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Henri Emmanuelli, éléphant socialiste typique

« C’était un homme respectable, condamné très légalement pour un système de financement irrégulier dont tous les socialistes ont profité. Il cultivait son abord rugueux, qui traduisait des convictions fortes. Il était le parrain grognon des frondeurs. Lui aussi venait de chez Rothschild, ce qui tend à prouver que la banque mène à tout. » (Laurent Joffrin, "Libération", le 21 mars 2017).

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Sourcils très fournis de type pompidolien, une grosse voix, et surtout un caractère en acier trempé. Henri Emmanuelli est parti à 71 ans ce mardi 21 mars 2017 des suites d’une maladie évolutive particulièrement cruelle, après une hospitalisation à Bayonne depuis le 17 mars 2017, en pleine session budgétaire au conseil départemental des Landes.

Parce qu’on est en pleine campagne présidentielle, l’une des premières choses à dire est qu’il fut le mentor d’un des candidats, Benoît Hamon. Le passage de témoin a eu lieu lors du mémorable congrès de Reims, en novembre 2008. Henri Emmanuelli avait alors épaulé Benoît Hamon, l’avait encouragé à présenter une motion au nom de l’aile gauche du PS, et aussi à se présenter pour le poste de premier secrétaire, dans une bataille entre Ségolène Royal, Bertrand Delanoë et Martine Aubry. Cette dernière a gagné, comme Jean-François Copé a gagné la présidence de l’UMP quatre ans plus tard, avec le soupçon de tricherie.

Les jeux d’appareil, les luttes internes entre courants, les manœuvres d’arrière-boutique, Henri Emmanuelli les connaissait très bien, et cela ne lui interdisait pas d’exprimer des convictions fortes et de soutenir encore en janvier 2017 son poulain face aux socialistes (ex-)majoritaires de gouvernement.

Henri Emmanuelli est mort cumulard, député des Landes (il ne comptait pas se représenter en juin 2017) et président du conseil départemental des Landes. Sa carrière politique fut prestigieuse et fut au même niveau que d’autres éléphants du PS beaucoup plus connus comme Laurent Fabius, Michel Rocard, ou encore Lionel Jospin.

Après de brillantes études qui ont commencé dans une école de Gourette et fini à l’IEP de Paris, il est devenu banquier et a quitté Rothschild en mars 1978, quand il a été élu pour la première fois député des Landes, en battant un député sortant centriste. Pour sa carrière de banquier, il n’avait rien à envier à Emmanuel Macron. Ce fut François Mitterrand qui est venu le chercher pour le présenter aux législatives de mars 1973 dans le Lot-et-Garonne, sans succès, après son adhésion au Parti socialiste en 1971.

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Henri Emmanuelli se consacra à la politique lorsqu’il fut élu député à 32 ans. Il fut sans arrêt réélu député du 19 mars 1978 au 17 décembre 1997 et du 6 février 2000 au 21 mars 2017, à l’exception de sa période gouvernementale pendant cinq ans, à l’arrivée au pouvoir de la gauche, nommé à 35 ans Secrétaire d’État, d’abord au DOM-TOM du 22 mai 1981 au 22 mars 1983 (auprès du ministre Gaston Defferre) puis au Budget du 22 mars 1983 au 20 mars 1986 (auprès des ministres Jacques Delors puis Pierre Bérégovoy), dans les gouvernements de Pierre Mauroy et de Laurent Fabius. Le 7 décembre 1984, a été ajoutée la Consommation parmi ses attributions. Cette participation à l’histoire mitterrandienne fit de lui un fidèle imperturbable de François Mitterrand.

Il fut également élu et réélu président du conseil général des Landes du 22 mars 1982 (il était alors ministre) au 1er décembre 1997 et du 7 février 2000 au 21 mars 2017. Il fut en outre élu conseiller régional d’Aquitaine de 1986 à 1988, puis en mars 1992, de manière très provisoire puisque la loi sur le cumul l’empêchait de cumuler trois mandats (pour ces deux élections, mars 1986 et mars 1992, il était la tête de liste du PS).

Le "trou" entre décembre 1997 et février 2000 ? Sa condamnation définitive le 16 décembre 1997 pour complicité de trafic d’influences à dix-huit mois de prison avec sursis et deux ans de privation des droits civiques, après son inculpation le 14 septembre 1992 dans l’affaire Urba sur le financement du Parti socialiste. Pourquoi était-il poursuivi ? Parce qu’il était le trésorier du PS de 1988 à 1994.

Revenons plus précisément à ses activités politiques au début du second septennat de François Mitterrand. Au contraire du premier, il ne fut pas nommé au gouvernement. Sur le plan national, il se consacra à la fois à son parti et à son mandat parlementaire. Il succéda à Dominique Strauss-Kahn (nommé ministre) à la stratégique présidence de la commission des finances de l’Assemblée Nationale du 23 mai 1991 au 5 avril 1992, puis succédant à Pierre Méhaignerie, du 17 juin 1997 au 17 décembre 1997 (obligé de démissionner à cause de sa condamnation), et enfin, du 29 février 2000 au 18 juin 2002 (on remarquera qu’à l’époque, ses collègues socialistes n’avaient pas beaucoup de scrupules à conforter un élu condamné). Ce poste échut plus tard à Jérôme Cahuzac… Il fut également, au titre de député, le président de la commission de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations du 17 juillet 2012 au 21 mars 2017.

Cependant, le bâton de maréchal, Henri Emmanuelli l’a obtenu à 46 ans en se faisant élire Président de l’Assemblée Nationale, quatrième personnage de l’État dans l’ordre protocolaire, du 22 janvier 1992 au 1er avril 1993. Il a succédé à Laurent Fabius qui quitta le perchoir pour aller diriger le PS. Après l’échec des socialistes de 1993, il a laissé le perchoir à Philippe Séguin. L’élection d’Henri Emmanuelli n’a abouti qu’au second tour, avec 289 voix contre 225 en faveur de Jacques Chaban-Delmas et 32 en faveur d’Huguette Bouchardeau (ancienne ministre et ancienne candidate à l’élection présidentielle de 1981).

Parallèlement au Palais-Bourbon, Henri Emmanuelli s’est beaucoup impliqué dans les batailles internes de la rue de Solferino, au PS. Comme dit précédemment, il fut désigné trésorier du PS de 1988 à 1994. Au congrès de Rennes en mars 1990, il a soutenu Pierre Mauroy et Lionel Jospin pour empêcher l’arrivée, à la tête du PS, de Laurent Fabius. Ce dernier empêcha Henri Emmanuelli d’être désigné président du groupe PS à l’Assemblée Nationale le 3 octobre 1990 quand Louis Mermaz rentra au gouvernement (Jean Auroux, ancien ministre, fut finalement désigné).



Après l’échec de la liste socialiste aux élections européennes du 12 juin 1994 et la démission de Michel Rocard, Henri Emmanuelli a obtenu un autre bâton de maréchal pour socialistes, le poste convoité de premier secrétaire du PS. D’abord désigné provisoirement au conseil national le 19 juin 1994 à la Villette grâce au soutien de Laurent Fabius par 140 voix contre 64 en faveur de Dominique Strauss-Kahn, soutenu par Lionel Jospin. Cette désignation fut confirmée par 92,1% des militants lors du congrès de Liévin le 20 novembre 1994, soutenue par l’ensemble des poids lourds du PS.

Pour l’élection présidentielle de 1995, Henri Emmanuelli, chef du PS, fut partisan de la candidature de Jacques Delors avec qui il avait travaillé au Ministère des Finances dix ans plus tôt (et cela malgré son positionnement très à gauche). Après la renonciation de Jacques Delors, le 11 décembre 1994, Henri Emmanuelli se porta naturellement candidat à la candidature socialiste, en tant que chef du PS. Il faut se rappeler qu’en début 1995, le PS avait été laminé aux législatives de mars 1993 et aux européennes de juin 1994 et que le débat présidentiel se faisait entre Jacques Chirac et Édouard Balladur, alors Premier Ministre très populaire.

Pour les socialistes, deux options étaient possibles : une candidature "morale", avec par exemple Pierre Joxe ou Robert Badinter, ou une candidature plus politique. Ce fut la seconde option qui fut prise avec une "primaire fermée" (vote des militants) pour départager Henri Emmanuelli, Lionel Jospin (tenté par l’abandon total de la vie politique après son échec aux législatives à Toulouse et son envie de reprendre sa carrière dans la diplomatie) et Jack Lang (ce dernier s’est cependant désisté juste avant le vote et a soutenu Henri Emmanuelli).

Soutenu initialement par Laurent Fabius, Henri Emmanuelli fut largement battu le 5 février 1995 avec 34,1% des militants par Lionel Jospin, qui a eu 65,9% (il faut signaler que ce fut la première primaire présidentielle de toute l’histoire française dans un grand parti de gouvernement). Les tensions entre jospinistes et fabiusiens étaient telles depuis cinq ans que Ségolène Royal, déjà tentée par une candidature, déclara le 24 janvier 1995 : « Deux trains sont lancés à toute allure l’un contre l’autre, pilotés par les mêmes acteurs du détestable congrès de Rennes. Je dis aux militants : écartez-vous des voies ! ».

La performance électorale remarquable de Lionel Jospin les 23 avril 1995 et 7 mai 1995, malgré son échec, l’a repositionné en leader naturel du PS (la logique présidentielle ayant alors pris le pas sur la logique d’appareil). Ce fut pour cette raison qu’Henri Emmanuelli lui céda le poste de premier secrétaire le 14 octobre 1995.

En raison de ses affaires politico-judiciaires, Henri Emmanuelli ne "profita" pas du retour au pouvoir rapide des socialistes le 1er juin 1997 après la dissolution de l’Assemblée Nationale, sinon pour réoccuper la présidence de la commission des finances.

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À partir du début des années 2000 et de son retour à l’éligibilité, Henri Emmanuelli n’a cessé d’être un "frondeur" en ce sens qu’il a toujours représenté l’aile gauche minoritaire du PS, créant au fil des congrès quelques mouvements ou courants aux côtés de Paul Quilès, Vincent Peillon, Jean-Luc Mélenchon, Gérard Filoche, Marc Dolez, Arnaud Montebourg, Marie-Noëlle Lienemann et Benoît Hamon. Partisan du "non" au référendum sur le TCE le 29 mai 2005, il s’opposa également au TSCG le 9 octobre 2012. Ayant lancé la carrière nationale de Benoît Hamon en 2008, ce fut donc très logiquement qu’il a défendu la candidature de ce dernier à la primaire socialiste de janvier 2017.

Henri Emmanuelli a courageusement continué ses nombreuses activités politiques malgré sa maladie détectée en 2006 qui affectait le système nerveux périphérique (nerfs moteurs et sensitifs). Il a révélé publiquement sa maladie le 30 novembre 2015 à Mugron, lors du discours d’ouverture des Journées de protection et de prise en charge de l’enfance qu’il a dû prononcer assis dans un fauteuil roulant…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 mars 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Henri Emmanuelli.
Raymond Forni.
Claude Bartolone.
François Mitterrand.
Lionel Jospin.
Laurent Fabius.
François Hollande.
Benoît Hamon.

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10 réactions à cet article    


    • foufouille foufouille 22 mars 11:22

      c’est l-hôpital qui se fout de la charité.
      c’est facile de faire son boulot avec de nombreux domestiques.


      • Pseudonyme Pseudonyme 22 mars 12:08

        Emmanuelli comme Macron était passé par la banque Rothschild , mais avait fait un passage fatal par la case ’ trésorerie’ du PS.
        Ce genre de mec au physique avantageux de Capo croyait dur comme fer qu’en trempant dans les magouilles du parti pour le parti, il n’en croquait pas, car il n’en croquait pas... N’empêche que sa carrière avait été boostée par les services rendus avec avantages matériels à la clé.
        Un trésorier de parti ne mourra jamais de faim, Il n’est pas mort de faim.
        R.I.P


        • Yvance77 Yvance77 22 mars 12:12

          Rakoto c’est le spécialiste « nécro » sur Avox ... ou il pompe wikipédia ?


          • rogal 22 mars 16:40

            @Yvance77
            Les RG, lors de leur dissolution, ont abandonné plein de cartons.


          • alain_àààé 22 mars 14:32

            une ordure que l on ne pleurera pas avec tous les magouilles dont il a comme beaucoup profité,mais il a été un grand CUMULARD jusqu a sa mort.il a comme d autres été jusqu a la mort cumulé les emplois de député de président départemental et d autres retraites.mais il peut bien crevé aux frais du con d contribuable.une ordure de plus qui disparait


            • Tall Tall 22 mars 15:29

              Ce décès tombe mal pour Macron qui voulait justement l’embaucher pour incarner le renouveau du PS


              • Eric F Eric F 22 mars 19:47

                Peut-être avait-t-il travaillé jadis dans la banque, mais contrairement à Macron, lorsqu’il a été question de réduire l’ISF, il a fait un doigt d’honneur (lors d’une réponse de Fillon à l’Assemblée lorsque celui ci était premier ministre).


                • Trelawney Trelawney 22 mars 21:01

                  https://www.youtube.com/watch?v=1NvIvgQVitQ

                  La façon dont France Inter en parle est un poil cruel mais dans le ton

                  • zygzornifle zygzornifle 23 mars 10:10

                    cet éléphant la aucun braconnier ne lui a coupé les défenses .....

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