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La contre-centrifugeuse Bayrou se met en marche

Même s’il a quitté la scène politique nationale, le ralliement de l’ancien "premier numéro deux" de l’UMP à la candidature de François Bayrou est un nouveau signe de la capacité de rassemblement du candidat centriste.

« L’UMP est-il encore un grand parti de centre droit, humaniste et libéral ? C’est parce que telle n’est plus ma conviction qu’il est temps pour moi de rompre le silence, de rappeler les valeurs qui sont les miennes et d’appeler à une union nationale autour de François Bayrou, candidat à l’élection présidentielle. »

Celui qui s’est exprimé ainsi dans "Le Monde" le 8 janvier 2012 n’est pas n’importe qui puisqu’il s’agit d’un des principaux fondateurs de l’UMP en 2002, celui qui a amené un grand nombre de parlementaires de l’UDF à rejoindre l’UMP initialement présidée par Alain Juppé et inspirée par Jacques Chirac à l’occasion du choc du 21 avril.


Douste-Blazy votera Bayrou

Philippe Douste-Blazy, 59 ans, ancien secrétaire général de l’UMP, ancien Ministre des Affaires étrangères de Jacques Chirac et actuel secrétaire général adjoint de l’ONU, avait même été parmi les premiers-ministrables lors de la réélection de Jacques Chirac, en concurrence avec Nicole Fontaine et Jean-Pierre Raffarin qui fut finalement désigné à Matignon le 6 mai 2002.

« [François Bayrou] était persuadé que l’alliance des centres et des droites au sein de l’UMP ne ferait que vassaliser une fois de plus les centristes. Il avait raison. » a amèrement constaté Philippe Douste-Blazy qui s’était opposé à lui à l’époque.


Avoir raison

François Bayrou a eu raison depuis plus de dix ans et son grand atout a été de rester sur ses positions au risque parfois d’être très isolé. La focalisation de sa campagne présidentielle de 2007 sur la dette publique et la crise des dettes souveraines dans l’Union Européenne en 2011 ont montré à quel point François Bayrou avait eu raison avant l’heure.

Sur le plan intérieur, le refus obstiné en 2002 de celui qui était le président de l’UDF à se fondre dans un parti auberge espagnole, l’UMP, qui n’a jamais été en définitive que la suite logique du RPR, et la droitisation de plus en plus forte de l’UMP depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy aux commandes depuis 2004 ont été également une autre illustration de la pertinence des propos de François Bayrou.


L’UMP s’émiette

Aujourd’hui, c’est bien la cohésion de l’UMP dont il s’agit. Alors que 2011 a déjà vu les radicaux quitter le navire (initialement en vue d’une candidature de Jean-Louis Borloo), ce sont tous les élus ancienement UDF qui risquent aujourd’hui de prendre le large, constatant simplement que l’UMP n’a jamais correspondu à leur réelle philosophie politique et qu’ils ne veulent pas rester dans cette galère.

Philippe Douste-Blazy est même très dur contre l’UMP mais le discours de Grenoble peut le justifier : « L’UMP d’aujourd’hui s’est abîmée dans sa course permanente à l’urgence, à la surenchère, dans la poursuite du fait divers. Elle a laissé dans sa poche sa boussole principale : la personne humaine. ».


Solidarité, justice ...et indépendance

Et il a ajouté, pour éviter qu’on lui projette des arrière-pensées et des malentendus : « Je ne demande rien, je n’attends rien. Ni poste ni circonscription. Si ce n’est un engagement fort de celui qui sera élu en mai dans la mise en place d’une solidarité mondialisée. » pour finir sur cette profession de foi : « Je veux réaffirmer les idées humanistes et européennes, ma croyance en l’économie sociale de marché, ma préférence pour la solidarité et la justice. C’est pourquoi, je voterai pour François Bayrou et j’invite tous les Français qui se reconnaissent dans ces valeurs à le rejoindre, lui dont la fidélité à ces convictions, et l’indépendance en font un leader apte à rassembler les femmes et les hommes de bonne volonté prêts à redresser notre pays. ».

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Le rassemblement du centre

Le jour même sur France 5, François Bayrou a pu afficher sa joie, évidemment : « Cette famille du centre qui s’était séparée est en train de se regrouper et ceci est inéluctable si elle veut avoir un poids dans la vie politique française. ».



C’est d’ailleurs cela qu’il faut souligner : alors qu’en 2007, le "résidu" de l’UDF resté indépendant (l’UDF canal historique) s’était une nouvelle fois divisé en Nouveau centre et en MoDem, cette fois-ci, en 2012, François Bayrou réussit à rassembler des personnalités issues de l’UDF d’avant-l’UMP et qui s’étaient engagées clairement soit au sein de l’UMP soit au sein d’une alliance très serrée avec l’UMP, comme les anciens ministres de Jacques Chirac ou de Nicolas Sarkozy : Dominique Versini, Anne-Marie Idrac ou encore Alain Lambert, qui sera le candidat du MoDem dans la 2e circonscription de Paris face à François Fillon, Rachida Dati …et Axel Kahn (le célèbre généticien sera le candidat socialiste).

Le ralliement de deux anciens rivaux de François Bayrou au sein de la famille centriste est même très symbolique, avec Bernard Bosson (rival en 1994 pour la succession de Pierre Méhaignerie à la présidence du CDS) qui l’a rejoint l’été dernier, et maintenant Philippe Douste-Blazy (rival en 2002 pour le leadership des centristes au sein de la majorité de centre droit).

Le rassemblement va même au-delà des anciennes limites de l’UDF puisque des gaullistes proches de Dominique de Villepin ont annoncé récemment leur soutien à François Bayrou et il est maintenant de plus en plus probable que des petits candidats qui n’auraient pas les parrainages nécessaires pour se présenter se rallieraient naturellement à la candidature de rassemblement incarnée par François Bayrou : Corinne Lepage, Christine Boutin et peut-être même Nicolas Dupont-Aignan.


Un cercle vertueux ?

Ce phénomène de contre-centrifugeuse n’est pas sans rapport avec la montée de la candidature de François Bayrou dans les sondages (tant en popularité, personnalité qui a l’image la plus positive, qu’en intentions de vote, oscillant autour de 13%, et en probabilité d’élection, il se rapproche de Nicolas Sarkozy) et rend complètement dépassée la candidature sans objet de Hervé Morin, lâché par ses amis du Nouveau centre qui préfèrent se déterminer entre François Bayrou (comme le sénateur Yves Pozzo di Borgo) et Nicolas Sarkozy. D’ailleurs, dès le 11 janvier 2012, les responsables locaux du Nouveau centre débattront de la pertinence de cette candidature.

Le 8 janvier 2012, François Bayrou commente d’ailleurs avec sourire cette situation : « Ces rassemblements clarifient le paysage. Au bout du compte, les Français auront deux choix, une solution classique avec Sarkozy ou Hollande, ou bien, ils voteront pour moi et le système sera changé. Il y aura un mouvement irrésistible de renouvellement de la vie politique de notre pays. ».

Reste à connaître la position cruciale mais probablement tardive de Jean-Louis Borloo sur la candidature de François Bayrou. Les radicaux devraient se prononcer officiellement fin janvier 2012 mais déjà, certains radicaux annoncent la couleur : l’ancien ministre Didier Bariani (président d’honneur du Parti radical) votera pour François Bayrou alors que Dominique Paillé, ancien sniper de l’UMP, pourtant pas en "grande" relation avec le candidat centriste, prédit que François Bayrou sera présent au second tour (dans son futur livre "Panique à l’Élysée", éd. Grasset 2012).


Bayrou, la solution entre Sarkozy et Hollande…

Alors que la personnalité de Nicolas Sarkozy reste encore très négative dans l’opinion publique et que la candidature de François Hollande convainc de moins en moins d’électeurs, François Bayrou peut miser sur ce refus du manichéisme inadapté à la France et bénéficier de cet "irrésistible" besoin de nouvelles méthodes de gouvernance pour reconstruire une République réellement exemplaire.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (9 janvier 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La tribune de Philippe Douste-Blazy ("Le Monde", le 8 janvier 2012).
La famille centriste.
La percée de François Bayrou.
Bayrou et sa majorité courage.
La personne humaine avant tout.
Faut-il l’union nationale ?

yartiCourage04




par Sylvain Rakotoarison (son site) mardi 10 janvier 2012 - 31 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Maurice (---.---.---.35) 10 janvier 2012 11:20
    Maurice

    Toujours aussi marrant de vous lire Sylvain. Vous êtes au journalisme, ce que Mat Pokora est à la chanson française.
    Si vraiment vous soutenez Bayrou, je ne pense pas que de lui faire de la pub avec Douste Blazy soit une bonne chose. Cet homme pus le réseau à pleins nez. Il est incompétent, inutile, suit le sens du vent en fonction de l’humeur et de la tendance du moment. A Toulouse, il a été un maire catastrophique. En ministre des affaires étrangères je n’ose même pas employer de qualificatif sinon je risquerai d’être grossier...

    Bref, encore une soupe façon Rako. Pathétique.

  • Par reveil (---.---.---.51) 10 janvier 2012 10:00

    Au vu d’une certaine affaire qui s’est déroulée au Maroc, cette alliance sent le souffre.

    Cerise sur le gâteau, Bayrou peut s’adjoindre également DSK aux finances et Lang à la culture.
    Bon courage Sylvain !!!
  • Par spartacus1 (---.---.---.183) 10 janvier 2012 11:07
    spartacus1

    Mais, JL1, tu ne vois pas que Sylvain R. est en train de changer de religion, de passer d’une idole (Sarko) à une autre idole (Bayrou). Vive la constance dans les idées !

  • Par spartacus1 (---.---.---.183) 10 janvier 2012 11:05
    spartacus1

    MDR !

    Douste-Blazy (alias Douste-Blabla sur Wikipédia), l’« intellectuel » de choc, ministre des affaires étrangère ne parlant que le français et certainement pas l’anglais (il est vrai que l’on peut être président sans savoir l’anglais). Son ralliement est sans doute décisif pour Bayrou. Hahahaha !

    Lorsqu’ils sont ensembles, je ne sais pas trop de quoi ils parlent, parce que, au moins, Bayrou lui, est cultivé.

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