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Accueil du site > Actualités > Politique > Quand la chrématistique gouverne le monde

Quand la chrématistique gouverne le monde

Voilà 2 400 ans que du fond de sa bibliothèque Aristote nous prévenait contre le marchand et le banquier qui ne produisent rien et contre la chrématistique comme activité philosophiquement stupide qui consiste à accumuler la monnaie par et pour la monnaie ; une activité contre nature qui déshumanise ceux qui s’y livrent. C’est en organisant à l’aveugle et d’une manière absolument idiote la paupérisation des travailleurs et la famine dans le monde que les marchés ont ce merveilleux pouvoir de scier la branche sur laquelle ils sont assis.

Que le lecteur n’aille pas croire que cet article a été écrit dans un esprit de polémique ou dans l’optique de défendre quelque officine ou lobby que ce soit. Il se donne pour objectif de convoquer les intelligences à une réflexion objective sur la façon de gérer économiquement et politiquement la planète dans le cadre d’une éthique devenue maintenant incontournable.

A partir de cette définition de la chrématistique à partir du grec khréma  : la richesse, la possession. Nous sommes amenés bien sûr à proposer les mots suivants :

Chrématisme  : n.m. Tendance d’un individu à recherche le profit grâce et au travers des relations marchandes en usant d’un ensemble de ruses et de stratégies en vue de l’acquisition de ces richesses et de leur jouissance. Peur de manquer à l’origine de la tendance à l’accumulation de la monnaie par et pour la monnaie.

Chrématiste : n.m. Désigne un individu qui recherche le profit grâce et au travers des relations marchandes et qui use d’un ensemble de ruses et de stratégies en vue de l’acquisition de ces richesses. Le chrématiste se livre à des activités destinées à accumuler de la monnaie par et pour la monnaie par jouissance et/ou peur de manquer.

Rien à voir bien sûr avec une opération médiatique de crémation d’un billet de banque en direct par un individu qui n’en manquerait pas. On peut bien plaisanter de temps en temps sur la portée paradoxale de certains agissements.

Plus sérieusement :

Pour avoir été témoin, en tant que touriste, de ces grands bals que donnaient les apparatchiks de la dictature Ceausescu à Timisoara, robes de mousseline, grands chapeaux et capelines, pendant que toute la population roumaine poussait la charrue et manquait de tout, je n’avais pas eu à réfléchir longtemps pour comprendre que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Mais il y a une manière fallacieuse d’agiter le spectre d’un collectivisme de goulag pour argumenter en faveur d’une économie de marché jusqu’à l’absurde. Si j’en reviens donc à Aristote et à ce scoop vieux de 2 000 ans c’est pour échapper à la polémique et travailler le consensus quand bien même on me dirait que cette voie-là ne fait pas recette. N’en déplaise à certains, je n’oublie pas que c’est un des privilèges qu’offrent les colonnes d’un média citoyen.

Avant de considérer que la monnaie est une marchandise comme les autres (ce que précisément elle n’est pas puisque son rôle est de subsumer l’économie et le marché des biens réels) prenons dans l’éthique à Nicomaque plutôt que dans Le Capital (ce qui risquerait de faire plus controverse) la différence fondamentale qu’Aristote faisait entre l’économique et la chrématistique où le commerce substitue l’argent aux biens et l’usure crée de l’argent à partir de l’argent.

C’est donc atteint de manie chrématistique que des malfrats en col blanc et cravate se sont enfermés dans les banques pour mieux prendre en otage l’économie mondiale et désorganiser collatéralement toute l’activité nécessaire à la vie des Terriens. Après le vent de panique qui a soufflé sur la bourse, l’économie réelle commence à mettre genou à terre. Nous voilà donc dans l’œil d’un cyclone dont personne ne sait l’ampleur qu’il va prendre.

Devant les populations médusées, les mesures de sauvetage annoncées prennent l’allure d’un grand hold-up.

Mais que faisait la police ? La police ? Seulement des faisant office équipés de AAA et traités maintenant de ripoux sans qu’aucune mise en garde à vue ne soit à l’ordre du jour pour autant. Ce que condamnait Aristote du point de vue de la sagesse philosophique doit être condamné aujourd’hui du point de vue éthique. Impossible que les banquiers et les politiques au pouvoir n’aient pas été au courant sinon conscients de ce qui se passait et de ce qui allait arriver.

Combien de temps faudra-t-il aux banques pour se purger de cette masse monétaire virtuelle ? L’ivraie est si mélangée au bon grain que le tamisage risque de durer longtemps. La prudence avec laquelle s’exprimait la direction du FMI, il y a quelques jours, laissait présager que nous n’étions pas au bout de nos peines.

La question est donc :

Face à cette pratique nécrophage de la finance, comment donner aux entreprises les moyens de leur pérennité aussi longtemps que sous les tropiques on joue à qui perd gagne dans des parties de poker menteur ?

Aussi longtemps qu’une économie mafieuse ne correspondant à aucune richesse matérielle réelle continuera à accumuler ses gains fictifs dans des lieux ad hoc, on ne voit pas comment on pourrait soutenir que la monnaie peut avoir un rôle de régulation quelconque.

Mais, à l’heure où j’écris cet article, à l’ombre des cocotiers, les affaires continuent. A la bourse, les mêmes officines de sape continuent leur besogne en conseillant les petits malins de jouer à la baisse en achetant des warrants. Aux dernières nouvelles, ils sont tout heureux de prédire à notre euro un effet de levier à -18 avec lequel ils vont pouvoir continuer à s’en mettre plein les poches. Quand les politiques vont-ils se décider à arrêter ça ?

http://www.capital.fr/warrants/conseils.asp?numero=70854&Cat=WAR

Quand, dans les partis politiques de tous bords, tous ceux qui perdent leur temps en luttes intestines se mettront-ils à réfléchir à partir de vraies données et sur de bonnes bases ? Il ne manque pas d’avocats d’affaire qui pourraient donner leur avis sur la façon d’arrêter le truandage auxquels se livre le monde de la finance d’une manière même plus déguisée. 

Un congrès socialiste se profile dont on s’aperçoit que la majorité des responsables ne remettent pas en cause les bases même du système. Faut-il encore leur répéter qu’il ne s’agit plus de surfer sur le mot libéral et que c’est le moment de faire travailler ses méninges à une ligne programmatique claire, jalonnées de propositions concrètes ? L’erreur serait d’en rester au bricolage. La monnaie doit être au service du développement et de la production et sévèrement réglementé dans sa fonction chrématistique. Contre les lobbys rampant, les chefs politiques suivront-ils l’opinion de plus en plus répandue qu’une monnaie de type chrématistique œuvrant en sous-marin ne peut accoucher que d’un développement incontrôlé menant la planète à sa perte ?

Que la chrématistique ne soit qu’un ensemble de ruses et de stratégies d’acquisition des richesses par lesquelles un groupe de petits malins continue à affamer une grande partie de l’humanité, c’est ce que n’arrête pas de clamer M. Jean Ziegler à L’ONU. Les politiques ont ici une responsabilité accrue et le devoir d’agir et de légiférer pour qu’une chrématistique naturelle nécessaire, résultant du travail, de la production et de l’économie réelle se substitue à la chrématistique proprement dite qui est l’art de s’enrichir sans scrupules en s’appropriant indûment des richesses de la planète.


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47 réactions à cet article    


  • Alpo47 Alpo47 17 octobre 2008 12:51

    Je crois qu’il ne faut se faire aucune illusion sur le "nouveau système", qui surgira à la suite de cette crise. Simple, le système actuel vise au pillage de la société par un petit groupe de "prédateurs", or, ce sont ceux là même qui vont définir les réformes.
     Ne rêvons pas, le modèle qui se mettra en place, dans quelques années, visera le même objectif, au seul profit des mêmes prédateurs. Et je suis certain que ce modèle est déjà prêt.
    Quand à nos "hommes politiques", ils ne sont que leurs prête noms.


    • Forest Ent Forest Ent 17 octobre 2008 12:54

      La difficulté, c’est que nous ne sommes plus à une époque où la finance mène l’économie à sa perte. Nous sommes dans l’étape d’après, celle où l’argent va manquer. Si l’on applique maintenant des mesures destinées à éviter la surchauffe, elles vont assurer le gel. Et d’ici qu’il y ait une nouvelle surchauffe dans 50 ans, on les aura oubliées.

      Ce qui serait utile, ce serait de redistribuer un peu. Mais je ne le sens pas. Par exemple un jeu amusant : tous les états occidentaux pourraient dire qu’à partir du 1er novembre plus aucune transaction ne sera acceptée avec un paradis fiscal. Cela laisserait aux sous deux semaines pour se relocaliser où ils veulent et redevenir imposables. Je parie qu’aucun ne le propose. Pourtant, maintenant que toutes les banques sont nationalisées, ça ne devrait plus être trop dur de tracer l’évasion fiscale.


      • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 18 octobre 2008 00:19

        @ Forest Ent :

        Maintenant que la Fed américaine a promis des credits ILLIMITÉS aux banques centrales européenne, on peut prendre pour acquis que l’argent ne vaut plus rien que la confiance quon lui accorde. On le savait, mais maintenant c’est officiel. 

        L’idée de stopper les transactions bancaires vers et en provenance des paradis fiscaux est intéressante - c’est ce que j’ai suggéré aussi sur Rue89 - mais celle que je préfere, comme disait Brassens, c’est de rembourser intégralement la dette oublique en y affectant le produit d’une taxe spéciale sur le capital, en répartissant la charge sur les personnes physiques et morales au prorata de leurs avoir nets.

        Le seul élément de cette crise que vous n’avez pas abordé, c’est qu’il faudra sans doute produire autrement, avec des rôles différents pour les facteurs capital et travail, et que des gouvernements autoritaires seront sans doute nécessaires pour faire prendre sa potion à l’économie malade.

        Pierre JC Allard

        http://nouvellesociete.org/PR08.html


      • civis1 civis1 18 octobre 2008 09:46

        @Forest Ent
        @jc Allard
         et à tous les autres bien sûr...

        Mon propos bien sûr était de me questionner sur le rôle que fait jouer à la monnaie le système financier mondial et de montrer que la monnaie comme régulateur des échanges commerciaux ne peut pas jouer le rôle qui pourrait être le sien aussi longtemps que dans cette logique là c’est le facteur profit qui lui est innérent qui prédomine. Maintenant que le système en est arrivé à trébucher sur la question monétaire c’ est l’occasion de revoir les règles non plus dans le sens d’un profit chrématistique mais dans le sens d’un développement durable et plus équitable.
        Comment çà peut se faire et comment obliger les loups qui sont dans la place à plus de probité ? That is the question !
        J’avoue que cette question là dépasse mes compétences... Peut-être avez-vous quelques idées la dessus ? 


      • ash ash 20 octobre 2008 09:43

        >comment obliger les loups qui sont dans la place à plus de probité ?
        Il est une truc très prôné par le management (anglo-saxon du moins) qui est de couper toutes les têtes d’une entreprise en difficulté, plutôt que de tenter d’infléchir des mentalités. L’esprit humain étant ainsi mal fait, qu’il aura tendance à s’enferrer dans des décisions qu’il a prises même si elles sont *visiblement* mauvaises...

        Il me semble impossible d’appeler à plus de probité des personnes qui ont une vision aussi étroite de leur rôle dans la société : le développement de leur capacité à faire du pognon (et pas à créer de la richesse), a certainement évincé toutes les neurones consacrées à leur contribution à un monde plus juste et plus heureux. Je conjoncture qu’ils se sentent incompris, et que nous passons pour des extra-terrestres, nous la foule hurlante amassée en bas de leurs immeubles : comprennent-ils même le problème actuel (M. Maris en doutait fortement dans l’interview qui circule) ? Mon sentiment est que ceux qui en avaient les capacités intellectuelles/morales en ont soit profité, soit sont sortis du système. Donc que ceux qui restent en place sont perdus pour l’humanité.

        J’attends de voir ce que donnera la décision islandaise de décapiter leur système, en y affectant des femmes. Je trouve la décision plutôt rafraichissante : et si priori elles résisteront davantage au côté sombre, on pourra se demander ’combien de temps’  ?


      • civis1 civis1 20 octobre 2008 19:25

        @ash

        Je retenait que le côté punition qui me paraissait gênant mais c’est sûr que la révocation d’un management responsable d’un tel gâchis est le moyen le plus sûr que les choses changent radicalement.


      • JL JL 17 octobre 2008 13:37

        Très intéressant texte. Vous écrivez : ""Combien de temps faudra-t-il aux banques pour se purger de cette masse monétaire Virtuelle ?""

        Coyez-vous que ce soit la bonne question ? A ma connaissance, l’argent virtuel, dit aussi argent négatif - si c’est bien la même chose - possède deux caractéristiques spécifiques :

        - Il fait des petits en pompant l’économie réelle.

        - Il est convertible en argent réel.

        La première caractéristique est sa raison d’être, celle qui permet aux banques d’offrir des placements intéressants afin de capter nos économies d’argent réel.

        La seconde demeure vraie tant que les conversions se font à doses (relativement) homéopathiques et discrètes. Pour des sommes considérables, gigantesques en valeur absolue, tout de même.

        Quant à sa capacité à doper l’énergie réelle, je crois qu’elle varie en fonction du ratio entre les masses monétaires, selon une courbe en cloche dissymétrique, croissant rapidement jusqu’à un optimum, puis décroissant à l’infini du fait que l’épargne ne sert plus qu’à capter des dividendes d’actionnaires, voire même, finit par étouffer l’économie réelle en ruinant les travailleurs.

        Il me semble que la taxe sur ces masses virtuelles devrait être progressive pour faire en sorte que l’optimum ne soit pas dépassé. Par exemple, nulle en deçà de cet optimum, rapidement progressive jusqu’à dissuasive au delà.


        • civis1 civis1 18 octobre 2008 16:19

          @ JL
          l’argent virtuel pompe l’économie réelle
           : c’est la raison d’être essentielle de cette ingéniérie financière.Sinon comment expliquer la manip ? Le rôle qui consisterait à aider à la création et au développement des entreprises et de la production n’intervient que de surcroît. La motivation première c’est l’usure c’est-à-dire la perception de l’intérêt.
          Je suis d’accord avec vous et pour redire un peu la même chose : C’est par le biais et le système de prêt aux entreprises de par la collusion avec l’économie réelle seule créatrice de valeur, l’argent virtuel acquiert un statut qu’il n’avait pas au départ. Seul le travail crée de la valeur et quand la masse d’argent virtuel et les intérêts qu’elle génère dépassent un certain seuil plus rien ne correspond à rien.
          Apparemment c’est dans "les produits dérivés" qu’on a mis le plus d’eau dans la soupe et comme ils ne sont même plus capable de savoir qu’elle est la densité réelle des produits et la récession annoncée ne devrait pas rendre plus solvables ni les entreprise ni les emprunteurs particuliers...
          Forest Ent nous fait des prévisions catastrophiques . Si je crains de le croire je me prends à espérer d’une manière irrationnelle que le système ait comme une cohérence interne et un pragmatisme salvateurs qui nous auraient échappé. Mais rien n’est moins sûr !
           Dans une logique libérale poussée à l’extrême les états se sont eux même expropriés de la possibilité de percevoir des intérêts. Ces intérêts et l’enrichissement privé qui en résulte ne pousuit ni le bien commun ni le développement durable. Il ne poursuit que le profit aveugle.
          Cette masse monétaire circulante qui ne peut s’adosser à aucune valeur n’a pas d’odeur puisqu’il les lessiveuses ont tourné à fond. (voir les propositions de JC Allard de Forest et al...) Wait and see...


        • JL JL 19 octobre 2008 10:10

          @ Civis1, merci de cette réponse. Vous écrivez : ""Dans une logique libérale poussée à l’extrême les états se sont eux même expropriés de la possibilité de percevoir des intérêts. ""*

          Si l’Etat maîtrisait le crédit, il n’aurait pas à percevoir d’intérêts, sinon peut-être l’inflation. Mis à part le prêt lucratif que l’Etat n’a pas vocation à faire, et c’est la grande différence avec les banques, de deux choses l’une : ou bien l’on prète parce qu’on approuve le projet de l’emprunteur en termes d’avantages collectifs en retour, ou bien l’on ne prète pas. Dans le premier cas, non seulement on ne doit pas percevoir d’intérêts, mais en outre on peut être améné à subventionner le projet.


        • JL JL 19 octobre 2008 13:51

          @ Civis1, je ne peux pas lire votre post daté de ce jour.

          Pour en revenir aux prêts sans intérêt : on le sait, le libéralisme prétendait, au nom de l’efficacité et des vertus de la concurrence, faire mieux que l’Etat dans tous les domaines.

          Or iI est au moins un domaine rédhibitoire où le marché ne peut pas faire mieux que l’Etat et cela pour la bonne raison que dans ce domaine, "faire" de l’argent est en contradiction flagrante et incompatible avec le service à rendre, à savoir faire marcher l’économie.

          Quelque part j’ai dit que le capitalisme est compatible avec tout. Rectification : avec tout ce qui ne le détruit pas, au nom de ce que "ce qui ne nous détruit pas nous renforce".

          La crise actuelle nous montre que le système est fou et s’autodétruit, puisque ceux qui ont tout l’argent n’en ont pas assez ! Plus quelqu’un est riche, et plus il investit. Plus il investit et plus il prélève sur l’économie réelle. Cet effet boule de neige est mortifère.

          La seule conclusion raisonnable est qu’il faut établir une limite indépassable à la rémunération du capital laquelle actuellement est en progression géométrique.

          Je pense que cette limite implique par contrecoup une limite aux inégalités, et c’est un problème de société que nous devons résoudre. Quel développement, quelle répartition des richesses, les deux étant nécessairement corrélés.


        • civis1 civis1 19 octobre 2008 14:02

          @JL

          Vous ne pouvez pas lire le post ?
          effectivement je ne le vois pas...
          Comment savez-vous que j’ai envoyé ce post ? 
          Une erreur technique ?
          je vais donc reposter...


        • civis1 civis1 19 octobre 2008 14:08

           

          En best of de la semaine

          lVoici le poste que j’ai adressé à marianne au sujet de son article

            	Philosophie de la crise financière... et question sur notre civilisation	 @ marianne ,
            Ravie que mon humble article sur la chrématistique envoyé à la modération d’Agoravox soit repris dans votre article.

          On peut tous  réjouir d’apprendre qu’ Agoravox soit suivi avec autant d’attention et que cette notion philosophique de chrématisque reprenne un peu de lustre et soit repris  en écho et avec autant de bonheur par un journaliste du Monde. 

          Voilà qui conforte, si besoin était, l’intérêt du journalisme citoyen

           

          Que la rédactrice de cet article   y trouve argument pour faire  l’apologie du modem reste bien sûr un de ses propres choix et sous son entière responsabilité

           


        • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 17 octobre 2008 14:55

          Une erreur : c’est dans "la politique " livre1 qu’Aristote distingue l’économie "naturelle" de la "chrématistique" artificielle, prédatrice et escroqueuse qui met en cause non seulement la vie économique mais la vie personnelle dans une frénésie boulimique aliénante qui est contraire au principe de sagesse en effet développé dans "l’Ethique à Nicomaque" : Rien de trop" pour vivre convenablement, à savoir selon la raison !

          Mais il est bon d’avoir rappelé Aristote à la rescousse face à l’inculture de l’idéologie prétendument et faussement libérale !


          • civis1 civis1 17 octobre 2008 15:34

            Merci de rectifier... dans la Politique .1 donc !
            Un texte écrit vite fait en vacances à la campagne et à partir de vieux souvenirs... les études de philo c’est loin et je n’ai jamais enseigné la discipline...


          • Asp Explorer Asp Explorer 19 octobre 2008 14:13

            Aristote, c’est pas ce type qui disait que la Terre était plate, que la matière était composée de quatre éléments et toutes ces choses très utiles et très vraies ?


          • Le péripate Le péripate 17 octobre 2008 15:51

             Pecunia patere non potest...
            L’argent ne fait pas de petits, c’est l’argument d’Aristote. . D’ailleurs l’article tord la pensée d’Aristote, pour en faire une vulgaire dénonciation de l’avarice et du goût de l’argent pour l’argent, ce qui est une très mauvaise interprétation..

            Plongeons au coeur de cet argument (l’argument authentique d’Aristote). A la différence du blé que l’on plante, de la brebis que l’on élève, de l’olivier que l’on plante, il ne sort rien des objets que l’on utilise comme monnaie, l’or, l’argent, le cuivre sont stériles et inertes. Bernard Maris, l’économiste vedette du France Inter socialiste rappelle dans "l’anti-manuel d’économie" que de la monnaie enterrée quelque part n’en ressortira pas plus à l’exhumation. Très drôle.
            Ce que Aristote vise surtout, et ses continuateurs catholiques puis marxistes après lui, c’est l’intérêt. Il est, suivant ce raisonnement, contre-nature d’exiger quelque chose en plus de l’argent prêté. Les plus malins s’insurgent même contre l’intérêt composé, calculant ironiquement au bout de combien de temps un euro placé à 3% représentera une somme dépassant la masse de la Terre. Ce qui ne manque pas de frapper l’imagination.
            Fort bien. Une première objection pourtant, ceux qui empruntent semblent accepter de payer un intérêt, et y trouver un avantage. Il semble donc que ce soit un acte entre adultes consentants, et le terme "contre nature" semble excessif.
            Seconde objection : il y a un risque du prêt.
            Troisième objection : le manque à gagner. Si cet argent peut servir à planter un olivier, s’en priver, c’est aussi renoncer aux revenus tirés des olives. Avec ces trois objections, on tient une réfutation complète de l’idée d’Aristote.
            Mais, allons un peu plus loin. Marx condamme toute rentabilité (ce que ne fait pas Aristote). Dans le langage courant, on dit se faire "exploiter", par son patron bien sûr. A juste titre Marx attribue toute production à l’action de l’homme.
            Mais quelle est l’erreur commune de Marx et d’Aristote ? Car, si j’achète une brebis aujourd’hui, et que je suis sûr que dans quelques mois elle aura un agneau, pourquoi ne me vend on pas aujourd’hui la brebis au prix de la brebis plus l’agneau moins la nourriture ?
            N’y aurait-il pas comme une illusion dans l’idée que ce serait la productivité physique des investissements matériels qui expliquent leur rentabilité ? Si je suis certain que le cognac que j’entrepose aujourd’hui aura dix ans d’âge dans dix ans, pourquoi le vieux cognac vaut-il plus cher ? De plus, ce dernier exemple, sans presque de main d’oeuvre, montre bien que "l’exploitation" n’est pour rien dans la rentabilité.

            Je ne vais pas vous faire languir plus longtemps : le revenu d’intérêt est le prix que l’on paye pour s’épargner la contrainte de l’attente.
            Ou encore, les satisfactions à venir valent moins que les satisfactions immédiates. L’argent ne grossit pas avec le temps, mais il y a une décote d’une promesse de prêt à mesure que l’on s’approche de l’échéance du remboursement. Une promesse de payer 1000 euros dans trois ans ne vaut que 860 euros aujourd’hui (à 3%). Et si le salarié se fait "exploiter", c’est qu’il est payé de suite, alors que le producteur devra encore commercialiser le produit, alors qu’il a entamé le détour de production bien en amont (les investissements)
            C’est ce que, en économie, on appelle la "préférence temporelle".

            C’est assez amusant, et ridicule, que d’essayer de recycler une erreur vieille de deux mille ans.


            • Sylvain Reboul Sylvain Reboul 17 octobre 2008 16:16

              Votre interessant commentaire critique justifie tout à fait la référence au texte d’Aristote cité ; sauf que vous oubliez que si l’on admet le crédit que refusait Aristote au prétexte que l’argent ne devait pas faire de l’argent (A-A’), il s’agit en effet de savoir s’il est économiquement raisonnable d’attendre des taux de 15% alors que la croissance n’est que de 3...

              "Rien de trop !"


            • Le péripate Le péripate 17 octobre 2008 17:30

               Merci. Je ne suis pas financier, et ne sais si, comme vous le dîtes, le crédit atteint des taux de 15%.Vous avez sans doute voulu parler des taux de rentabilité des investissements financiers. Quoiqu’il en soit, j’ai du mal à voir la cohérence qu’il y a à comparer un taux d’intérêt, ou un taux de rentabilité avec un chiffre de croissance. Un pourcentage de croissance n’est qu’une statistique, c’est à dire, comme son nom l’indique, une mathématique de l’Etat. Quelle est la raison qui voudrait qu’il y ait une quelconque liaison entre les deux ? N’y a-t-il pas là une autre illusion, qui voudrait que l’on ne puisse espérer une rentabilité supérieure à l’accroissement des richesses, mesuré de manière bien imparfaite et bien arbitraire.Et peut-être bien sans sens réel. Comme si tout devait marcher du même pas. Le pas de l’Etat. 


            • JL JL 17 octobre 2008 18:43

              Je vous suggère à tous les deux de bien lire mon commentaire précédent : l’argent virtuel fait des petits. C’est là sa spécificté. Les banques créent de l’argent virtuel, c’est leur rôle.

              Maintenant le rapport entre croissance et taux d’intérets : il faut remarquer que l’argent virtuel n’aurait aucun attrait s’il n’avait pas le pouvoir de se transformer en argent réel. Mais alors, comment faire ? C’est simple, se payer sur la bête. Et si la croissance est positive, et si l’on agit avec tact, "on" pourra se payer sur la bête sans qu’elle ne s’en aperçoive ni qu’elle se révolte.

              Pour que le développement (l’argent qui fait de l’argent) soit durable, il faut que la croissance suive - peu ou prou - l’augmentation de cette masse virtuelle qui, telle une épée de Damoclès est suspendue au dessus de l’économie dite réelle.

              Certains ont mêm dit que cette croissance finissait par créer trop de richesses, et que les guerres étaient des opportunités pour résoudre ce problème ! L’enfer n’est même pas pavé que de bonnes intentions !


            • Gandalf Tzecoatl 17 octobre 2008 19:23

              Oui, l’intérêt est légitime, sauf que :


              - les banques qui pratiquent la réserve fractionnaire 11:1 s’octroient alors des rendements de 55%, 66% sur fonds propres ; sans parler des prêts à la consommation où cela s’envole à 220%.

              - l’intérêt n’est pas la prime de risque, l’hypothèque, la caution ou l’assurance le sont ;

              - il est illégitime de réclamer des intérêts non monétisés, car il s’agit de s’octroyer la propriété d’autrui, soit 6000 milliards dans l’eurozone.

              - les intérêts composés sont également illégitimes car il s’agit de réclamer des intérêts sur des intérêts, non monétisés : autant demander avec force de loi à celui qui n’a rien.




            • Gandalf Tzecoatl 17 octobre 2008 19:25

              Ah, j’oubliais :

              - l’intérêt sur création monétaire ex-nihilo, assorti de privilèges d’un oligopole, est illégitime.


            • Le péripate Le péripate 17 octobre 2008 21:05

               JL, vous semblez tenir à cette distinction, argent virtuel versus argent réel. Qu’est-ce qui vous gêne ? Le fait que des billets de banque ne soit pas imprimés ? Je ne vois pas où est le problème. La monnaie étant la marchandise qui facilite les échanges, n’importe quoi qui remplit cet office est de la monnaie : or, argent, papier imprimé, écriture informatique, coquillage, sel, peu importe. Il n’y a donc pas d’argent réel, ni d’argent virtuel. Il y a la monnaie, point barre. 
              Mais je comprends que la religion de l’Etat fasse que pour ses adorateurs, il n’y a de monnaie que frappée du sceau du prince. C’est l’aspect violence de la monnaie. Il y a donc monnaie "violence" et monnaie "confiance".


            • JL JL 17 octobre 2008 21:20

              Le Péripate si vous ne faites pas de différence entre l’argent virtuel et l’économie réelle, vous êtes vraiment ignare. Et si vous faites la différence, vous êtes provocateur. Je regrette que nous nous soyons rencontrés ici : on perd vraiment son temps à vous parler  smiley


            • ZEN ZEN 17 octobre 2008 21:31

              Le Péripate n’a retenu que deux mots de M.Aglietta..
              Il devrait lire le livre pour s’instruire...


            • Le péripate Le péripate 17 octobre 2008 21:52

               JL, vous passez soudainement de la notion d’argent réel à la notion d’économie réelle.Êtes vous sûr de maîtriser ces concepts ? Ou est-ce que plutôt vous ne pratiquez pas la dérobade ? Ou êtes vous adepte des concepts fumeux style New Age, économie immatérielle en lieu et place d’économie de l’immatériel ? Tout ce que nous échangeons, sans aucune exception, est produit par l’esprit humain, même la matière première la plus brute n’a aucun intérêt sans projet de l’esprit. Alors, dans ces conditions, vos arguties sont de peu de poids.

              Zen, je sais que l’insinuation et le mode perfide sont votre registre rhétorique. En fait je me contrefous de ce que vous pensez. Mais Aglietta est passé juste à côté d’une découverte, il l’a frôlé pour ne pas l’approfondir, et c’est dommage. La violence de la monnaie, c’est le fait du prince. La confiance de la monnaie, c’est le fait du marché.


            • ZEN ZEN 18 octobre 2008 08:30

              Péripate

              Vive le sacro-saint "Marché" spontanément autorégulé !
              La "main invisible", nouvelle figure de la divinité ?


            • JL JL 18 octobre 2008 09:00

              Bonjour Zen, Péripate semble avoir de bonnes lecture. Hélas, il semble avir raté certains passages parmi les plusintéressants.

              "Les marchés de la terre, du travail et de la monnaie sont sans aucun doute essentiels pour l’économie de marché. Mais aucune société ne pourrait supporter, ne fût-ce que pendant le temps le plus bref, les effets d’un pareil système fondé sur des fictions grossières, si sa substance humaine et naturelle comme son organisation commerciale n’étaient pas protégées contre les ravages de cette fabrique du diable". (Polanyi, cité par M. Aglietta et A. Orléan in ""La monnaie entre violence et confiance", éd. Odile Jacob).


            • JL JL 18 octobre 2008 09:33

              Excellents post et liens dans l’initervention qui suit, merci Zen. On y lit ""Depuis des années, on a assisté à un morcellement du savoir économique terrifiant, avec l’apparition de spécialistes très pointus, ici sur le travail, là sur le commerce international... On se retrouve à l’université avec des thésards très calés sur leur sujet, mais dénués de toute culture générale en économie ! """

              C’est pourquoi les "candides" que nous sommes posent de bonnes questions qui désarçonnent les spécialistes et menacent la quiétude des profiteurs du système. Mais il est une sorte de candide qui défend ce système qui nous opprime : Ceux-là sont les idiots utiles. smiley


            • JL JL 18 octobre 2008 11:57

              @ Léon : ""... une économie du risque qui porte sur de l’information.""

              Tout à fait, ce serait même, plus précisément une économie qui porte sur la disymétrie de l’information, autant au niveau de la connaissance que de la capacité des agents économiques à la traiter et à l’exploiter.

              Autant dire que l’obscurantisme est partie prenante dans l’affaire.

              Puisqu’on parle sur un fil voisin d’irrationnel, voici une réflexion qui n’est pas sans rapport avec l’information :

              Des scientifiques, donc des gens censés être très rationnels, envisagent la téléportation. Quelles différences entre téléportation et reproduction à distance ? Essentiellement deux : la reproduction à distance permet de reproduire l’original, sans le détruire. La téléportation serait une reproduction à distance unique et impliquant la disparition de l’original. Si je ne m’abuse, on est là en plein dans l’irrationnel.

              ps. je ne posterai pas cette réflexion sur le fil en question parce que je ne souhaite pas prendre parti.


            • Le péripate Le péripate 18 octobre 2008 14:05

              JL. C’est un passage effectivement très intéressant que cet extrait de l’ouvrage de Karl Polyani "La grande transformation". Cependant, il faut lire l’ouvrage en entier (si vous arrivez à vous le procurer, car il est épuisé, et non réédité). La thèse de Polyani est, pour faire court, que le libéralisme a agressé le tissu social, et que la réaction de celui-ci a été fascisme et stalinisme. Mais, cette thèse tourne court à l’intérieur même de l’ouvrage, notamment quand Polyani analyse SpeemHamland. (je ne suis pas sûr de l’orthographe). Il y montre, à son corps défendant, les ravages de la loi sur les pauvres, qui sera finalement aboli.
              Au total, un ouvrage complexe, sans thèse bien défini. Ce qui est sans doute une des raisons pour la relative défaveur de son auteur. Mais un ouvrage très riche.

              Zen. Acceptez vous l’idée que c’est vous qui choisissez vos amis, votre coiffeur, votre garagiste ? Si oui, c’est que donc vous êtes aussi un adorateur du marché. Et un crétin qui ne craint pas la contradiction.

              Leon. Le sujet portait sur Aristote. Avez vous quelque chose à reprendre sur ce que j’ai apporté ?


            • Le péripate Le péripate 19 octobre 2008 09:12

               Non, Leon. Il y a eu de nombreuses monnaies sans pouvoir central. Les monnaies de coquillages (cauris) en Afrique ou la monnaie de sel (sel végétal) de Papouasie. 


            • civis1 civis1 19 octobre 2008 09:18

              @ peripate

               Quand vous parlez  d’avarice et moi de chrématistique y a-t-il une chance de s’entendre ? 

              Vous trouvez  «  assez amusant, et ridicule, que d’essayer de recycler une erreur vieille de deux mille ans ». Allez ! Sur vos conseils je veux bien chercher l’erreur puisque l’assurance que vous mettez dans vos propos et la rapidité que vous mettez à juger des miens m’y invite.

               Quand j’en appelle à Aristote, c’est pour lui emprunter un  Mot. Et si je l’exhume c’est pour y accrocher un concept intéressant la période actuelle et  au moment où précisément se pose la question de l’accumulation du capital.  

               Votre argumentation  part un peu dans tous les sens mais je veux bien  essayer de comprendre votre propos en essayant de ne pas trop le déformer ce qui bien sûr m’offrirai l’occasion de dire qu’il est ridicule. J’en fais d’une  question de probité intellectuelle et de politesse.

              Est-ce que je me trompe en disant que votre propos directeur est la justification de l’usure ?

               A n’importe quel taux et jusqu’à grever complètement tout projet d’entreprendre ?

              On peut tondre un mouton mais si on lui arrache la peau on l’envoie direct à l’abattoir.  

              Pour mener à bien une entreprise  ne vaut-il pas mieux les apports en industrie que des apports en numéraire.

               

              Vous parlez de Marx … mon propos était justement de ne pas en parler !

               Le temps c’est de l’argent. ?

              Combien de temps faut-il  à un dollar pour tomber en poussière ?  

               Qu’est-ce  ce qui donne sa valeur à l’argent ? Pas sa valeur d’usage mais sa valeur d’échange aussi longtemps qu’elle ne devient pas une monnaie de singe…

               

              Je n’ai pas encore trouvé l’erreur mais je cherche et je ne doute pas que vous fassiez de même !


            • civis1 civis1 19 octobre 2008 13:23

              @ TOUS

              Voilà qui conforte, si besoin était, l’intérêt du journalisme citoyen

              @ marianne ,
                Ravie que mon humble article sur la chrématistique envoyé à la modération d’Agoravox soit repris dans votre article. On peut se réjouir vous et moi d’apprendre qu’ Agoravox soit suivi avec autant d’attention et repris avec autant de bonheur par un journaliste du Monde. 

              Voilà qui conforte, si besoin était, l’intérêt du journalisme citoyen

              Que cette rédactrice d’Agoravox y trouve argument d’y faire l’apologie du modem reste sous son entière responsabilité


            • Caramelle 17 octobre 2008 22:33

              Nous vivons donc dans un gigantesque chréma...torium...


              • ZEN ZEN 18 octobre 2008 08:24

                Nous vivons aussi une grande faillite de la pensée économique , écrasée par les dogmes de l’école de Chicago , fustigée aujourd’hui même par certains néolibéraux (ah ! les conversions de dernière heurs !)

                Je me permets de reproduire à ce sujet une excellent analyse de Ludovic Laman , hier dans Mediapart. Merci à lui .Les surtitrages sont de moi.
                L’article étant assez long, je le reproduis en deux fois :

                "Crise : la grande faillite des économistes | Mediapart

                Nous sommes en janvier 2007. Non sans mal, l’anthropologue Paul Jorion vient de trouver un éditeur pour publier un essai intitulé Vers la crise du capitalisme américain ? (La Découverte, 2007). Sa thèse est explosive, presque trop énorme pour être prise au sérieux : le capitalisme financier aux Etats-Unis est sur le point d’imploser, victime de ses pratiques spéculatives. Mais cette crise, prévient-il, n’éclatera pas en Bourse. Elle surgira depuis le cœur des marchés immobiliers. A l’appui, une description pointilleuse de ce que Jorion nomme alors le « secteur sous-prime du prêt hypothécaire », le fameux « subprime » qui fera la Une des journaux quelques mois plus tard (on peut télécharger l’intégralité du chapitre consacré à l’immobilier ici).En somme, l’un des seuls livres, en langue française, à avoir anticipé la crise des crédits immobiliers aux Etats-Unis a été rédigé par un... non-économiste. Au moment de sa publication, l’ouvrage fera l’objet, au mieux, d’une indifférence polie de la part des confrères économistes. « J’ai bâti une théorie économique qui a été jugée irrecevable, jusqu’à ce que la crise vienne la confirmer », résume Paul Jorion à Mediapart, en attendant la sortie, début novembre, de son prochain livre, La Crise (Fayard).

                Depuis les remous de l’été 2007, quid des économistes ? Les plus médiatiques n’ont cessé de défiler, à tour de rôle, dans les colonnes des journaux, pour dire que non, vraiment, il ne fallait pas s’inquiéter, et que, oui, c’était certain, le plus dur était passé. Dans un entretien aux Echos du 13 août 2007, Patrick Artus, directeur de la recherche et des études de Natixis, chiffrait à 26 milliards de dollars les risques de pertes liées au « subprime » pour les banques américaines, avant de conclure : « Ce n’est pas avec un montant pareil qu’on détruit la finance internationale. » Le FMI a chiffré en mars 2008 le coût provisoire de la crise à 1.000 milliards de dollars.Frédérik Ducrozet, directeur des études économiques du Crédit agricole, estimait quant à lui, le 13 mai 2008, toujours aux Echos, que « l’idée selon laquelle le pire de la crise financière serait passé semble faire son chemin ». Dans une tribune publiée le 7 octobre 2008 par le Wall Street Journal, le prix Nobel américain Gary Becker y allait de son mea culpa : « J’admets avoir fortement sous-estimé l’ampleur de la crise. »

                « Il aurait fallu avoir plusieurs cerveaux »

                Pourquoi la plupart des économistes n’ont-ils rien vu venir ? Pourquoi certains se sont même complètement fourvoyés ? Et pourquoi « les jeunes stars de la macroéconomie n’ont rien à dire sur la crise », pour reprendre l’accablant constat de Thomas Philippon, économiste enseignant à l’université de New York ?Parce que l’école de pensée dominante est incapable de théoriser les « crises endogènes », répond sans hésiter Michel Aglietta, économiste au Cepii. « Pour ces économistes libéraux, qui s’appuient sur l’hypothèse des marchés efficients*, toute crise vient forcément de l’extérieur, et elle est donc par nature imprévisible ! » explique Aglietta.Lui défend une autre approche, plus minoritaire, dite de l’instabilité financière, formulée par l’Américain Hyman Minsky. ..De son côté, Thomas Philippon, auteur du Capitalisme d’héritiers (Ed. du Seuil, 2007), pointe du doigt la « trop forte segmentation de la recherche académique ». Faute d’« économistes généralistes », personne, ou presque, n’a pu observer la propagation de la crise, surgie d’un coin obscur du droit immobilier américain (le contrat subprime) pour se propager à l’économie réelle, passant par les dernières innovations de la finance (les mécanismes de « titrisation » et de crédit dérivés). « Il aurait fallu plusieurs cerveaux dans la même tête pour voir venir les choses », résume Philippon.Gilles Raveaud, professeur d’économie à l’Institut d’études européennes de l’université Paris-8, reprend l’argument, pour le pousser un peu plus loin : « Depuis des années, on a assisté à un morcellement du savoir économique terrifiant, avec l’apparition de spécialistes très pointus, ici sur le travail, là sur le commerce international... On se retrouve à l’université avec des thésards très calés sur leur sujet, mais dénués de toute culture générale en économie ! » Et Raveaud, qui connaît bien la recherche américaine pour avoir enseigné deux ans à Harvard, de s’inquiéter de ces manquements : « Un économiste peut traiter du chômage, sans rien connaître aux marchés boursiers ou aux banques... C’est conforme à la théorie de l’équilibre général, selon laquelle on peut analyser le fonctionnement d’un seul marché pris séparément, celui du travail par exemple, puisqu’on suppose que les autres sont naturellement à l’équilibre. Mais cela ne tient pas ! »


                • ZEN ZEN 18 octobre 2008 08:27

                  (Mediapart -suite)2

                  "...En fait, la macroéconomie des dix dernières années a subi de lourdes transformations. Vexés de ne pas pouvoir prétendre au statut de scientifiques purs et durs, la plupart des économistes ont versé dans un formalisme mathématique effréné, sur les conseils de Milton Friedman et ses collègues monétaristes. Profusion de courbes, modèles et équations, qui ont éloigné les chercheurs du monde « réel ». Les maths sont devenues une fin en soi. Aveu de Thomas Philippon : « Nous étions devenus des enfants gâtés, puisque nous n’avions pas connu de vraie crise depuis longtemps. Sous la présidence Clinton, la politique monétaire était devenue répétitive. Notre intérêt pour le réel s’est donc logiquement atténué. » Une enquête étonnante, réalisée auprès des doctorants en économie des grandes facs américaines (téléchargeable ici), confirme ces propos. Plus de la moitié des personnes interrogées (51%) estiment que « connaître l’économie de façon approfondie » est « sans importance »... Et à peine 9% des thésards se disent convaincus du contraire (« connaître le réel est très important »)Et puis il y a ce best-seller international, tellement révélateur du refus de beaucoup d’économistes des années 2000 à se confronter à d’amples débats de société... Le livre s’appelle Freakonomics (« économie saugrenue », faute de meilleure traduction). Ecrit par Steven Levitt et Stephen Dubner, publié en 2005 aux Etats-Unis, un an plus tard en France (Denoël, 2006), l’ouvrage s’est écoulé à plus de trois millions d’exemplaires.

                   

                  Du jour au lendemain, ses auteurs sont devenus les chefs de file d’une économie du coin de la rue, portée sur la résolution de problèmes très ciblés, ancrés dans le quotidien : l’importance du choix du prénom pour l’avenir d’un enfant, les limites de la politique de tolérance zéro mise en place à New York dans les années 90, les motivations d’un agent immobilier lorsqu’il décide du prix d’un appartement, etc.« Nous avons perdu notre optimisme dans la capacité à utiliser les outils de la science économique pour gérer l’économie et nous sommes passés à une approche plus microéconomique du monde », avait déclaré Levitt au New York Times, au moment de la sortie de son ouvrage. D’un côté, donc, le tout mathématique. De l’autre, retour à un empirisme jugé parfois trop étroit. Qu’ont provoqué ces bouleversements ? Les économistes sont désormais devenus des techniciens, « en perte d’influence », selon Christian Chavagneux, journaliste à Alternatives économiques, et auteur d’un livre annonçant Les Dernières Heures du libéralisme (Perrin, 2007).Gregory Mankiw, professeur d’économie à Harvard et un temps conseiller de George W. Bush, a même théorisé cette déconvenue, dans un article devenu fameux, « The Macroeconomist as scientist and engineer » (2006). Au sein de la grande famille des économistes, il distingue les « ingénieurs », dans la lignée de Keynes, qui cherchent à comprendre le monde pour mieux agir sur le cours des choses, des « scientifiques », obsédés par la mise au point des modèles mathématiques de plus en plus poussés. En bout de course, Mankiw, catégorique, constate la victoire du deuxième groupe. En somme, les économistes ont de moins en moins d’influence sur les politiques économiques de leurs pays.Faux, semblent répondre à distance Anton Brender et Florence Pisani, économistes chez Dexia, qui préfèrent déplacer le problème : « Ce ne sont pas les économistes qui sont en cause, mais la gestion de la crise par les autorités ! C’est comme si un petit feu avait pris dans un camping [la crise du subprime], et qu’il se propageait à l’ensemble des Alpes du Sud parce que les pompiers ont tardé à intervenir... » Brender et Pisani sont les auteurs d’un livre de référence, La Nouvelle Economie américaine (Economica, 2004), dont la thèse, au regard de l’actualité menaçante, ne manque pas de surprendre. En substance : si l’Europe est à la traîne des Etats-Unis, c’est parce qu’elle n’a pas assez innové en matière financière...Aujourd’hui encore, malgré les dégâts de la titrisation outre-Atlantique, ils persistent, convaincus des vertus « stabilisatrices » de la finance. A condition, précisent-ils, que soit mise en place une plus stricte réglementation, « à tous les stades, depuis la compréhension jusqu’à l’extension de la crise ».
                  Dans ce contexte mouvementé, le climat universitaire devrait évoluer. « J’espère que la crise va déstabiliser les économistes, leur apprendre une forme d’humilité et de prudence intellectuelles », avance Pascal Combemale, auteur de plusieurs ouvrages d’introduction à Marx et Keynes. « La grande affaire dans tout cela, ce n’est pas la revanche des keynésiens (...), mais le fait que toute pensée critique, qui était inaudible depuis quasiment 20 ans en France, puisse à nouveau s’exprimer ! » D’autres « hétérodoxes » lui emboîtent le pas, à l’instar de Gilles Raveaud : « C’est une bonne claque pour les économistes, qui manquent souvent de modestie par rapport aux chercheurs en sciences sociales. »
                  A première vue, la crise signe donc le grand retour des « post-keynésiens » sur les « nouveaux classiques », ces libéraux qui avaient repris la main depuis les années 70. Elle replace aussi sous la lumière l’économie des conventions*, incarnée par André Orléan. En fait, en produisant du « neuf », la crise a périmé certains concepts (exit les « anticipations rationnelles »* de Lucas, certes déjà bien malmenées avant la crise...), et remis d’autres idées au goût du jour. On en retiendra trois.

                  1 - L’asymétrie d’information
                  L’idée est admise de tous côtés : la grande débâcle de 2008 signifie la « victoire intellectuelle du Joseph Stiglitz des années 70-80 », pour reprendre l’expression de Thomas Philippon. Non pas le Stiglitz pourfendeur du néo-libéralisme et de la guerre en Irak des années 2000, encore moins l’économiste en chef de la Banque mondiale de la fin des années 90. Mais celui qui théorisa le concept d’asymétrie de l’information*, travaux pour lesquels il reçut le prix Nobel, en 2001, aux côtés de George Akerlof et Michael Spence.Tous les agents économiques en présence sur le marché, effectivement, ne savent pas tous la même chose – sur la qualité des biens qu’ils échangent, par exemple. Ce qui a pour effet de déformer les échanges, au grand dam des néo-classiques, qui ne jurent que par la concurrence pure et parfaite*.Michel Aglietta explique pourquoi cette notion, ou celle, similaire, d’aléa moral*, est au cœur de la crise actuell : « Prenons l’exemple d’un courtier en crédit immobilier aux Etats-Unis. Il est rémunéré à la commission. Ce qui l’intéresse, ce n’est donc pas le risque inhérent au crédit qu’il accorde, mais le volume du crédit, afin d’être convenablement rémunéré. Le courtier n’a donc plus intérêt à évaluer le risque. C’est un aléa moral massif ! Or, toute la chaîne de transmission des risques a fonctionné de la sorte ces derniers mois... » Les crédits « pourris » se sont échangés de main en main, sans que les agents connaissent l’exacte nature de ce qu’ils détenaient.
                  2 - La distribution des richesses C’est une question classique de l’économie politique, mais qui avait, ces derniers temps, déserté les programmes d’économie à l’université : les théories de la répartition*. « On va de nouveau faire le lien entre la croissance, et la façon dont les richesses sont distribuées », se félicite Gilles Raveau. Avec des auteurs classés à gauche, Marx et Keynes, et plus récemment, le « post-keynésien » Nicholas Kaldor.
                  3 - La théorie comportementale de la finance
                  D’après cette école, représentée par Daniel Kahneman (lui aussi prix Nobel, en 2002, et lui aussi membre de la commission Stiglitz), il faut introduire des éléments de psychologie collective au cœur de la science économique pour mieux comprendre les choses. L’acteur économique n’est plus forcément rationnel. Il peut être victime de ses préjugés, ou troublé par ses émotions. Appliqué au monde de la finance, cette théorie permet par exemple d’expliquer certains comportements de panique boursière des derniers jours.

                  >>Ce débat sur les conséquences intellectuelles de la crise est en train d’en réactiver un autre, plus ancien mais tout aussi virulent. L’affaire avait éclaté en juin 2000 avec une « lettre ouverte » d’étudiants en économie insatisfaits de l’enseignement qu’ils recevaient à l’université : « usage incontrôlé des mathématiques », pas assez de « pluralisme des approches » théoriques...Huit ans plus tard, les faits semblent leur donner raison. « On n’a jamais autant parlé de la crise de 29 qu’aujourd’hui, et pourtant, un étudiant diplômé peut très bien ne jamais avoir entendu parler de la crise de 29 à la fac, l’enseignement de l’histoire économique n’étant plus obligatoire », s’inquiète Gilles Raveaud.Alors que le rapport de Roger Guesnerie, rendu public le 3 juillet dernier, sur le contenu des manuels d’économie, continue de faire des vagues, Pascal Combemale, professeur d’économie en classes préparatoires au lycée Henri-IV, à Paris, confirme : « L’enjeu à court terme, porte aussi sur les sciences économiques et sociales [SES] au lycée, actuellement menacées de mort par la réforme en préparation de Xavier Darcos, et durement critiquées dans le rapport Guesnerie, justement parce qu’elles laisseraient trop de place au débat et à la diversité des analyses. » (Ludovic Laman)

                   

                • ronchonaire 18 octobre 2008 11:59

                  J’étais justement en train de le lire, Léon.

                  C’est intéressant, même si je trouve que cela manque parfois de cohérence. En particulier, l’opposition entre "ingénieurs" et "scientifiques" n’est à mon avis pas très pertinente. L’auteur se réjouit de la victoire du "Stiglitz" des années 70-80 ; sauf qu’à cette époque, Stiglitz était un scientifique pur et dur : ses travaux sur l’asymétrie d’information notamment sont de la théorie pure, avec beaucoup plus d’équations que de texte. Stiglitz n’est devenu un "ingénieur" que dans les années 90, lorsqu’il a quitté le monde académique pour rejoindre la Banque Mondiale.

                  Par ailleurs, les deux domaines ne sont pas non plus totalement deconnectés ; par exemple, les "ingénieurs" utilisent au quotidien les résultats de la recherche théorique en économétrie, qui leur permet de disposer d’estimateurs fiables et précis. Je maintiens donc que la recherche théorique en économie est très utile ; je précise que je ne suis pas chercheur moi-même (je serais plutôt dans la catégorie "ingénieurs"), je ne prêche donc pas pour ma paroisse.

                  En revanche, il faut effectivement se demander si les programmes de recherche de ces dernières années étaient pertinents et, manifestement, ils ne l’étaient pas. Personnellement, je me réjouis que le Nobel ait été décerné à Krugman ; non pas pour ses opinions mais parce que c’est un des rares à avoir fait de la recherche "utile" ces dernières années, notamment avec ses travaux en économie géographique (très utiles pour comprendre les mécanismes sous-jacents de la mondialisation).

                  L’auteur a aussi raison de rappeler que la spécialisation a souvent été poussée trop loin ; c’est particulièrement flagrant au niveau des doctorants de ces 10-15 dernières années. Prenez le registre des thèses soutenues en économie ou, tout simplement, le programme du Congrès annuel de l’AFSE par exemple ; les 3/4 des travaux ne servent à rien, si ce n’est au doctorant de démontrer qu’il est capable. D’ailleurs, cette spécialisation à outrance est à mon avis liée à la détérioration des débouchés pour les doctorants : l’objectif de la thèse n’est plus d’apprendre, il est de montrer son savoir(-faire).


                • civis1 civis1 19 octobre 2008 18:21

                  @ zen
                  Merci pour cette longue participation bien documentée...
                  Je viens de prendre le temps de lire plus attentivement votre intervention en 2 parties. J’en ai retenu quelques éléments qui pourrait bien inspirer un Molière du XXI siècle.
                  Je suis absolument pas économiste et c’est la crise qui m’encourage à sortir du bois. D’une façon téméraire je me suis sentie le courage d’endosser le rôle de boétienne pour m’inviter autour d’une table à laquelle je n’aurai jamais espéré aller picorer.
                  Ne voilà-t-il pas que je m’aperçois depuis une quinzaine de jours que le bon sens était la chose la moins bien partagée dans cette discipline peut-être nommée à tord sciences économiques.
                  Je passe sous silence la faillite de l’armure méthodologique et du bouclier mathématique car il ne s’agit pas non plus de priver une discipline des outils mathématiques nécessaires qu’elle se construit et sans lesquels une approche scientifique n’est pas possible.
                  Mais que toutes ces courbes , ces calculs, ces modèles mathématiques viennent à enfumaer les amphitéatres pour former des étudiants myopes , il faut dire que c’est un peu fort !
                  Il n’y a pas de doute que cette ingéniérie financière fut d’une efficacité redoutable ! Tel un TGV lancer sur des rails à cent à l’heure çà vous a accumulé une de ces énergies à vous lancer droit dans le mur !

                  Et que dire de cet oubli que vous pointez ! ( Voyez donc comme on peut être étourdis tout de même ! ) Je n’ose pas le croire mais si vous le dites ! Depuis combien cette notion de distribution de richesses aurait-elle disparu des programmes universitaires ?
                  Je retiens dans mes tablettes ce concept d’aléa moral ... Une perle du genre ! Et d’une portée euristique que je vais m’empresser de creuser.
                  Merci encore une fois pour ce post !



                • ZEN ZEN 20 octobre 2008 07:51

                  Civis 1
                  Merci de vos remarques, mais l’article n’est pas de moi, même si j’adhère à l’essentiel
                  Oui, dramatique myopie, pas innocente du tout
                  La pensée friedmanienne , appliquée par Reagan, Thacher , Pinochet (rien que des démocrates bien connus !) est à l’origine de ces dérives tant dans l’économie réelle (privatisation à tout va) que dans l’enseignement en général de la discipline économique (on peine à l’appeler "science"). Mais il y eut de la résistance chez certains économistes minoritaires et marginalisés jusqu’à peu


                • brieli67 18 octobre 2008 10:40

                  valeur plus réelle l’Or en barres ??

                  75 % de l’or actuellement en circulation en transformation n’a été extrait qu’après 1918.
                  En deux ans l’exploitation aurifère - très au ralentie équivaut aux richesses de 1000 ans de notre Moyen-Age ;

                  L’étalon Or c’était pas tout à fait celà. L’or rendu des laveries de roches et des sables au kilo se négocie autour des 1200 va pour 1500 euros.

                  Qu’en est il des "réserves nationales" ? Que du strass du bling-bling ?

                  Tiens ! qu’un de nos "economistes-maisons" nous explique l’OR et ses fonctions variables tout au long du siècle passé. Pour que notre épargne perso ne fonde pas comme neige au soleil quelques napoléons dans le bas de laine comme toujours ?

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