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Accueil du site > Actualités > Politique > Le septennat Giscard d’Estaing, quarante ans après (2)

Le septennat Giscard d’Estaing, quarante ans après (2)

« On a dit grand oiseau, ordinateur monté sur échasses, "magnifique insecte, mais qui n’a pas d’antennes" (Alexandre Sanguinetti), surdoué ayant une case de trop, etc. On a tout dit sauf qu’il était physiquement trop propre et croyait qu’il entraînerait la France derrière lui en laissant dans son élégant sillage, un parfum délicat de savonnette. » (Jean Cau dans "Croquis de mémoire", 1985). Deuxième partie.



Le septennat de Valéry Giscard d’Estaing a commencé il y a exactement quarante ans, le 27 mai 1974. C’est l’occasion de faire un très rapide bilan de son action, qui a parvenu à maintenir la France à son rang de puissance économique mondiale malgré les deux chocs pétroliers.

Valéry Giscard d’Estaing fut seul Président de la Ve République à avoir accompli un seul mandat de sept ans, qui était pourtant la norme dans les précédentes républiques (les autres ont exercé pendant cinq, dix, douze ou quatorze ans), laissant le pouvoir au cours une passation formelle (et exemplaire de dignité, la première passation ordinaire) le 21 mai 1981 à François Mitterrand.

Il fut le premier à avoir échoué dans sa tentative de réélection, et Nicolas Sarkozy l’a suivi. Responsables à 100% de la politique gouvernementale au moment de l’élection présidentielle à la fin de leur mandat, ils n’ont pas su convaincre les Français de continuer avec eux, au contraire de François Mitterrand et de Jacques Chirac qui ont bénéficié, tous les deux, d’une fin de cohabitation et de leur irresponsabilité sur la politique suivie par le gouvernement sortant.

Le projet giscardien, plus politique qu’économique, de "société libérale avancée" n’a pas été mené à bien car il a surtout été contrarié par les difficultés d’obtenir une majorité loyale et fiable qui le suivît.


1. Deux Français sur trois

Le concept de deux Français sur trois n’a pas été développé sous son septennat. Valéry Giscard d’Estaing l’a proposé dans son livre paru le 29 février 1984 sous ce même titre ("Deux Français sur trois") où il envisageait un gouvernement qui puisse faire adhérer les deux tiers de la population sur les bases définies dans son livre publié sous son septennat, "Démocratie française", le 8 octobre 1976 dont le titre donna le nom au parti qu’il a fondé le 1er février 1978, l’Union pour la démocratie française (UDF).

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Pour cela, il avait souhaité, dès le début de son mandat, une majorité centrale qui puisse s’élargir des gaullistes aux socialistes en passant par les centristes dont il se sentait proche. La nomination de Jean-Jacques Servan-Schreiber et de Françoise Giroud dans son gouvernement (très brièvement pour le premier) montrait ainsi sa bonne disposition pour "décrisper" la vie politique.

Cependant, il n’a pas pu mettre en œuvre cette majorité centrale qui fut ensuite reprise par François Bayrou à son compte à partir de la campagne présidentielle du printemps 2007 à cause de ses deux partenaires potentiels.

Les premiers, les gaullistes, étaient à front renversés par rapport à ses alliances électorales : soutenu par l’aile droite de l’UDR en 1974, Valéry Giscard d’Estaing se rapprocha de plus en plus des "barons" du gaullisme, plus légitimistes et consensuels, comme Jacques Chaban-Delmas (son rival malheureux en 1974), Olivier Guichard voire Alain Peyrefitte au fur et à mesure que Jacques Chirac prenait ses distances avec le giscardisme (à partir de l’été 1976).

Les seconds, les socialistes, qui n’auront jamais été ses partenaires, étaient dirigés par François Mitterrand qui avait misé sur l’union de la gauche, même après la rupture de 1977, considérant que seule, l’alliance avec les communistes pourrait le hisser à l’Élysée. Valéry Giscard d’Estaing, au contraire, aurait souhaité la victoire, au sein du PS, de la seconde gauche de Michel Rocard qui aurait été plus accessible à une alliance avec les centristes.

Concrètement, Valéry Giscard d’Estaing n’a jamais gouverné qu’avec une majorité de droite et de centre droit, sous ses deux Premiers Ministres Jacques Chirac et Raymond Barre. Quelques semaines avant les élections législatives de mars 1978 que les sondages donnaient gagnées par la gauche (il n’en fut rien), Valéry Giscard d’Estaing a prononcé à Verdun-sur-le-Doubs un discours célèbre le 12 janvier 1978 sur le « bon choix pour la France » où il esquissa les contours d’une première cohabitation, laissant entendre qu’en cas de victoire de la gauche, il ne pourrait pas empêcher la gauche de gouverner et nommerait François Mitterrand à Matignon puis se retirerait à Rambouillet pour le laisser gouverner (toutefois sans démissionner).

Au contraire de ses ambitions de rassemblement, par sa psychologie assez distante du peuple et les discours clivants de François Mitterrand, Valéry Giscard d’Estaing a donné une image d’homme de droite que l’affaire des diamants de Bokassa n’a pas arrangée.


2. Les réformes sociétales

Sans doute que le septennat giscardien restera dans l’histoire de France comme celui qui aura essayé de mettre les dispositifs législatifs en accord avec l’évolution des mœurs de la société française consécutive à la crise de mai 1968.

Et pourtant, cette évolution législative avait été amorcée déjà par De Gaulle, avec la promulgation de la loi n°67-1176 du 28 décembre 1967 qui a légalisé la contraception et dont l’auteur, le gaulliste Lucien Neuwirth, a disparu il y a six mois, le 26 novembre 2013. Les décrets d’application de la loi Neuwirth n’ont cependant été signés qu’en 1972 et la loi Neuwirth a été complétée par la loi n°74-1026 du 4 décembre 1974 (adoptée donc durant le septennat giscardien) qui a libéralisé la contraception et permis son remboursement par la Sécurité sociale.



Trois grandes réformes sociétales ont été adoptées entre 1974 et 1976 qui ont trait à la modernisation sociétale du pays. Elles ont été présentées très rapidement après l’élection présidentielle, tout comme l’abolition de la peine de mort l’a été très rapidement après l’élection de François Mitterrand.

La majorité civile a été abaissée de 21 ans à 18 ans par la promulgation de la loi n°74-631 du 5 juillet 1974. Cela donnait ainsi le droit de vote à des centaines de milliers de jeunes entre 18 et 21 ans qui furent, quelques années plus tard, majoritairement hostiles au Président sortant en 1981, ce qui ne manquait pas de panache de sa part.

La dépénalisation de l’avortement a été décidée avec la promulgation de la loi n°75-17 du 17 janvier 1975 dont l’auteur fut Simone Veil, juriste nommée Ministre de la Santé pour cette mission très difficile : « Je le dis avec toute ma conviction : l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. Mais comment le tolérer sans qu’il perde ce caractère d’exception, sans que la société paraisse l’encourager ? ».

Enfin, Valéry Giscard d’Estaing a assoupli la procédure du divorce en introduisant le divorce par consentement mutuel instauré par la loi n°75-617 du 11 juillet 1975 qui a été un grand succès dès 1977 où un divorce sur cinq a suivi cette procédure, en 1985, un sur trois et en 2012, plus de la moitié des 130 000 divorces ont été par consentement mutuel (52% exactement).

On peut rajouter à cela une libéralisation de l’audiovisuel public avec la séparation de la télévision d’État et de la radio publique devenue Radio France présidée pour la première fois par Jacqueline Baudrier le 1er janvier 1975. L’éclatement de l’ORTF a été instaurée par la loi n°74-696 du 7 août 1974.

On peut parler aussi d’une réforme qui a moralement manqué au septennat giscardien.

Je reviens en effet sur l’abolition de la peine de mort. Que ce soient Valéry Giscard ou ses Gardes des Sceaux Jean Lecanuet, Olivier Guichard et Alain Peyrefitte, tous étaient des abolitionnistes non pratiquants. Valéry Giscard d’Estaing avait décrit son « aversion profonde » pour la peine de mort.

Concrètement, il a pourtant laissé la possibilité de condamner à mort et d’exécuter des condamnés reconnus coupables de crime, malgré sa philosophie. Il ne l’a pas abolie en raison du climat passionnel d’insécurité (avec les affaires Christian Ranucci et Patrick Henry notamment), qui prévalait depuis le début des années 1970 (à l’époque de Raymond Marcellin) et qui, il faut bien le reconnaître, continue encore à sévir dans les années 2010, sorte de tarte la crème électorale qui revient sans cesse sur la scène politique et médiatique en France.

On peut donc être particulièrement choqué de ce manque de courage politique, même si Alain Peyrefitte a fait une tentative (qui a échoué par manque de soutien auprès de sa majorité) qui a quand même coûté la vie aux trois dernières personnes guillotinées en France (Christian Ranucci le 28 juillet 1976, Jérôme Carrein le 23 juin 1977 et Hamida Djandoubi le 10 septembre 1977), que Valéry Giscard d’Estaing aurait pu sauver comme les quatre autres condamnés à mort qu’il a graciés au cours de son mandat.

En revanche, Valéry Giscard d’Estaing a toujours montré sa conception "libérale" de la société en acceptant par exemple le "mariage pour tous" : « Moi, je l’aurais appelé "union", mais j’aurais donné pratiquement les mêmes droits (…). C’est tout à fait en phase avec la société actuelle. » (sur BFM-TV le 23 décembre 2012).


3. Une réforme institutionnelle essentielle

Valéry Giscard d’Estaing a toujours été soucieux de respecter scrupuleusement les institutions. C’est pour cela qu’il avait annoncé qu’il accepterait le principe de la cohabitation en cas de victoire de la gauche en mars 1978. Mais c’est aussi la raison qui l’a fait renoncer à dissoudre l’Assemblée Nationale juste après son élection en 1974, une mesure qui lui a coûté très cher tout au long de son septennat. Il n’a jamais réussi à bénéficier d’une majorité giscardienne et a été sans arrêt confronté aux manœuvres des gaullistes (en particulier de Jacques Chirac entre 1976 et 1981).

Pour autant, il a décidé une réforme essentielle pour les institutions et notre état de droit, une petite révolution qui fut complétée par Nicolas Sarkozy le 23 juillet 2008 avec la question prioritaire de constitutionnalité mise en application le 1er mars 2010.

En effet, Valéry Giscard d’Estaing a fait adopter la loi constitutionnelle n°74-904 du 29 octobre 1974 qui étend le droit de saisine du Conseil Constitutionnel à soixante députés ou soixante sénateurs, alors qu’avant, c’était réservé aux seuls Président de la République et Présidents des assemblées. Cette réforme est la suite logique de la décision constitutionnelle n°71-44 DC du 16 juillet 1971 qui donna au Conseil Constitutionnel plus de pouvoir qu’envisagé initialement, grâce en particulier à l’action du Président du Sénat de l’époque, Alain Poher, et à l’émergence du bloc de constitutionnalité.

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Valéry Giscard d’Estaing a également été à l’origine de la loi constitutionnelle n°76-527 du 18 juin 1976 qui a rendu plus difficile une candidature à l’élection présidentielle en augmentant le nombre de parrainages nécessaires de cent à cinq cents.


4. La crise

Comme en 2012 quand François Hollande refusait d’admettre l’existence de la crise internationale pour mieux combattre son prédécesseur, François Mitterrand n’a jamais voulu admettre avant 1981 l’existence de cette crise qui perdure depuis une quarantaine d’années. Si bien que des pans entiers de l’économie françaises se sont effondrés, à commencer par le textile, mais après Valéry Giscard d’Estaing, la sidérurgie, la métallurgie et beaucoup d’autres industries majeures ont suivi la pente de la désindustrialisation du pays.

Le chômage de masse s’est donc intensifié sous le septennat giscardien jusqu’à atteindre environ deux millions de demandeurs d’emploi en 1981, et ce thème a commencé à devenir dominant dans les campagnes électorales à partir des années 1980.

Comme signe des temps, il y a eu ces petites incisions cyniques et électoralistes de François Mitterrand sur l’emploi, qu’on aurait pu retourner hier contre lui ou même aujourd’hui contre son seul successeur socialiste plus de trente ans plus tard.

Au cours de sa conférence de presse du 24 juin 1980, François Mitterrand disait ainsi de Valéry Giscard d’Estaing : « Je le verrais assez bien baron du chômage, marquis des inégalités, comte de la hausse des prix, duc de la technocratie, prince de l’électoralisme et rois de l’anesthésie. » et il récidivait dans son ironie mordante lors de son meeting à Beauvais le 7 mars 1981 : « Il était difficile cette semaine d’ignorer que Valéry Giscard d’Estaing avait présenté sa candidature aux Français. On aurait attendu plutôt qu’il leur présentât ses excuses ! ».


5. Deux mesures historiques en faveur de la construction européenne

S’il fallait retenir un seul domaine d’action du septennat de Valéry Giscard d’Estaing, je laisserais de côté ses réformes sociétales qui auraient été mises en place d’une manière ou d’une autre au fil du temps, et je retiendrais spécifiquement sa politique européenne qui fut le résultat d’une très pertinente vision de l’avenir.

En effet, fort de l’expérience du couple franco-allemand entre De Gaulle et Adenauer, Valéry Giscard d’Estaing a formé un véritable couple politique avec le Chancelier Helmut Schmidt, pourtant social-démocrate. Grâce à cette nouvelle dynamique, il a impulsé deux innovations majeures dans les institutions européennes (l’Europe des Neuf, puis des Dix).

Au même titre qu’il a pris l’initiative de réunir les chefs d’État et de gouvernement des pays les plus industrialisés, à l’origine le G5, puis le G7, du 15 au 17 novembre 1975 à Rambouillet (France, États-Unis, Allemagne, Royaume-Uni, Japon, complété par le Canada et l’Italie), pour tenter de réguler l’économie et la finance internationales, Valéry Giscard d’Estaing a créé avec Helmut Schmidt une institution majeure pour la construction européenne, le Conseil Européen.

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Il s’agissait de réunir régulièrement les chefs d’État et de gouvernement des États membres de Communauté Économique Européenne (CEE) pour prendre les grandes décisions concernant l’Europe. Le premier Conseil Européen fut réuni à Paris les 9 et 10 décembre 1974. L’idée était d’institutionnaliser les Sommets européens selon le principe de De Gaulle : « Se figurer qu’on peut bâtir quelque chose qui soit efficace pour l’action et qui soit approuvé par les peuples en dehors et au-dessus des États, c’est une chimère. ».
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Si la sincérité de l’engagement européen de Valéry Giscard d’Estaing n’avait jamais été mise en doute (sa première intervention importante comme député dans l’hémicycle fut consacrée au soutien du Traité de Rome), beaucoup de partisans de la construction européenne avaient contesté ce principe du Conseil Européen qui faisait la part belle aux États au détriment d’institutions plus européennes (comme la Commission Européenne). Or, avec le recul du temps, on peut comprendre que Valéry Giscard d’Estaing avait anticipé avec une belle vision les bons leviers de la construction européenne : seuls, les États ont pris des décisions déterminantes pour faire avancer la construction européenne pendant les trente à quarante années qui ont suivi ce premier Conseil Européen jusqu’à instituer un Président du Conseil Européen avec le Traité de Lisbonne.

Parallèlement, Valéry Giscard d’Estaing a pris la décision d’accepter l’élection au suffrage universel direct des membres du Parlement Européen, mesure prévue par le Traité de Rome et sans cesse reportée par ses prédécesseurs. Pour affronter l’opposition des gaullistes (cela lui a valu l’appel de Cochin, rédigé par Pierre Juillet, où Jacques Chirac dénonçait le "parti de l’étranger" le 6 décembre 1978), le Président a fait adopter avec un vote bloqué (recours à l’article 49-3 de la Constitution) la loi n°77-680 du 30 juin 1977 (reprenant la décision du Conseil Européen du 20 septembre 1976) et la loi n°77-729 du 7 juillet 1977.

Les premières élections européennes ont donc eu lieu le 7 juin 1979 qui ont vu la victoire de la liste de l’UDF dirigée par Simone Veil avec 27,6% des suffrages et les élections du 25 mai 2014 en sont les huitièmes. Simone Veil est devenue la première Présidente du Parlement Européen élu au suffrage universel direct du 17 juillet 1979 au 19 janvier 1982.

En juin 2014, ces deux instances, Conseil Européen et Parlement Européen, vont se trouver (une nouvelle fois, après l’adoption du budget européen) en confrontation pour la désignation du Président de la Commission Européenne. Les semaines qui viennent vont donc être déterminantes et seront le résultat des deux décisions majeures prises par le Président Giscard d’Estaing concernant ces deux institutions européennes.


L’échec du 10 mai 1981

Valéry Giscard d’Estaing se trouvait dans un climat relativement favorable pour sa réélection en 1980. Les sondages le donnaient largement gagnant face à Michel Rocard ou à François Mitterrand en avril 1980.

Trop confiant dans sa réélection, il n’a donc pas vraiment élaboré de stratégie électorale et a continué à gouverner longtemps, annonçant sa candidature très tardivement, le 2 mars 1981 seulement : « Pourquoi ai-je échoué ? En raison du chômage ? d’une lassitude des Français ? J’étais crédité de 60% de bonnes opinions et puis, tout à coup, une tornade s’est levée. C’est un phénomène étrange. » ("Le Pouvoir et la Vie" publié le 1er janvier 1988).

Parallèlement à cette assurance, il a multiplié les maladresses politiques, notamment par son silence après l’attentat antisémite de la rue Copernic du 3 octobre 1980, son refus de s’expliquer dans l’affaire des diamants, ou encore sa rencontre avec Leonid Brejnev le 19 mai 1980 à Varsovie alors que l’URSS venait d’envahir l’Afghanistan.

L’affaire des diamants déclenchée par "Le Canard enchaîné" le 10 octobre 1979 a fait un tort considérable à Valéry Giscard d’Estaing, moqué jusqu’à Thierry Le Luron qui commençait ses sketchs par "Bonjour Mes-diam’s, bonjour Mesdemoiselles, bonjour Messieurs". L’ancien Président ne lui en a pas tenu rigueur lorsqu’il l’appelait régulièrement à son lit d’hôpital pour prendre des nouvelles de sa santé peu avant la mort de l’imitateur. Il avait eu parfois des difficultés pour atteindre l’artiste car on croyait au téléphone que c’était un plaisantin qui imitait la voix de Giscard !

D’autres affaires troublantes, comme la mort de plusieurs ministres, Jean de Broglie, ancien ministre RI, assassiné le 24 septembre 1976, Robert Boulin, ministre RPR et premier-ministrable, retrouvé mort le 30 octobre 1979, et Joseph Fontanet, ancien ministre centriste, assassiné le 2 février 1980, ont également contribué à créer une atmosphère de fin de règne.

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Bien qu’arrivé en tête du premier tour le 26 avril 1981 avec 28,3% face à François Mitterrand (25,8%), Valéry Giscard d’Estaing a dû subir le début de l’affaire Maurice Papon qui fut le Ministre du Budget sortant du 6 avril 1978 au 13 mai 1981 (affaire sortie le 6 mai 1981 dans "Le Canard enchaîné") et surtout, le soutien du bout des lèvres de son allié dans la majorité, Jacques Chirac arrivé en troisième position (18,0%) qui lui apporta le 27 avril 1981 son soutien "à titre personnel" : « Chacun devra voter selon sa conscience. À titre personnel, je ne puis que voter pour monsieur Giscard d’Estaing. ».

Valéry Giscard d’Estaing révéla bien plus tard qu’il avait appelé entre les deux tours au standard de la permanence de campagne de Jacques Chirac et s’était fait passer pour un militant du RPR et on l’avait vivement encouragé à voter pour François Mitterrand au second tour. Au comité central du RPR du 29 avril 1981, Alain Juppé avait, lui aussi, refusé ce report giscardien : « Ni monsieur Giscard d’Estaing, ni monsieur Mitterrand ne veulent changer la société. ».

De fait, l’échec de Valéry Giscard d’Estaing a donné à Jacques Chirac le leadership de la droite et du centre droit pendant près d’un quart de siècle, de 1981 à 2005.

Dans ses mémoires publiées le 27 septembre 2006 ("Le Pouvoir et la Vie", tome 3), Valéry Giscard d’Estaing a confié une confidence que François Mitterrand lui avait faite lors d’une rencontre en décembre 1995. Il lui aurait confié qu’il avait rencontré Jacques Chirac au domicile d’Édith Cresson quelques jours avant le second tour pour conclure un pacte électoral et aurait ajouté : « Vous étiez imbattable. (…) Et je n’ai été élu que grâce aux 550 000 voix que m’a apportées Jacques Chirac au deuxième tour. Vous n’avez qu’à regarder les chiffres. Sans ces 550 000 voix qui ont changé de camp, je ne pouvais pas être élu ! ». Selon Pierre Joxe, Charles Pasqua aurait même fourni le fichier des militants RPR pour faire parvenir un appel à voter François Mitterrand.


Maintenant un sage mais un peu ignoré

Je reviendrai plus tard sur l’action politique de Valéry Giscard d’Estaing après son septennat et en particulier, son action en faveur de la construction européenne.

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Parce qu’il a gouverné une France qui est entrée en plein dans une crise structurelle qui, aujourd’hui, est toujours en cours, crise qui a plongé des générations d’actifs dans un chômage durable, et inévitablement, qui a provoqué une plus grande précarité et pauvreté tout en renforçant les inégalités sociales, que l’action de Valéry Giscard d’Estaing est, sinon oubliée, du moins négligée dans les grandes réformes qui ont modernisé la France et l’Europe dans les années 1970.

Un oubli qui va jusqu’à ce petit brin d’humour provenant d’un professionnel de la chose, le député-maire d’Issy-les-Moulineaux André Santini, et pour lequel il a été primé (une nouvelle fois) par le Prix de l’Humour politique en 1998 : « Je me demande si l’on n’en a pas trop fait pour les obsèques de François Mitterrand. Je ne me souviens pas qu’on en ait fait autant pour Giscard. ».

Heureusement, Valéry Giscard d’Estaing est toujours bien vivant et la classe politique actuelle, qui regroupe peu de personnalités d’une telle envergure, aurait tout intérêt à l’écouter encore voire à suivre son exemple…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 mai 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le monopole du cœur.
De Gaulle.
Georges Pompidou.
Jacques Chirac.
Raymond Barre.
Alain Poher.
Edgar Faure.
Jean Lecanuet.
François Mitterrand.
Nicolas Sarkozy.
François Hollande.
Olivier Guichard.
Alain Peyrefitte.
Roger Galley.
Robert Boulin.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.

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8 réactions à cet article    


  • Gabriel Gabriel 28 mai 2014 08:53

    Vous dites : « Heureusement, Valéry Giscard d’Estaing est toujours bien vivant et la classe politique actuelle, qui regroupe peu de personnalités d’une telle envergure, aurait tout intérêt à l’écouter encore voire à suivre son exemple… » 

    Vous parlez bien de celui des diamants de Bokassa à qui la France a payé le sacre, celui des avions renifleurs, celui des chasses à l’ours avec le dictateur roumain Ceaușescu ect... En effet un exemple à suivre, d’ailleurs c’est ce que font les bandits politiques de nos jours.


    • colere48 colere48 28 mai 2014 21:37

      VGE le premier de la dynastie des fossoyeurs de la France !  smiley


    • Bergegoviers Bergegoviers 28 mai 2014 09:31

      Très intéressant, j’espère qu’on aura bientôt un bel article encensant pareillement Lionel Jospin.

      Et bien sûr Jacques Chirac.

      • claude-michel claude-michel 28 mai 2014 11:16
        Giscard..l’homme assis sur une carotte pour trouver des idées sur les avions renifleurs..Il me fait penser a un nain de jardin.. ?

        • dup 28 mai 2014 13:20

          un article de l’eurotroll . carrément caricatural . c’est vrai l’histoire des diamants est simplement une anecdote . vous verrez que l’intéressé ne sait pas que jouer ’perles de cristal’  sur son accordéon ,mais aussi ’rivière de diamants’. comment peut on être aussi de mauvaise foi

          http://www.youtube.com/watch?v=mYWYQHz_vMs

          l’etron qui a signé la loi de 1973 ... 


          • Gilles SONDEREGGER Gilles SONDEREGGER 28 mai 2014 19:23

            Euh...pardon ? 

            Ecouter Giscard ? Mais révisez votre histoire, celle qu’on ne vous apprendra jamais à l’école ! Giscard a été le ministre des finances qui a proposé la loi sur les emprunts d’états, en 1973, sous la présidence de Pompidou. Il est celui qui a offert tous les fruits de la croissance aux banquiers privés, aux particulés, il est le 2ème chef d’état en France à avoir été mis au pouvoir par le Bilderberg, après Pompidou, pour le remercier du cadeau fait à la finance, qui équivaut aujourd’hui à la totalité de la dette intérieure française. Elle nous coûte 50 milliards/ ans d’intérêts, et est une véritable méthode de racket dans le plus pur style de la mafia italienne des années 50 !


            • Gilles SONDEREGGER Gilles SONDEREGGER 28 mai 2014 19:30

              Personnellement, j’attend toujours :


              1) l’abrogation de la loi de 1973 sur le financement de la dette publique,, qu’il a osé faire voter sur demande de Pompidou, ex-pdg de la banque Edmond de Rothschild.

              2) Qu’il soit condamné pour corruption, et de préférence de son vivant !

              3) qu’il rende les dizaines de milliards dont cette loi a privé la masse salariale française.

              Merci !

              • quelle étoile ? 15 août 2014 11:59

                Nous y voilà ! J’arrive sur agoravox dans le cadre d’une quête rétrospective sur la marche manquée par la France... ou ses électeurs, ou des médias partisans.
                A ce titre déjà, à mon sens cet article n’est pas une nécro : il est salutaire déjà pour survivre, et ce au présent, en rappelant des faits.
                VGE ne fut pas parfait. Qui l’est ?...
                Ses « réformettes » ont montré qu’un homme de droite est capable d’entériner l’évolution sociale plutôt que de la combattre, avec une nuance : ne pas favoriser les extrêmes, en l’occurrence. Si Hollande avait eu cette sagesse, la face au moins française de l’Europe eût pu en être modifiée, aujourd’hui. VGE fut aussi le premier Président sincèrement féministe. Nicolas Sarkozy sera le second. Je n’ai pas vu de progrès notable des réalités féminines sous son successeur.
                Les diamants : selon un ressortissant centre-africain, il s’agit d’un faux procès. Tout le monde possèderait ou serait susceptible de posséder au moins quelques poussières de la précieuse pierre dans ce pays. Le même ajoutant : sous Giscard, tout le monde allait à l’école en RCA, sous Mitterrand, les écoles ont fermé. Commentaire désintéressé par excellence, plat constat de l’homme de la rue...
                La naissance de la dette : ce commentaire dit lui-même que c’est comme ministre de Pompidou que VGE l’a instituée. Pouvait-il se dédire en défaisant ce qu’il avait quelque temps auparavant, si jamais il l’avait souhaite : il faudrait voir ce qu’il en dit dans ses mémoires.
                Son méjugé, grave assurément, sur la peine de mort était selon moi ce qui lui avait coûté sa réélection, mais il accuse lui les fourberies de ses alliés, ce premier ministre démissionnaire, Chirac, quelque temps auparavant assis sur un tabouret en même temps que sa femme par le président - et je crois quand même que l’accordéoniste avait raison. Chirac fut immoral, et surtout irresponsable : Cassandre de l’Europe, qui a fait au final de la France le cancre de Bruxelles quand le pays aurait pu en être le fer de lance, il a entériné la France « avachie » (Raymond Barre), faisant de lui à ce titre sur le long terme et non dans l’anecdotique, un des présidents fossoyeurs de la France. La longueur indécente de sa présidence fera le reste (26 ans, deux présidents, en période de transformation rapide, quelle erreur ! Et quelle erreur d’avoir omis de voir que N. Sarkozy inaugurait le septennat raccourci, dont on avait en amont si mal jaugé les conséquences sur le tempo au niveau de l’exécutif ).
                Mais il apparaît aussi dans cet article que ce sont des erreurs tactiques qui auraient coûté à VGE sa victoire finale, puisqu’il était favori.
                Je crois aussi à la malhonnêteté des médias. Issue moi-même de la pensée de gauche, ce sont les outrances faites à la raison qui m’ont contrainte de m’en détacher, quand l’attitude inverse présente l’avantage de bien des conforts, et aréopage d’amis politiques, sur le marché du travail pour ce qui a pu me concerner.
                Les bons sentiments ne font pas bon ménage avec la politique, c’est cet infantilisme qui ruine les destinées françaises, et par voie de conséquence aussi son rayonnement dont dans tant de pays on attendait tant.
                J’entame ici une suite de parenthèses sur les incidences, en politique : voir ainsi ce qu’il se passe actuellement dans la Birmanie de Aung San..., qui peut se dédouaner sans entrave de son pacte apparent de jadis avec les droits de l’homme, au nom de l’impératif économique, et ainsi de l’allié chinois d’abord : ceci à mettre ici en regard de la critique adressée à VGE d’avoir négligé l’économie... Il faudrait savoir ! Voulons-nous une raison d’Etat économique inspirée du modèle pinochét« iste » ? Les guillemets pour un « isme » qui malgré les limites qu’on lui connaît, feraient encore trop d’honneur au dictateur. Je pourrais enfiler sans fin les parenthèses, en renvoyant à ce qui a amené le putsch du 11 septembre 1973 - la violence politique d’extrême gauche l’année précédente. La gauche aura-t-elle jamais le sens de la vue à long terme, dans ses acrobaties périlleuses pour récupérer le flambeau du pouvoir ?
                On ne saurait non plus reprocher (introduction à l’article) à VGE d’être plus « animal » que ses ministres morts (Boulin du moins immolé par X..., Chirac envoyant ses rabatteurs avant de sonner l’hallali).
                Un commentaire reproche à l’auteur de militer pour un parti précis. Cela n’empêche pas de dire des choses sensées, sans dire aussi qu’on ne connaît pas un blogueur socialiste ou même seulement apparenté, qui ne fasse de même.
                Toutefois moi-même, je ne milite pour rien, j’essaye juste de sortir des erreurs politiques inculquées à force d’agiter comme des épouvantails à moineaux les Papon et autres Le Pen, les Buisson, les Ceaucescu. Je ne défends aucun de cela (euphémisme, pour le moins), et chasser l’ours avec un tel Roumain fait en effet tache, mais je termine, presque, comme j’ai commencé : au niveau des enjeux majeurs, il s’agit de querelles pichrocolines, VGE, « animal politique » donc, a aussi pu espérer fléchir les positions roumaines par une approche personnelle. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne se soit pas trompé, certes.
                En tout cas, le détour de Sylvain R. par cette époque me paraît pleinement en phase avec des réalités particulièrement, cruellement contemporaines. Interroger le passé n’est pas un péché, a fortiori quand le présent piétine méchamment.
                Comprendre, et pour cela déblayer, en revisitant le passé. Cesser de retomber toujours dans les mêmes ornières en apprenant par l’observation donc du passé, qui présente tant d’avantages pour une telle étude..., en apprenant à se prémunir du diktat de l’opinion dominante, pour faire porter la critique là où elle est juste. Exemple : la question n’a jamais été de savoir si Ranucci aurait été ou pas coupable - au moins pire, seuls les juges peuvent évaluer une culpabilité. La question aurait été de fléchir l’attitude présidentielle, en montrant qu’une condamnation capitale n’est tout simplement jamais la réponse.

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