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Accueil du site > Actualités > Politique > Primaire LR 2016 : le quatrième et dernier débat

Primaire LR 2016 : le quatrième et dernier débat

Il ne reste plus que François et Alain dans le bateau. Chacun cherche à s’emparer du gouvernail. Afin d’aller vers la même direction… Ensemble.

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Le quatrième et dernier débat de la primaire organisée par "Les Républicains", et unique débat entre les deux tours, a été diffusé en direct ce jeudi 24 novembre 2016 sur TF1, France 2 et France Inter. Les journalistes Gilles Bouleau (TF1) et David Pujadas (France 2), ainsi qu’Alexandra Bensaid (France Inter), ont animé le duel télévisé entre François Fillon, le favori, et Alain Juppé, l’ancien favori des sondages. Un duel sans précédent qui opposait deux leaders de l’ancien RPR.

Encore une fois, comme dans les trois précédents débats, ce débat fut d’une grande tenue pour tenter de comprendre le projet des deux candidats. Au contraire des premiers jours de la campagne du second tour, le duel resta sur les hauteurs tout en abordant les quelques sujets qui ont fâché l’un ou l’autre candidat. La discussion fut apaisée et a montré à l’évidence qu’il n’y aurait pas de problème d’unité à la fin de la primaire, bien au contraire de la primaire socialiste et du duel entre François Hollande et Martine Aubry. Ce débat socialiste avait en effet très mal tourné le 12 octobre 2011 ; Martine Aubry avait soupçonné son adversaire de vouloir "empapaouter" les Français (quelle visionnaire !) en rappelant un dicton de sa grand-mère : "Quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup".

François Fillon est resté égal à lui-même, traçant son sillon, ne cherchant pas à s’éloigner de son fil, et il faut bien reconnaître que cela lui a réussi car il est ainsi devenu le point de référence : c’était sur son programme que le débat a eu lieu.

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Alain Juppé, en position très compliquée pour gagner, s’est adressé directement à François Fillon, le tutoyant et lui disant qu’ils ont, depuis trente ans, nourri une certaine amitié (au point qu’un des plus proches d’Alain Juppé est l’actuel directeur de campagne de François Fillon, Patrick Stéfanini), mais qu’elle n’empêchait pas de se poser des questions et de demander des clarifications.

François Fillon, lui, préférait parler à Alain Juppé à la troisième personne (Alain Juppé l’a fait aussi pour François Fillon), et s’adressait plutôt aux journalistes ou à la caméra, rarement à son interlocuteur. Parfois, François Fillon parlait de lui-même à la troisième personne, notamment pour se défendre du procès contre lui sur l’avortement.

Venons-en justement aux sujets qui ont fâché au début de la semaine. François Fillon a dû plusieurs fois parler de "caricature" aux journalistes qui tentaient de décrire son programme. Il a répondu aux accusations proférées par les juppéistes sur sa position sur l’avortement, et une fois la clarification faite, la distinction était ténue, entre un droit essentiel et un droit "fondamental", dernier terme qu’a rejeté François Fillon pour des raisons purement juridiques.

Alain Juppé a abordé de lui-même les accusations contre lui sur un supposé antisémitisme, et sur aussi le financement d’une supposée plus grande mosquée d’Europe à Bordeaux qui n’a jamais existé, et il a évoqué l’insulte "Ali Juppé, le grand mufti de Bordeaux". Il a reproché à François Fillon de ne pas l’avoir soutenu face à ces insultes. La réponse de François Fillon, c’était : à chacun sa mouise, en disant qu’on l’a traité de catholique réactionnaire et aucun juppéiste ne l’a défendu pour l’occasion.

Il faut préciser aussi que François Fillon a reçu le soutien de certaines personnalités d’extrême droite, en particulier Carl Lang (qui avait déjà fait alliance avec Christine Boutin aux élections européennes) et …Patrick Buisson !

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Au début du débat, François Fillon, qui a voulu montrer sa fermeté sur l’exemplarité des responsables politiques (même si c’est injuste, même s’il y a la présomption d’innocence, un ministre mis en examen ne peut plus diriger son ministère car son autorité est mise à mal), a quand même "repêché" le candidat Juppé en l’estimant tout à fait en mesure de diriger l’État, que son ancienne condamnation ne l’empêcherait pas d’être "exemplaire". Alain Juppé, lui, a simplement répété qu’il a payé et que la dette avec la société était soldée, et ses électeurs l’ont quand même réélu.

Sur l’augmentation du temps de travail des fonctionnaires, Alain Juppé a marqué un point lorsqu’il a parlé d’injustice de passer à 39 heures sans augmentation de salaire. Il a aussi déclaré qu’il y a une grande différence entre le non remplacement d’un fonctionnaire qui part à la retraite et le non renouvellement d’un contrat de vacation dans un emploi public. Bref, Alain Juppé a montré qu’il connaissait nettement mieux la fonction publique que François Fillon, que sa réduction plus douce apporterait plus d’économies que sa réduction radicale.

Sur la forme, lorsqu’Alain Juppé a demandé des explications à son rival sur la réduction du nombre des fonctionnaires, j’ai eu le sentiment qu’il venait de perdre l’élection, car il s’adressait presque comme un journaliste posant sa question au Président Fillon. Et François Fillon a gardé tout le temps une posture très présidentielle, très distante, très inspirée. C’était une relation élève/professeur. François Fillon semblait être déjà élu, dans la tête d’Alain Juppé.



Pareillement, les propositions de François Fillon sur la réforme de la santé sont apparues comme une usine à gaz assez compliquée qu’il a eu du mal lui-même à exposer clairement. Les remboursements seraient réservés aux seules maladies graves et de longue durée, et pour atténuer cette "radicalité", François Fillon a mis une fois encore de l’eau dans son vin en proposant un bouclier de santé pour les personnes à faible revenu.

Toujours sur la forme, Alain Juppé est assez habile à manipuler les concepts et les statistiques, il n’est pas technocrate, ni énarque, pour rien ! Du coup, il s’est même excusé de donner des données chiffrées un peu compliquées… mais toute son argumentation était pourtant basée sur ces données (à propos de fiscalité), si bien que j’imagine mal qu’il ait pu convaincre qui que ce soit de cette manière ! Il est un peu trop formaté sur l’intellectuel alors que les électeurs demandent du politique : quel est l’objectif ? quels moyens ? etc.

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François Fillon, au contraire, n’a pas une position technocratique mais une position purement politique, et a rejeté l’idée que son programme était impossible à mettre en œuvre. Justement, tout est possible aussi pour François Fillon. Ensemble avec Nicolas Sarkozy ? Un vieux slogan de 2007.

François Fillon a quelques idées simples et veut rester sur des positions de bon sens. Par exemple, il veut absolument réduire les déficits publics et réduire surtout la dette colossale, car si pour l’instant, les taux sont faibles, il sait que les taux d’intérêts vont remonter et que chaque augmentation rendra la France un peu plus dépendante de ses créanciers, de fonds qataris ou des fonds de pension américains.

Alain Juppé a expliqué la nécessité de supprimer l’ISF par le fait que les Français riches ne voulaient plus investir en France, si bien qu’une grande partie du patrimoine économique commence à être racheté par des étrangers, notamment chinois.

Alain Juppé a admis que la droite a fait au moins deux erreurs dans le passé récent, la création du RSI (statuts des indépendants) très mal organisé, et la dislocation des Renseignements généraux qui étaient pourtant à la base des signaux faibles de préparation d’attentat car très bien répartis sur tout le territoire.

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Sur l’identité de la France, François Fillon a plaidé pour une refonte des programmes d’histoire à l’école primaire en supprimant toute idéologie, dont il confierait la responsabilité à un collège d’académiciens reconnus et surtout pas de politiques. Alain Juppé a redit sa différence en parlant de l’identité de la France qui s’enrichit de sa diversité.

Toujours pour s’opposer à la "brutalité" de son adversaire, Alain Juppé a voulu expliquer par un slogan : « La réforme, ce n’est pas la pénitence mais l’espérance ! ». Il a dit vouloir une France réconciliée et apaisée.


L’analogie de pilote de course automobile qu’aime souvent faire François Fillon n’est pas forcément pertinente : Ayrton Senna s’est effectivement tué en fonçant contre un mur de béton à 212 kilomètres par heure (le 1er mai 1994). Un programme libéral imposé rudement aux citoyens sans concertation pourrait faire rentrer la France dans un mur d’affrontements sociaux et de paralysie économique qui serait un désastre pour les Français. Ce fut donc surtout sur la méthode des réformes qu’Alain Juppé a cherché à convaincre.

Le vrai scandale de ce débat, comme des trois précédents, exprimé par des tweets notamment de Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI, et de Pascal Canfin, l’ancien ministre écologiste, c’est que pas une seule fois n’a été abordé le thème écologique et environnemental, la construction européenne n’a pas non plus été évoquée.

Nul doute que François Hollande va utiliser tous ces débats, l’absence de proposition sur l’environnement, ainsi que les dernières statistiques du chômage plutôt encourageantes (publiées le même jour) pour justifier sa probable candidature à sa réélection.

Il reste que la mécanique d’une primaire ouverte est redoutable et que les 4,3 millions de participants au premier tour vont apporter un souffle et un effet levier immense au candidat qui sera finalement désigné. Il semble que l’audience de ce dernier débat ait été très élevée, ce qui laisserait entendre que le second tour pourrait jouir d’une nouvelle très forte mobilisation, et cela malgré l’éviction déjà actée de Nicolas Sarkozy

Si une forte participation fait le jeu évidemment du parti "Les Républicains" (le jeu et le "beurre" aussi), elle est aussi le signe que la démocratie française reste en bonne santé. Le second tour de la primaire LR aura lieu ce dimanche 27 novembre 2016 entre 8 heures et 19 heures. Toutes les informations pratiques se trouvent notamment à ce lien.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 novembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Second tour de la primaire LR du 27 novembre 2016.
Quatrième débat de la primaire LR 2016 (24 novembre 2016).
François Fillon, gaullo-thatchérien ?
Programme de François Fillon pour 2017 (à télécharger).
Alain Juppé peut-il encore gagner ?
Le programme d’Alain Juppé (à télécharger).
Premier tour de la primaire LR du 20 novembre 2016.
Tout savoir pour participer à la primaire LR (bureaux de vote, charte, guide électoral).
Sondage OpinionWay pour Atlantico publié le 16 novembre 2016 (à télécharger).
Troisième débat de la primaire LR 2016 (17 novembre 2016).
Deuxième débat de la primaire LR 2016 (3 novembre 2016).
Premier débat de la primaire LR 2016 (13 octobre 2016).
Nicolas Sarkozy.
Nathalie Kosciusko-Morizet.
Jean-François Copé.
Jean-Frédéric Poisson.
Bruno Le Maire.
L’élection présidentielle 2017.

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10 réactions à cet article    


  • Olivier Perriet Olivier Perriet 25 novembre 11:35

    Merci de nous faire des résumés avec célérité, ça va plus vite que de les écouter (je prends au comptant tout ce que vous écrivez, je suis très bon public).

    Pour reprendre votre titre, « 4e et dernier débat », ouf ! Les choses sérieuses commencent enfin !

    (quoique, maintenant on va avoir ceux du PS, on n’est pas encore sortis de l’auberge)


    • zygzornifle zygzornifle 25 novembre 11:43

      en tout cas ils rasent bien mieux que mon rasoir électrique.....


      Au bout de 5mn j’ai été zapper sur Jurassique Park , c’est la même chose mais avec des dents plus pointues ..... Il y avait aussi Transformer ou des décharges de vieux matériaux se transformaient en robots aussi haineux que nos politiques mais qui au moins se foutaient des roustes et s’arrachaient les boulons....

      • Trelawney Trelawney 25 novembre 15:16

        @zygzornifle
        Il y avait aussi un film prémonitoire : « karaté kid »


      • fred.foyn fred.foyn 25 novembre 12:23

        Il ne reste plus que François dans le bateau...Affaire plié pour la droite..Il va tenter de prendre le pédalo du tout mou en 2017 face à MLP..c’est pas gagné !


        • Olivier Perriet Olivier Perriet 25 novembre 14:44

          @fred.foyn

          salut Fred comme dirait l’autre smiley

          Il semble que tous ces candidats spéculent sur leur présence au 2nd tour face à MLP et se disent qu’ils l’emporteront haut la main quoi qu’il en soit.
           
          Plus besoin de faire d’effort pour sortir des programmes plus buvables et plus « accessibles » : la gauche est dans les choux, et le FN ne peut pas être élu, ils pensent que c’est dans la poche pour eux.

          C’est un pari.... Un pari très risqué.


        • Trelawney Trelawney 25 novembre 15:15

          En fait Juppé s’est trompé de débat. Il a complètement oublié que c’était un débat sur les primaires et que l’électorat concerné vote à droite.


          En parlant de l’avortement, il a sous entendu que Fillon était « droite réactionnaires et catho ». Et ce sont les ADN de cette droite. En abordant ce sujet il n’a fait de conforter cet électorat important (cf manif pour tous) qui va se dépècher de voter Fillon. Là c’est déjà au moins 5% de plus pour Fillon.

          En abordant le sujet des 500 000 milles fonctionnaires, il a voulu s’attirer les voix de ces même fonctionnaires, c’est à dire de ceux qui votent à gauche et ne sont pas concerné par ces primaires. Au yeux des sympathisants LR il passe pour une personne qui ne sait pas ou ne veut pas sacrifier sur l’hôtel de la rentabilité les 500 000 agents de l’état. Il agit donc contre son électorat. Encore plus 5% pour Fillon

          On dirait que Juppé a déjà renoncé à être candidat

          • L'Auvergnat L’Auvergnat 25 novembre 17:29

            La « Ciotti », le corps de Juppé est encore chaud.... et il vote déjà pour le « Fion » cette droite est pitoyable...... 


            • Sergio57 Sergio57 25 novembre 19:15

              François, Alain et l’ours Baloo sont dans un bateau, qui tombe à l’eau ? 


              François : Non car François tond Alain

              Baloo : Non car Baloo est tondu par Alain

              Reste Alain car il tond Baloo (Alain tombe à l’eau)

              Moralité, il en faut .... peu euh euh ..pour être heureux, Il en faut peu pour être heureux, il faut se satisfaire du nécessaire, allez tous ensemble, il en faut .....

              • Sacotin Sacotin 26 novembre 19:37

                Débat soporifique. Juppé : il va falloir vous serrer la ceinture - Fillon : il va falloir vous serrer le ceinturon. Surtout les « sans un », bien sûr. Et je t’appelle François, et tu m’appelles Alain, gnagnagna...Pas mal de gens ont du s’emmerder. Au théâtre, cette mauvaise pièce serait qualifiée de four.


                • Gérard Dahan Gérard Dahan 27 novembre 16:14

                  Bonne analyse du débat ; comme d’habitude de ta part Sylvain.

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