L’arrivisme des apparatchiks d’Europe Écologie est arrivé au taquet. Il va bien falloir choisir entre la vision du gouvernement et la démission. Et s’ils refusent de choisir, le PS va bien devoir en assumer les conséquences.
Le samedi 22 septembre 2012, le conseil fédéral d’Europe Écologie EELV a décidé de s’opposer à la ratification du Traité sur la stabilité, sur la coordination et sur la gouvernance (TSCG) signé par la plupart des membres de l’Union Européenne le 2 mars 2012 à Bruxelles (texte intégral ici).
Le TSCG fut l’une des données de l’élection présidentielle. Négocié pendant la campagne présidentielle pour résoudre de manière urgente la crise des dettes souveraines, ce traité fut utilisé par le candidat François Hollande comme la pierre angulaire de sa démonstration volontariste : il voulait renégocier un traité que vingt-cinq États avaient durement négocié.
Revenir sur la parole de la France n’était pas admissible pour un grand pays comme le nôtre, et François Hollande le savait évidemment, mais cela lui a permis de se distinguer du candidat Nicolas Sarkozy (et du candidat François Bayrou par la même occasion) et de …réenchanter du rêve.
Une fois élu, heureusement, la raison l’a emporté sur la démagogie électorale. Le conseil des ministres du 19 septembre 2012 a ainsi validé le texte du TSCG, lui-même déclaré conforme à la Constitution le 9 août 2012. C’est donc au Parlement maintenant de ratifier ce traité.
Si j’applaudis le fait que le Président François Hollande n’ait pas arrêté le processus de ratification de ce traité qui me paraît essentiel dans la période actuelle, je regrette toutefois qu’il ne soit pas allé au bout de sa logique en inscrivant dans la Constitution la règle d’or budgétaire comme l’avait prévu son prédécesseur en août 2011.
Interdire aux gouvernements suivants de jouer sur le clientélisme et la démagogie en finançant sans argent et donc à crédit sur les générations futures des cadeaux électoralistes comme cela fut le cas depuis trente ans est effectivement un gain pour la démocratie, et surtout, un gain pour les citoyens qui ne pourraient plus être pris pour des imbéciles par les gouvernants et les candidats gouvernants pendant les campagnes électorales.
Dans tous les cas, l’épisode du TSCG, qui est, à quelques semaines près, assez parallèle à l’épisode du Traité de Lisbonne au début du quinquennat précédent, est un élément essentiel dans la politique nationale du gouvernement actuel. D’ailleurs, des personnalités à gauche telles que Jean-Pierre Chevènement ou Jean-Luc Mélenchon l’ont bien compris et s’ils s’y opposent aussi fermement, c’est qu’ils voient bien que le sujet est crucial.
Dès lors, l’opposition des écologistes donnent un tour très différent de la définition de la coalition gouvernementale. Comment les ministres écologistes peuvent-ils sérieusement rester dans un gouvernement alors qu’ils s’opposent à l’une des mesures essentielles de sa politique économique et financière ?
Et le corollaire : comment le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault et le PS peuvent-ils accepter un jour de plus une alliance dont ils n’ont aucun intérêt ni politique ni gouvernemental ?
Il est temps, ministres écologistes du gouvernement Ayrault, de donner votre démission ! Sans cela, vous confirmez toutes les critiques que vous avez eues (avec raison) depuis une année, à savoir que le seul moteur de votre action politique est l’arrivisme.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Lorsque, le 23 septembre 2012, l’important président du mini-groupe des sénateurs EELV, Jean-Vincent Placé, proclame la liberté de vote à l’intérieur du gouvernement, il devrait réviser les bases minimales de l’action politique : si un parti s’oppose à une mesure fondamentale du gouvernement, il ne peut plus participer à l’action de celui-ci.
Depuis le coup de tonnerre de samedi, plusieurs personnalités ont déjà exprimé cette évidence dans la logique politique : si un parti vote contre ce projet du gouvernement, il ne peut plus avoir de ministres !
L’ancien Premier Ministre François Fillon l’a notamment exprimé dans le "Grand Jury" le 23 septembre 2012 sur RTL. De même, directeur de recherches au CNRS, le politologue Gérard Grunberg en profite, le 24 septembre 2012, pour se poser la question : « Comment en effet ne pas considérer que la décision des écologistes constitue une rupture grave de la majorité ? ». Gérard Grunberg s’était toujours étonné de la « générosité excessive » du parti socialiste à l’égard des écologistes.
En effet, alors que la candidate EELV, Eva Joly, obtenait très laborieusement 2,3% des suffrages exprimés au premier tour de l’élection présidentielle du 22 avril 2012, le PS a littéralement offert à EELV (sans contrepartie) deux groupes parlementaires (12 sénateurs et 17 députés) et deux ministres (Cécile Duflot et Pascal Canfin). Il faut insister sur le fait qu’aucun parlementaire national EELV n’aurait pu être élu en septembre 2011 et en juin 2012 sans la volonté affirmée du PS (au point de désavouer dans ses investitures ses propres militants).
Quand Cécile Duflot demande ouvertement, alors qu’elle est ministre, la légalisation de la drogue, on répond que c’est son droit, qu’être au gouvernement n’est pas une caporalisation. Je note cependant que si le professeur Léon Schwartzenberg a battu le record de brièveté au gouvernement (du 29 juin au 7 juillet 1988), c’est justement parce qu’il s’était déclaré favorable à cette légalisation mais au contraire de son imitateur François Hollande, François Mitterrand n’avait pas hésité à en tirer très rapidement la conclusion qui s’imposait.
Aujourd’hui, alors que le pouvoir exécutif est en total effondrement dans les sondages, sa propre majorité est boiteuse et si François Hollande ne met pas de l’ordre dans tout cela, nul doute que son immobilisme sera inéluctable.


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