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Mutinerie de l’équipage d’un bateau ivre

La tempête souffle sur l’océan du monde. Des vagues gigantesques dressent leurs crêtes puissantes aussi loin que se porte le regard. Le capitaine Sarkozy et ses officiers ont dit à leur équipage et aux passagers « ne vous inquiétez pas tant, nous souffrons moins que les autres ». Il est l’un des rares commandant de navire à se le permettre.

La tempête souffle sur l’océan du monde. Des vagues gigantesques dressent leurs crêtes puissantes aussi loin que se porte le regard. Les embruns filent à la vitesse du vent vers le ciel, aussi sombre que celui qui pesait sur les pêcheurs d’Islande avant le naufrage.

Au commandement de leurs vaisseaux, les capitaines du monde veulent afficher leurs qualités de navigateurs hors pair. Déjà des navires se sont engloutis dans les flots. Le plus grand bateau du Monde, le Titanic, symbole de la puissance et de la sécurité, dans les cales duquel les grands de l’univers avaient déposé la moitié de leur richesse, est perdu corps et biens dans les abysses du grand océan. Innombrables sont les vaisseaux surchargés, ballottés par la tourmente, qui, pour alléger la masse qui les rend inmanoeuvrables, abandonnent par-dessus bord leurs marchandises et les équipements inutiles, et qui n’hésitent plus à jeter dans les flots leurs passagers et une partie de l’équipage. Peut-être parviendront-ils à échapper au désastre, mais au prix de la perte de tout – hommes et biens – ce qui était leur raison d’exister.

Le capitaine Obama affirme que « oui, nous surmonterons la tempête ! », et d’entrevoir une éclaircie pour la fin de l’année. Il est certain qu’il y parviendra. Depuis bien des mois, le navire « USA » a déversé au milieu des flots une multitude de familles et de travailleurs, équipés qui d’un simple gilet de sauvetage, ou d’un petit canot pour les plus chanceux. Heureusement un grand nombre d’américains sont habitués à ramer dans des flots tumultueux. Si la tempête exceptionnelle les impressionne – qui ne le serait pas ? – ils pagayent dans toutes les directions, à la recherche d’un havre qu’ils trouveront tôt ou tard, et d’où ils pourront se relancer dans leur vie.

Le capitaine Sarkozy et ses officiers ont dit à leur équipage et aux passagers « ne vous inquiétez pas tant, nous souffrons moins que les autres ». Il est l’un des rares commandant de navire à se le permettre. Tous regardent avec commisération à la télévision les millions de gens qui courent comme des fourmis pour tenter d’améliorer leur existence. Eux n’en ont pas besoin. En effet le vaisseau « France » est l’un des mieux armés du monde : double coque, stabilisateurs de roulis, des cabines avec des lits pour chacun. Il tangue moins que les autres, le mal de mer est rare. Parvenir à y monter est le rêve de nombreuses populations du monde. D’ailleurs des groupes de clandestins tentent sur le pont de se protéger des rafales d’une lourde pluie, sous le regard compassionnel des français à l’abri derrière le hublot de leur cabine. 

Pourtant, malgré leurs cabines chaudes et étanches, les français sont empreints d’angoisse. Ce n’est pas nouveau. Depuis toujours, ils sont les plus grands consommateurs d’anti-anxiolytiques. En pleine aporie, comme Achille qui jamais ne parvenait à rattraper la tortue, ni les sécurités de toutes natures, ni le principe constitutionnel de précaution ne sont parvenus à réduire leur anxiété. Il est vrai qu’ils n’ont pas payé pour le gigantesque navire de la protection publique et de la prévoyance sociale qu’ils ont fabriqué, un produit qui malheureusement n’a pas pu être exporté, ce qui aurait pu rapporter des devises. Les innombrables perfectionnements apportés à cette protection année après année ont été financé à crédit, à charge des enfants et des petits-enfants de rembourser le monceau de dette. Chacun y a ajouté le dispositif qui lui paraissait indispensable : les gouvernements successifs, les élus, les organismes paritaires, les syndicats, les entreprises défendant des monopoles, les nombreuses associations qui se sont données pour mission le bien de tous, et même de ceux qui ne le demandaient pas.

L’angoisse a fait sortir les français de leur cabine, hier, 19 mars, inspirés par un soleil intense qui annonçait la venue toute proche du printemps. Porté par la houle puissante et les vagues gigantesques que chacun pouvait voir depuis le haut bord, le puissant navire aux voiles en lambeau était porté vers une destination inconnue. Les plus engagés des marins avaient organisé sur le pont une grande manifestation contre le capitaine Sarkozy et ses officiers. Il est vrai que ceux-ci , parvenus il y a peu au commandement du lourd vaisseau, avaient fait preuve d’une arrogance extrême, prétendant parvenir à mener contre vents et marées les français vers encore plus de bien-être, plus de richesses, plus de bonheur. Mais il advint que les vents et les marées surgirent ; les français voyaient la perspective de bien-être, de richesse, de bonheur s’éloigner jour après jour. Le responsable de la tempête mondiale était-il le capitaine Sarkozy. Celui-ci faisait répondre par son premier officier, le lieutenant Fillon, qu’il ne pouvait pas, tel Xersès il y a 2.500 ans, faire fouetter la mer déchaînée pour la punir des tempêtes qu’elle infligeait aux humains.

Alors que se multipliaient les voies d’eau à travers la double coque aussi étanche que celle du Titanic, une mutinerie éclata sur le bateau ivre « France ». Le vent forcissait, les passagers tétanisés et muets écoutaient le grondement de l’océan se fracassant sur des récifs cachés, proches ou lointains ? nul ne le savait. Pourtant aucun rat ne quittait le navire. Ces animaux avaient-ils la prescience que, souffrant moins que les autres, ils parviendraient tous – navire, capitaine, officiers, équipage, passagers, rats – à éviter d’être les victimes du désastre ? Il serait tellement bon que ces petits rongeurs aient vu juste, et que très bientôt l’océan s’apaise.

Pourtant, il semblerait que le confort du navire ait émoussé la vue et les sens des petits rongeurs comme des français, au point que pétrifiés, ils ne cherchent plus à trouver en eux-mêmes le ressort nécessaire à la recherche d’un nouvel avenir. Accuser l’arrogant capitaine Sarkozy est un défouloir facile, d’autant plus qu’il l’a bien mérité. Mais cela fait longtemps que les capitaines successifs du navire « France » ont été incapables de donner le bon cap. Nous restons les jouets des éléments, et que nous reste-t-il ? la mutinerie ? ou l’union de l’équipage et des passagers pour s’engager individuellement dans la recherche de solutions bonnes pour tous ? Il serait temps que les yeux des français s’ouvrent.


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7 réactions à cet article    


  • La Taverne des Poètes 20 mars 2009 12:33

    Retour vers le NO_future.
    Nous sommes tous embarqués sur le "Casse-toi, pov’con" sans espoir de retour. Nous fonçons sur les récifs.


    • chourave 20 mars 2009 14:33

      Le capt’taine Sarko n’a même pas vu que son bateau était toujours à quai, il a beau crier des "en avant toutes", rien a faire rafio ne bouge pas plus que le Charles de Gaulle.


      • at974 at974 20 mars 2009 15:50

        Le capitaine Sarkozy et ses officiers ont dit à leur équipage et aux passagers « ne vous inquiétez pas tant, nous souffrons moins que les autres ». Il est l’un des rares commandant de navire à se le permettre. En effet le vaisseau « France » est l’un des mieux armés du monde : double coque, stabilisateurs de roulis, des cabines avec des lits pour chacun. Il tangue moins que les autres, le mal de mer est rare.
        Peut-être, mais la première que le capitaine a voulu faire, est de retirer la double coque (trop lourd), de retirer les stabilisateurs (trop couteux), des cabines (logements sociaux en baisse).
        Alors, comment de temps faudra-t-il au capitaine pour rendre le bateau incapable de résister à la tempête ?


        • Lisa SION 2 Lisa SION 2 20 mars 2009 16:00

          Très jolie allégorie, No future,

          La mouvement financiers qui font disparaitre l’argent tentent à faire baisser le niveau de l’eau afin d’épargner les vaisseaux en les échouant sur des bancs de sable à sec. Seulement, c’est pas l’homme qui fait la mer...

          Gouverner, c’est prévoir. Dans le cas d’un navire, il faut évidemment scruter attentivement la tendance de la vague que l’on va aborder, ou plutôt qui peut nous saborder. L’ensemble des petites courbes que le barreur a sous les yeux ont un rapport final, une somme totale, une tendance moyenne. Si celle-ci penche à droite même de deux degrés, et que vous donnez le coup de barre à gauche même de deux petits degrés, la facture au moment est de HUIT degrés de gite, ce qui est extrèmement dangereux en fonction de la cargaison et désagréable pour les passagers. Une erreur de ce genre, et c’est vingt cinq personne qui partent sur le champs, dégueuler sur la moquette...

          En votant un budget pour l’année suivante sur une estimation de croissance assurée, on donne un coup de barre dans le sens contraire aux impératifs conjoncturels complètement contrariant, et c’est cent mille ouvriers de plus sur le pavé...Et tout plan de relance en promesse trompeuse n’est pas un simple coup d’épée dans l’eau, mais un coup de barre vers une issue scabreuse qui peut en dix secondes mettre le vaisseau sous l’eau, ou jeter par dessus bord quantité de passagers indisposés.

          Un navire sans moteur est victime de la mer, fou et désarticulé. Le coup d’accélérateur que donne le budget donne de l’inertie et donc de l’autorité sur la vague mais mal ajusté sur la tempète future, c’est encore une dépense qui part en fumée. Un pilote, même d’Airbus, n’est pas du tout formé pour comprendre la mer. et dans le cas de nos ministres, ils n’ont sans doute pas l’oeil avisé pour bien anticiper et pour déceler qu’en plus la vague scélérate peut arriver de tout coté...Dans ce cas, l’important est de lui tourner le dos et mettre la pression au bon moment, pour mieux l’accompagner.


          Quant aux conseillers et experts, ils misent avec leurs copains spéculateurs sur l’ignorance du frais capitaine pour nous mener vers notre perte et pirater nos restes. Ce sont eux qui remuent le contexte et forment les vagues, ils savent donc mieux que les autres et sont ces initiés. Ils ont eux même mis le feu qu’ils nous chargent d’éteindre.
          Notre petit-monier a-gîte la barre, et c’est nous qui prog-ramons, pendant que l’élite souffle dans les voiles...un vent contraire.

          Les remous sont les intérêts des dettes et mauvaises politiques anciennes, les embruns sont les emprunts fictifs dou-blés du vent de la colère des dieux, on n’est pas sorti du vaisseau-berge...

          Ce fut un plaisir de vous lire, thalassa-gesse, et bon vent !


          • Lisa SION 2 Lisa SION 2 21 mars 2009 02:50

            Un petit lien pour les marins qui connaissent la mer : http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=39623 J’y ai posté un poème à propos de ta colère, et pour le petit-monier...


          • Jean Bourdariat Jean Bourdariat 20 mars 2009 16:14

            Les embruns, çà réveille ... !

            ... surtout, comme le dit si bien Lisa, quand les embruns ne sont pas fictifs ...


            • TCHEKOV TCHEKOV 20 mars 2009 17:56
              Le bateau ivre

              Comme je descendais des Fleuves impassibles,
              Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
              Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
              Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

              J’étais insoucieux de tous les équipages,
              Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
              Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
              Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

              Dans les clapotements furieux des marées,
              Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
              Je courus ! Et les Péninsules démarrées
              N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

              La tempête a béni mes éveils maritimes.
              Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots
              Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,
              Dix nuits, sans regretter l’oeil niais des falots !

              Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sûres,
              L’eau verte pénétra ma coque de sapin
              Et des taches de vins bleus et des vomissures
              Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

              Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
              De la Mer, infusé d’astres, et lactescent,
              Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
              Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

              Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
              Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
              Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
              Fermentent les rousseurs amères de l’amour !

              Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
              Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
              L’Aube exaltée ainsi qu’un peuple de colombes,
              Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !

              J’ai vu le soleil bas, taché d’horreurs mystiques,
              Illuminant de longs figements violets,
              Pareils à des acteurs de drames très antiques
              Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

              J’ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
              Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
              La circulation des sèves inouïes,
              Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

              J’ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
              Hystériques, la houle à l’assaut des récifs,
              Sans songer que les pieds lumineux des Maries
              Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

              J’ai heurté, savez-vous, d’incroyables Florides
              Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
              D’hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
              Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux !

              J’ai vu fermenter les marais énormes, nasses
              Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
              Des écroulements d’eaux au milieu des bonaces,
              Et les lointains vers les gouffres cataractant !

              Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises !
              Échouages hideux au fond des golfes bruns
              Où les serpents géants dévorés des punaises
              Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

              J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
              Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants.

              - Des écumes de fleurs ont bercé mes dérades
              Et d’ineffables vents m’ont ailé par instants.

              Parfois, martyr lassé des pôles et des zones,
              La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
              Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes
              Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux...

              Presque île, ballottant sur mes bords les querelles
              Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
              Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frêles
              Des noyés descendaient dormir, à reculons !

              Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
              Jeté par l’ouragan dans l’éther sans oiseau,
              Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
              N’auraient pas repêché la carcasse ivre d’eau ;

              Libre, fumant, monté de brumes violettes,
              Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
              Qui porte, confiture exquise aux bons poètes,
              Des lichens de soleil et des morves d’azur ;

              Qui courais, taché de lunules électriques,
              Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
              Quand les juillets faisaient crouler à coups de triques
              Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

              Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
              Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
              Fileur éternel des immobilités bleues,
              Je regrette l’Europe aux anciens parapets !

              J’ai vu des archipels sidéraux ! et des îles
              Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :

              - Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles,
              Million d’oiseaux d’or, ô future Vigueur ?

              Mais, vrai, j’ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
              Toute lune est atroce et tout soleil amer :
              L’âcre amour m’a gonflé de torpeurs enivrantes.
              Ô que ma quille éclate ! Ô que j’aille à la mer !

              Si je désire une eau d’Europe, c’est la flache
              Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
              Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
              Un bateau frêle comme un papillon de mai.

              Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
              Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
              Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,
              Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

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