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Accueil du site > Actualités > Politique > Il y a trente ans : le congrès de Metz du PS (2)

Il y a trente ans : le congrès de Metz du PS (2)

En avril 1979, François Mitterrand et Michel Rocard s’affrontaient au cours d’un congrès mémorable à Metz qui décida du sort de la gauche pendant deux septennats. Seconde partie.

Suite de la première partie de l’article.
 
 
Deuxième jour du congrès (samedi 7 avril 1979)
 
À midi, un jeune député mitterrandiste monta à la tribune, Laurent Fabius (32 ans). Énarque au Conseil d’État, il avait pris le rôle du tonton flingueur de Mitterrand en matière économique, un thème peu maîtrisé par les mitterrandistes face aux rocardiens. Pour s’asseoir sur les propos économiques de Michel Rocard de la veille, Fabius lâcha une belle formule : « Entre le Plan et le marché, il y a nous, le socialisme ! ».
 
Et Mauroy dans tout cela ? Le combat entre mitterrandistes et rocardiens semblait l’effacer. Pierre Mauroy était encore convaincu que sa motion arriverait en deuxième position.
 
Après l’intervention de Jean Le Garrec (49 ans), représentant Mauroy, Jean-Pierre Chevènement s’avança à la tribune. De sa bouche, on entendait déjà le procès en néolibéralisme de Rocard. Chevènement s’était retrouvé lors des deux précédents congrès opposant à Mitterrand malgré l’estime réciproque qu’il lui vouait. À Metz, il fut donc heureux de se retrouver en allié pour contrer le rocardisme.
 
Jean-Pierre Chevènement donna un grand coup aux prétentions de Michel Rocard en déclarant : « On ne peut pas dire que l’État est le grand méchant loup d’où vient tout le mal. Il n’est pas vrai que la rupture se réduise à un phénomène de mentalités, l’autogestion ne s’oppose pas à l’union, la décentralisation ne s’oppose pas à la conquête de l’État ! Michel Rocard reste trop prisonniers des schémas de l’idéologie dominante. Peut-être y a-t-il deux cultures ay sein du PS, une culture socialiste, qui intègre l’apport de Marx sans s’y réduire, et une autre qui s’empare des thèmes à la mode ! ».
 
Un Mauroy dépassé par les événements, un Rocard attaqué férocement contre Fabius et Chevènement : Mitterrand n’avait plus qu’à ramasser les miettes.
 
Pierre Mauroy proposa toutefois une synthèse, une proposition qui fit applaudir avec entrain les congressistes. Mais personne n’en voulait vraiment.
 
Les votes étaient les suivants :
 
Motion Mitterrand (A) : 40,1%
Motion Rocard (C) : 20,4%
Motion Chevènement (E) : 14,4%
Motion Mauroy (B) : 13,6%
Motion Defferre (D) : 7,7%
Motion Pierret (F) : 3,2%
Motion Lhuillier (G) : 0,3%
 
Aucune majorité ne se dégageait, donc nécessité de trouver une synthèse, ce qui est le rôle de la commission des résolutions. En fait, l’alliance entre Mitterrand, Defferre et Chevènement permettait au premier d’éviter une synthèse.
 
 
Troisième jour du congrès (dimanche 8 avril 1979)
 
La nuit du samedi au dimanche fut la réunion traditionnelle de la commission des résolutions chargée de trouver une synthèse aux différentes motions. François Mitterrand était d’une grande combativité : pour lui, la victoire de ce congrès était essentielle à sa survie politique après l’échec de 1978.
 
Un peu avant une heure de l’après-midi, les débats reprirent.
 
Mitterrandiste, Pierre Bérégovoy (53 ans) annonça l’échec (prévisible) de la synthèse et le rejeta sur les partisans de Michel Rocard. Selon lui, aucun accord n’était possible avec les rocardiens sur l’union de la gauche : « Deux lignes ont été affirmées au cours de ce débat : la ligne d’Épinay, la nôtre, qui a une large approbation dans le Parti socialiste (…), et puis une autre ligne qui, sans abandonner les mots, modifie en réalité le contenu de l’union de le gauche. ».
 
Dans sa réponse, Michel Rocard contesta la version de Bérégovoy et rappela que Mitterrand avait tous les atouts en main pour faire l’union. Rocard a compris à ce moment qu’il avait perdu le congrès. Il déclara alors : « Nous serons donc dans l’opposition. Ce ne sera pas l’opposition d’un prétendant ! ».
 
Et comme le note Michèle Cotta, présente à ce congrès, Michel Rocard poursuivit par une erreur politique monumentale. En s’adressant à François Mitterrand, il affirma : « Vous serez le premier à prendre votre décision [pour la candidature de 1981]. Si vous êtes candidat, cher François Mitterrand, je ne le serai pas contre vous ! ».
 
Ce fut à cette minute que Michel Rocard a perdu toutes ses perspectives présidentielles. En laissant à François Mitterrand l’initiative de la candidature socialiste, il allait se soumettre au-delà de tout ce que pouvait espérer Mitterrand lui-même. Rocard a consterné tous ses amis qui n’avaient pas été prévenus de cette phrase.
 
Terminant le congrès, François Mitterrand prononça donc un discours soulagé et déclara peu après au "Club de la Presse" d’Europe 1 : « Il y a beaucoup de chances que je ne sois pas candidat. » avec un aplomb très suspect pour quelqu’un qui avait tout fait pour gagner ce congrès.
 
 
Les erreurs de Rocard et de Mauroy
 
Pierre Mauroy a été laminé dans ce congrès (comme l’avait prévu François Mitterrand) et avait recueilli moins de votes que Jean-Pierre Chevènement. Il fera alors partie de l’opposition interne avec Michel Rocard jusqu’en 1981.
 
Avec le recul du temps, il est toujours facile d’envisager un autre déroulement, mais il était évident que Pierre Mauroy et Michel Rocard auraient dû faire une motion commune dès le début du congrès et répartir les rôles : à Mauroy la direction du PS et à Rocard, très populaire, la candidature socialiste pour 1981. Au lieu de cela, ils ont préféré perdre leur énergie en discussion sur le fond alors que François Mitterrand et ses partisans ne s’étaient focalisés que sur la mécanique interne du congrès.
 
 
Un PS égal à lui-même ?
 
Finalement, quand on observe le déroulement de ce congrès de Metz, celui de Reims a montré qu’il se tenait bien dans la même tradition politique du PS qui veut que les débats internes s’étalent au grand jour. Et les ambitions personnellement également.
 
Autre remarque : les personnalités politiques qui sont dans une logique d’affrontement et de rapports de force (comme Nicolas Sarkozy, Jacques Chirac, François Mitterrand, Ségolène Royal, Benoît Hamon…) réussissent toujours mieux que ceux qui sont dans le logique de consensus (comme Pierre Mendès France, Michel Rocard, Jacques Delors, Raymond Barre, François Bayrou…) et que ceux qui manquent d’audace pour affronter (Dominique de Villepin, Dominique Strauss-Kahn, Bertrand Delanoë, Philippe Séguin, Jean-Pierre Raffarin…).
 
 
Épilogue
 
Le psychodrame étant fini, malgré une déclaration de candidature maladroite de Michel Rocard le 19 octobre 1980 à Conflans-Sainte-Honorine (qui fit flop dans les sondages), François Mitterrand fut investi par le PS candidat le 24 janvier 1981 avec près de 84%… et remporta l’élection présidentielle le 10 mai 1981 avec 52%.
 
Une nouvelle période de la Ve République s’ouvrit avec un Mitterrand à l’Élysée pour deux septennats, devenant le recordman de la longévité présidentielle depuis le début de la République et en quatrième position des chefs d’État depuis la Révolution derrière Napoléon III, Louis-Philppe et Napoléon Ier.
 
 
 
Sylvain Rakotoarison (15 avril 2009)
 
 
Pour aller plus loin :
 
 
 
 
 
 
 
Lire aussi "Cahiers secrets de la Ve République, tome II 1977-1986" de Michèle Cotta (éditions Fayard) d’où sont tirées les citations de cet article.
 
 
 
 
 
 
 

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