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Accueil du site > Actualités > Politique > Pourquoi la gauche bloque-t-elle sur le revenu de base inconditionnel (...)

Pourquoi la gauche bloque-t-elle sur le revenu de base inconditionnel ?

Pourquoi la gauche fait-elle preuve de tant d'hermétisme vis-à-vis d'une mesure en apparence facilement soluble dans ses idéologies ? C'est probablement dans le lien travail-revenu qu'il faut chercher la réponse.

Quand je discute du revenu de base inconditionnel avec mon entourage (famille, amis, connaissance, relations…), il arrive fréquemment que soit posée la question sur la position de la gauche sur ce sujet.

La question vaut d’être posée car quand on égraine les apports de l’application du revenu de base inconditionnel, nombreux sont ceux qui semblent compatibles avec les thèmes de gauche, et notamment :

  • éradiquer la pauvreté ;
  • favoriser et reconnaître les activités non marchandes (sans les rendre marchandes) ;
  • permettre les activités culturelles sans les enfermer dans une logique financière (notamment apporter une solution efficace à la rémunération des artistes) ;
  • offrir la liberté réelle de choisir un emploi rémunéré sans y être obligé, et avec des conditions acceptables (puisqu’on peut les refuser et se contenter de son revenu de base) ;
  • redéfinir le contrat social et notamment la solidarité par l’inconditionnalité du revenu de base (disparition de l’obstacle du guichet qui oblige à justifier de sa précarité pour pouvoir bénéficier d’une aide) ;

Cette liste n’est pas exhaustive, mais l’on voit déjà que la gauche devrait pouvoir trouver dans cette mesure beaucoup d’arguments pour la proposer. Pourtant, force est de constater que les partis de gauche sont plus que frileux sur le sujet. Et même qu’ils l’évitent.

En cette année présidentielle, seuls deux ex-candidats ont proposé le revenu de base dans leur programme : Christine Boutin et Dominique de Villepin. Les deux sont à droite. Seule Christine Boutin proposait un revenu de base inconditionnel (le revenu citoyen de Dominique de Villepin était conditionnel). A gauche, chez EELV, on évoque parfois le revenu de base inconditionnel du bout des lèvres, à travers des projets d’expérimentations, toujours en évoquant une mise en place d’un revenu universel “à terme” sans plus de précision… Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon parle de ne pas accepter qu’on vive en dessous de 650 euros par mois, mais jamais ne proposent (ni l’un ni l’autre) autre chose que des mesures ciblées et donc conditionnées à un statut donné.

Alors qu’est-ce qui justifie cela ? Pourquoi autant d’hermétisme vis-à-vis d’une mesure en apparence facilement soluble dans les idéologies de gauche ? C’est probablement dans le lien travail-revenu qu’il faut chercher la réponse.

En effet, la gauche de la fin du 19è et du 20è siècles s’est forgée autour de la valeur travail et la défense des travailleurs. Ce combat se retrouve dans la défense persistante du salariat et de son St. Graal, le CDI, alors même que ce “statut” ne concerne plus qu’une minorité de personnes, finalement privilégiées, et que le chômage de masse se banalise, et que le plein-emploi ne redeviendra jamais la norme.

Et le travail dans cette logique est indissociable du revenu, mais aussi du droit du travail, des acquis sociaux… tout ce que les travailleurs ont, ils l’ont (et l’ont obtenu) dans le cadre du travail. Certes, ceux qui n’ont pas de travail ont le droit à des subsides qu’ils doivent quémander en justifiant (souvent en y perdant en dignité) de leur difficultés. Le salarié lui n’a pas ce problème. Sauf que cet apparent avantage est la contrepartie de son acceptation muette des contraintes assorties souvent subies, rarement choisies (en témoigne la souffrance et le stress au travail, qui semble d’ailleurs contredire la thèse que le travail seul est épanouissant), .

Or, si le revenu de base inconditionnel apporte des solutions (on l’a vu plus haut) gaucho-compatibles, il est aussi et surtout un changement de paradigme qui induit une séparation entre d’un côté le revenu, de l’autre le travail. On passe d’une logique de “travailler pour gagner sa vie” à une logique “gagner sa vie pour pouvoir travailler”.

Baptiste Mylondo, auteur (entre autres) de l’ouvrage “Un revenu pour tous“, membre du Mouvement Utopia, mouvement politique de gauche altermondialiste et écologique, aborde dans le livre cité la question et la résume je trouve fort bien (extrait de la page 52) :

On peut dès lors s’interroger sur le relatif consensus qui entoure le revenu maximum à gauche et sur le rejet dont le revenu inconditionnel fait l’objet au sein de cette même gauche. En militant pour un revenu maximum tout en négligeant le revenu inconditionnel, les partis de gauche trahissent en fait leur attachement religieux à la “valeur travail”.

Si revenu maximum et revenu inconditionnel s’appuient l’un comme l’autre sur une redistribution verticale des richesses ils se distinguent en fait par le mode de répartition choisi. Répartition par les salaires d’activité pour l’un, répartition par un salaire social pour l’autre. Or, le choix du mode de répartition est en fait lourd de sens.

En confirmant le rôle du travail comme vecteur privilégié de la répartition des richesses (le travail demeure la source quasi-exclusive de revenu) le revenu maximum conforte en effet la place exorbitante et la valeur absurde accordée aujourd’hui au travail. À l’inverse, en s’appuyant sur une déconnexion entre revenu et travail, le revenu inconditionnel appelle une remise en cause du travail dans la société. C’est d’ailleurs l’attachement de la gauche à la “valeur travail” (et au droit du travail qui en découle) qui explique les plus sérieuses objections opposées au revenu inconditionnel.

À méditer…

Parution initiale sur « Mon pays c'est la Terre »


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47 réactions à cet article    


  • Jean-Pierre Llabrés Jean-Pierre Llabrés 11 avril 2012 08:00

    « la gauche de la fin du 19è et du 20è siècles s’est forgée autour de la valeur travail et la défense des travailleurs », notamment sous l’impulsion de Karl Marx qui, depuis plus de 160 ans, fourvoie le prolétariat en le focalisant sur l’éradication criminelle de la bourgeoisie afin de s’approprier les moyens de production.

    Le Dividende Universel.

    Le Parti Capitaliste Français ( PCF ) propose une synthèse socio-économique permettant d’instaurer une authentique compatibilité entre compétitivité et cohésion sociale ; entre compétitivité et solidarité.

    Ce projet de « Dividende Universel » se compose d’un Objectif Principal et de deux Objectifs Spécifiques qui découlent de l’objectif principal.

    Objectif Principal :
    Acquisition Citoyenne & Collective du Pouvoir Économique

    Objectifs Spécifiques :
    I)
    Transformer le « capitalisme ordinaire » en un authentique Capitalisme Écologique, Anthropocentrique, Philanthropique et Équitable.
    II)
    Faire bénéficier chaque citoyen, même mineur, d’un Dividende Universel évolutif qui, de facto, éradiquera définitivement le concept même de chômage.



    • Robert GIL ROBERT GIL 11 avril 2012 08:37

      Il faut, sur le modèle de la cotisation sociale qui finance les pensions, abolir le droit de propriété lucrative en créant une cotisation économique qui assèche les profits et donne aux travailleurs la maîtrise de l’investissement. Deux conditions structurelles sont donc nécessaires pour émanciper le travail de la subordination dans laquelle il est aujourd’hui  : la qualification personnelle du salaire à vie, et la maîtrise de l’investissement par la cotisation économique....................
      C’est un peu ce que propose le NPA avec l’interdiction des licenciements
      http://2ccr.unblog.fr/2012/03/26/pour-un-salaire-a-vie/


      • Jeff Renault Jeff Renault 11 avril 2012 12:37

        C’est également la vision défendue par Bernard Friot.

        J’ai assisté à une de ses intervention dans le cadre d’un colloque organisé par le POURS à Montreuil, et je dois dire qu’il ne m’a pas convaincu.

        Sa proposition repose sur une évaluation de la « qualification » des personnes dont on voit mal comment elle éviterait l’arbitraire. On s’approche d’un contrôle généralisé de la population. Hélas, il a éludé la question qui lui était posée sur ce point.

        En outre, il reste très centré sur la « valeur travail », et on est donc loin du revenu de base inconditionnel.


      • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 15 avril 2012 13:33

        Donner un revenu sans contrepartie travail à qui peut travailler n’est pas une une valeur progressiste, mais l’institutionnalisation du resquillage et de la mendicité programmée avec une rupture totale entre ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas. 


        C’est la négation de la justice commutative et de la solidarité sur laquelle repose la notion même de société et une recette pour la décadence, C’est le financement du clientelisme au sein du lumpenproletariat au profit des élites autoproclamées qui deviendont la classe des seuls vrais citoyens au milieu des ilotes. 

        En résumé N O N ! 

        il faut offrir une revenu garanti à tous en échange d’un travail qui lui est aussi garanti. Ne peut être donné sans travail rien de significatif qui ne soit surabondant et qui donc n’exige aucun travail.




        Pierre JC Allard

      • Jeff Renault Jeff Renault 15 avril 2012 17:49

        @Pierre JC Allard >

        Le problème, c’est que ce n’est pas le revenu de base qui va institutionnaliser la « rupture totale entre ceux qui travaillent et ceux qui ne travaillent pas. » Cette rupture est d’ores-et-déjà une réalité. Le revenu de base inconditionnel vise à permettre à tous de vivre dignement, pas seulement quand on a un travail, denrée de plus en plus rare.

        Merci de ta contribution.


      • JL JL1 11 avril 2012 09:04

        Le revenu universel est d’inspiration libérale. C’est un premier cheval de Troie destiné à instiller les valeurs libérales dans l’esprit d es électeurs de gauche, et ce serait un deuxième cheval de Troie pour anéantir un à un tous les dispositifs de solidarité sociale y compris les services publics lesquels seraient,en échange, privatisés et payants.

        Le revenu universel n’est pas dans les valeurs de la gauche ; peut-être une valeur bobo ? Le travail est la valeur de gauche par excellence, et c’est le travail et le travail seulement, qui produit l’élite authentique, n’en déplaise aux rentiers.


        • JL JL1 15 avril 2012 18:14

          @ Jeff Renault,

          c’est beau les belles paroles . Comme les belles personnes. Parfumées on en redemande.

          Vous seriez crédibles, vous les demandeurs de RU, si on vous voyait sur les articles universalistes et qui dénoncent le libéralisme sauvage, comme par exemple celui de Mike Gallantsay, hier.

          On n’y voit jamais aucun d’entre vous ! C’est un signe qui ne trompe pas.


        • JL JL1 15 avril 2012 20:25

          Jeff Renault,

           c’est tout ce que vous trouvez à répondre ?

          Qui ne dit mot consent, dit-on. Et vous êtes la preuve du double langage que tiennent ces odieux libéraux en promettant d’un coté le RU (ce poison empoisonné) et de l’autre en tuant littéralement tout ce qui ressemble de près ou de loin à une politique humaniste ou seulement sociale.


        • JL JL1 16 avril 2012 07:44

          Il faut évidemment lire « cadeau empoisonné », ou plutôt « promesse de cadeau empoisonnée » : c’est ce qu’est en définitive, le RU.


        • cevennevive cevennevive 11 avril 2012 10:34

          Bonjour,

          Il est un fait un peu paradoxal dans cette sacralisation de la valeur « travail » par les institutions de la gauche dans son ensemble.

          La sacralisation du travail dans nos civilisations judéo chrétiennes provient des principes de la Bible : Genèse : « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front ». Et depuis des siècles et des siècles, c’est cette maxime qui guide tous nos principes politiques et sociaux.

          Il serait peut-être temps d’en changer !

          Pourquoi, en effet, n’applique-t-on ce principe que pour les « petits », les « sans grades », les « modestes », les manuels et les employés ?

          Une grande partie de la population ne gagne plus son pain à la sueur de son front. Elle le gagne surtout à la sueur du front des autres...

          Il est donc paradoxal que ce soit la gauche dans son ensemble qui se pare d’une maxime judéo-chrétienne, elle qui devrait, au contraire, changer la société contemporaire. Une société devenue porteuse d’inégalités.

          Cela ne m’empêche pas d’agréer les valeurs de la gauche, bien entendu. Mais là, en l’occurence, elle se « plante ». La « valeur travail », si incontournable après la seconde guerre mondiale n’est plus, et de loin, une valeur absolue. La valeur « argent » l’a remplacée partout.

          Cordialement.


          • JL JL1 11 avril 2012 10:53

            Cévennevive,

            vous n’êtes pas stupide !? Je vais vous expliquer quelque chose.

            - rocla écrit : « JL, combien d’emplois avez bvous créé ? »
            - moi : « aucun, et d’une certaine façon, j’en ai détruits, puisque, en tant qu’informaticien, j’étais payé pour réaliser des gains de productivité ».
            - rocla : « haha ! la voilà, cette gauche, du <faites ce que je dis, pas ce que je fais> ».

            Cévennevive, pourquoi Croyez vous, que les gens qui font profit sur le travail des autres sont prêts à payer des oisifs ? Parce que ça leur coûtera moins cher que de payer à son juste prix le travail quand il serait correctement partagé.

            Vous voulez un partage correct des fruits du travail ? Alors exigez un partage correct du travail.


          • jpm jpm 11 avril 2012 11:08

            Le probleme JL c´est de plus en plus de taches sont confiees a des machines, et je ne vois pas bien comment on peut partager avec des robots.

            Par contre, on peut tres bien imaginer de partager une partie des richesses, produites entre autres par des machines, et d´en redistribuer une partie a chaque etre humain, pour que tout le monde puisse vivre dignement, en travaillant... ou pas.

            Evidemment, on peut rever de partager le travail entre tous, mais cela peut tres bien se faire dans le temps et il n´est pas necessaire que tout le monde travaille en meme temps. C´est donc un des avantages du Revenu Inconditionnel qui permettra a ceux qui le souhaitent de faire des des pauses au cours de leur vie professionnelle. Cela liberera donc des places pour d´autres personnes qui souhaiteraient augmenter leur activite... et donc leur revenus.


          • JL JL1 11 avril 2012 11:11

            jpm,

            ce n’est pas la peine de débattre avec vous : vous êtes un robot.


          • cevennevive cevennevive 11 avril 2012 11:28

            Vous voulez un partage correct des fruits du travail ? Alors exigez un partage correct du travail.

            Oui, JL, mille fois oui ! Dans l’absolu, c’est en effet l’idéal !

            Mais vous savez bien que le « partage correct du travail » est impossible aujourd’hui, là, à l’heure actuelle ! Et que, même une baguette magique ne pourrait l’installer !

            Erradiquer le travail au noir, qui coûte très cher à la société, serait déjà un effet positif de ce revenu inconditionnel...

            Combien de RSAstes, de chômeurs pauvres, d’employés à mi-temps sont obligés de travailler au noir pour nourrir leur famille ? Dites, combien ? Et que peuvent-ils faire d’autre ? Et ce travail au noir enrichit qui ? Appauvrit qui ?

            Vos remarques sont justes et je les approuve, mais elles découlent du particulier, et pas de l’ensemble.

            Cordialement JL.


          • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 15 avril 2012 13:41

            @ à tous sur ce fil


            Toutes les questions que vous soulevées - du revenu garanti au partage du travail et au décalage dans le temps des prestation travail - sont traitée et des solutions proposées dans les 30 premiers articles de cette série de textes


            Pierre JC Allard



          • herbe herbe 15 avril 2012 15:20


            Le but en effet c’est de « garantir » un revenu décent pour tous...
            Je pense amha que sur ce but là nous sommes tous d’accord....



          • gogoRat gogoRat 11 avril 2012 10:40

            « Considérons un instant l’éthique du travail, franchement, sans superstition.
            Chaque être humain, par nécessité, consomme, au cours de sa vie, une certaine quantité du produit du travail humain.
            En supposant (on peut le faire !) que ce travail est au total désagréable, il est injuste qu’un homme doive consommer plus qu’il ne produit. Bien sûr il peut fournir des services plutôt que des marchandises, comme un médecin, par exemple ; mais il devrait fournir quelque chose en échange de sa pension complète [son logement].
             À cette condition, le devoir de travailler doit être admis, mais à cette condition seulement. »


             voir l’éloge de l’oisiveté par Bertrand Russell (page 12/24 : http://okidor.free.fr/reflects/file/elogeDeLoisivete.pdf )

            ( en lien avec le thème de cet article, voir aussi le passage évoquant la Russie -page 15 et suivantes )


            Vouloir des élites est un objectif aristocratique (étymologiquement « pouvoir des meilleurs ») alors que les Français sont plutôt supposés vouloir une démocratie. 

            Si l’on souhaite l’égalitré entre Français, pourquoi réserver à certains seulement le statut associé à la notion d’élite ? Pour permettre à tous l’épanouissement le plus complet possible,
             au moins autant que de vouloir partager le travail, pourquoi ne chercherions-nous pas un partage équitable du loisir ?

            En tout cas, B. Russell était convaincu (voir bas de la page 20, et suite ) que nos civilisations se sont avant tout amendées grace au loisir qui a fait émerger les arts, les sciences, qui a permis l’écriture des livres, le temps de la philosophie et un affinement des relations sociales.


            • JL JL1 11 avril 2012 10:58

              Les élite, les vraies, ne sont pas aristocratiques, au contraire. Les élites, ce sont les Mozart, les Cézannes, les Hugo, les Einstein, Freud, Marx, Darwin, et j’en passe. Tous de grands travailleurs : ce n’est pas en baillant aux Corneilles qu’ils sont devenus immortels.

              « C’est l’orgueil qui fait le sophiste, la bonne foi fait le savant. » (Joseph Joubert)

              « La simplicité est le contraire de la mauvaise foi » (A.. Comte-Sponville)

              « La caractéristique de l’inventeur, c’est qu’il est modeste. L’orgueil a été inventé par les non-inventeurs. » (Jean Giraudoux)


            • Jeff Renault Jeff Renault 11 avril 2012 12:55

              @JL1 >

              Les élite, les vraies, ne sont pas aristocratiques, au contraire. Les élites, ce sont les Mozart, les Cézannes, les Hugo, les Einstein, Freud, Marx, Darwin, et j’en passe. Tous de grands travailleurs : ce n’est pas en baillant aux Corneilles qu’ils sont devenus immortels.

              C’est intéressant, car les exemples que tu cites démontrent que le mot travail recouvre plus d’une réalité. On devrait probablement préférer le terme activité.

              Les grands noms cités ne produisaient pas des biens ou des services. Leurs activités étaient non-marchandes. Elles n’étaient pas moins utiles à la société.

              Le revenu de base inconditionnel opère la déconnexion du revenu et de l’activité. On permet ainsi à chacun d’être libre d’exercer une activité de son choix. Soit rémunérée pour augmenter son revenu, soit non marchande.


            • JL JL1 11 avril 2012 13:27

              Jeff Renault,

              que l’on serve une rente ou non, ce n’est pas cela qui donnera du génie à celui qui n’a appris ni à compter ni même à lire.

              Hier je regardais une émission consacrée au nucléaire. Un témoin (sous-traitant de maintenance) racontait qu’au début il faisaient les interventions en deux semaines. Puis Les donneurs d’ordres (ou bien leurs patrons sous-traitants ?) ont exigé de faire le travail en une semaine. Puis de gagner des heures. Maintenant, on en est à gagner des minutes, voire des secondes, parce que le temps d’arrêt, c’est de la production en moins, des millions de profits !

              Il disait : les cadences imposées sont telles que parfois on coche une case du CR alors que le travail correspondant n’a pas été réalisé.

              Je pourrais trouver des centaines d’exemples qui montrent que le travail c’est ce qui manque le moins.

              Je n’hésite pas à le dire : ceux qui prétendent qu’il n’y a pas assez de travail pour tous sont, ou bien des menteurs, ou bien des ignorants, en tous les cas, des gens que ce discours arrange d’une façon ou d’une autre. Et pourtant, il est facile de voir que ce discours n’est que propagande.

              Maintenant jeff renault, ne me tutoyez pas , svp : je ne le permets qu’aux personnes que je connais ou dont les idées sont en phase avec les miennes.


            • JL JL1 11 avril 2012 13:50

              Allez,

              encore un mot : 24 % des 18-24 ans s’apprêteraient à voter Le pen parce qu’ils croient qu’elle seule, comme Charles Martel à Poitiers, arrêtera l’immigration de ces masses qui viennent leur piquer le boulot.

              Vous croyez que l’on va continuer à faire venir par charters cette main d’œuvre docile et vous verser un RU rien que pour ne pas abimer vos jolies mains ?

              Pfff ! Quelle bêtise. C’est à vomir !


            • Jeff Renault Jeff Renault 11 avril 2012 13:58

              @JL1 >

              Évidemment, on peut choisir de fermer le débat en considérant que tout ceux qui ne pense pas comme toi sont des menteurs. C’est plus facile. Ce n’est pas ma conception des choses.

              Présenter le revenu de base comme une rente est aussi un moyen péremptoire et agressif de ne pas débattre. Je ne sais pas ce qui te dérange dans cette idée, mais tu fais montre de peu d’esprit d’ouverture.

              Je pense que non seulement le plein-emploi ne reviendra pas, mais de surcroit je m’en félicite. Car je ne pense pas que le travail soit sacré.

              Toux ceux qui disent combien le travail est épanouissant, voire le seul moyen de s’épanouir pour l’être humain, sont effrayés à l’idée du revenu de base, et sont les premiers à prédire que les gens ne voudront plus travailler... Et pourquoi donc si le travail est SI épanouissant ?

              La rupture du lien entre emploi et revenu te choques (d’où la qualification de « rente »). Je comprends cela. Notre modèle est tellement construit autour de ce lien depuis si longtemps que ça ne peut que heurter nos repères. Mes premières réactions (comme de nombreuses personnes à qui l’on parle du revenu de base pour la première fois) étaient les mêmes.

              Pourtant, en creusant, on comprend comment le revenu de base peut apporter des solutions heureuses à nos problèmes. Pourquoi qualifier de « rente » un revenu qui permet d’éradiquer la pauvreté ? Le revenu de base inconditionnel est simplement la reconnaissance de l’individu comme membre d’une société, simplement parce qu’il existe, et parce que nous ne pouvons tolérer que ses besoins de base ne soient pas garantis.

              Du coup, le travail lui-même s’en trouve valorisé. Plus d’obligation d’accepter n’importe quel travail pour simplement vivre. Puisqu’on a de quoi subvenir à ses besoins de bases, on peut prendre une activité de son choix (rémunérée ou non). Le rapport de force s’inverse.

              Je t’invite à faire des recherches sur le sujet, et peut-être que certaines de tes craintes se verront apaisées.

              Merci pour l’échange.


            • Jeff Renault Jeff Renault 11 avril 2012 14:28

              @JL1 > Enchanté également de faire ta connaissance


            • JL JL1 11 avril 2012 14:51

              orion,

              ce n’est pas qu’un épisode que vous avez raté, c’est tous les épisodes.

              On ne devrait pas parler aux imbéciles, non pas parce que ça les instruit, mais bien au contraire, parce que ça ne les instruit pas. Ceci dit, ce n’est pas pour vous que j’ai développé tous ces arguments jamais invalidés : c’est à l’intention des personnes sensées ici qui lisent plus qu’elles n’écrivent.

              Allez, une petite musique, Parodie réalisée par l’excellentissime coopérative Le Pavé


            • Jeff Renault Jeff Renault 11 avril 2012 15:15

              @JL1 > Je crois en effet que ceux qui liront nos échanges jugeront d’eux-mêmes les arguments développés et se feront leur propre idée. Bonne journée


            • foufouille foufouille 11 avril 2012 21:11

              "Je n’hésite pas à le dire : ceux qui prétendent qu’il n’y a pas assez de travail pour tous sont, ou bien des menteurs, ou bien des ignorants, en tous les cas, des gens que ce discours arrange d’une façon ou d’une autre. Et pourtant, il est facile de voir que ce discours n’est que propagande."

              reaction typique du gars bobos qui vit avec des bobos
              embauche a coup de piston, qui croit donc que c’est pareil pour les autres
              le petit salaire du fils de bobos demarre a 2000 voire 3000€


            • sleeping-zombie 11 avril 2012 10:47

              Je ne sais pas ce qu’en pense « la gauche », terme fourre-tout dans lequel certains moutons en viennent même à mettre le PS, mais voici mon opinion, pour ce qu’elle vaut...

              J’ai toujours considéré la notion de revenu inconditionnel très boiteuse...
              C’est un changement de mode de pensée qui consiste à déconnecter la notion d’argent avec la notion de travail. Quelque part, ça me semble néfaste parce que ça reviendrait à déconnecter la notion de production avec la notion de consommation. Or, on ne peut consommer que ce qu’on a produit.

              Actuellement, le système est loin d’être parfait, mais il a quand même un pilier sain. Avec l’argent de mon salaire (ce que j’ai produit), je peux consommer (acheter des trucs) ou produire plus (investir dans une entreprise directement ou via un produit bancaire), ce qui m’ouvrira le « droit » de consommer plus, mais plus tard. Ce droit étant le versement d’intérêts de dividende etc...
              Finalement, c’est un système clôt. Les dettes des uns ne sont que les richesses des autres (même si actuellement, les autres en question ont tendance a préférer se faire discret et faire passer la dette pour un mécanisme « naturel », et pas les 5% de rendement de leur assurance-vie).

              En ouvrant un robinet de financement « inconditionnel », on perd cette notion de vase clôt, en augmentant éternellement la masse monétaire. Je ne sais pas vraiment prédire ce qui se passera a court terme, mais à long terme, ce ne sera qu’une gigantesque inflation. A moins de procéder de la même manière à une destruction inconditionnelle équivalente. (...) mais là on retombe dans un schéma les « impots des uns sont les allocs des autres ».

              Bref, le revenu inconditionnel, c’est boiteux. Et philosophiquement, je rejoint JL1, ça ressemble à un rêveur qui se dirait « si tout le monde gagnait au loto, il y aurait plus de pauvres ». Sauf que l’économie, ce n’est pas l’argent (y a que les rentiers pour croire ça), c’est qui produit et qui consomme. « Tous rentiers » n’est pas une option économique viable.


              • jpm jpm 11 avril 2012 11:15

                Le revenu universel est une allocation inconditionnelle qui s´ajoute aux autres revenus en contrepartie d´une hausse de la fiscalite sur ces autres revenus.

                Il ne s´agit donc pas du tout de deconnecter la notion de travail et de revenus... ou d´argent... car les gens qui voudront avoir plus que le minimum continueront de travailler pour completer leur revenu universel, exactement comme aujourd´hui.

                Par contre, cela supprimera la stigmatisation des plus demunis qui aujourd´hui doivent sans cesse justifier leur situation et quemander des aides aux services sociaux. Par ailleurs cela supprimerait les desincitations aux travails et les trappes a inactivites qui vont avec les aides conditionnels. Plus personne n´aura peur de perdre une aide en reprenant un travail, ne serait-ce que pour quelques heures.


              • Jeff Renault Jeff Renault 11 avril 2012 13:10

                Tu t’inscris dans un modèle productiviste et consumériste, qui en effet ne fonctionne que s’il s’auto-alimente. Pour consommer il faut produire. Et pour créer toujours plus de croissance, il faut produire toujours plus et consommer toujours plus. Et pour consommer toujours plus, il faut que les biens soient renouvelables (et non durables) et on programme donc l’obsolescence pour générer de la consommation différée (sans d’ailleurs trop se préoccuper des déchets générés).

                Ce modèle rencontre des limites, comme l’a confirmé la réactualisation du rapport du Club de Rome sur la croissance. Les ressources ne sont pas illimitées comme on l’a longtemps pensé. Et parmi elles, les ressources énergétiques vont venir à manquer, engendrant un inévitable effondrement du modèle (car la révolution industrielle mériterait de s’appeler la révolution énergétique tant c’est l’énergie abondante qui l’a permise).

                Tu dis que tu gagnes ton droit à consommer parce que tu as produit. Tu dis que ce système est sain. Vraiment ? Tu trouves sain un système où même les biens vitaux sont considérer comme accessible via la consommation qu’aux seuls individus ayant produit ?

                Il me semble pourtant qu’une société qui accepte l’idée même de l’exclusion comme une banalité est une société gravement malade.

                Le revenu de base inconditionnel permet à tous d’avoir de quoi se nourrir, se loger, se vêtir, se soigner, et s’éduquer. Au-delà de ses besoins de base, on peut discuter. En-deçà, ce ne devrait pas être négociable. D’autant que l’article 25 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme l’exige.


              • sleeping-zombie 11 avril 2012 13:51

                Le revenu de base inconditionnel permet à tous d’avoir de quoi se nourrir, se loger, se vêtir, se soigner, et s’éduquer.

                Bien, ben tu vois moi ça me suffit. J’ai pas besoin de plus. D’ailleurs j’ai pas plus (ah si, l’abonnement internet). Donc j’arrête de travailler pour avoir la même vie. Merci, ça m’arrange.
                Mais c’est pas applicable à grande échelle, parce que pour me nourrir, me vêtir, me soigner et m’éduquer, faut bien faire travailler des gens non ? Si je suis seul à être « privilégié », c’est noyable dans la masse (même si c’est injuste), mais si tout le monde y a accès, qu’est-ce qui motivera les fournisseurs de nourriture, de logement, de soin et d’éducation à bosser ?
                Soit ils ont une bien meilleure vie, et dans ce cas on garde les inégalités actuelles entre ceux qui ont un travail et ceux qui n’en ont pas.
                Soit ils ont la même vie et travaillent pour la beauté du geste, mais là, autant basculer dans un schéma « tous bénévoles », et bazarder la notion même d’argent qui n’aurait plus aucun sens...


              • sleeping-zombie 11 avril 2012 13:53

                Oh, et j’oubliais : je ne vois pas en quoi « on ne peut consommer que ce qu’on produit » mène à l’impératif de « croissance ». J’ai du rater un épisode...


              • Jeff Renault Jeff Renault 11 avril 2012 14:23

                Cela te suffit... mais tout n’est pas réglé... Une fois que nous sommes tous assurés que nos besoins de base sont couverts, alors évidemment il y a des interactions collectives qu’il nous faut gérer.

                Comment par exemple allons-nous gérer nos déchets ? Aujourd’hui, on choisit ce que j’appelle la « larbinisation », c’est-à-dire de confier à des personnes qui n’ont pas d’autres choix les tâches ingrates que nous ne voudrions pas réaliser nous-mêmes. C’est un choix de société. Je ne m’y résous pas.

                Dans un modèle avec le revenu de base inconditionnel, personne n’est obligé de faire les tâches ingrates des autres. Il va bien falloir nous accorder sur la façon de les traiter. Nous passerons d’un modèle basé sur la coercition (où l’on parle de devoirs, de contrepartie, d’obligations) à une société de Liberté (où on parlera de responsabilité).

                La réside peut-être l’un des passionnants enjeux du revenu de base inconditionnel. Et il est probable que nous devenions très innovants. Quand il s’agit de faire nous même des tâches plutôt que de les confier à d’autres, nous allons certainement développer un sens aigu de l’innovation.

                Allons-nous réduire nos déchets ? Allons-nous automatiser la collecte ? Allons-nous établir une rotation des charges ? Je ne sais pas, mais nous y réfléchirons... et c’est plutôt une bonne chose.


              • sleeping-zombie 11 avril 2012 15:21

                Un changement de société passerai donc, camouflet dans une bête mesure de technique redistributive ?
                J’y crois pas. J’aimerai, parce que franchement, j’aime pas du tout la société telle qu’elle est.
                Mais on ne change pas les gens malgré eux, en douce, par des ajustements techniques.

                Changer de société oui, mais d’abord par le débat, où on se met d’accord, puis on met en place les outils pour gérer notre nouveau monde.

                Le travail forcé est effectivement une aberration, mais quitte à remettre à plat le monde, autant y aller franco


              • Jeff Renault Jeff Renault 11 avril 2012 15:33

                @sleeping-zombie > En fait, le revenu de base est plus distributif que redistributif, et c’est ce qui change tout. Merci pour les échanges :)


              • gogoRat gogoRat 11 avril 2012 10:52

                L’auteur écrit : 

                «  Pourtant, force est de constater que les partis de gauche sont plus que frileux sur le sujet. Et même qu’ils l’évitent. »

                 Peut-être sont-ils personnellement moins impliqués par la question ? 
                 Quel pourcentage des politiciens n’est-il pas assuré à vie d’un revenu garanti par l’Etat ?
                 Quel pourcentage des gens qui se revendiquent « de gauche » sont passablement protégés à vie du chômage et de l’exclusion sociale par un statut de fonctionnaire ?
                 Cette question est certainement un peu tabou, mais il faudrait y répondre calmement pour comprendre aussi pourquoi on en vient encore et toujours à vouloir savoir si une idée politque concernant tous les Français est « de gauche » ou pas ...


                • foufouille foufouille 11 avril 2012 11:23

                  car il faut crever en travaillant, mais pour les autres
                  le travailliste hesitant pas a se mettre en arret maladie


                  • jpm jpm 11 avril 2012 11:34

                    Salut Orion,

                    Je crains que l´auteur ait raison, car dans cette campagne electorale, seuls Boutin et Villepin en ont parle... les autres on attend encore leur avis sur la question.

                    Evidemment que des personnes au sein du Front de Gauche sont favorables, n´empeche on n´a jamais entendu Melenchon en parler... ne serait que pour dire que c´est une mesure qui est a l´etude. Quand a Madame Joly qui est cense representer les verts et leur programme, elle a dit texto dans une reunion publique ou cette mesure etait presentee, qu´elle ne la comprenait pas... et que donc elle ne la presentait pas.

                    C´est donc dommage que cette idee se retrouve uniquement defendue par des personnalites de droite... Le pire serait qu´elle soit un jour reprise par l´UMP (Boutin en ayant fait une condition de son ralliement a Sarkosy) smiley


                  • Jeff Renault Jeff Renault 11 avril 2012 13:32

                    Que des personnes à gauche soient favorable au revenu de base inconditionnel est une réalité. C’est en effet le cas de Corinne Morel-Darleux du Parti de Gauche, mais de son propre aveu, l’idée ne recueille pas le succès qu’elle mériterait.

                    Si EELV en parle dans son programme, ce n’est que pour l’envisager « à terme », sans plus de précisions. Il préfère promouvoir un revenu jeune (réservé au moins de 25 ans) et le partage du travail.

                    Le partage du travail est d’ailleurs globalement la solution privilégiée à gauche. C’est un choix entre partager la pénurie ou changer de paradigme.


                  • jef88 jef88 11 avril 2012 12:39

                    le plein-emploi ne redeviendra jamais la norme.

                    POURQUOI ?

                    Quand tous les malheureux démunis du monde entier ne le seront plus et auront le même niveau de vie que nous !!!
                    Il en faudra du matériel !!!
                    Les robots qui fabriquent ? Il y a des limites ....

                    Alors les vacances à perpet pour tous c’est pas demain ......


                    • Gens_d_Ormesson Gens_d_Ormesson 11 avril 2012 15:35

                      Alors ? Petit pignolage en famille ? On se félicite, on s’autocongratule, mais finalement, les arguments sont toujours les mêmes... Toujours à nommer « universel » un revenu qui ne concerne que vous et qui n’a d’universel que le nom.
                      Votre vision idyllique de notre avenir consiste à admettre que le travail, c’est fini, que les machines en viendront à nous libérer de la pénibilité, toutes les pénibilités, y compris le lavage de mains, le réveil matinal et le torchage de cul...
                      Quand admettrez-vous le caractère fataliste d’une telle proposition ? Quand allez-vous comprendre que défendre un revenu sans contrepartie c’est accepter la course au productivisme ? Avec de telles idées, vous contribuerez à faire de l’Homme un agent de consommation, rien de plus. En somme, vous vous faîtes les défenseurs de l’idéologie libérale que vous semblez combattre. (à voir). En cela, votre démarche est on ne peut plus étrange.
                      Alors qu’il suffirait de faire cotiser comme un travailleur une machine censée le remplacer. Vous verrez alors qu’il peut en être autrement... Mais je suis bête, je viens de vous montrer comment financer votre RU... De mon côté, j’ose espérer que ça en refroidira certains.

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