FED, UDI, CPF, AC, NC, ARES, UDF, PRIL, FD, CDS… Des sigles bien mystérieux qui s’agglutinent à une allure folle depuis quelques années : bienvenue au monde merveilleux des CENTRISTES !…
L’information avait peut-être échappé à mes contemporains en vacances mais certainement pas aux centrologues patentés du paysage politique français. Le 10 juillet 2012, quelques jours après le début des travaux de la nouvelle Législature, le député-maire de Drancy Jean-Christophe Lagarde a annoncé la création de la FED, Force européenne démocrate.
Le numéro deux du Nouveau centre (président exécutif), originaire du Centre des démocrates sociaux de l’UDF, signifiait ainsi son divorce d'Hervé Morin, tout en insistant malgré tout pour …rassembler tous les centristes. Reprenant l’ancien nom de Force démocrate (créée en novembre 1995), avec une bonne communication puisque les dépêches ont repris la confusion du nombre de parlementaires avec le nombre d’élus locaux (« Quelque 120 élus, députés, sénateurs, conseiller généraux et régionaux, doivent se retrouver mercredi à l’Assemblée Nationale […]. »), Jean-Christophe Lagarde a considéré en effet que cette création estivale était un préalable à la confédération des centres. Il a même laissé entendre que la FED serait un bon sas pour passer du MoDem à l’UDI, le futur rassemblement du centre droit, lancé le 18 septembre 2012 aux journées parlementaires du groupe du même nom.
L’année 2012 fut "horrible" pour les centristes. L’absence totale de Jean-Louis Borloo dans le débat présidentiel et la sévère défaite de la candidature de François Bayrou ont en effet placé le centre droit dans une véritable mosaïque de traditions et… d’ambitions.
Cathédrale en péril
Une mosaïque au transept d’une cathédrale. Et justement, imaginez une cathédrale majestueuse, très haute, très glorieuse (au XIIe et au XIIIe siècles, on construisait les cathédrales un peu comme les Égyptiens construisaient les pyramides et les obélisques ou comme les voisins s’achètent les plus belles voitures pour frimer dans le quartier : plus elle est grande, plus on atteint les "voix" du Seigneur ! Ici, il ne s’agit pas de Seigneur mais d’électorat).
Mais imaginez cette cathédrale, elle est très vieille, et elle est en ruine. Imaginez qu’elle n’est que la simple trace d’un temps jadis triomphant. Imaginez qu’il n’y a plus de portail, que la nef a été dévastée et que seul reste le chœur, tant bien que mal, au gré du climat rude des temps. Eh bien, imaginez encore que quelques petits seigneurs féodaux décidèrent de financer la construction de nouvelles chapelles, histoire d’avoir leur nom gravé sur le marbre pour les siècles à venir. Alors, malgré les ruines, on se mit à construire de belles petites chapelles, tout autour de l’abside, pour entourer et se réchauffer le chœur.
Vous l’avez compris, la nef était l’UDF, un temps au sommet de l’État entre 1974 et 1981. Le chœur est le MoDem mais son état est épouvantable. Il est presque vidé de ses meubles et laisse juste sentir l’odeur d’encens d’une espérance ancienne. Le transept a un peu résisté à l’usure des mythes avec un parti radical valoisien plus que centenaire.
Enfin, les chapelles sont nombreuses : cela a commencé d’abord en 2007 par le Nouveau centre, d’Hervé Morin, puis cela a continué par la Gauche moderne, le microparti du sénateur-maire socialiste de Mulhouse Jean-Marie Bockel, ex-ministre sarkozyen, puis, en 2010, cela s’est poursuivi avec l’Alliance centriste du sénateur Jean Arthuis, placée en plein centre, dans la continuation de la nef et du chœur, et puis, voici que Jean-Christophe Lagarde y a mis la FED. Dans le déambulatoire, entre la chœur et la façade de l’abside, les journalistes peuvent ainsi s’y promener, s’y pencher, interviewer les différents mécènes, photographier les fissures...
Au fait, me direz-vous, où sont donc passés les paroissiens depuis que la nef a été détruite en 2002 ? Eh bien, justement, ils sont allés aux deux bistrots, bondés le dimanche midi, sur la place de la cathédrale. D’un côté, on peut y faire son PMU, on peut y scander avec passion les noms de ses idoles, parfois, on peut même raffariner ; de l’autre, il y a le bar de la rose, un bar entièrement composé d’éléphants, ça riait pas mal autrefois, même parfois comme dans un lupanar ; mais maintenant, c’est silencieux, pas une seule tête ne doit déborder (enfin, il reste quelques esprits forts), c’est la France du pouvoir.
La FED pour l’UDI
Revenons justement à cette FED. Le nom choisi par Jean-Christophe Lagarde, François Sauvadet et André Santini est d’un premier abord assez peu pertinent car il rappelle étrangement la banque centrale des États-Unis, ce qui peut rendre le sigle assez impopulaire en France. Pourtant, l’idée de départ ne manque pas de pertinence puisque démocrate et européen sont justement les deux mots qui caractérisent le mieux les centristes. L’aspect européen avait d’ailleurs été complètement court-circuité par François Bayrou en 2009.
La FED serait en 2012 au Nouveau centre ce que le NC était en 2007 à l’UDF version MoDem, à savoir une dissidence. Jean-Christophe Lagarde a plutôt justifié ce nouveau parti en disant que le Nouveau centre, ce serait selon lui le petit-fils du Parti républicain de François Léotard (son ancêtre, Antoine Pinay), devenu Démocratie libérale puis PRIL après 2002 (ceux de DL refusant l’intégration à l’UMP, comme Gilles de Robien), et que la FED serait l’héritière du CDS, devenu Force démocrate lors de sa fusion avec le micro-parti social-démocrate d’André Santini. Pourquoi pas ? mais ces subtilités ne peuvent se comprendre que par les initiés…
L’ambition de Jean-Christophe Lagarde n’est pas un secret et il fait partie des deux de sa génération (il va avoir 45 ans dans quelques jours) à être en situation de futur leader. L’autre personnalité, c’est le bras droit de Jean-Louis Borloo, secrétaire général du parti radical valoisien, l’ancien député de Nancy Laurent Hénart (l’ancien ministre a en effet été battu à Nancy centre, tout comme sa collègue UMP Valérie Rosso-Debord, ce qui laisse le jeu ouvert pour la succession d’André Rossinot à la mairie, en mars 2014).
L’UDI, une nouvelle cathédrale ?
Dans l’organigramme annoncé le 18 septembre 2012 de la nouvelle Union des démocrates et des indépendants (UDI) reprenant le sigle du groupe formé en juillet par Jean-Louis Borloo, Jean-Christophe Lagarde sera avec Laurent Hénart les deux secrétaires généraux du nouveau mouvement présidé par Jean-Louis Borloo et dont le bureau intégrera le député-maire de Montereau Yves Jégo, le député-maire de Neuilly-sur-Seine Jean-Christophe Fromantin, l’ex-ministre Rama Yade (aux investitures), l’ex-ministre Jean Arthuis, ainsi que quatre personnalités du MoDem : Éric Azière (comme directeur général), Jean-Marie Valerenberghe (sénateur-maire d’Arras), Olivier Henno (maire d’une commune proche de Lille) et Alain Dolium (ancienne tête de liste du MoDem aux régionales de 2010 en Île-de-France).
Personne n’a omis, bien sûr, de remarquer que l’UDI est un sigle assez proche de l’UDF.
La construction paraît intellectuellement convenable, d’autant plus avec ce tour de force d’avoir su attirer des personnalités qui comptent au MoDem, ce que réprouvent toutefois des personnalités comme Robert Rochefort et Jean-Luc Bennahmias, et l’UDI est née avec des préjugés favorables même de la part de François Bayrou (ce qui est sans précédent depuis cinq ans).
Cependant, on pourrait émettre quelques réserves sur les chances de cette initiative d’aboutir à un véritable parti qui compterait en France. Pourquoi ? Pour deux raisons au moins. Voire trois.
Un leadership problématique
Seul un leader solide et reconnu peut efficacement rassembler le centre et les centristes. Cela excluait donc entre autres Hervé Morin ainsi que d’autres sous-constructeurs de petites chapelles. En somme, à l’automne 2012, il n’y avait que deux personnalités susceptible de réaliser ce rassemblement, Jean-Louis Borloo et François Bayrou, tous les deux ayant montré leur capacité à gouverner, leur leadership sur le terrain des idées et de la réflexion politique, leur aptitude à nourrir une vision originale, et l’attrait médiatique pour être écoutés sinon populaires.
Le problème, c’est que Jean-Louis Borloo a été complètement absent lors des batailles électorales les plus importantes (on pourrait l’imaginer un peu comme celui qui récupèrerait les billes sur le champ de foire). Le problème, c’est aussi que François Bayrou, comme en 2007, a détruit toute la crédibilité politique ce qu’il avait (encore) entre les deux tours de l’élection présidentielle, et son échec personnel aux législatives ne lui a pas permis de rebondir avec le centre pour la France.
Enfin, le problème, c’est que ces deux leaders auront 66 ans à l’élection présidentielle de 2017 (comme Jean-Luc Mélenchon du reste), que l’un n’aurait jamais eu l’expérience d’une campagne physiquement et moralement très âpre et que l’autre en serait à sa quatrième candidature présidentielle, ce qui pourrait plus que lasser les Français.
C’est cela la première réserve. L’UDI n’aura pas de leader incontestable qui ait eu le courage de porter une voix différente aux échéances cruciales et ayant vocation à incarner l’espoir et le renouveau en 2017, dans une Ve République clivée par l’élection présidentielle.
La manière dont Jean-Louis Borloo rejette d’un revers de main, devant les journalistes, l’échéance de 2017 en insistant sur les échéances locales de 2014 n’augure rien de durable pour l’UDI. Un vrai parti doit être structurellement partant pour l’élection présidentielle, sinon, comme le Nouveau centre, comme le parti radical valoisien, il ne serait qu’un syndic d’élus et de candidats plus ou moins efficace.


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