instant, maman ne lui a donné que le capitalisme mondial à gérer. Elle n’a pas encore gangréné toute la sphère politique, mais ça viendra. Alors tels la larve devenant papillon, dans un grand bond en avant, nous abandonnerons nos gouvernements (forcément rigides) réglementant à tout va pour nous projeter vers la Lumière de la “gouvernance régulatrice”.

 Officiellement la gouvernance régulatrice est moins totalitaire. Elle ne règlemente plus, elle régule. Réglementer c’est vouloir imposer un ordre général, réguler c’est vouloir maîtriser le désordre à son profit. Le gouvernement est formaliste tandis que la gouvernance est informelle. La gouvernance est le produit d’un monde déréglé, chaotique, dans lequel les enjeux sont complexes et les acteurs infinis. La gouvernance veut faire croire qu’elle organise le désordre global.

 Il est une dernière gouvernance celle de l’écologie ou de l’environnement. Les pouvoirs sont globalement impuissants à indiquer une marche à suivre en la matière, il n’y a qu’à voir les résultats calamiteux des grands "sommets climat". A l’instar du Net, on applique donc à l’environnement une bonne dose de gouvernance. Nos communicants entrent en scène : la gouvernance écologique se traduit par l’omniprésence du développement durable, expression que d’aucuns peuvent considérer comme contradictoire. Mais qu’importe ? L’objectif de tout un chacun n’est il pas d’être un éco-citoyen, une éco entreprise ou autre. Le mot d’ordre fonctionne à plein régime et ce n’est pas négociable. D’où vient ce discours, qui l’a mis au point, comment se fait-il qu’il excommunie tous ceux qui le critique ? Ah oui, c’est la gouvernance de la planète...

 On récapitule : la gouvernance qui régule c’est bon pour les bien nés, pour les benêts, il convient d’en rester aux gouvernements qui règlementent. Manière de se placer au dessus des règles pour ceux qui se font un plaisir d’adhérer au code éthique de la gouvernance. Quant aux autres, êtres primaires, vos gouvernements sont dans l’obligation de continuer à rédiger des lois toujours plus nombreuses et sévères pour encadrer vos conduites irresponsables.

 En définitive, ce que la gouvernance dissimule c’est la disparition de la politique au profit d’une superstructure globale en charge de gouverner les peuples comme on administre une entreprise. Nos "gouverneurs" auraient-ils lu Klemperer ?


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31 réactions à cet article    


  • verdan 14 septembre 2010 18:59

    Bonjour à l’auteur et Tutti

    Excellent !

    Outre la qualité rédactionnelle ,la pertinence du propos, ai pris grand plaisir à vous lire.

    merci. Cordialement


    • Kalki Kalki 15 septembre 2010 13:29


      "Ils savent que votre seul pouvoir réside dans votre Carte Bleue. Ils ont besoin de vous empêcher de choisir. Il faut qu’ils transforment vos actes gratuits en actes d’achat« .
       »Les hommes politiques ne gouvernent plus rien : c’est l’économie qui gouverne. Le marketing est une perversion de la démocratie : c’est l’orchestre qui dirige le chef. Mais on ne peut pas à la fois obéir au monde et le transformer. Un jour, on étudiera à l’école comment la démocratie s’est auto-détruite."

      99F

      P2P foundation


    • edzez edzez 14 septembre 2010 19:37

      Excellent ! je confirme , et je vote d’accord avec l’article.

      Merci. Cordialement !

      les illustrations vraiment , ça colle bien à l’article.


      • Jordi Grau J. GRAU 14 septembre 2010 20:48

        Faut arrêter la paranoïa, Monsieur Rodolphe ! Y en a assez de la théorie du complot. Quoi, nos grands patrons auraient un sentiment d’impunité ? Eux qui se saignent aux quatre veines pour créer des emplois ! Et l’Union Européenne ne serait pas vraiment démocratique, elle qui a eu la mansuétude d’offrir une seconde chance à l’infantile peuple irlandais ? Quant au FMI et à l’OMC, comment pouvez-vous les suspectez, alors que ces institutions sont dirigées par des démocrates au-dessus de tout soupçon, socialistes et français de surcroît ?

        Allons, il est temps de vous ressaisir Rodolphe. Je suis sûr que vous avez un bon fond. Si vous allez à genoux jusqu’à Bruxelles en psalmodiant les litanies de saint Ronald et sainte Margaret, je suis sûr que vous obtiendrez votre pardon.


        • verdan 14 septembre 2010 22:04

          Bonsoir

           smiley smiley


        • superyeti superyeti 14 septembre 2010 21:16

          Yes, rien à redire j’adhère aussi, très bon article qu’on aimerai lire plus souvent


          • Emmanuel Aguéra LeManu 14 septembre 2010 21:28

            Quoiqu’on en dira jamais, pratiquer la gouvernance n’est pas gouverner. Votre billet nous montre la gouvernance sous une éthymologie douteuse et un emploi inadapté aux choses du gouvernement. J’y adhère sans problème.

            La gouvernance n’a pas ce que le gouvernement a. J’ai toujours assimilé considéré (à tord ?) cette gouvernance dont les langues de bois nous régalent parfois comme une convenance en cas de manque de... gouvernement, justement.

            De quoi a besoin l’état pour être bien gouverné ? D’une administration bien huilée, bien sur, bien adaptée au déroulement des opérations à suivre... A suivre ? Ah bon, donc on suit quelqu’un ou quelque chose... Eh oui, cette chose, c’est un projet, une vision, ce qui fait la différence dans les discours entre un homme d’état et un avocaillon recyclé, exemple au hasard.

            Quand le gouvernail manque au gouvernement, reste l’huile de la gouvernance... l’intendance sans le projet... pas mal, comme définition, non ?

             


            • ZEN ZEN 15 septembre 2010 12:24

              LeManu

              Quand le gouvernail manque au gouvernement, reste l’huile de la gouvernance

              cà résume tout !


            • Annie 14 septembre 2010 21:47

              Très bon article. La gouvernance est un mot codifié, qui fait bien auprès du péquin, mais qu’il est facile de définir lorsque cette exigence de gouvernance est imposée par exemple aux pays en développement et que l’on examine les conditionnalités à l’aide au développement : absence de corruption (encore que là, on pourrait être d’accord), équilibre budgétaire (comme si les pays européens pouvaient donner une leçon en la matière) , privatisation des services publics (sous le doux nom de partenariats privés-publics). Le développement durable s’inscrit dans cette logique, car ce sont les pays occidentaux qui rêvent de durabilité et de prévisibilité. La gouvernance telle qu’elle est conçue par les grandes institutions financières est simplement une nouvelle forme de néo-colonialisme. 


              • Rodolphe 14 septembre 2010 22:32

                @ux 7 premières réactions.

                Merci sincèrement pour vos réactions (et vos votes). Cela me fait d’autant plus plaisir qu’il s’agit là de mon article le plus complexe, le plus long, le plus touffu, le plus dense, le plus « méandreux » et le plus INADAPTE au format web.
                Merci encore. Je vous conseille de parcourir aussi l’adresse suivante, blog à 8 mains, dont les miennes, dans la perspective de 2012, vous y retrouverez mes contributions les plus récentes et celles de mes acolytes qui valent aussi le détour !
                Cordialement, l’auteur

                http://www.reconquete2012.com/


                • verdan 15 septembre 2010 13:11

                  Bonjour Rodolphe

                  Merci pour le lien. En effet , quelques coups d’oeil m’ont convaincus.

                  Excellente journée. Bien à vous


                • Darim 14 septembre 2010 23:39

                  merci
                   smiley


                  • pierrot123 15 septembre 2010 00:26

                    " En définitive, ce que la gouvernance dissimule c’est la disparition de la politique au profit d’une superstructure globale en charge de gouverner les peuples comme on administre une entreprise.« 

                    Votre conclusion est parfaite.
                    Elle éclaire avec clairvoyance ce que cache ce mot de »gouvernance« ... Si »politiquement propret", mais déjà lourd de menaces.

                    Merci pour cette analyse.


                    • pierrot123 15 septembre 2010 00:27

                      En même temps, quand on éclaire, il vaut mieux que ce soit « avec clairvoyance », isn’t it ?


                      • pierrot123 15 septembre 2010 09:01

                        Tout à fait d’accord, mais c’est mieux de poster un commentaire en rapport avec l’article, non ?.


                      • ZEN ZEN 15 septembre 2010 09:49

                        Merci pour cette analyse, qui n’est pas que sémantique

                        -La gouvernance constitue, pour certains, un instrument au service de la poursuite de la libéralisation des sociétés dans la mesure où elle consiste à limiter le rôle des gouvernements et à faire entrer dans le processus de décision des acteurs non-gouvernementaux en privatisant les entreprises et certains services publics, en dérégulant et en déréglementant. Les tenants d’une approche « économiciste », gestionnaire de la gouvernance, dissimulent fréquemment leurs intentions qui ne sont autres que l’extension du marché capitaliste ;

                        En limitant la gouvernance à une approche utilitaire, gestionnaire, on passe sous silence l’analyse des intérêts socio-politiques, des rapports de pouvoir et d’hégémonie, des conflits politiques qui marquent l’évolution des relations internationales. Les questions liées à la souveraineté, telles que « qui est en droit de commander ? », « selon quelles modalités ? », « dans le cadre de quelle structure de participation politique ? », sont évincées au profit de questions ayant trait aux modes de régulation en tant que tels. Les questions relatives aux Etats qui ne participent pas au processus, à la coordination entre les différents sous-systèmes fonctionnels et à la finalité de la gouvernance ne sont pas posées. Or, ces questions peuvent remettre en cause la notion de gouvernance mondiale telle qu’elle est conçue par les organisations internationales.

                        En effet, pour Marie-Claude Smouts , on ne peut pas parler de gouvernance mondiale dès lors que la régulation internationale se fait entre un nombre limité d’Etats, de sociétés privées et d’élites partageant le même code de communication, celui du libre-échange et de la conception occidentale des droits de l’homme. De nombreux Etats sont en effet exclus de la construction de l’ordre mondial. La gouvernance globale qui est définie par la Commission du même nom comme "la somme des différentes façons dont les individus et les institutions, publics et privés, gèrent leurs affaires communes" est encore moins avérée car elle suppose que soit mise en place une organisation centralisée guidée par des principes d’action commun comme l’équité, la sécurité ou la redistribution. Or, pour l’auteur, la gouvernance repose au contraire sur une prolifération de modes d’organisation, de niveaux et d’instances de décision. Rien n’indique que l’ensemble de ces configurations ne débouche sur un programme d’action cohérent répondant aux objectifs de toute l’humanité.

                        De même, la gouvernance exige la participation des citoyens aux affaires publiques et le contrôle des détenteurs du pouvoir politique. L’émergence sur la scène politique des ONG, des experts et des bureaucraties transnationales, des réseaux locaux et régionaux nécessite que soient développées des réflexions sur les procédures de participation politique et de contrôle des instances du pouvoir. Enfin, les finalités de la gouvernance mondiale, à savoir la suppression des entraves au libre fonctionnement du marché au niveau mondial, ne sont pas explicitées.

                        Or, la problématique de la gouvernance mondiale a été accaparée par des institutions internationales qui en ont fait un outil au service de l’idéologie néo-libérale. Il y a cependant de la place pour de nouvelles études sur la gouvernance qui posent le problème d’institutions internationales mieux adaptées aux évolutions du monde contemporain. De nouvelles institutions devraient voir le jour pour gérer et prévenir les conflits, rétablir et maintenir la paix dans le monde, promouvoir et protéger les droits élémentaires ou, de manière plus prosaïque, assurer la stabilité économique et lutter contre les effets d’une spéculation effrénée. Ceci nécessite peut-être la mise en place de mécanismes de régulation qui restaurent certaines entraves au libre fonctionnement d’un marché tout-puissant

                        En fait, les organismes de financement internationaux ont eu tendance, dans leur discours, à opposer de façon artificielle l’Etat à la société civile. Ils ont laissé entendre que l’affaiblissement de l’Etat était nécessaire à l’émergence d’une société civile, capable de prendre part à la réforme d’institutions politiques figées. La privatisation et la décentralisation ont été abusivement présentées comme permettant de renforcer l’esprit d’initiative des populations, leur autonomie et leur participation au développement de leur pays. Les réformes institutionnelles recommandées au nom de la bonne gouvernance ont donc été associées de manière quelque peu abusive à la défense de la démocratie. »

                        « Sous des allures idéalistes et utopistes, la gouvernance pourrait bien dissimuler le plus sournois des libéralismes » (MC Smouts)


                        • JL JL 15 septembre 2010 10:55

                          « En effet, pour Marie-Claude Smouts , on ne peut pas parler de gouvernance mondiale dès lors que la régulation internationale se fait entre un nombre limité d’Etats » (Zen)

                          La gouvernance mondiale c’est une successsion d’assemblées générales des 191 copropriétaires de la planète !

                          Le « Sommets de Copenhague »


                        • Annie 15 septembre 2010 12:10

                          Bonjour Zen,
                          Je reprendrai une des phrases que vous citez : En fait, les organismes de financement internationaux ont eu tendance, dans leur discours, à opposer de façon artificielle l’Etat à la société civile. Ils ont laissé entendre que l’affaiblissement de l’Etat était nécessaire à l’émergence d’une société civile, capable de prendre part à la réforme d’institutions politiques figées

                          Etait-ce programmé ou non, je ne sais pas, mais aujourd’hui les états donateurs privilégient les aides qui renflouent directement les budgets des états récipiendaires. Fallait-il au départ affaiblir l’état pour ensuite imposer des conditionnalités que ces nations étranglées n’avaient plus les moyens de refuser ? Cela paraît machiavélique, et peut-être est-ce simplement du pragmatisme. Une des raisons donnée pour justifier le déficit en fonds de la réponse humanitaire au Pakistan, est que les pays et les institutions donatrices attendent du Pakistan un plan de redressement qui tienne la route. Et cela est vrai de n’importe quel projet. Les gouvernements doivent d’abord présenter des plans de réduction de la pauvreté où la gouvernance figure au premier plan.


                        • LE CHAT LE CHAT 15 septembre 2010 09:57

                          j’ai plussé cet article très bien écrit , la gouvernance fait partie de la novlangue du NWO , mais revient toujors au même , la façon sournoise des gouverneurs de rouler dans la sciure de mouches les gouvernés !

                          j’aime bien aussi la notion «  d’élargir le champ des compétences », juste une façon polie de te signifier qu’on te rajoute une louche de boulot en plus ! Je l’ai hier dit à mon supérieur en lui disant qu’on élargit pas pour autant le coefficient ni le chiffre en bas à droite de la feuille de paie ...  smiley


                          • antonio 15 septembre 2010 10:10

                            Excellent article dont je vous félicite.
                            Ah l’imposture des mots ! Comment cacher « la chose » « ce sein que je ne saurais voir » !


                            • Marc P 15 septembre 2010 10:19

                              Bravo Rodolphe, c’est du « consistent » (comme dirait un anglophone) c’est à dire cohérent et solide... (Being in agreement with itself ; coherent and uniform : a consistent pattern of behavior.

                              3. Reliable ; steady :)

                              Trois petites remarques toutefois...

                              Le mot Français à l’origine permet théoriquement de distinguer l’action des acteurs soit le gouvernement (en tant que gouvernants) de son activité ou son champ de compétence. (même si aujourd’hui en Anglais comme en Français le mot désigne bien confusément aussi bien les acteurs que leur action).

                              - C’est pourquoi je doute que chez les anglophones il ait désigné l’activité entrepreneuriale ou la gestion avant l’activité du pouvoir politique...

                              - Ce mot est encore introuvable semble t il dans certains dictionnaires Anglais (Chambers par exemple) ce qui signifie peut être quelquechose sur « l’acceptation de son acception ».....

                              - enfin peut être enchaînerez vous sur le concept de « Soft Power » qui n’est pas si étranger à la façon dont le monde de la finance et de l’entreprise nous dicte ou nous assène leur façon de penser ou de ne pas penser notre monde, de le comprendre ou de n’y rien comprendre pour mieux mettre à profit notre pseudo-connaissance...

                              • Satournenkare 15 septembre 2010 10:27

                                Très joli leçon de novlang


                                • voxagora voxagora 15 septembre 2010 10:43

                                  .

                                  « .. vous vous en doutez le mot .. (vilain mot pour vilaine chose)
                                  .. vient de l’entreprise .. de l’entreprise privée est-il besoin de le préciser .. »
                                  Votre article doit être intéressant puisqu’il recueille un concert de louanges.
                                  J’avoue en avoir cessé la lecture dès la phrase que je reproduis plus haut.
                                  Elle va me rester à l’esprit encore un moment,
                                  aussi je vais faire un commentaire, ce qui je le sais par expérience,
                                  n’effacera pas le sentiment d’avoir été, encore une fois, méprisée.
                                  J’appartiens au « monde de l’entreprise », et suprême tare, « privée »,
                                  puisque je suis une travailleuse isolée précaire.
                                  Il n’est pas nécessaire de développer cet état de fait, je suis bien sûre
                                  que du monde où vous vous tenez, vous ne le comprendriez pas.
                                  Simplement, dites-vous que la quasi-totalité des gens qui vous entourent
                                  et que vous croisez, hors-les-murs de votre statut bien entendu,
                                  appartiennent au monde-de-l’entreprise-privée-caca, et vous valent bien.
                                  .
                                   

                                  • Rodolphe 15 septembre 2010 15:45

                                    Autant je peux comprendre que vous cessiez de lire un article en cours de route, autant je ne peux concevoir que vous y laissiez un commentaire.

                                    Et si je peux me permettre en tant que « travailleuse isolée et précaire » vous n’appartenez pas à ce que j’appelle « monde de l’entreprise privée ». Mais cela vous n’auriez pu le déceler que si vous aviez poursuivi la lecture. Cordialement.


                                  • voxagora voxagora 15 septembre 2010 17:18

                                    .

                                    Je ne sais comment répondre à votre réaction. Pardon, leçon.
                                    Disons que je m’engloble dans l’appellation « le privé », d’une part.
                                    Quant à ma légitimité à commenter un article dont je n’ai lu que le début,
                                    je suis surprise que vous la contestiez, mais pourquoi pas ?



                                  • JL JL 15 septembre 2010 10:46

                                    Passionnante réflexion. A lire et relire.

                                    Je voudrais pour ma part, apporter un autre éclairage : Mussolini donnait du fascisme : « Le Fascisme devrait plutôt être appelé Corporatisme, puisqu’il s’agit en fait de l’intégration des pouvoirs de l’état et des pouvoirs du marché. »

                                    Le fascisme est l’évolution rédhibitoire du capitalisme post-moderne, et cette évolution mène naturellement à confondre les rôles de dirigeants d’entreprise et de décideurs politique : les outils sont les mêmes (les indicateurs, les ordinateurs, les sondages ...), et les hommes sont issus des mêmes milieux, des mêmes formations, sont cousins sinon frères. 

                                    Ceci explique cela : la gouvernance est devenue la règle pour tous, et la démocratie est morte.


                                    • JL JL 15 septembre 2010 14:17

                                      ci après, un lien qui va dans le sens de votre conclusion, comme dans celui de mon commentaire précédent :

                                      « Un « corporate gouvernment » ce n’est plus le gouvernement qui prend le contrôle des sociétés, c’est le gouvernement qui fusionne avec des sociétés » Les sociétés élitistes (cf. Google) qui ne sont pas dans le libre marché deviennent le gouvernement ».


                                    • Cipango 15 septembre 2010 11:12

                                      Bonjour, excellent article.

                                      Juste un point pour compléter votre analyse :
                                       Le mot gouvernance apporte un aspect déshumanisant à l’action de gouvernement. En effet, on peut nommer les membres d’un gouvernement mais cela semble impossible avec la gouvernance. Or, on ne peut critiquer et donc combattre ce que l’on ne peut nommer.

                                      Du coup, la gouvernance me semble-t’il se dérive sous une forme plus dogmatique. Cela rappelle étrangement les techniques de management qui ont rayé de leur vocabulaire toute notion de classe sociale et de hiérarchie. De même en politique, on commence à sur-utiliser le mot de citoyen qui permet de gommer les notions de rentiers, de bourgeois et autres.

                                      Toutefois, soyons optimistes : je ne pense pas que ces changements linguistiques puissent faire longtemps illusion face à la réalité...


                                      • dupont dupont 15 septembre 2010 11:32

                                        Un article qui fait (à juste titre selon moi) la quasi unanimité.
                                        Le plus comique est que tous ces intervenants qui en fait reconnaissent être manipulés ne tarderont pas à s’étriper épistolairement sur le premier sujet d’actualité jeté en pâture à la populace par cette même gouvernance.
                                        La droite, la gauche...Un volet de la gouvernance.


                                        • pierrot123 15 septembre 2010 14:11

                                          Aujourd’hui j’apprends que la dérégulation des marchés en France, cette folie qui fait tant de tort aux plus démunis....A été mise en place par...(roulements de tambours)...Pierre Bérégovoy !!!
                                          « Incroyable, mais vrai ! », comme disait J.Martin à la télé, du temps où il était encore le mari de Cécilia.

                                          (Voir le livre de Monique et Michel Pinçon : « Le Président des riches »)


                                          • cmoy patou 15 septembre 2010 14:19

                                            Les religions du livre utilisent les mêmes méthodes.


                                            Les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices aussi bien que des plus grandes vertus.

                                            René Descartes

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