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Les 12 rénovateurs de l’opposition (1) : splendeur

Le changement de génération tardait trop. Des jeunes loups ambitieux voulurent prendre la place. Sans succès. C’était il y a vingt ans. Première partie : crescendo.

Vous ne vous souvenez plus des douze rénovateurs de l’opposition ? Pourtant, cela aurait pu être l’une des grandes discontinuités de la politique française depuis l’élection de François Mitterrand. Ce n’aura été finalement qu’un misérable pétard mouillé.

En début avril 1989, il y a exactement vingt ans, l’opposition au gouvernement socialiste de Michel Rocard et au Président François Mitterrand connut une agitation sans précédent. On aurait presque cru à un poisson d’avril.

Cela se passait justement dix ans après le congrès de Metz où des socialistes de la "deuxième gauche" (menés par Michel Rocard) voulaient remplacer les archaïques. Et comme pour les socialistes, l’aventure des rénovateurs n’a pas duré très longtemps.


Une droite et un centre en miettes

L’opposition, c’était pour certains "la droite", peu assumée d’ailleurs à l’époque, et le centre, représentés par deux partis d’égale importance parlementaire (à l’époque) : l’UDF et le RPR.

Ces deux partis avaient échoué, l’année précédente, à l’élection présidentielle de 1988. Si l’échec de Raymond Barre, dont la candidature était en dehors des partis, n’avait pas trop secoué l’UDF qui revenait à l’Assemblée Nationale en juin 1988 avec une certaine puissance (équivalente à celle du RPR), celui de Jacques Chirac, le second en sept ans, avait considérablement affaibli le moral des troupes du RPR.

La stratégie de Jacques Chirac de favoriser l’élection de François Mitterrand en 1981 pour récupérer le leadership de l’opposition ensuite et emporter l’Élysée l’élection suivante n’a donc pas fonctionné et la droite et le centre ont eu du mal à digérer cet échec.

Ponctuellement, quelques personnalités commençaient à donner quelques signes d’impatience. L’opposition restait dominée par le trio des années 1970 : Jacques Chirac, Raymond Barre, et celui qui les avait nommés tous les deux Premiers Ministres, Valéry Giscard d’Estaing.

Certes, en juin 1988, une initiative avait déjà montré quelques fragilités chez les centristes de l’UDF. Le CDS se séparait des députés PR et radicaux valoisiens pour créer son propre groupe parlementaire à l’Assemblée Nationale, l’UDC : l’Union du Centre. Pour certains, une préfiguration d’une future Union des Démocrates-Chrétiens plus adaptée au paysage politique européen. Une UDC qui avait d’ailleurs résisté à la tentation de l’ouverture rocardienne.

Du côté RPR, Charles Pasqua commençait à s’éloigner de Jacques Chirac, lui-même très déstabilisé par sa défaite (voir les derniers mémoires de Pasqua sur le sujet).

Le second septennat de François Mitterrand s’ouvrait donc sur une sombre perspective pour son opposition. La prochaine élection présidentielle prévue en 1995 ne ferait plus participer Mitterrand, mais les "vieux" allaient s’accrocher. Chirac en premier.

Or, depuis 1981, une nouvelle génération s’était installée à l’UDF et au RPR mais n’avait pas encore gouverné, ou seulement très peu pendant la première cohabitation. Les principaux représentants de cette génération étaient François Léotard, populaire patron du PR, Alain Juppé, nouveau secrétaire général du RPR, Jacques Toubon (son prédécesseur) et Philippe Séguin, dont les relations avec Jacques Chirac ont toujours été complexes. Faut-il oublier Pierre Méhaignerie, patron des centristes du CDS ? Sans doute en terme de leadership, même si son rôle à la tête du groupe UDC et à la tête du CDS était loin d’être négligeable à l’époque.


Archaïsmes et rénovation

Après cet échec, les municipales de mars 1989 puis, surtout, les européennes de juin 1989 constituaient de nouvelles échéances avant le désert électoral jusqu’en 1992 (les prochaines législatives étaient prévues pour mars 1993).

Valéry Giscard d’Estaing, qui avait repris en 1988 la présidence de l’UDF, avait lui aussi quelques ambitions de revenir en surface à l’instar d’un Raymond Poincaré, soit comme candidat à l’Élysée en 1995 (il n’aurait que 69 ans, soit à peine plus âgé que De Gaulle en mai 1958), soit comme Premier Ministre d’une nouvelle cohabitation en 1993. Il était pour l’heure en position de leader pour les élections européennes en accord avec Jacques Chirac.

Giscard et Chirac, cela faisait quand même depuis 1974 (soit quinze ans) qu’on en parlait au printemps 1989. Et cela semblait évident, pour cette jeune génération, qu’il fallait réagir mais en évitant de trop se brûler par les susceptibilités des aînés.

Le 6 avril 1989, donc, un groupe choc s’est constitué à l’initiative de Philippe Séguin (45 ans), ancien ministre, et de François Bayrou (37 ans). Il s’agissait de rassembler douze députés, espoirs de l’opposition. Pourquoi douze ? Peut-être pour la côté symbolique de "L’armée des douze singes" ou des "Douze salopards"… ou encore des douze apôtres avec… son Judas Iscariote ?

Mars 1989 avait confirmé ou lancé de nombreux jeunes maires dans beaucoup de grandes villes. Ainsi, c’est surtout par cette caractéristique que le groupe s’est formé, et afin d’équilibrer les tendances politiques, six du RPR, trois du CDS et trois du PR.


Distribution

Le casting était assez exceptionnel.

Pour le RPR, aux côtés de Philippe Séguin, il y avait Michel Noir (44 ans), ancien ministre, qui venait d’être largement élu maire de Lyon face au maire sortant Francisque Collomb (Raymond Barre ne fut même pas élu conseiller municipal) et face à Charles Hernu, Alain Carignon (40 ans), ancien ministre, président du Conseil général de l’Isère et réélu brillamment maire de Grenoble, ville qui avait pourtant voté Mitterrand en 1988, Michel Barnier (38 ans), président du Conseil général de Savoie depuis l’âge de 31 ans (préparant les jeux olympiques d’Albertville pour 1992), Étienne Pinte (50 ans), adjoint et futur maire de Versailles, et… François Fillon (35 ans) élu à l’Assemblée Nationale dès l’âge de 27 ans.

Le choix des rénovateurs RPR était principalement guidé par Philippe Séguin qui avait placé au moins deux séguinistes notoires avec François Fillon et Étienne Pinte.

Chez les centristes, aux côtés de François Bayrou, il y avait Bernard Bosson (41 ans), ancien ministre, réélu maire d’Annecy et espoir déçu du CDS et Dominique Baudis (41 ans), réélu maire de Toulouse et très populaire président du Conseil régional de Midi-Pyrénées. Ces trois jeunes personnalités se faisaient d’ailleurs appeler "les trois B" pour remplacer la direction du CDS (Centre des démocrates sociaux) occupée essentiellement par un autre trio, Pierre Méhaignerie, Jacques Barrot et Bernard Stasi.

Enfin, du côté du Parti républicain, des seconds couteaux : Philippe de Villiers (40 ans), ancien ministre, président du Conseil général de Vendée, François d’Aubert (45 ans) et Charles Millon (43 ans), jeune président du Conseil régional de Rhône-Alpes depuis 1988.

Il était déjà notable qu’aucun responsable de parti politique n’avait accepté de venir dans l’aventure, malgré parfois leur jeune âge. Ni Nicolas Sarkozy (34 ans), secrétaire général adjoint du RPR, ni Alain Juppé (43 ans), ni Jacques Toubon (47 ans), ni François Léotard (47 ans) qui a hésité puis y a renoncé. Le refus d’implication de Nicolas Sarkozy était assez compréhensible : il a toujours considéré qu’il fallait avoir l’appareil du parti avec soi et jamais contre soi. Il l’a expérimenté un peu plus tard avec l’échec d’Édouard Balladur en 1995 et avec sa propre élection en 2007.

Le cadre est donc donné : des jeunes couteaux pleins d’ambition, représentant la diversité géographique nationale face à l’etablishment des appareils partisans parisiens. Une moyenne d’âge de moins de 42 ans pour affronter leurs aînés Chirac et Giscard d’Estaing de moyenne d’âge de …60 ans.

Dans cette brochette de douze, au moins cinq rénovateurs cultivaient très sérieusement leur ambition présidentielle.


Ligne politique

L’objectif de cette initiative était de créer un clivage jeune/vieux au-delà des clivages partisans UDF-RPR qui ne correspondaient déjà plus aux enjeux politiques de l’époque.

Or, la perspective des élections européennes du 18 juin 1989, à l’époque à la proportionnelle au niveau national, donnait un cadre électoral intéressant qu’il fallait saisir.

Le but des douze rénovateurs étaient donc de faire une liste aux élections européennes qui coupaient l’herbe sous les pieds des hiérarques des partis : Valéry Giscard d’Estaing formait justement une liste UDF-RPR en mettant en deuxième et troisième positions Alain Juppé, numéro deux du RPR, et François Léotard, numéro un du PR (François Léotard a renoncé aux rénovateurs après son entretien du 6 avril 1989 avec Giscard d’Estaing qui lui réservait cette troisième place).

Mais l’ambition allait bien au-delà des échéances européennes puisque le but était de donner un autre visage de l’opposition et de préparer l’avenir en rénovant profondément les deux partis de l’opposition.


Déclenchement de l’opération

Toute l’affaire commença le 6 avril 1989 avec la publication d’un manifeste des rénovateurs signé des douze personnalités.

L’un des épisodes les plus marquants de cette petite histoire, ce fut un appel télévisé de Dominique Baudis. Ce fut étonnant que cela provînt de Dominique Baudis qui a été un homme qui n’a jamais pris beaucoup de responsabilité dans les partis ni n’a jamais fait preuve de grand courage politique dans les joutes entre les personnes.

Pourtant, c’est lui, au nom des onze autres, qui eut l’audace, le culot même, de dire à Valéry Giscard d’Estaing, au cours d’un journal télévisé, les yeux tournés vers la caméra (ancien journaliste de la télévision, Dominique Baudis a toujours été un très bon communicateur) en substance : partez, laissez la place aux jeunes générations.

Seul parti à suivre l’aventure des rénovateurs, le CDS décida le principe d’une liste spécifique centriste et rénovatrice lors de son congrès de Lille les 21 au 23 avril 1989.

Un congrès très important où l’on pouvait voir Dominique Baudis, enlevant magistralement sa veste pour mieux montrer son dynamisme, défendre la démarche des rénovateurs alors que Jean Lecanuet, l’ancien candidat, l’ancien président, déclarait courageusement sous les protestations véhémentes de la salle qu’il fallait une seule liste d’union aux européennes, comme en 1984 (lui-même avait été en troisième position après Simone Veil et Bernard Pons). Ce fut d’ailleurs la dernière tribune politique de Jean Lecanuet avant sa mort en février 1993, comme s’il avait été politiquement assassiné par ses amis ce week-end-là.


Dans la deuxième partie, j’évoquerai les incohérences d’origine de la démarche des rénovateurs.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (6 avril 2009)


Pour aller plus loin :

Un rénovateur parmi d’autres.

Un autre rénovateur parmi d’autres.

Les anges déchus de la rénovation.

Michel Noir en 2006 : « nous avions raison dix ans en avance ».

Histoire de l’UDF (par Laurent de Boissieu).

Michèle Barzach en janvier 1991.




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6 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 6 avril 2009 10:03

    Les soit disant rénovateurs se sont bien fondus dans le moule des anciens !  smiley


    • Kalki Kalki 6 avril 2009 10:22

      Oui tout à fait.

      Il faudrait demander à sylvain ce qu’il entend par "Rénovation" ?
      Et jusqu’ou irait cette refondation ?

      Certainement une sorte d’innovation <-> conservatrice, bien dans le moule.




    • stephanemot stephanemot 6 avril 2009 10:34

      Sur le fond, le seul programme commun, c’etait le changement de tetes.

      Et puis c’etait aussi l’heure de gloire des fameux neuneus.

      On notait tout de meme parmi les moins creux une dominante reformatrice de centre droit, avec une teinte sociale chez un Seguin, plus radicale chez un Fillon.

      Mais deja, une partie du nettoyage avait ete faite apres la cohabitation de 1986-88 marquee par l’echec des liberaux style Madelin, et la confirmation que quoi qu’il advienne, la France ne suivrait pas le "modele" Thatcher-Reagan.


    • french_car 6 avril 2009 11:41

      On sait ce qu’il est advenu de Noir, Carignon et Léotard, pas plus pas moins corrompus que la plupart des élus de droite Chirac leur a fait leur fête.
      Barrot et Méhaignerie "condamnés sans peine" (!) sont rentrés dans le rang.
      Barzach fut assassinée politiquement par Chirac lui-même.
      Millon se suicida politiquement par une alliance avec le FN.
      Fillon se suicida politiquement en se jetant dans les bras de son meilleur ennemi.
      Séguin fait de fugaces réapparitions, il semble prêt à revenir mais on voit mal comment cet homme intègre, droit et entier pourrait supporter les circonvolutions sarkozyennes.


      • Lisa SION 2 Lisa SION 2 6 avril 2009 12:40

        Quand de jeunes têtes apparaissent sur l’échiquier, ce sont eux qui vont encaisser les dividendes passés. On peut se demander si les jeunes que sont Sarkosy et Obama ne sont pas de ceux-ci ? Malgré les propos clairs envers les paradis fiscaux, ils sont en train de comprendre qu’ils ne peuvent être suivis d’effets concordants. Les Etats ont besoin de la corruption pour dégager des fonds occultes et ont coupé les ailes de la justice ayant perdu son indépendance. C’est Eva Joly qui en parle le mieux dans son livre, " http://www.dailymotion.com/video/x8voeh_eva-joly-vs-zemmour-et-naulleau-2-i_news . Cette dame se lance en politique, il faut miser sur elle.


        • wesson wesson 6 avril 2009 18:31

          Cet article parle de rénovateurs, et qui voit-on en photo : Bayroux et Seguin

          Et dans l’article, on parles de Chirac, Pasqua et VGE. Que des petits nouveaux !

          Ma parole, c’est plus des rénovateurs, c’est un concours de dinosaures, un congrès de fossiles !

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