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Mon cher Département

Nous nous sommes rencontrés en 1984, juste après le vote des lois Deferre te donnant des compétences nouvelles et nous avons fait un bout de chemin ensemble.

Finie l’assemblée de notables du Conseil Général votant après un bon repas les décisions préparées par le Préfet. Les élus nouveaux sont arrivés, plus politiques et plus techniques. Ils ont pris à bras le corps ces nouvelles responsabilités et c’est vrai que d’énormes progrès ont été réalisés : les collèges ont été rénovés, les réseaux routiers ont été modernisés et le parc des autocars scolaires a été modernisé, sans parler de l’action sociale, plus proche des problématiques locales.

Cette lune de miel a duré une dizaine d’années jusqu’à ce qu’un concurrent redoutable arrive : les communautés de communes. Désormais le département, avait pour la première fois en face de lui une organisation intercommunale moins malléable que la commune seule que l’on pouvait contenter avec une subvention pour l’embellissement du centre bourg.

Tu as bien sûr, mon cher département, essayé d’encadrer cette réforme en cherchant à limiter ces communautés aux anciens cantons, sans te soucier de cohérence territoriale, mais rien n’y fit : Le ver était dans le fruit et tu avais en face de toi des entités élues qui te parlait de développement économique là où auparavant ta fonction te menait à distribuer des subventions pour assurer la réélection du conseiller général du cru.

Dans le même temps les agglomérations te menaient la vie dure en te demandant de prendre en compte les charges de centralité et en envoyant au Conseil Général des élus cumulant ce mandat avec celui de conseiller municipal du chef lieu. Ton logiciel commençait à donner des signes de faiblesse, d’autant que les citoyens ne comprenaient plus rien à l’organisation territoriale. C’est un fait : les électeurs se déplacent de moins en moins pour les élections cantonales, surtout en ville où le canton ne veut rien dire.

Dans un ultime sursaut, tu t’es mis en tête de te rapprocher des territoires en créant des « agences départementales » ou des « maisons du Département ». Peine perdue, les intercommunalités t’ont vu venir et ont ressenti cette manœuvre comme un retour d’une tutelle au travers des « conseils » que tu souhaitais leur prodiguer (comme s’ils en avaient besoin). Au passage, tu as totalement déstructuré les compétences acquises par ton administration en les émiettant et en les dispersant façon puzzle.

Ton autorité et ton territoire d’intervention fondent à vue d’œil sous les coups de boutoir de l’intercommunalité et bientôt des métropoles qui s’étendent et pourront prendre en charge certaines de tes compétences. Certains départements commencent à vouloir se rapprocher en gérant des compétences communes, un autre va disparaître (le Rhône), absorbé par la métropole lyonnaise. Le bas Rhin et le Haut Rhin ont pêché par excès de confiance et on raté leur fusion avec la région Alsace et à Paris, commune et Département ne font qu’un.

Tu es aujourd’hui en soins palliatifs. Tu en es arrivé à créer le buzz pour montrer que tu vis encore : et une campagne de communication par-ci autour de la création d’un nom pour tes habitants et un exercice de démocratie directe par là pour montrer que tu es à l’écoute des citoyens, sans compter les fameux grands projets que tu ne peux pas financer sans tendre la sébile à la Région et à l’Etat et qui ne verront jamais le jour.

Tu es devenu récemment le héraut de la parité au travers d’une loi prévoyant l’élection de binômes hommes/femmes dans des cantons aux contours improbables et surtout incohérents et par conséquent illisibles pour les citoyens : simple bidouillage électoral.

Encore une minute, monsieur le bourreau sembles-tu dire.

Reste l’héritage, c'est-à-dire tes compétences. A qui les attribuer ? Il y a le choix, celui de la cohérence d’abord : les transports, le réseau routier et les collèges à la Région qui gère déjà des compétences identiques ou voisines. Celui de la logique ensuite : le développement local et les subventions aux intercommunalités qui gagneraient à s’agrandir pour coïncider avec les limites des pays, ce qui leur permettrait de prendre en charge l’action sociale.

Mais je rêve. Tout ceci n’est qu’élucubration d’un ancien fonctionnaire territorial qui ne connaît rien à la vie politique, à ses subtilités, ses cumuls de mandats, ses territoires qui favorisent l’éclosion des jeunes pousses politiques, voire la mise en réserve d’une personnalité qui finira peut-être Président de la République.

Juste un citoyen qui se pique de démocratie locale.

Mon cher Département, tu ne mourras pas brusquement d’un AVC provoqué par le vote d’une loi improbable (beaucoup de parlementaires sont issus de tes rangs ou doivent leur élection aux grands électeurs). Non, tu disparaîtras dans 10 ou 20 ans lorsque tout le monde se sera aperçu que tu ne sers plus à grand-chose.

Et on se demandera alors pourquoi on n’y avait pas pensé plus tôt.

Il ne restera plus alors que le Département géographique, subdivision territoriale de l’Etat hérité de la révolution, avec son Préfet, ses services déconcentrés de l’Etat, ses arrondissements et son numéro de plaque minéralogique auquel les habitants tiennent tant, juste pour dire qu’ils sont nés quelque part.


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3 réactions à cet article    


  • Abou Antoun Abou Antoun 8 novembre 2013 17:00

    Certes on peut pleurer sur le sort du département.
    Mais on doit déplorer le ’mille-feuilles’ . Les 36000 communes (unique en Europe), les communautés de communes, les départements, les régions (trop nombreuses), le niveau national et maintenant européen et tous ces élus qui vont à la soupe et ne servent la plupart du temps à rien (chambre des députés, sénat, CESE), etc.
    La France crève d’un personnel politique pléthorique et inefficace sans rapport avec sa superficie et sa population. La Corse c’est deux départements et une région...La Guyane un département et une région.
    Aucun parti ne prévoit une simplification des structures et une réduction du personnel politique. La gamelle, toujours la gamelle !!!


    • Pere Plexe Pere Plexe 10 novembre 2013 12:00

      Peut on imaginé un instant que loin d’être supprimé les départements héritent d’un nouveau rôle ? Je les vois bien en tant qu’acteur délocalisés de la région avec les responsabilités de l’éducation (collèges et lycées) des sports du développement économique de la cohésion sociale....

      C’est peut être que comme d’autres j’ habite à trois heure de ma capitale régionale.

      • Michel DROUET Michel DROUET 10 novembre 2013 14:17

        Bonjour Pere Plexe

        La question de la proximité est essentielle : on peut en effet supprimer le Département (conseil Général) et attribuer une partie de ses compétences à la Région, laquelle garderait des antennes départementales.

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