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Vincent Peillon ose attaquer les médias

Ça fait tellement longtemps qu’on l’attendait. Enfin, un homme politique un peu (beaucoup) plus courageux que les autres ose dénoncer la proximité lamentable des médias et des pouvoirs en place.

Peillon avait d’abord choisi de boycotter l’émission de France 2, le 14 Janvier, qui avait instauré un débat sur l’identité Nationale autour du ministre Besson, conformément aux voeux du gouvernement. Celui-ci avait décidé unilatéralement de lancer un débat sur l’identité Nationale, en pleine crise économique, quand le chômage grossit à la vitesse grand V, que l’économie périclite et que le crise financière pose maintes interrogations.
 
Est-ce que c’est le rôle d’une télévision publique de relayer pleinement le thème politique décrété par un parti politique, fût-il au pouvoir, alors que nombre d’autres partis et de citoyens récusent ce diktat gouvernemental ?
 
Toujours est-il que Peillon a refusé de se rendre à l’émission au dernier moment. Si certains critiquent la méthode, on peut remarquer qu’elle fait tache dans un microcosme politique avide de prestations télévisuelles, sur tout et n’importe quoi.
 
Le 23 Janvier, Peillon en a remis une couche, ou plutôt plusieurs, dans un entretien au "Monde" :
 
Il argumente : "Les Français sont préoccupés par l’emploi, la santé, l’éducation, le logement, mais l’audiovisuel public a décidé de programmer une série de débats sur l’identité nationale et l’immigration. Un débat qui fait honte à la France et stigmatise plusieurs millions de nos compatriotes. Sept émissions sur neuf organisées aux heures de grande écoute ont été consacrées essentiellement à cette question. Il fallait arrêter cela."
 
Je ne peux qu’approuver. Pendant des années, les médias ont donné antenne ouverte à nombre "d’experts" en économie venus nous vanter les incomparable bienfaits du libéralisme. Aujourd’hui, alors qu’on patauge dans la crise financière, il me semble que le débat sur l’identité Nationale fait figure de dérivatif à but électoraliste. En tout cas, cela ne s’impose pas.
Pourquoi pas un débat sur les pratiques scandaleuses des dirigeants économiques, encore une fois mises en lumière par l’affaire Proglio. Ce genre de débat, nous n’en sommes pas submergés.
 
Peillon enfonce le clou : "La perspective de la nomination du président du service public par le président de la République exerce déjà une pression sur leur travail (des journalistes) et favorise la servilité de certains dirigeants. Mais il faudra aussi réformer le CSA pour le rendre indépendant et pluraliste, assurer, comme dans d’autres pays européens, des ressources stables au service public et à la presse qui ne passent pas par les cabinets des ministres. Une vraie loi anticoncentration est aussi indispensable."
 
Il ajoute : "Dans le classement de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse, la France est aujourd’hui 43e. Elle était 11e en 2002."
 
Devant des journalistes, il lance : "il faut saisir collectivement la question de l’indépendance des médias". "Je suis inquiet de la berlusconisation de la presse privée" et des "problèmes considérables" des médias publics".
 
En réponse à ce réquisitoire, la presse a commencé à lancer un feu nourri. Ainsi, l’interviewer du "Monde" lance sans rire : "Réclamer publiquement la démission d’un journaliste n’est cependant pas la preuve la plus éclatante du respect de la liberté des médias…"
 
Patrick de Carolis tente une attaque "M. Peillon est un homme qui est en perdition ». Il ajoute "Il y a deux façons de faire de la politique, sur les cimes et dans le caniveau. Et je vois que M. Peillon a choisi »
Ainsi, oser attaquer l’attitude de M. de Carolis et la direction de France 2 , c’est tomber dans le caniveau. Pourtant il serait bien intéressant de connaitre les tractations d’une désignation à la présidence de la télévision Publique et les répercussions sur les nominations de cadres dans cette même télé.
 
L’UMP, qui n’a pas l’habitude de défendre un système accepté docilement par le monde politique, lance une attaque hallucinante par Franck Louvrier, porte-parole de l’Élysée, " une proposition originale : amputer le temps de parole de l’opposition des minutes que Vincent Peillon n’a pas utilisées sur France 2 :"
 
Peillon ajoute aussi : "Le président de la République a déjà la mainmise sur de nombreux médias privés, par sa proximité avec les propriétaires des principaux grands groupes privés. Et maintenant, cela concerne le service public !"
Tout le monde se souvient de l’augmentation exponentielle des affaires de délinquance aux journaux de TF1, lors de la campagne présidentielle de 2002, dénoncée par le "Canard Enchainé". A tel point qu’on avait vu M. Le Pen au deuxième tour à la place du confus Jospin.
 
Pourtant, on avait très peu entendu s’exprimer les responsables du PS sur cette affaire, pourtant scandaleuse. Est-ce que les politiciens du PS seraient à ce point inféodés à la machine médiatique qu’ils acceptent que celle-ci décide décide d’appuyer tel ou tel candidat ?
En tous cas, alors que beaucoup d’internautes ont fait ce constat d’une information fortement orientée et partiale sur nos médias, c’est le silence de bronze autour de Peillon, quand il ne s’agit pas de désaveu plus ou moins larvé. Les politiques de gauche et d’ailleurs seraient donc satisfaits de l’information médiatique ?
 
Ou est-ce qu’ils sont tellement avides de participer au système qu’ils n’osent les critiquer.
Ou est-ce que la machine médiatique aurait acquis un tel pouvoir que les politiques n’osent plus moufter, quoi qu’il arrive ?
 
C’est ce que Peillon sous-entend dans cette vidéo : "La puissance des médias, elle est considérable et ils font peur".
 
En tous cas, on ne peut pas dire que ces mêmes politiques aient fait grand chose dans le passé pour garantir une quelconque indépendance des médias. Le CSA n’est qu’un organisme de régulation basique, d’ailleurs sous le contrôle des politiques, et qui n’a aucune action sur la validité et l’impartialité de l’information. Il aurait pourtant bien fallu en plein développement des médias, mettre en place un outil qui garantisse une certaine pluralité dans les rédactions, une capacité d’enquête indépendante des puissances financières, une expression des opinions à contre-courant ou politiquement incorrectes.
 
Mais rien de cela n’a été même ébauché. C’est pourquoi aujourd’hui, nous avons des médias qui produisent tous la même information conformiste et alignée sur les thèmes des pouvoirs en place. N’importe qui peut se dire que cet état de fait a favorisé la mise en place de choix politiques et économiques, dont on voit aujourd’hui qu’ils sont très largement favorables aux élites, et aux dépens des peuples.
 
Aussi, il est temps que les citoyens se lèvent contre ce diktat de la pensée unique et de la soumission aux intérêts puissants qu’on observe si souvent dans les médias. Rien que pour cela, Peillon mérite d’être soutenu dans sa démarche si rare dans le monde politique.
 
 
par Philou017 mardi 26 janvier 2010 - 92 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par geo63 (xxx.xxx.xxx.12) 26 janvier 2010 10:27

    Un petit exemple de servilité : je regardais vaguement et par hasard le JT de 20h de la deuxième chaîne et Le David Pujadas nous annonce que le couple Sarkozy junior (Jean) vient d’avoir un bébé, quel est l’intérêt d’une telle annonce absolument banale sinon considérer que le jeune Sarkozy est déjà un personnage tellement éminent que le fait doit être relaté, merde alors, mais le petit présentateur poursuit : "compliments à toute la famille", on aura compris bien sûr : compliments au seigneur et maître Nicolas Sarkozy. Pourquoi ces compliments pour un fait si banal et totalement étranger à des informations dignes de ce nom sur une chaîne subventionnée par les gogos que nous sommes. Remerde alors !

  • Par sampiero (xxx.xxx.xxx.112) 26 janvier 2010 10:08
    sampiero

    Ca fait des années que tout le monde dit que la télé est à la solde du pouvoir, tout le monde s’en plaint, dénonce, les présentateurs sont insultés de toute part, ......................

    personne ne bouge !

    Et quand un politicien fait un coup d’éclat pour qu’une fois pour toute cesse ce désordre, les journalistes à la botte le traitent de tous les noms d’oiseau, le conspuent, emboitant le pas aux politiciens du pouvoir qui y ont tout aussi intérêt !

    Et les gogos qui eux sont les dindons de la farce depuis des décennies, qui ont toute raison de féliciter Peillon pour son courage, crient aussi avec les loups.

    En tous cas, dorénavant, ce ne sera plus comme avant et je suis sûr qu’il vont faire attention, les journaleux .

    C’est ça de gagné.

  • Par LE CHAT (xxx.xxx.xxx.148) 26 janvier 2010 10:01
    LE CHAT

    pour un type qui se sert continuellement des médias pour se faire mousser , il manque pas d’air ! Peillon est un arriviste de la pire espèce et un hypocrite , car au pouvoir si il y arrive un jour ce qui n’est en rien une certitude d’où sa frustration , il ferait pas mieux que tous les gouvernants de la Veme republique !

  • Par Philou017 (xxx.xxx.xxx.138) 26 janvier 2010 12:08
    Philou017

    @Sampiero : Il est vrai que Peillon se fait maltraiter dans bon nombre d’articles. Le contraire aurait été étonnant.
    Néanmoins les attaques restent assez mesurées. les journaleux savent trop bien quelle est la situation réelle et les "editocrates" savent bien à qui ils doivent leur place.
    ils ont sont mal dans leurs pompes sur ce sujet et aucun n’ose revendiquer l’indépendance de leurs médias.
    Les attaques se font plutôt sur la méthode de Peillon, en omettant soigneusement le fond du problème : la soumission des médias aux pouvoirs en place.
    C’est dire si ca dérange....

    @Le Chat : Marine Le Pen pourrait tout à fait se plaindre du comportement des médias.
    Si les dérives du FN sont bien dénoncées, les problèmes justes qu’ils souleve eux ne font jamais l’objet de débat.
    Le FN sert de repoussoir facile et récurrent aux médias, qui se font une bonne conscience à bon compte.

    Mais ce genre de critique virulente est completement absente dans les partis traditionnels, qui se cantonnent dans un obscurantisme silencieux sur le role des médias.
    C’est pourquoi l’attitude de Peillon, un des rares à mettre les pieds dans le plat, mérite d’être soutenu.

    Souvenons-nous : Bayrou avait essayé de le faire, et il s’était fait étaler à la première occasion par des médias revanchards, pour son altercation avec Cohn-Bendit. Depuis, silence radio de sa part.
    Il faut soutenir Peillon et amplifier sa démarche.
    De plus, je trouve que son discours est plus clair et explicite que les attaques de Bayrou.

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