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Octobre 1870 : L’élan patriotique de Gambetta anéanti par l’ambition de Thiers

En juillet 1870, poussé par son entourage, Napoléon III déclare la guerre à la Prusse de Bismarck dans le but de redorer son prestige et de stopper ce rival grandissant. La guerre devait être rapide, un Blitz aurait-on dit. Mal équipée et mal organisée, l’armée française est pourtant écrasée en quelques mois.

 

En septembre, l’Empereur et ses 92 000 hommes sont faits prisonniers à Sedan. Forte de sa victoire, l’armée allemande se dirige vers Paris, pendant qu’à Metz l’armée de Bazaine (180 000 hommes) est piégée dans les remparts de la ville. Dans la capitale, Jules Favre, à l’annonce de la capture de Napoléon III, instaure un gouvernement provisoire de Défense Nationale, constitué de républicains, et met ainsi fin au Second Empire.

Si ce gouvernement républicain s’est imposé rapidement, c’est surtout pour éviter la prise de pouvoir des « rouges », des communards, en réalité, du petit peuple. Car ces gens, dont Jules Ferry, qui se disent républicains ne sont en réalité que des possédants, fusion des bourgeois avec l’ancienne aristocratie, soucieux de préserver leurs biens et leurs intérêts face aux petites gens révoltés.

Comme le rappelle l’historien Henri Guillemin, ce nouveau gouvernement n’attend qu’une chose : l’arrivée de l’armée allemande qui viendra tenir le peuple en respect, et avec qui on signera, après une résistance de façade, l’armistice. Le 19 septembre, après plusieurs batailles perdues, Paris est encerclée. La rapide déroute de l’armée de défense de la ville prouve déjà que le gouvernement joue un double jeu. Dans l’ombre, Adolphe Thiers, qui espère depuis 20 ans arriver au pouvoir, attend patiemment que le sale boulot soit fait.

gambetta ballon

Le départ de Gambetta en ballon

Reste pourtant un homme, ministre de l’Intérieur de ce gouvernement corrompu, qui est bien décidé à ne pas arrêter la guerre. Son nom : Léon Gambetta. Le 7 octobre, conscient que rien n’est perdu et pris d’un élan patriotique farouche, Gambetta s’envole depuis la place Saint-Pierre de Montmartre en montgolfière afin de survoler les lignes allemandes encerclant Paris, et ainsi rejoindre Tours pour y organiser la défense en province.

« Le peuple, le corps, était séparé de Gambetta, sa tête. Il n’hésita pas : il franchit en ballon les lignes ennemies » lira-t-on dans l’Almanach Gambetta. Le Journal des débats nous rapportera aussi qu’une foule considérable s’était rassemblée, depuis plusieurs jours, pour voir ce départ inédit. Gambetta décolle direction Tours, l’âme remplie d’espoir, bien décidé à repousser l’envahisseur allemand et lui mener une « guerre à outrance ».

Là-bas, il y trouve un réservoir d’hommes conséquent et un potentiel énorme. En trois semaines, il réunit une armée de près de 130 000 hommes prêts à libérer Paris. Sur sa route : Orléans, où sont stationnés seulement 40 000 bavarois. C’est décidé : le 29 octobre, Gambetta lancera son armée sur Orléans, puis brisera le siège de Paris.

Mais… C’est sans compter sur le calculateur, le traitre Adolphe Thiers qui n’a qu’une idée en tête depuis des années : avoir le pouvoir total entre ses mains. Lorsqu’il se rend à Tours le 21 octobre et y découvre l’armée et les plans de Gambetta, ses projets en prennent un coup. « Si Gambetta libère Paris, ce sera lui le chef suprême » se dit-il alors. Il lui faut donc tout tenter. En l’espace de ces quelques jours, il convainc, il supplie le commandant Louis d’Aurelle de Paladines, à la tête de l’Armée de la Loire (celle de Gambetta), de ne pas marcher sur Paris. Et Aurelle se laisse embobiner…

leon gambetta

Léon Gambetta

Lorsqu’il recevra, le 28 au soir, l’ordre de lancer ses troupes vers Orléans, il tergiversera pendant 13 jours, prétextant la pluie et la boue l’empêchant d’avancer. Ce sera 13 jours de trop. Le 27 octobre, Bazaine livrait la ville de Metz aux allemands, qui se dirigent désormais au complet vers Paris. Lorsqu’enfin l’armée de la Loire se décidera à bouger, l’ennemi sera trop fort, trop nombreux, et les défaites s’enchaîneront. Les tentatives de sortie des troupes parisiennes, au Bourget, à Champigny et à Buzenval, se solderont toutes par des échecs, isolement oblige.

Le 28 janvier, l’armistice est signé. La France défaite devra verser une indemnité de guerre de 5 milliards de francs or, se voir occupée jusqu’au versement de cette somme, ainsi que céder l’Alsace-Lorraine à l’ennemi. Le 8 février, des élections législatives sont organisées. Une Assemblée de notables, qui proclameront Thiers Chef du pouvoir exécutif de la République Française, est élue. Le plan de Thiers a fonctionné.

Tous s’accordent à dire, Bismarck le premier, que si, en ce mois d’octobre 1870, Gambetta et son armée s’étaient lancés vers Paris, la guerre était perdue pour la Prusse.

Malheureusement, l’ambition et la traitrise de Thiers, et du gouvernement provisoire corrompu, tous prêts à sacrifier deux territoires français et l’honneur du pays pour conserver leurs intérêts, auront eu raison de Léon Gambetta, et seront parvenus à briser son élan patriotique. Du moins, pour le moment…

Christopher Lings ( Le bréviaire des patriotes )


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9 réactions à cet article    


  • Scual 24 mai 2012 08:54

    Il faut laver les rues, places et monuments de France du nom de Thiers... c’est une honte pour notre pays.


    • bakerstreet bakerstreet 24 mai 2012 08:56

      Bravo pour votre article, même s’il est un peu court

      Voilà bien avant la guerre de 14, la genèse des événements qui précipitèrent la France et l’Europe vers la décadence : Nationalisme, carriérisme, aveuglement, suffisance, incapacité de mesurer l’évolution historique et les enjeux, stratégie miliaire d’un autre temps, cette guerre restée méconnue mérite qu’on s’y intéresse, autant qu’à l’histoire d’ailleurs, qui reste un pilier fondamental de la connaissance de l’homme.


      • Le Grunge Le Grunge 24 mai 2012 20:57

        Bonjour cher concitoyens

        Ha, Gambetta, notre petit vrp de la république smiley Que dirait-il si il nous voyait aujourd’hui ? Je pense qu’il associerais la FED à ce cher Adolf, et voyant que nous avons perdu la première manche, il nous dirait au sujet de notre future revanche :

        « En parler, jamais, y penser, toujours »

        Merci pour cet article


        • alberto alberto 24 mai 2012 21:03

          Bonjour, et félicitations à l’auteur pour cet article.

          Il y aurait beaucoup à dire sur cet épisode humiliant de notre histoire...

          La suite est connue : préparation des esprits pour reconquérir l’Alsace et la Lorraine,

          Réarmement pour la prochaine (14/18) pour le plus grand bénéfice des marchands de canons (Scheinder ici, Krupp là-bas), suivi du « ’dictat » de Versailles ferment de la suivante, etc !

          Avec le recul, on voit les manœuvres de la finance française prête à tout, y compris mettre le pays à plat, (après 1870 les cinq milliards de francs-or de rançon ont été payés majoritairement par les petits épargnants) et d’écraser dans le sang une tentative de d’instauration de gouvernement par le peuple pour le peuple.

          Aujourd’hui cet épisode de gouvernement de la Commune de Paris est bien occultée par les médias et l’on comprend bien pourquoi si on prend la peine d’y réfléchir un peu ?

          Cette guerre terrible voulue par la nouvelle Allemagne et son chancelier de fer aurait-elle pu être être différente sans l’arrogance, l’incompétence, l’inertie et la trahison des chefs militaires français ?

          On ne refait pas l’Histoire, mais on peut en tire quelques leçons, ou essayer...

          Bien à vous.


          • Louis Matisse Louis Matisse 24 mai 2012 23:58

            Henri Guillemin est vraiment l’un des plus grands historiens français.
            Ses conférences télévisées sont à retrouver gratuitement sur le site des archives télévisuelles belges : http://www.rts.ch/archives/dossiers/henri-guillemin/?integrales=true


            • Louis Matisse Louis Matisse 25 mai 2012 00:06

              Par ailleurs, vous travestissez quelque peu l’analyse d’Henri Guillemin. Napoléon III n’a pas attaqué Bismarck en tant que rival grandissant, mais pour redonner du prestige à l’Empire dans son essence même puisque le peuple appelait à la République ! Les Parisiens avaient effectivement rejeté par le plébiscite du 8 mai 1870 le projet de réformes et de nouvelle constitution impériale.
              La guerre franco-prussienne n’est pas du tout une affaire de politique extérieure, mais bien de politique intérieure comme le prouvèrent le reste des évènements.


            • titi 25 mai 2012 00:02

              @L’auteur

              Votre article est du grand n’importe quoi.

              « Napoléon III déclare la guerre à la Prusse de Bismarck dans le but de redorer son prestige »
              Euh non. Si Napoléon III déclare la guerre c’est avant tout sous la pression de la rue parisienne.Le reigne de Napoléon III, quoi qu’en dise V.Hugo est remarquable.Economiquement, socialement, diplomatiquement.

              « En trois semaines, il réunit une armée de près de 130 000 hommes prêts à libérer Paris. »
              Des hommes l’armée francaise en a toujours eu. C’est de fusils et de canons qu’elle n’avait pas. Ainsi 12000 soldats de l’armée de Bretagne ont été lancés contre les Prussiens avec... 4000 fusils. 1 pour 3. Faut pas s’étonner du résultat.

              « Ce sera 13 jours de trop. Le 27 octobre, Bazaine livrait la ville de Metz aux allemands »
              Que Gambetta aie trainé les pieds n’aurait rien changé. Bazaine se battait pour l’Empire. Pas d’Empire, pas de Bazaine. C’est tout simple.

              « Tous s’accordent à dire, Bismarck le premier, que si, en ce mois d’octobre 1870, Gambetta et son armée s’étaient lancés vers Paris, la guerre était perdue pour la Prusse »
              Etant donné que l’armée francaise a perdu quasiment toutes les batailles de cette guerre, je vois pas bien ce qu’auraient fait ces braves gens à part de la chair à canon.

              J’ajoute que Gambetta a signé l’armistice, en abandonnant l’armée de Bourbaki, et les département de l’Est. Il a sacrifié le seul général ayant eu une vision stratégique et ayant remporté des succès tactiques. Il faut dire que ce général était bonapartiste, juif et d’origine grecque. Gambetta est un traitre.
               


              • Le Grunge Le Grunge 25 mai 2012 11:49

                @titi

                "Le reigne de Napoléon III, quoi qu’en dise V.Hugo est remarquable.Economiquement, socialement, diplomatiquement.

                merci de le souligner, c’est un fait indéniable, il a protégé sa population face au nouveau libéralisme anglais car la France encore majoritairement rurale à l’époque, et ce jusqu’à 1930, aurait connu le même sort qu’aujourd’hui...

                Par contre, je ne connaissais pas cette version des fait au sujet de l’abandon de Bourbaki, je reste un poil sceptique sur cette affirmation, mais j’entends ce que vous dite et je vais de ce pas ré-ouvrir mes manuel

                Cordialement

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Jean Lannes

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