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Accueil du site > Actualités > Politique > Il y a trente ans : le congrès de Metz du PS (1)

Il y a trente ans : le congrès de Metz du PS (1)

En avril 1979, François Mitterrand et Michel Rocard s’affrontaient au cours d’un congrès mémorable à Metz qui décida du sort de la gauche pendant deux septennats. Première partie.

Au Parti socialiste, il est toujours des congrès qui restent dans les mémoires plus que d’autres. Épinay en 1971 qui permit à François Mitterrand de réussir une OPA sur les socialistes français. Rennes en 1990 qui vit la fin de l’influence de ce même François Mitterrand incapable de rassembler ses deux héritiers naturels, Lionel Jospin et Laurent Fabius. Et enfin Reims en 2008, aussi désuni qu’à Rennes, qui vit s’affronter Martine Aubry, et derrière elle, tous les éléphants du PS, de Bertrand Delanoë à Laurent Fabius, avec Ségolène Royal, extraterrestre du Parti socialiste (aurait-ce été le même combat que Mollet contre Mitterrand ?).

Mais d’autres congrès ont marqué l’histoire du Parti socialiste, en particulier le congrès qui s’est tenu du 6 au 8 avril 1979 à Metz.

Le contexte était particulier : François Mitterrand avait échoué de peu à l’élection présidentielle de 1974 et était convaincu qu’il gagnerait celle de 1981. Mais à 62 ans, François Mitterrand faisait aussi figure de perdant d’autant plus que la gauche a échoué contre tout pronostic aux élections législatives de mars 1978 à cause de la rupture de l’union de la gauche (beaucoup trop d’électeurs socialistes préférant un candidat UDF à un candidat communiste).

Depuis l’automne 1978, Michel Rocard (49 ans) se montrait l’homme de la situation : promoteur de la "deuxième gauche", celle du réalisme économique, il estimait que l’alliance avec les communistes était conrteproductive alors que Mitterrand, au contraire, malgré la rupture de 1977, souhaitait maintenir cette alliance pour 1981. Michel Rocard incarnait le renouveau socialiste et était très populaire. Sa candidature à l’élection présidentielle de 1981 ne faisait quasiment plus aucun doute et l’enjeu du congrès de Metz était le contrôle du parti pour préparer cette élection.


Les acteurs du congrès de Metz

À côté de François Mitterrand et de Michel Rocard, les protagonistes du congrès étaient Pierre Mauroy (51 ans), qui aurait dû devenir le premier secrétaire du PS en 1969, héritier déchu de Guy Mollet, Jean-Pierre Chevènement (40 ans), jeune loup prônant le marxisme et habitué des motions dissidentes, Gaston Defferre (68 ans), maire de Marseille, ancien candidat en 1969 et proche du centre gauche, un chevènementiste dissident, Christian Pierret (33 ans), jeune député et futur maire de Saint-Dié et enfin, une féministe, Édith Lhuillier.

Chacun portait une motion et donc, menait un courant.


Préliminaires

Dans l’avant-congrès, il y a un véritable jeu à trois entre Mitterrand, Rocard et Mauroy. Mitterrand savait déjà que Chevènement et Defferre le rejoindraient le moment venu. Son but était donc surtout d’éviter une alliance Mauroy-Rocard.

Les sondages étaient favorables à Rocard, la fidélité au parti revenait à Mauroy et l’expérience et l’habileté politique à Mitterrand.

Début 1979, très vite, Pierre Mauroy et Michel Rocard conclurent une alliance. Ce qui chagrina Mitterrand qui envisageait même une candidature présidentielle de Mauroy en 1981 si lui-même n’était pas en situation (sondages trop bas).

Mais la cacophonie était autant dans le PS lui-même que dans son opposition à François Mitterrand. Michel Rocard s’était montré très maladroit. Mauroy encore plus.


La préparation du congrès de Metz

Grâce aux carnets de Michèle Cotta, on peut maintenant connaître les aspirations réelles de Pierre Mauroy, l’un des trois poids lourds du PS avec François Mitterrand et Michel Rocard. Michèle Cotta le rencontra le 2 février 1979, soit quelques jours avant un comité directeur du PS très important.

Mauroy lui expliqua alors les raisons de ne pas faire de motion commune avec Rocard. D’abord, il voulait se montrer neutre pour faire la synthèse des deux côtés (Mitterrand et Rocard).

Ensuite, avec son expert élections et fédérations Roger Fajardie, il avait fait des calculs qui le rendaient gagnant à tous les coups. Il n’envisageait alors que quatre motions : Mitterrand, Rocard, la sienne et celle du Ceres de Chevènement qui avait fait entre 21 et 25% dans les derniers congrès depuis Grenoble en 1973. Il évaluait Chevènement à 22% (en légère baisse par rapport à la fois précédente), ce qui donnait 78% pour les trois autres. Il se dotait de 28% après avoir consulté ses fédérations sûres. Selon lui, Mitterrand serait autour de 30% (entre 25 et 32%) et Rocard serait au-dessus de 20%. Premier cas : si Mitterrand arrivait premier, Mauroy pourrait demander la synthèse. Second cas : si Mauroy devançait Mitterrand, alors Mauroy et Rocard pourraient battre Mitterrand. Dans tous les cas, Mauroy sortait du congrès la tête haute.

C’étaient des comptes d’apothicaires bien audacieux qui se seront révélés très peu pertinents (notamment sur son score et celui de Mitterrand).

Michèle Cotta rejoignit dans un bistrot Pierre Mauroy à l’issue du comité directeur du PS, dans la nuit du 10 au 11 février 1979. Mauroy était avec ses amis et la table s’élargit avec des rocardiens de la table voisine. Mitterrand avait rencontré à Aix-en-Provence, chez Gaston Defferre, Mauroy pour lui proposer un pacte. Defferre et Mitterrand voulaient absolument faire la peau à Rocard mais éviter d’entraîner Mauroy dans la chute, car Mitterrand et surtout Defferre appréciaient beaucoup Mauroy (Mitterrand en fera même son premier Premier Ministre en 1981).

Ce comité directeur fut donc un véritable drame pour l’unité des socialistes. Mitterrand présenta in extremis sa propre motion : « pour que personne n’ait eu le temps de s’y préparer ni de l’étudier, sa motion à lui, dans laquelle, m’assure-t-on, figure 90 fois le mot rupture ! » dixit Michèle Cotta ("rupture" ? tiens donc !). Mitterrand était surtout en colère contre l’attitude de Mauroy qui avait refusé l’alliance avec lui. Moins contre Rocard dont la rivalité était déjà acquise.


Premier jour du congrès (vendredi 6 avril 1979)

Dès le début du congrès dont il ouvrit les travaux, François Mitterrand annonça la couleur : « Qu’on ne fasse pas semblant de parvenir à des actes durables qui ne dureront que huit jours ! ». Bref, pas question, pour lui, de faire une synthèse molle avec Michel Rocard. Ce fut aussi le moyen de Mitterrand pour garder sa liberté, quitte à perdre la partie. Homme de combat et pas de consensus.

Curieusement, Michel Rocard prit la parole juste après lui, bien avant l’arrivée de tous les militants et des journalistes. Ce fut donc dans une certaine discrétion qu’il prononça son discours très construit prônant un "socialisme moderne" : « La pensée libérale est en crise [deuxième choc pétrolier], mais la pensée socialiste l’est aussi, parce qu’elle n’ose pas assumer l’exigence inverse : reconnaître que l’acte de produire a besoin de motivations autres que la contrainte. Une planification centralisée et rigide ne saurait nous suffire. ».

On voit à quel point les problèmes du PS de 2009 ne sont pas vraiment récents, avec ce clivage réalisme économique/anticapitalisme. Parmi les divergences en 1979, il y avait les nationalisations : pour Mitterrand, l’État devait acquérir tout le capital des entreprises à nationaliser, pour Rocard, juste une majorité de blocage pour ne pas rendre l’État gestionnaire et rendre ces nationalisations moins coûteuses.

Surprise en terme de cuisine interne, Rocard proposa à Mitterrand de faire une synthèse. Surprenant car ce n’était pas le meilleur moyen pour une prise de pouvoir au PS où il vaudrait mieux se compter. Cela dit, ce n’était qu’une proposition de pure forme, puisque Mitterrand venait de dire qu’il n’en voulait pas.


Suite dans la seconde partie.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (8 avril 2009)


Pour aller plus loin :

La rivalité entre Mitterrand et Rocard en 1979.

Le congrès de Rennes.

Le congrès de Reims.

Histoire du PS (par Laurent de Boissieu).

Le PS encore mal rangé.

Encore plus sur le PS.

Lire aussi "Cahiers secrets de la Ve République, tome II 1977-1986" de Michèle Cotta (éditions Fayard) d’où sont tirées les citations de cet article.



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1 réactions à cet article    


  • Tintin Tintin 9 avril 2009 19:19

    L’unique combat de Mitterrand a été de mener à bien sa trop longue carrière, rien d’étonnant donc à ce qu’il ait choisit l’option la plus démagogique. Effectivement, rien n’a changé depuis, du moins politiquement parlant.

    Sociologiquement, les électeurs d’aujourd’hui sont peut-être moins manipulables parce qu’internet leur permet d’obtenir des informations fiables, car non partisanes. Je crois que ce simple fait limite drastiquement la portée des slogans populistes qui apparaissent comme totalement creux et déconnectés des réalités.

    Même s’ils sont eux aussi très/trop présents sur le net, ces slogans restent sans effets. La majorité des francais n’ayant pas de parti pris, je pense qu’ils recherchent davantage une information fiable à un déluge d’inepties.

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