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Régime Présidentiel à la Française : les prémices d’une Restauration ?

L’élection au Suffrage Universel, désormais plus régulière suite à l’instauration d’un régime Présidentiel, a le travers de privilégier le fait de gagner, et non plus les propositions et solutions sérieuses face aux problèmes. Le meilleur est celui qui sait l’emporter sur l’autre candidat. Le sens de l’intérêt général, une réelle culture du Pouvoir, la maîtrise des leviers de l’Etat, une vraie ambition pour le pays, tout cela passe au second plan.

La capacité médiatique et promotionnelle ne saurait être une garantie d’aptitude gouvernementale. Pourtant, elle participe aujourd’hui essentiellement de l’arrivée au Pouvoir. A l’occasion des scrutins, tous les arguments sont acceptés ou presque. L’émergence de la people-politique depuis l’élection de 2007 a ouvert cette boite de pandore de la médiocratie. Les stratèges des uns et des autres sont au front, et « gouvernent » dans l’acception nouvelle du terme, celle de communiquer. Le peuple est soumis aux effets immédiats d’études évolutives de marché électoral. Le vainqueur sera celui du bon mot ou ne sera pas. De la « Force tranquille » à la « Fracture sociale » en passant par « la rupture », les fameux slogans conduisent aux plus hautes fonctions. La manipulation par les inductions langagières et les images, tout cela n’est plus réservé aux grands Maîtres des sectes, et loges de moins en moins secrètes. La « campagne » est publicitaire. Les médias se transforment en un ring, le spectateur y compte les coups. L’élu sera celui qui cogne le plus efficacement. Présider au destin de millions d’âmes est ouvert à n’importe qui, ou presque. Il ne s’agit plus d’être exceptionnel ou charismatique, ni même cultivé, seulement habile. La performance en communication est récompensée, non les projets et les actes une fois élus. Notre pays croule tous ces derniers temps sous l’accumulation de « projets » de Lois destinés surtout aux messages qu’ils véhiculent. Les décrets d’application peuvent toujours attendre. Seul compte l’effet produit par les mots.
 
Heureusement, le peuple ne tardera pas à juger sur les résultats socio-économiques, et non plus sur ceux des élections. A vouloir gagner à n’importe quel prix, l’élu d’un jour devient rapidement le perdant d‘un autre. L’Elysée connaît ces temps-ci ce retour sur terre, au réel. Chaque film a une fin. Celle du mandat de Monsieur Sarkozy se pose.
 
Toute l’intelligence du Général de Gaulle (et de Michel Debré) fut de disjoindre le rôle du Président de celui du Premier Ministre. Ce dernier était censé s’occuper alors du court terme et du quotidien, niveau auquel il était jugé. Le Président devait incarner le pays sur l’essentiel, la durée, le rassemblement. Présider s’inscrivait dans la durée, gouverner était journalier. Le régime Présidentiel non suffisamment préparé solde présentement la plus grande confusion au sommet de l’Etat. Le Président semble nu et seul face à la contestation.
 
Durant la dernière Présidentielle, une contradiction fût poussée à son extrémité. En effet, le temps de la campagne chaque candidat aura tenté d’emblée de rassembler tout le peuple en brisant les frontières partisanes. Le postulant de Droite alla jusqu’à côtoyer Blum et Jaurès. La prétendante de Gauche au trône eut recours au drapeau patriotique jusque l’étendard de Jeanne d’Arc. Il fallait ratisser large dans le temps et l’espace politique. Une fois à l’Elysée, celui qui l’emporta ne cessa de diviser et gouverner pour des intérêts claniques marquant ses soutiens, intéressés ou participatifs au sens électoral et Boursier. Cela fût le cas en introduction de la mandature. S’afficher d’entrée en vacances avec les plus riches en leur offrant rapidement un bouclier fiscal, après en avoir appelé à réhabiliter la valeur Travail, tout cela fondait pour le moins une maladresse aux effets durables. Elle blessa une pauvreté de masse, préalable à la crise financière. Ce tourisme Présidentiel immédiat fût aussi un coup porté à l’endroit des exclus de l’Emploi, et donc des loisirs. Rassembler pour être élu, diviser pour gouverner. Telle est hélas la contradiction et le risque intrinsèques du Régime en vigueur. D’aucuns diront, rien de nouveau. La modification statutaire hâtive du Régime, tenant aussi à la personnalité même du Président aura a contrario modifié et dégradé bien des choses. L’on ne peut plus exclure qu’il faille revenir dessus. Pour la consultation référendaire, l’avenir sera radieux.
 
La Présidentialisation est venue étonnamment attribuer au Premier Ministre un statut de réserve jadis dévolu au Président. L’Hôte de Matignon devient peu à peu le titulaire de l’Elysée rêvé des Français selon bien des sondages. N’est-il pas déjà temps de nous interroger sur le quinquennat ? Ne faudra-t-il pas à terme rétablir la disjonction entre le renouvellement des Assemblées et le suffrage Présidentiel ? L’Histoire a connu d’autres Restaurations.
 
Depuis des années la situation économique se dégrade à la hauteur de la Misère, de la dette et du chômage. Les uns l’emportent sur les autres à tour de rôle, essentiellement sur la question de l’Emploi et de la moralité publique. Les mandatures se succèdent, permettant aux battus d’un jour de reprocher le moment venu aux victorieux passés, ce dont ils furent eux même accusés. Là aussi, tout s’accélère. Le non-sens pseudo « démocratique » court-il vers sa chute ? Et le Président, par la même.
 
Revenir à un suffrage indirect ? Pourquoi pas, loin des caricatures du régime Parlementaire de la Quatrième République. Le régime Présidentiel ? Chacun en note déjà tous les travers face un Président « touche à tout » dans l’arène, et n’assurant plus la hauteur de vue et le recul que l’on serait en droit d’attendre de lui. Assurément, le Septennat permettait une meilleure gouvernance, dissociée du régime des Assemblées renouvelées de façon non synchronique. Le régime Présidentiel ? Les français semblent donc reconnaître au premier, tout ce qu’ils attendaient jadis d’un Président. L’hôte de l’Elysée court après les affaires quotidiennes pour en retirer des arguments de réélection. Le Premier Ministre rassure les citoyens, et semble assurer la concrétisation effective de quelques maigres mesures. Le régime Présidentiel « à la Française » ne fait-il pas inévitablement de son titulaire une abstraction communicative agitée ? La campagne pour la réélection devient quasi constitutive de la victoire, d’autant plus au regard de la brièveté du quinquennat. Autrefois nous parlions des cent premiers jours décidant de l’avenir d’un mandat. Désormais, à peine élu, le titulaire se doit immédiatement de préparer une éventuelle nouvelle mandature. A croire que le Président actuel partît en vacance à peine élu, précisément pour recharger ses batteries en vue de la nouvelle campagne qui commençait.
 
Rapidement, il y eut ainsi à l’occasion d’un nouveau mariage, une sorte de monarchisation type d’une « France Unie » de réélection. Le règne de l’image se poursuivait. Le régime Présidentiel « à la Française » semait ses premiers troubles. L’Hôte de l’Elysée joua la proximité à la manière d’un Premier Ministre des temps modernes. Hélas, à vouloir ou devoir être partout, on donne à terme l’impression de n’être réellement, nulle part. Au moins, quand le Président est en vacances, le peuple sait plus clairement où il se trouve et ce qu’il fait véritablement, photos à l’appui dans la Presse poubelle. Les sorties éclairs sur le terrain (en Savoie comme plus rarement et quasi casqué en banlieue) avec serrement de mains et départ rapide avec massive cohorte policière, tout cela ne saurait créer une relation au peuple ! Une présence proche de la téléréalité durant les JT du 20 HR ne fonde pas plus un vrai dialogue avec le pays. Notre ex hyper-Président n’est-il déjà plus qu’une image ?
 
Cessons de réduire les français au statut permanent de public de studios de télévisions, avec la victoire perpétuelle du meilleur chauffeur de salle. Lorsque l’invité du moment fait trop « copain copain » avec le public, d’un regrettable « casse toi pauvre con » à un plus sage « fais pas le malin », nous sommes d’abord confrontés à l’affaiblissement du statut Présidentiel et de l’Etat Les mauvaises langues diront que celui qui fît initialement un peu trop le malin au travers d’une Show-Présidence n’est pas sans rencontrer aujourd’hui le premier rejet exprimé irrespectueusement lors d’un salon de l’agriculture. Loin de toute approche partisane, il reste à se demander si l’Hôte actuel de l’Elysée ne porte pas aussi toutes les contradictions d’une regrettable Présidentialisation du régime, inadaptée à notre pays. Il n’est plus exclu que nous vivions les préliminaires d’une certaine Restauration bien nécessaire.
 
Qu’il s’agisse de la relation intergénérationnelle, de l’autorité publique autant que de celle des enseignants, des parents et forces de l’ordre (sur tout le territoire), du respect des Lois se devant d’être réhabilitées dans leur légitimité d’application (cessons d’en voter de fictives quasi quotidiennes), du rétablissement de l’égalité entre citoyens (pourquoi certains ont-ils un emploi à vie ?), autant de domaines qui appellent à restaurer plus de justice et équité.
 
Lors de son passage remarqué (de quelques minutes…) en Savoie, nous vîmes ainsi un Président afficher un double visage incohérent. Il y eut le temps d’un discours cérémonial plein de hauteur portant sur « la Savoie, condensé de la France ». Puis, il y eut l’instant d’un échange digne de camarades chahuteurs de cour d’école. Il ne fallait pas « faire le malin », reste à savoir qui mérite le plus cet avertissement. Chacun crût entendre un inconscient majeur s’adresser à lui même. A peine élu, le Président se situa au niveau lambda de citoyens pas toujours exemplaires (la people love story « Carla c’est du sérieux » y contribua), endossant à l’étranger une stature contraire d’une hauteur presque excessive, notamment face à Barak Obama. Sa personne, son caractère, autant que la confusion ou inadaptation du régime Présidentiel, tout cela interroge sur l’avenir même de son mandat et de son terme. Lorsque jadis quelqu’un dans la foule cria « mort aux cons » au passage du Général de Gaulle, ce dernier répondit « vaste programme »… Le sommet de l’Etat avait alors une toute autre distinction, et personne ne cherchait à faire seulement le malin dans les médias pour être élu. Cela interroge aussi sur le rabaissement du statut Présidentiel, le titulaire s’occupant de tout ou presque, il se trouve de fait situé parfois au niveau des pâquerettes.
 
Alors que le PS est en pleine méditation politico-transcendantale sur « une nouvelle civilisation », que le Pouvoir actuel se consacre à 2000 porteuses de Burqa et non aux 12 millions de pauvres, que la perte de toutes les valeurs essentielles est attestée par des footballeurs milliardaires adeptes de bouges à prostituées, que des animateurs-producteurs TV incultes gagnent des fortunes pour des présentations dignes de bals de quartiers ou radios locales… il n’est plus insensé de croire qu’une Restauration, avec retour à un suffrage indirect pour l’Election Présidentielle, pourrait nourrir une prochaine révolution douce !
Faisons d’un mal, un bien… et vive la résilience Présidentielle !
 
Guillaume Boucard

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3 réactions à cet article    


  • Gustav-109 27 avril 2010 10:45

    Au lieu de songer en permanence à des usines à gaz constitutionnelles pour « corriger » les défauts de la Vème République, je suggère une solution fort simple à laquelle peu de gens ont pensé : appliquer la constitution !
    En effet, on a fait voter aux Français une constitution ( 1958/1962 ) et on ne l’a jamais réellement appliquée, sauf en période de cohabitation et encore....
    Le vrai problème est que notre brave Général, ne s’est jamais conformé aux droits et surtout limitations que lui accordait la constitution et que ses successeurs en ont fait autant ; ainsi, par exemple, l’invention du domaine réservé du Président qui n’existe nulle part...
    Quant à Mr Sarkosy, il la viole tous les jours en arguant que si ses prédécesseurs l’ont fait , il peut bien faire pire....
    Et le plus triste, c’est que tout le monde trouve ça normal...

    Gus


      • Ethers 27 avril 2010 13:52

        Je suis tout à fait d’accord avec vous : le passage à un régime présidentiel n’a pas été complètement préparé ni même complètement assumé. La décision de ramener le mandat à 5 ans a elle-même été conditionnée à l’opinion et à des plans sur la comète politico-politiciens...
        Il faut donc faire un choix : soit on revient à l’esprit de la constitution de 1958, soit on bascule complètement vers un régime présidentiel (la réforme constitutionnelle de 2008 trace plutôt la voie en ce sens), mais il faut alors l’assumer jusqu’au bout et prendre les quelques mesures ô combien nécessaires, telles que la suppression du 1er ministre dont le rôle et les responsabilités seraient alors institutionnellement portés par le PR, la non dissolubilité de l’Assemblée Nationale par le PR, un renforcement très significatif des pouvoirs de l’Assemblée, le décalage des élections du PR et de l’Assemblée afin de permettre à cette dernière de se reconstituer une légitimité propre, au lieu d’être comme aujourd’hui tributaire de l’élection présidentielle.

        Néanmoins, les Etats-Unis ont un pur régime présidentiel, et ils ne sont pas du tout épargnés par l’aspect com’ ; pas moins que les Anglais et leur régime parlementaire... Je ne crois pas le régime soit réellement en cause ! Il s’agit plutôt de l’intérêt réel des populations pour la chose publique : on s’intéresse volontiers au feuilleton ou au championnat politique, moins à au fond des choses - qui est technique et largement plus consensuel qu’on ne le pense. La faute est largement celle de la classe politique elle-même, celle de la presse, mais aussi la notre (et notamment notre prétention à croire que l’on peut avoir une opinion intelligente sur tout : c’est totalement faux).

        En ce qui concerne le retour à l’esprit de De Gaulle, je ne crois pas que le peuple français accepte un retour au mandat de 7 ans (ça sera vu comme une façon de s’accrocher à son siège, à ses privilèges, à la « soupe », aux ors de la République, etc.). Une solution serait peut-être de raccourcir d’un an le mandat de l’Assemblée (un mandat plus court serait trop court), mais de nombreuses difficultés restent à traiter.

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