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Accueil du site > Actualités > Politique > Pasqua et sa légende

Pasqua et sa légende

« Certains me disaient (…) que tu avais le sens de l’État. Bigre ! Je n’irais pas jusque-là, mais disons qu’il est exact que tu savais prendre tes responsabilités. (…) Tu croyais que Balladur t’aurait nommé Premier Ministre ? Naïf que tu es. Jamais il ne l’aurait fait. Tu n’es pas de son monde. Tu lui aurais fait honte avec tes manières de soudard. (…) Il aurait été capable de t’obliger à porter ses horribles costumes trois boutons qu’il fait fabriquer en Angleterre et qui lui vont si mal. Tu t’imagines cintré dans une veste trois boutons. Je ris à l’avance de la tête que ferait le tailleur en contemplant ton ventre et tes épaules. » ("Lettre apocryphe de Jacques Chirac à Charles Pasqua" publiée dans "Les Échos" le 31 juillet 1995 et rédigée par …Nicolas Sarkozy).



Légende sulfureuse. On ne prête jamais qu’aux riches. En insistant beaucoup sur son passé au SAC, le Service d’action civique, organisation paragaulliste chargée de protéger De Gaulle et de combattre l’OAS, qui a très mal tourné, dissoute le 3 août 1982 à la suite de la tuerie d’Auriol (six personnes d'une même famille furent assassinées le 18 juillet 1981), les contempteurs de Charles Pasqua n’ont pas hésité à cracher sur ce qui fondait son action.

Pourtant, il ne faut pas oublier un élément biographique : Charles Pasqua a quitté le SAC le 3 octobre 1969 parce que justement, il prenait trop de place politique dans l’organisation créée le 15 décembre 1959 et à laquelle il avait adhéré en fin 1962. Par ailleurs, il avait été convaincu par Georges Pompidou de se présenter aux élections législatives des 23 et 30 juin 1968 et a été élu face à un communiste. Sa vie a pris donc une direction très différente d’autres du SAC même s'il a cultivé toute sa vie des réseaux multiples parfois troubles (notamment en Afrique). Il avait coutume de dire : « On ne comprend rien de moi si l’on ne comprend pas que je suis un militant. ».

Joseph Macé-Scaron, qui a critiqué avec raison l'incohérence de la plupart des éditorialistes qui encensaient le souverainisme de Pasqua mais vouaient aux gémonies celui de Tsipras, a décrit ainsi ce Pasqua contrasté de l'ombre et de la lumière : « Charles Pasqua incarnait à merveille tous les paradoxes du gaullisme. Ce mélange de conviction, de verbe haut, de déclarations fracassantes et de coups tordus, de tractations, de traîtrises cachés dans les plis du grand drapeau tricolore frappé de la croix de Lorraine. » ("Marianne" le 3 juillet 2015).

Charles Pasqua a marqué de son empreinte et de sa voix une quarantaine d’années de la vie parlementaire et plus généralement de la vie politique française jusqu’à atteindre l’un des plus hauts niveaux de l’État, le Ministère de l’Intérieur. Très contesté pour ses lois qui réformaient le code de la nationalité, n'hésitant pas à prendre des postures que Patrick Buisson n'aurait pas désapprouvées, tous ses succeseurs ont néanmoins reconnu qu'il avait modernisé ce ministère, avec des procédures pour lutter contre le terrorisme qui montrent chaque jour leur efficacité, même si… cela n’empêche pas tous les attentats.

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Son seul Président de la République de tutelle lorsqu’il était Place Beauvau, c’était : « François Mitterrand, qui avait une certaine estime pour moi, disait que j’étais un bon républicain, comme si j’avais eu besoin d’un brevet présidentiel pour m’en convaincre ! » et de continuer : « J’éprouvais cependant pour lui [François Mitterrand] de la considération ; son intelligence, sa grande culture, ses connaissances de la histoire politique étaient incontestables. Ses capacités manœuvrières me fascinaient, les miennes ne le laissaient pas indifférent » (2008).

Et des capacités manœuvrières, indéniablement, Charles Pasqua en a eu beaucoup et les a mises au service du parti gaulliste. Des capacités d’organisation, de mobilisation aussi, et un sens intuitif de l’esprit populaire. Probablement un anti-Giscard dans sa personnalité, et aussi politiquement puisque Charles Pasqua a mobilisé toutes ses forces militantes (c’est un secret de Polichinelle maintenant) pour faire élire François Mitterrand le 10 mai 1981, ce qui garantissait à son poulain Jacques Chirac un boulevard à droite et aussi au centre (que Charles Pasqua méprisait beaucoup).

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Trois exemples qui ont montré les qualités organisationnelles extraordinaires de celui qui fut comparé pas sans flatterie à Lucien Bonaparte : la manifestation du 30 mai 1968 pour soutenir le Général De Gaulle aux Champs-Élysées (au moins 400 000 personnes, peut-être un million) qui a complètement retourné la situation et mis fin à la révolte étudiante (c’est aussi Charles Pasqua qui conseilla à De Gaulle de parler à la radio et pas à la télévision, ainsi qu’à 16 heures et pas à 20 heures, pour rendre son intervention plus dramatique). Les deux autres exemples concernent la victoire obtenue de Jacques Chirac sur les barons du gaullisme : le 14 décembre 1974 où Jacques Chirac a réussi à conquérir le secrétariat général de l’UDR, et le 5 décembre 1976 avec la fondation du RPR et Jacques Chirac désigné président. L’ouvrage était si précisément réalisé que la salle était acquise à Jacques Chirac et que les rapports de force en interne avaient été minutieusement anticipés par Charles Pasqua (expert en mathématiques militantes).

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Charles Pasqua a fait partie du trio "infernal" qui a conseillé pendant plusieurs années Jacques Chirac, avec Pierre Juillet et Marie-France Garaud. Bernadette Chirac a mis son mari le dos au mur après son échec aux élections européennes du 7 juin 1979, quand elle lui a lancé l’ultimatum de choisir entre eux et elle. Charles Pasqua fut un rescapé de Bernadette, trop indispensable à Jacques Chirac pour ses conquêtes électorales (comme la mairie de Paris en mars 1977).

Et ce qui caractérisait Charles Pasqua, c'était avant tout sa fidélité dès novembre 1942 au Général De Gaulle. Être résistant à 15 ans n’est pas très fréquent : « L'essentiel, c'est la capacité de refuser ce qui apparaît au plus grand nombre inévitable. » (France Info le 5 juin 2015),

Lorsqu’il s’est retrouvé député à la fin de la période gaullienne, il voulait soutenir activement l’homme qui serait le plus apte à prendre la relève gaulliste. Il a découvert en Jacques Chirac toutes les qualités requises. Jusqu’en 1988 et l’échec présidentiel. Une période d’une vingtaine d’années qui a fait de la relation entre Jacques Chirac et Charles Pasqua une relation pas seulement politique mais aussi très affective. Charles Pasqua était en quelque sorte le grand frère de Jacques Chirac.

Parmi les réalisations étonnantes de Charles Pasqua, il y a eu aussi le Silvio Berlusconi en version politique. C’est lui en effet qui l’aida à créer Forza Italia et à en faire un véritable parti politique. Un coach assez efficace puisque Silvio Berlusconi fut élu quatre fois à la tête du gouvernement italien au cours d’une carrière politique qui dura une vingtaine d’années malgré les nombreuses controverses qu'il a suscitées. Pour comprendre ses motivations, on peut sans doute citer l’amitié qui liait les deux hommes depuis les années 1980 (malgré la proximité de Berlusconi avec les socialistes italiens et français ; François Mitterrand lui avait offert la cinquième chaîne de téléviion le 20 novembre 1985), la satisfaction intellectuelle de continuer à influencer dans la vie politique européenne, mais aussi sa connaissance du monde économique (il a grimpé toute la hiérarchie du producteur de pastis Pernod-Ricard pour en devenir le grand directeur commercial), c’est très rare dans la classe politique française où le parcours traditonnel est plutôt d’avoir été grand commis de l’État, haut fonctionnaire passé par le moule des grandes écoles (ENA, Normale sup, X, HEC, etc.), en pantouflant le cas échéant dans une grande entreprise publique ou une banque (comme ce dernier en date).

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Après 1988, Charles Pasqua ne croyait plus aux chances de Jacques Chirac et a trouvé en Philippe Séguin le nouveau meilleur représentant du gaullisme tel qu’il l’imaginait. Mais lorsqu’il a retrouvé le Ministère de l’Intérieur, sur l’insistance de celui qu’il considérait comme son plus grand rival pour conseiller Jacques Chirac, à savoir Édouard Balladur, il a appris à connaître ce nouveau Premier Ministre, à comprendre que lui aussi agissait selon l’intérêt de l’État, parfois avec un courage politique plus marqué que Jacques Chirac, si bien qu’il a préféré le soutenir en 1995 à faire campagne pour Jacques Chirac (promis à l'échec).

Certains de ses proches avaient même encouragé Charles Pasqua à se présenter à l’élection présidentielle de 1995. Dans un sondage qui ne fut pas publié (témoignage de William Abitbol), s’ils avaient été présents tous les trois au premier tour, Balladur aurait fait 11%, Chirac 10% et Pasqua 9%, à froid, hors campagne, et donc, une campagne présidentielle aurait été jouable. Mais Charles Pasqua avait assez d’intuition électorale pour comprendre qu’il n’était pas pertinent de se présenter, car cela aurait rendu difficile la présence d’un candidat gaulliste au second tour (au profit du FN).

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L’élection de Jacques Chirac a favorisé sa prise d’indépendance dans son combat contre l’Europe (même s’il n’a pas réussi à mobiliser beaucoup de monde contre le Traité d’Amsterdam signé le 2 octobre 1997). Le sommet de sa dissidence a été son alliance avec Philippe de Villiers aux élections européennes du 13 juin 1999 où il dépassa de plus de 41 000 voix la liste RPR dirigée par Nicolas Sarkozy (avec respectivement 13,1% et 12,8% des voix), toutes les deux arrivées derrière la liste socialiste menée par ...François Hollande (au score très faibe pour un parti au pouvoir, 21,9%), et la création le 21 novembre 1999 d’un nouveau parti, le Rassemblement pour la France (RPF), mais l’alliance De Villiers-Pasqua éclata dès l’année suivante (le 19 juillet 2000), et le mouvement a repris de l'activité le 7 septembre 2002 avec Debout la République de Nicolas Dupont-Aignan. Charles Pasqua fut par ailleurs très seul dans sa campagne pour le "non" lors du référendum du 24 septembre 2000 instituant le quinquennat même s'il avait raison de douter de l'intérêt d'une accélération de la vie politique.

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Charles Pasqua a considéré que c’était à partir de sa victoire aux européennes (juin 1999) que Jacques Chirac a pris peur et a véritablement voulu l’abattre politiquement, car il devenait un danger pour la réélection en 2002. Ce serait pour cette raison qu’il n’aurait pas pu réunir assez d’élus pour parrainer sa candidature (sa campagne présidentielle fut donc très courte, du 29 janvier au 4 avril 2002). Sa candidature aurait probablement bouleverser l'ordre d'arrivée le 21 avril 2002 et permit l'élection de Lionel Jospin. Il était aussi convaincu d’avoir été victime d’un acharnement judiciaire de la part des chiraquiens (il citais Dominique de Villepin et Alain Juppé). De la dizaine d’affaires judiciaires ouvertes depuis quinze ans, pourtant seules deux ont débouché sur une condamnation définitive (une peine de prison avec sursis).

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Pasqua "facho" ? Sûrement pas ! Un ancien résistant et un républicain qui a même été fustigé par Jean-Marie Le Pen, qui disait de Charles Pasqua le 24 mai 1986 : « Matamore des salles de rédaction, Tartarin des Alpes-Maritimes… qui ne fait que brasser du vent pour impressionner les braves gens dont le réveil sera cruel. ». Charles Pasqua s’en défendait aussi parfois en créant lui-même la polémique à l’Assemblée Nationale, comme le 29 avril 1970 en s’adressant à François Mitterrand : « Quoi qu’il en soit, le peuple français sait bien de quel côté sont les fascistes et les totalitaires. » ou comme le 20 mai 1986 en s’adressant aux socialistes revenus à l’opposition : « Je suis de ceux qui ont participé à l’histoire pendant que vos amis se couchaient devant l’occupant ! ».

Dans ses mémoires, Charles Pasqua a fortement critiqué la démagogie facile de Jacques Chirac, président du RPR [le 19 juin 1991 à Orléans], et de Valéry Giscard d’Estaing, président de l’UDF [le 21 septembre 1991 dans "Le Figaro-Magazine"], à une époque où le Front national (déjà) montait en puissance, au début des années 1990 : « Sans doute soucieux de montrer qu’il était en osmose avec ses concitoyens, à moins que ce ne soit pour braconner sur les terres du Front national, Jacques Chirac crut bon de parler "du bruit et de l’odeur" apportés par les immigrés. (…) Ne voulant pas rester au second plan, Valéry Giscard d’Estaing, comparse de toujours de Jacques Chirac, préféra parler d’un "risque d’invasion". Tout cela était lamentable et ridicule. » (2008).

C’est peut-être pour ce type de réflexion que, au-delà des dissensions politiques parfois très profondes et de ses erreurs d'appréciation, sa mémoire a fait l’unanimité dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale lors de la séance du 30 juin 2015, encouragée par le Premier Ministre Manuel Valls, pourtant de l’autre bord politique, qui salua ainsi celui qui fut aussi l’un de ses prédécesseurs à son premier ministère : « Le Président de la République, plusieurs membres du gouvernement et moi-même avons salué la mémoire de Charles Pasqua. Nous avons en mémoire les mots de François Mitterrand le concernant et personne ici ne peut oublier, au-delà des différences et du parcours de Charles Pasqua, qu’il fut gaulliste, qu’il avait une certaine idée de la République et de la France et qu’il fut l’un des plus jeunes résistants de notre pays. Vous avez raison : il faut honorer la mémoire de Charles Pasqua. » (en réponse à une question de Christian Jacob, président du groupe Les Républicains).

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Ses obsèques ont eu lieu le vendredi 3 juillet 2015 dans la matinée (en absence de Nicolas Sarkozy) à la cathédrale Saint-Louis des Invalides à Paris, où le "Dio vi salve Regina" fut chanté, avant la messe d'inhumation à la cathédrale de Grasse ce mardi 7 juillet 2015 à 10 heures (en présence de Nicolas Sarkozy). Il sera enterré près de son fils unique Pierre-Philippe Pasqua, décédé le 11 février 2015, qui fut aussi l'un de ses collaborateurs et qui avait été condamné définitivement à un an de prison ferme le 24 septembre 2008 et le 8 avril 2010 dans deux affaires politico-financières (GEC-Alsthom Transports et Angolagate). Par ailleurs, dès le 30 juin 2015, Charles Pasqua avait été salué également par Jean-Pierre Chevènement, autre successeur à l’Intérieur, et autre "grande gueule" solitaire et crypto-gaulliste de la politique française…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (7 juillet 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Légende.
Le grognard éprouvé du postgaullisme.
La mémoire explosive de Charles Pasqua.
Pasqua, ange et démon.
Nicolas Sarkozy.
Jacques Chirac.
Les héritiers du gaullisme.
Charles De Gaulle.
Georges Pompidou.
Philippe Séguin.
Édouard Balladur.
Alain Juppé.
Dominique de Villepin.

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7 réactions à cet article    


  • Robert GIL Robert GIL 7 juillet 2015 13:48

    Pour ses “sales coups”, Pasqua et les chefs du SAC recrutent dans les prisons, notamment parmi les truands incarcérés pour des attaques à main armée. Comme à l’époque du RPF, les gaullistes travaillent à travers de nombreuses entreprises (la Barracuda, la Frimotex etc.), qui, tout en ayant une existence légale, sont entre les mains de membres ou d’anciens membres des services secrets et s’engagent dans un trafic d’armes particulièrement lucratif – de chars, de mitrailleuses, de munitions et d’explosifs – en direction de l’Afrique Noire, des pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Dans toutes les basses œuvres de la France en Afrique – coups d’État, assassinats, corruption, détournement de fonds, élimination d’opposants – les hommes du SAC sont de la partie, autour de Jacques Foccart, surnommé le “Monsieur Afrique” du camp gaulliste.
    .
    voir :
    LE SERVICE D’ACTION CIVIQUE, ou la » tradition démocratique » du mouvement gaulliste !


    • juluch juluch 7 juillet 2015 14:09

      Un grand Monsieur...... 


      merci pour le partage Sylvain.

      • diogène diogène 7 juillet 2015 15:40

        on a les héros qu’on peut

        si les gaullistes se glorifient d’avoir eu comme grand stratège le parrain de la french connexion,
        qu’ils le gardent !
        ça en dit long sur les « valeurs » de cette famille politique sénescentes mais encore présente dans notre paysage à travers certains notables locaux qui se partagent les clients avec le PS

        • Fergus Fergus 7 juillet 2015 22:54

          Bonsoir, Sylvain

          J’ai bien aimé la photo sur fond de « Non au quinquina ». Dommage qu’il manque la ligne inférieure : « Oui au pastis ! » smiley


          • 65beve 7 juillet 2015 23:31

            Chirac avait tellement confiance dans ce type qu’il lui a mis Robert Pandraud dans les pattes comme ministre délégué à la sécurité à la fin des années 80.


              • Samson Samson 10 juillet 2015 00:24

                Beaucoup de sang sur les mains, et pas qu’allemand, mais de fait un incontournable officier aux basses œuvres de la République.
                Pour la légende sulfureuse, certains ajoutent l’implication de Charles Pasqua dans la ténébreuse affaire de l’Ordre du Temple Solaire, dont l’activité et les suicides collectifs n’ont jamais été totalement élucidés : l’ordre aurait joué les bons offices dans un trafic d’armes vers l’Angola.
                Mais comme vous le signalez fort justement, on ne prête qu’aux « riches » !
                Brrr !!!

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