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Accueil du site > Actualités > Politique > Vindicte étatique contre une militante basque

Vindicte étatique contre une militante basque

Aurore Martin, 31 ans, est dirigeante de Batasuna au Pays Basque nord (Iparralde). Ce parti nationaliste basque de gauche est légal en France mais illégal en Espagne. A ce titre, et poursuivant une logique répressive sans cesse croissante, la justice espagnole a demandé par deux fois cette année à la justice française l’extradition de la militante basque, en émettant à son encontre un mandat d’arrêt européen dont le motif est la « participation à une organisation terroriste ».

C'est en effet par ce stratagème pervers, rendant tout individu ou groupe militant pour l'indépendance du Pays Basque susceptible d'être poursuivi et incarcéré pour terrorisme, que les autorités espagnoles harcèlent actuellement le mouvement nationaliste basque.

Si dans un premier temps, la cour d'appel de Pau avait refusé d'appliquer ce mandat d'arrêt européen, elle a finalement accédé à la deuxième demande de la justice espagnole le 23 novembre. La cour de cassation a ensuite validé le MAE et la demande d'extradition le 16 décembre. Voilà comment une militante politique, accusée dans le MAE de participation à des meetings, à des conférences de presse, et à des réunions, autant de faits légaux en France, se trouve sur le point d'être extradée en Espagne, poursuivie, sans doute incarcérée, vraisemblablement torturée (à moins que la Guardia Civil ne se montre clémente envers une ressortissante "française" ?), et peut-être condamnée à une peine de 12 ans de réclusion (c'est le tarif actuel quand on prône l'indépendance du Pays Basque, conviction qui équivaut mécaniquement pour les autorités espagnoles à "participer à une organisation terroriste").

Face à cette capitulation de la justice française, qui livre une de ses "citoyennes" à la justice d'un autre pays européen pour des faits d'ordre politique, Aurore Martin a fait savoir publiquement par l'intermédiaire d'une lettre au Journal du Pays Basque, le lundi 20 décembre, qu'elle entrait en clandestinité pour échapper à l'extradition et aux poursuites lancées contre elle par la justice espagnole. Le fait est que l'acceptation du MAE par la justice française constitue un dangereux précédent et une grave atteinte aux libertés fondamentales d'expression, de réunion et d'opinion. La Ligue des droits de l'Homme, l'Association européenne pour la défense des droits de l'Homme (AEDH) et la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH) ont dénoncé ce qui représente une "entente entre Etats pour museler des opposants politiques". Le syndicat de la magistrature est sur la même longueur d'onde quand son secrétaire général, Benoist Hurel, énonce que "le problème n'est pas tant de remettre aux autorités espagnoles une ressortissante française que de remettre quelqu'un pour des faits qui en France ne constituent pas une infraction".

On voit en tout cas dans quelle compromission se vautre la justice française avec l'application de ce mandat d'arrêt européen, ceci dans le but de collaborer avec des autorités espagnoles dont l'unique leitmotiv est la répression. On jugera de cette stratégie incendiaire à un moment où le nationalisme basque s'engage sans arrières-pensées dans un processus de paix, démocratique, en rupture avec la lutte armée.


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33 réactions à cet article    


  • orage mécanique orage mécanique 23 décembre 2010 14:21

    Aucun rapport


  • orage mécanique orage mécanique 23 décembre 2010 14:17

    c’est pas un peu antinomique de prôner l’indépendance du pays Basque et de se réfugier derrière la nationalité Française.
    Qui joue avec le feu ....


    • PaotrGarz Paotr garz 23 décembre 2010 16:34

      Certes, mais c’est somme toute compréhensible quand on risque d’être torturé et condamné à un certain nombre d’années de prison pour du militantisme politique (c’est le cas des indépendantistes basques qui se trouvent du côté espagnol).


    • Mmarvinbear Mmarvinbear 27 décembre 2010 17:59

      « vraisemblablement torturée »  : tu as des preuves, ou c’est encore de la diffamation publique ?

      Il faudrait vous remettre à jour : Franco est mort depuis belle lurette. Et ceux qui se sont cru autorisés à user de telles méthodes au sein des GAL se sont fait enfermer pour des décennies.

      A lire cet « article », on croirait que l’ Espagne de 2010, c’est le Chili des années 70... Du grand n’importe quoi !

      Les nationalistes et indépendantistes basques s’expriment librement et légalement sans que personne ne trouve rien à redire, à la seule limite pour eux de dénoncer le terrorisme et les attentats de l’ETA. Leur parti légal est même arrivé en tête des dernières régionales de 2009, même si cela leur a été insuffisant pour continuer à diriger la région.


    • PaotrGarz PaotrGarz 27 décembre 2010 20:53

      «  »vraisemblablement torturée«  : tu as des preuves, ou c’est encore de la diffamation publique ? »

      Je ne sais pas, peut-être que pour toi les coups, notamment sur les parties génitales, l’asphyxie avec sac plastique, les menaces de meurtre, les attouchements sexuels, les flexions jusqu’à l’évanouissement, etc., sont des pratiques somme toute normales d’interrogatoire ? Pas pour moi. La négation de la torture est très grave, particulièrement pour ceux qui en sont victimes.

      Tape dans ton moteur de recherche les noms de Unai Romano ou Igor Portu, et tu en sauras plus sur l’enfer de la torture aux mains de la Guardia Civil. Leur cas est extrême, puisqu’ils ont fini à l’hosto, défoncés. Sinon, ce sont tous les ans des dizaines et des dizaines de militants basques (n’ayant souvent rien à voir avec ETA), mais aussi des musulmans, des noirs, qui subissent et dénoncent des faits de torture. Si cela ne te convainc toujours pas, lis ce qui suit. Peut-être que cela t’ouvrira les yeux :

      L’Espagne doit enquêter sur les allégations de torture (Amnesty International) 3 novembre 2009.

      Torture et mauvais traitements, le bilan honteux de la police espagnole (Amnesty International) 20 février 2008

      Rapport 2009 d’Amnesty International

      Rapport 2008 du Comité de Droits de l’Homme

      Rapport de Martin Scheinin en 2009, rapporteur spécial de l’ONU pour la promotion des Droits de l’Homme dans la lutte contre le terrorisme

      La voilà la belle démocratie espagnole !

      Sinon, le parti basque qui a remporté les élections régionales de 2009 est le PNV, parti légal, qui n’a rien à voir avec Batasuna, parti illégalisé.


    • Mmarvinbear Mmarvinbear 28 décembre 2010 00:14

      Pourquoi ne précisez-vous pas que dans la plupart des cas, les affaires dénoncées par amnistie internationale, sont classées sans suite car

      - la justice ne dispose pas de preuves suffisantes pour prononcer la culpabilité

      - la justice n’arrive pas à déterminer les responsabilités, ce qui la force à prononcer un non lieu ?

      Pourquoi ne dites vous pas également que dans la quasi-totalité des cas, les procédures engagées auprès de la Cour Européenne des Droits de l’Homme finissent par être rejetées pour ces mêmes raisons ?


    • PaotrGarz PaotrGarz 28 décembre 2010 11:26

      Il y a en Espagne un climat d’impunité couvrant les pratiques des polices espagnoles. La justice va systématiquement dans le sens de la version policière. S’il y a des stigmates de violences, alors « le détenu s’est auto-mutilé ». S’il n’y a pas de stigmates, « c’est qu’il n’y a pas eu de torture ». Tout simplement... Les policiers espagnols ne sont pas cons, ils font attention à ce qu’il n’y ait pas de stigmates trop visibles (sauf de temps en temps où ils y vont un trop fort et le type fini sa garde-à-vue à l’hosto). Ils copient pas mal ce qui se fait dans la police israélienne (aquaparc, etc.). C’est un style de torture « civilisé » en somme, qui convient particulièrement au monde occidental, bien loin de la gégène. Mais cela n’en reste pas moins de la torture.

      Même dans les cas rarissimes où des plaintes pour tortures sont étudiées, elles n’aboutissent pas pour des motifs du genre « on n’est incapable de savoir qui étaient les fonctionnaires de police présents à cette garde-à-vue, donc classement sans suite ». C’est ce climat d’impunité général qui continue d’être dénoncé par Amnesty International, le Comité de l’ONU pour les Droits de l’homme, et d’autres ONG encore.


    • Mmarvinbear Mmarvinbear 28 décembre 2010 15:35

      Je ne suis pas franchement quelqu’un de naïf... Je sais parfaitement que certains flics vont au delà de ce qui est permis ou même simplement moral.

      Mais comment faire la part entre la torture qui ne laisse pas de trace et l’accusation mensongère de torture pour bien se faire voir des médias et du public ?


    • PaotrGarz PaotrGarz 28 décembre 2010 20:28

      Si les autorités espagnoles avaient une réelle volonté de mettre en fin à la torture, elles auraient déjà suivi les injonctions d’Amnesty International et des autres organismes internationaux : mettre fin à la garde-à-vue incommunicado, permettre au détenu de voir son avocat et un docteur à n’importe quel moment, filmer ce qui se passe dans les commissariats. Or, ce n’est toujours pas le cas. Donc tout reste permis durant ces garde-à-vues, notamment le pire.


    • Mmarvinbear Mmarvinbear 28 décembre 2010 20:51

      La question est aussi de savoir si l’ ETA a vraiment l’intention de renoncer à la lutte armée et à la Terreur aveugle.

      Chaque fois que l’ ETA a promulgué une trêve, c’était en réalité pour reconstituer ses réseaux et ses financements...


    • PaotrGarz PaotrGarz 28 décembre 2010 23:30

      Je pense plutôt que ETA a profité des trêves pour se réorganiser, ce qui est différent et somme toute logique de leur part. Dans chaque rupture de trêve, la responsabilité des deux camps est partagés. ETA veut forcer l’Etat espagnol à négocier, celui-ci ne veut entendre parler que de reddition, et ne pas faire la moindre concession. Difficile d’aboutir dans ce contexte.

      Depuis un an cependant, la donne a changé. La gauche abertzale s’oriente assez clairement vers une rupture avec la lutte armée. Un cessez-le-feu d’ETA est attendu. Mais les autorités espagnoles maintiennent leur stratégie de répression à tout va. Elles veulent une victoire totale, contre toute raison, alors qu’une négociation est la seule porte de sortie.


    • Philippe95 23 décembre 2010 18:37

      Peu me chaut finalement ce qu’elle revendique ou affiche comme opinion. Peu me chaut que la nationalité qu’elle revendique et celle dont elle veut se servir comme d’une protection : Jusque là, la France n’extradait jamais ses ressortissants pour des faits légaux au regard de la loi française. Et je ne vois pas en quoi cela devrait changer.

      Où est le temps ou on a frôlé l’incident diplomatique parce qu’une allemande était venue se faire avorter en France, légalement, et que son pays voulait la poursuivre à son retour ? Ah oui c’est vrai, nous sommes maintenant affligés de dirigeants inféodés à l’étranger. A quand l’extradition d’un français vers les US pour des faits légaux en France commis sur le net ? Au train ou on va ça ne va pas tarder...


      • youpi64 24 décembre 2010 10:25

        Bonjour,

        L’Espagne est une démocratie. La plupart des espagnols souhaitent vivre en paix, tel ne semble pas être le souhait d’une petite partie de la population...qui apprécient de pouvoir se mettre à l’abri en France.

        L’intolérance est plus à chercher chez cette partie de la population.

        Pour en revenir à Mme Martin, elle savait ce qu’elle faisait à l’époque, aujourd’hui elle doit assumer et obéir à la justice.

        Le mandat a été validé, point final.


        • PaotrGarz Paotr garz 24 décembre 2010 12:02

          Ah bon ? Le statut de « démocratie » (octroyé par qui d’abord ?) est un gage automatique de respect des libertés fondamentales et des Droits de l’Homme ? Restez sérieux s’il vous plaît.

          Pour en revenir à Aurore Martin, visiblement vous n’avez pas compris grand chose. Elle est militante politique sur le territoire français dans un parti légal. Les autorités espagnoles veulent son extradition pour son activité politique dans ce parti, qui est illégal de l’autre côté des Pyrénées. Si cela ne vous pose pas problème, c’est que votre « sens démocratique » relève plus du discours que d’une véritable conviction.


          • Mmarvinbear Mmarvinbear 27 décembre 2010 17:46

            Sauf que ses activités, elle les a effectuées en Espagne.


          • PaotrGarz PaotrGarz 27 décembre 2010 21:00

            Je me répète : si cela ne te pose pas problème qu’une personne, militante politique dans un parti légal, soit extradée vers un autre pays où ces activités sont considérées comme illégales, c’est que ton « sens démocratique » se révèle très, mais alors très limité.


          • Mmarvinbear Mmarvinbear 28 décembre 2010 00:19

            Le problème ne réside pas dans le fait que Martin ait fait des meetings en Espagne pour soutenir un mouvement indépendantiste, mais dans le fait qu’elle participe à un mouvement qui soutient le terrorisme.

            En quoi cela pose t-il problème qu’ un Etat ou une société se batte contre un mouvement dont les membres posent des bombes qui tuent des passants au hasard, y compris des enfants ?

            En quoi cela gêne t-il que la Guardia Civil recherchent pour les capturer des individus qui tirent dans le dos de leurs victimes, ainsi que de l’homme ou de la femme qui a le malheur de se trouver à ses cotés ?

            Martin pouvait éviter tout ce qui lui arrive. Il lui suffisait de déclarer qu’elle dénonce l’ ETA et ses méthodes sanglantes. Pourquoi ne le fait-elle pas ?


          • PaotrGarz PaotrGarz 28 décembre 2010 12:53

            Il ne faut jamais céder à la tentation d’une explication simpliste d’un conflit qu’elle qu’il soit. Résumer ce conflit à la juste lutte d’un Etat démocratique contre le terrorisme, comme nous invite à le faire les autorités et les médias, c’est passer à côté de tout début de compréhension.

            Pourquoi l’organisation ETA existe-t-elle toujours malgré les coups que lui porte la lutte anti-terroriste ?

            Pourquoi un tiers de la jeunesse basque soutient ETA ?

            Pourquoi la gauche abertzale n’a jamais dénoncé ETA ?

            Pourquoi environ 150 000 Basques votaient régulièrement pour cette gauche abertzale du temps où elle était légale ?

            Toutes ces questions ne peuvent que laisser circonspect quelqu’un qui n’a qu’entendu la version offcielle diffusée par les autorités françaises et espagnoles. Certains invoqueront le fanatisme, l’extrémisme, voire le racisme, pour tenter d’expliquer cette « anomalie » : un groupe armé qui continue de bénéficier d’un soutien populaire important. 

            Derrière la version officielle des autorités, si simple, si évidente, il y a le lourd passé de répression qu’a connu le Pays basque sous le franquisme puis sous la transition démocratique (avec les fameux GAL), et la situation actuelle d’exception que vivent maintenant les Basques. Pelle-mêle : dispersion sans cesse croissante des 750 prisonniers basques sur tout le territoire espagnol et français, acharnement judiciaire contre les prisonniers, brimades en tout genre dans les prisons, rafles fréquentes de jeunes ou de militants politiques appartenant à des partis ou organisations illégalisés, tortures et mauvais traitements presque systématiques en garde-à-vue, interdiction de partis, d’organisations, fermeture de bars, de médias, manifestations interdites, violences policières régulières, arrestations et perquisitions par centaines tous les ans, enlèvement régulier de militants politiques que la police essaye d’intimider et d’acheter (et qui décède en cours de séquestration comme Jon Anza), etc., etc. . C’est ça le quotidien des Basques. 

            Tu veux savoir comment est perçue la Guardia Civil là-bas ? Les gens (n’ayant pourtant rien à voir avec ETA ou la gauche abertzale) en ont peur, les exècrent et les considèrent comme une force d’occupation (témoignage entendu). L’an dernier, j’étais aux fêtes de Gernika. Le jour où j’y étais j’avais remarqué la présence pas très discrète de forces anti-émeutes. Le lendemain, un rassemblement de soutien aux prisonniers était prévu et les forces anti-émeutes ont chargé la foule, sous les quolibets. Résultats : des femmes et des anciens bousculés, des ados matraqués, de nombreux blessés, la population et le maire de Gernika outrés. Tant que la situation répressive perdurera, avec son lot de violences des autorités espagnoles et françaises, on trouvera facilement des jeunes pour grossir les rangs d’ETA. C’est ça la réalité du Pays basque : une violence loin d’être l’apanage d’ETA. Seulement on ne parle que de la violence d’ETA, et l’on tait toutes ces violences  quotidiennes, cette répression omniprésente dont le but est de maintenir la population basque dans la crainte et de l’éloigner de l’indépendantisme. 

            La lutte anti-terroriste ne justifiera jamais l’inacceptable. Au nom de l’anti-terrorisme, on s’attaque partout aux libertés fondamentales. Au Pays basque, c’est pire parce que l’Espagne et la France en font un laboratoire de mise en place de mesures répressives, où est criminalisé quiconque affiche des convictions indépendantistes.


          • Mmarvinbear Mmarvinbear 28 décembre 2010 21:39

            "Résumer ce conflit à la juste lutte d’un Etat démocratique contre le terrorisme, comme nous invite à le faire les autorités et les médias, c’est passer à côté de tout début de compréhension.«  : Il faut en effet être plus précis. A sa fondation en 59, l’ ETA est une organisation NATIONALISTE qui se définit en lutte contre le franquisme.

            Très rapidement cependant, l’ ETA évolue politiquement et se déclare marxiste-léniniste. Ce qui lui permet d’avoir quelques soutiens du côté de l’ URSS. Son action violente est alors exclusivement tournée contre le pouvoir et ses symboles : ses victimes sont des policiers, des politiques fascistes haut placés, ce qui lui attire la sympathie méritée des espagnols alors en lutte contre le régime de Franco.

            Un premier tournant a lieu en 1964, quand l’ ETA se scinde en deux : une partie des sympathisants refusent la nouvelle orientation donnée à la lutte. Ils refusent surtout que le peuple basque soit financièrement mis à contribution forcée par la mise en place d’ un racket pour financer le mouvement. Ils privilégient le mouvement politique au mouvement armé, ce qui va provoquer une série de scissions dans les années 70.

            La mort de Franco en 1975 et l’avènement de Juan Carlos est un virage qui prend ETA de court. Au cours des mois qui suivent, les libertés publiques fondamentales sont restaurées dans toute l’Espagne. Les partis et les syndicats interdits sont autorisés les uns après les autres, y compris le PCE qui accepte la Monarchie en Espagne en échange de sa légalisation. Les prisonniers politiques sont libérés, à l’exception des auteurs de crimes de sang, et les responsables et les opposants exilés parfois depuis 1939 peuvent revenir à Madrid.

            Un fort mouvement de décentralisation se met en place, y compris au Pays Basque : la région reçoit l’autonomie demandée, le basque en devient langue officielle aux coté du Castillan, son enseignement est autorisé, de même que l’existence de radios et de télés émettant exclusivement en basque.

            A ce moment là, l’ ETA est divisé en deux groupes : les Espagnols, qui ont privilégié la lutte politique (mais en gardant l’action violente comme étant une option valable), et ceux réfugiés en France, qui ont tout misé sur le terrorisme.

            En 1982, les pourparlés engagés s’achèvent : la section espagnole signe la paix, renonce officiellement au terrorisme en échange de la libération de ses »politiques« .

            Les »français« en profitent pour revenir, mais ils ne reconnaissent pas la validité des accords : ils exécutent pour »traitrise« ceux qui reviennent en Espagne pour profiter des accords.

            C’est à partir de ce moment-là que la popularité de l’ETA commence à décliner fortement : ils s’attaquent directement à ceux qui étaient censés être protégés et aidés. Le financement volontaire commençant à faire défaut, l’ ETA commence alors à se procurer des fonds de façon illégale : attaques de banques, racket des industriels, enlèvement avec rançons, trafics divers et variés avec d’autres groupes terroristes, irlandais notamment. Cela entraine encore plus la popularité de l’ETA vers les bas-fonds.

            Aujourd’hui, l’ ETA est estimée avoir entre 100 et 200 membres actifs. Et environ 200 000 sympathisants.

            Sur une population basque de 2 100 000 habitants, cela fait du 10 % de popularité.

            Je veux pas dire, mais même NS fait mieux...

            Des questions ?

             »Pourquoi l’organisation ETA existe-t-elle toujours malgré les coups que lui porte la lutte anti-terroriste ?« 
             :
            Une organisation terroriste est très difficile à éradiquer totalement. Mais un travail de sape régulier peut fortement amoindrir les effectifs. ETA compte aujourd’hui environ 150 membres en liberté. A comparer avec les 800 des années 1980.

             »Pourquoi un tiers de la jeunesse basque soutient ETA ?" :

            Donnée fausse. 15 % des Basques sont pour l’indépendance, mais tous, loin de là, ne soutiennent pas le terrorisme de l’ ETA.

            De plus, on peut s’interroger sur le degré d’intelligence et de compréhension des jeunes en matière de politique.

            Les jeunes qui arborent, à un moment ou à un autre, un portrait du Che sur un t-shirt ou autre, cessent de le faire en général quand ils en apprennent plus sur les réalités du pouvoir cubain...


          • PaotrGarz PaotrGarz 28 décembre 2010 23:19

            En effet, ETA a connu le summum de son soutien populaire à la fin du franquisme, et ensuite il n’a cessé de se réduire. Mais il lui reste tout de même une base sociale conséquente. 200 000 personnes, 10% d’une population favorable à un mouvement armé, cela reste tout juste énorme. Ces chiffres globaux sont de plus à nuancer. Dans la zone bascophone du Pays basque, les opinions favorables à ETA sont très élevés, quand elles sont très réduites dans la zone castillanophone.

            J’ai dit que un tiers des jeunes basques étaient favorables à ETA. Cette donnée, je la tiens d’un sondage récent, mais dont je serais bien en peine de trouver la référence... Elle me paraît en tout cas tout à fait vraisemblable. Je connais assez bien la partie bascophone d’Hegoalde, et honnêtement, je ne serais pas surpris que la majorité de la jeunesse y soutienne ETA. Pour un observateur, ce soutien semble vraiment massif. Ceci en revanche n’est pas valable pour la zone castillanophone.

            Alors après, sur le « degré d’intelligence et de compréhension des jeunes en matière de politique », j’aurais quelques remarques à faire. Autant la jeunesse française est en voie de dépolitisation totale, autant la jeunesse basque offre l’exemple inverse. Le degré de conscientisation y est proprement hallucinant, sur des thématiques comme la question sociale, le capitalisme, le consumérisme, le féminisme, l’écologie, la solidarité, etc. De même, le degré d’organisation est impressionnant : dans chaque ville, dans beaucoup de villages, les jeunes s’auto-organisent et animent leur « gaztetxe », local ou squat, ou le contenu politique est omniprésent. Cette conscientisation précoce (dès l’adolescence) à son revers et explique que pour un certain nombre la lutte armée soit un prolongement logique.


            • Mmarvinbear Mmarvinbear 29 décembre 2010 12:11

              Le combat contre l’ ETA touche de toute façon à sa fin : L’ ETA a perdu, dans tous les sens du terme, sa guerre.

              Le Pays Basque n’est pas, comme certains de ses nervis veulent le faire croire, une zone de non-droit. Les basques disposent du gouvernement autonome le plus indépendant de toutes les régions espagnoles. Sur le plan de la lutte pour la démocratie comme pour l’autonomie politique, les basques ont eu ce qu’ils voulaient. Si l’ETA continue sa « lutte », c’est uniquement pour imposer aux 85 % de basques qui n’en veulent pas leur conception marxiste-léniniste de la société et de l’économie, et faire du Pays Basque un petit Soviet pour leur usage personnel.

              La meilleure preuve de l’agonie du mouvement est sa composition : que des jeunes, ou presque. Les cadres sont soit morts, soit en prison pour des décennies. Les dirigeants actuels sont inexpérimentés et incapables de planifier autre chose que des petits braquages ponctuels. Ils n’ont aucune expérience pratique car l’ETA a perdu, et c’est le plus important, ses bases arrières de Lybie et du Nicaragua ou ses jeunes pousses allaient se former des mois durant dans le passé.

              L’ETA a perdu sa raison d’exister, il a perdu le soutien de la population et il n’a plus aucune politique d’envergure.

              il faudrait juste qu’ils s’en rendent compte, mais là, c’est pas gagné...


            • PaotrGarz PaotrGarz 29 décembre 2010 21:05

              Je crois que ce qui anime ETA depuis quelques années, et qui lui confère un soutien toujours conséquent particulièrement dans la jeunesse, c’est de se poser en défenseur du peuple basque. Plus que la position dogmatique affichée sur le droit à l’auto-détermination et le socialisme, elle tire sa légitimité actuelle de son combat contre la répression (et le fait est qu’elle n’a quasiment ciblé que des forces de sécurité depuis quelques années). Chaque rafle de militants, chaque cas de militant torturé, chaque interdiction de parti ou de média, chaque procès bidon, chaque violence policière, etc., vient renforcer le sentiment d’injustice de tous, et favoriser le passage à l’acte de certains. ETA continue d’exister parce que la répression des autorités continue de la nourrir. Et la répression des autorités continue de se renforcer parce que ETA continue d’exister... Et là il est important de savoir que l’attitude de l’Espagne est sévèrement critiquée par les observateurs internationaux mobilisés pour la résolution du conflit depuis un an.

              Comme souvent dans les conflits de ce type, la question des prisonniers politiques est primordiale. Ils sont 750 dispersés dans toutes les prisons françaises et espagnoles, et ils représentent un enjeu crucial pour ETA et la mouvance abertzale de gauche. Si l’Espagne et la France concèdent à mettre fin à la politique de dispersion, et donc à rapprocher les prisonniers basques du Pays basque, ce geste pourrait débloquer beaucoup de choses (la trêve de 1999 avait été rompue à cause du renforcement de la dispersion par le gouvernement Aznar). Ceci sachant que la résolution du conflit passera inévitablement par des mesures d’amnistie (cf l’Irlande du nord).


            • Mmarvinbear Mmarvinbear 29 décembre 2010 21:42

              Non, il faut arrêter de voir en ETA un défenseur des libertés et de la cause basque !

              Le mouvement n’est qu’ un ramassis de crypto-fascistes de gauche, dont la seule ambition est d’imposer leur politique et leur vision du monde sur le Pays Basque !

              Les basques sont LIBRES d’exprimer toutes leurs opinions et ils ne s’en privent pas, lors des élections et entre elles.

              La seule restriction est celle qui est imposée à tous : personne, au Pays Basque ou en Galice, en Bourgogne ou en Corse, au Pays de Galles ou dans le Yorkshire, en Alabama ou en Californie, ne peut appeler à la « lutte armée » et au terrorisme sans encourir les foudres de la loi et tout ce qui s’ensuit !

              A contrario, ETA n’hésite pas à tuer des élus locaux quand l’envie lui en prend : non, ETA ne vise pas « que » les forces de sécurité !

              En 1996-1997, l’ ETA a enlevé et torturé pendant plus d’un an un ancien gardien de prison.

              Pour « venger » sa libération par la police, ETA a quelques semaines après abattu Miguel Blanco de deux balles dans le dos, comme il sied pour les lâches du calibre de l’ETA.

              Son « crime » : être membre du PP, alors au pouvoir à Madrid.

              En 1998, ETA assassine Alberto Beceril.

              Son crime : être un élu municipal. Pour faire bonne mesure, les salopards que tu defends tuent en même temps sa femme.

              Son crime : être à ses côtés.

              On peut ajouter en 2000 Ernest lluch.

              Son crime : être un ancien ministre du PSOE.

              En 2006, ETA fait exploser une bombe dans le parking de l’aéroport de Madrid. 21 victimes : 19 blessés, et 2 quidams tués.

              Leur crime : avoir été au mauvais endroit au mauvais moment.

              En 2008, c’est Ignacio Uría Mendizábal qui meurt d’une balle dans la tête.

              Son crime : avoir refusé de payer l’impot « révolutionnaire ».


              C’est ça, ETA.

              Ce n’est pas un groupe qui prend en compte les intérêts des basques car ils n’hésitent pas à tuer les basques qui s’opposent frontalement à eux.

              On ne négocie pas avec les terroristes, si ce n’est les conditions de leur reddition.


            • PaotrGarz PaotrGarz 29 décembre 2010 23:32

              « Non, il faut arrêter de voir en ETA un défenseur des libertés et de la cause basque ! »

              Ce n’est pas ce que je dit. J’ai dit que ETA est actuellement perçue, par la frange de la population qui le soutient, et notamment la jeunesse, comme une réponse à la violence de la répression. Je me répète, mais la preuve en est que ces dernières années, ETA s’est attaqué principalement aux forces de sécurité (l’attentat de l’aéroport de Madrid avait été annoncé au préalable).

              Tu évoques certains actes inqualifiables commis par ETA. Certes. Mais je peux te trouver d’autres cas inqualifiables commis par les autorités espagnoles, en commençant par la récente disparition et mort de Jon Anza.

              « Les basques sont LIBRES d’exprimer toutes leurs opinions et ils ne s’en privent pas, lors des élections et entre elles. »

              Eh bien non. Il y a environ 15% de l’électorat qui ne peut s’exprimer avec l’illégalisation de Batasuna (même la Grande Bretagne n’a jamais interdit le Sinn Fein). Il y a des fermetures de médias, comme le journal Egunkaria en 2003, qui a mis la clé sous la porte (150 emplois), et pourtant un tribunal espagnol a blanchi ses dirigeants cette année et statué que les poursuites étaient infondées. Il y a des jeunes qui se font arrêter et torturer pour appartenance à des organisations de jeunesse illégalisées.

              Que dire d’autre, sinon que vouloir la reddition d’ ETA et le musèlement de sa base sociale par la répression est une funeste erreur ? ETA a cessé les actions armées depuis un an et demi maintenant. L’évolution actuelle de la gauche abertzale, qui prend ses distances avec le principe de lutte armée, est à saluer et à encourager. C’est ce que font les observateurs internationaux du conflit. La balle est dans le camp de l’Espagne (et de la France dans une moindre mesure). Soit elle persiste dans la répression, et alors il n’y a aucune raison d’espérer un arrêt de la violence d’ETA. Soit elle met un terme à la politique du tout répressif, se met à la table des négociations, fait un geste envers les prisonniers, et dans ces conditions, il y a toutes les chances qu’ETA annonce un cessez-le-feu permanent.


            • Mmarvinbear Mmarvinbear 30 décembre 2010 10:33

              "Il y a des fermetures de médias, comme le journal Egunkaria en 2003, qui a mis la clé sous la porte (150 emplois), et pourtant un tribunal espagnol a blanchi ses dirigeants cette année et statué que les poursuites étaient infondées.«  : N’est-ce pas la preuve que l’ Espagne n’est plus un pays fasciste et que le Pays Basque n’est pas, comme certains le laissent penser, un camp de concentration à ciel ouvert ?

              Si la justice espagnole leur a donné raison, n’est-ce pas la preuve que cette institution n’est pas un pantin aux mains des Cortès ?

               » Tu évoques certains actes inqualifiables commis par ETA. Certes. Mais je peux te trouver d’autres cas inqualifiables commis par les autorités espagnoles, en commençant par la récente disparition et mort de Jon Anza.«  : On ne sait encore rien sur le cas Anza. Rien de certain ou même de prouvé. C’est un peu tôt pour affirmer que la police espagnole est responsable de sa mort.

               »Eh bien non. Il y a environ 15% de l’électorat qui ne peut s’exprimer avec l’illégalisation de Batasuna«  : Batasuna n’est que le cache-sexe de l’ ETA.

              Le parti est interdit car il refuse encore et toujours de dénoncer le terrorisme de l’ ETA.

              Pas, comme il le dit, parce que ce serait » stérile et hypocrite de ne condamner qu’une seule forme de violence ", mais parce qu’il soutient de façon effective le recours à la violence, au meurtre et au terrorisme : rien n’empêche en effet de dénoncer en même temps les violences réelles ou supposées des institutions espagnoles ainsi que les violences de l’ETA.

              Or Batasuna se refuse à le faire. Cela montre bien son soutien plein et entier à ceux qui tirent dans le dos.


            • PaotrGarz PaotrGarz 30 décembre 2010 11:27

              Il existe évidemment des liens historiques entre ETA et Batasuna, qui empêchent ces derniers de condamner la violence d’ETA. Maintenant, je me répète une fois de plus, mais Batasuna a enjoint ETA de déclarer un cessez-le-feu permanent et véritable... n’est-ce une évolution positive ?

              Ca ne te pose pas un léger problème toi, qu’un quotidien soit contraint à la fermeture par la justice espagnole, que les 150 employés soient mis à la porte, que les dirigeants soient torturés et incarcérés pendant plusieurs années, et que 7 ans après soit prononcé un non-lieu par cette même justice espagnole ? C’est un fonctionnement démocratique pour toi ?

              De même, tu ne vois pas une légère régression démocratique quand un parti politique, qui fait entre 10 et 15%, est illégalisé ?

              En considérant ces pratiques comme normales, tu montres combien, et avec quelles facilités, les populations sont prêtes à concéder en terme de démocratie et de libertés fondamentales dans le contexte de lutte contre le terrorisme. Désolé, mais pour moi la lutte contre le terrorisme ne justifiera jamais l’inacceptable.


            • Mmarvinbear Mmarvinbear 30 décembre 2010 20:08

              " Maintenant, je me répète une fois de plus, mais Batasuna a enjoint ETA de déclarer un cessez-le-feu permanent et véritable... n’est-ce une évolution positive ?«  : Non. ETA a par le passé déclaré plusieurs fois mettre en place un cessez-le-feu et à chaque fois, c’était pour en profiter pour se renforcer au niveau logistique et reconstituer les réseaux détruits par la police.

              Un cessez-le-feu dans ces conditions, c’est juste un piège à cons.

              Seule une condamnation franche et véritable des méthodes terroristes de l’ ETA pourra sortir le nationalisme basque de l’ornière.

               »Ca ne te pose pas un léger problème toi, qu’un quotidien soit contraint à la fermeture par la justice espagnole, que les 150 employés soient mis à la porte, que les dirigeants soient torturés et incarcérés pendant plusieurs années, et que 7 ans après soit prononcé un non-lieu par cette même justice espagnole ? C’est un fonctionnement démocratique pour toi ?« 
               : Le fonctionnement de la justice n’a pas à être démocratique. La Justice se base sur ce qui fait et est la légalité pour juger dans un sens ou dans l’autre quand un procès à lieu : elle ne demande pas au public de taper »1« pour demander s’il pense l’accusé coupable ou »2« s’il est innocent...

              La justice espagnole, après 7 ans de procédures (on se plaint de la France mais on ferait bien de regarder ailleurs...), a estimé avec les documents et les preuves à l’appui dont elle disposait que la fermeture du journal et son interdiction était totalement injustifiée.

              J’ imagine que la législation espagnole possède ses propres procédures pour le dédommagement des préjudices subis. Aux employés et aux accusés de faire jouer leurs droits dans cette affaire.

               »De même, tu ne vois pas une légère régression démocratique quand un parti politique, qui fait entre 10 et 15%, est illégalisé ?" : Si Batasuna, ou quel que soit son nouveau nom, se fait interdire, ce n’est pas parce qu’ il fait tant aux élections ou dans les sondages, mais parce qu’il soutien un mouvement TERRORISTE et parce qu’il soutien des thèses CRIMINELLES qui mettent en danger la vie de citoyens innocents.

              Ce qui est proprement inacceptable, c’est de voir que Batasuna continue de soutenir l’ ETA même quand les terroristes tuent des enfants avec leurs bombes.


            • Mmarvinbear Mmarvinbear 31 décembre 2010 19:53

              C’est tout ce que tu as pour défendre ton point de vue ???

              Bon... Pas terrible comme texte... il est pas trop à jour et il manque de punch.

              Voyons ce que je peux en faire...

              Je ne condamne pas le roi Fahd, honoré par le roi d’Espagne, qui est reconnu par tous sans exception comme étant le souverain légitime du royaume d’Arabie Saoudite. Je ne le condamne pas quand il applique les lois les plus rétrogrades et les plus cruelles de son pays car sa population veut dans sa grande majorité qu’il en soit ainsi, par ferveur religieuse, par hypocrisie, ou par peur.


              Je ne condamne pas le général Dustum, allié des USA en Afghanistan, car il n’existe, malgré toutes les enquêtes menées par les organisations de défense des Droits de l’Homme, aucune preuve de son implication dans les massacres mentionnés.


              Je ne condamne pas la Turquie, membre de l’OTAN et candidat à l’UE, qui mène une politique abjecte de génocide culturel car en agissant ainsi, je sais que je prends le risque de braquer le régime et sa population, ce qui aurait un effet contraire à celui recherché. Je préfère la pousser pas à pas à voir un point de vue qu’elle affecte d’ignorer mais qu’elle devra voir en face si elle veut continuer d’avancer vers nous. Et c’est l’intérêt de tous qu’elle le fasse.


              Je ne condamne pas le sinistre Kissinger, car même s’il sentait le risque qu’il prenait à élaborer une telle stratégie, ce n’est pas lui qui a ordonné le massacre de Timor commandé par Suharto, ni qui a déclenché le coup d’ Etat de 1973.


              Je ne condamne pas Sharon, homme de « paix », qui agonise depuis plus de trois ans maintenant sur un lit d’ hôpital. Je ne condamne pas un homme qui toute sa vie a été élevé dans la haine de l’autre, sans que l’on lui donne une raison ou le courage de changer d’avis comme Rabin et Arafat l’ ont fait.


              Je ne condamne pas les USA pour avoir abrité lors de son exil des années 70 un roi devenu fou et que le peuple népalais a finalement réussi à chasser.


              Je ne condamne ni la Jordanie ni l’Egypte qui essayent tant bien que mal de trouver un équilibre entre respect démocratique de sa population et résistance au fondamentalisme musulman qui se veut seule alternative crédible aux régimes autoritaires en place.


              Je ne condamne pas la peur ressentie par le peuple américain après les attentats du 11 septembre. Je ne condamne pas les mesures prises à cet effet car je sais qu’avec le temps les américains eux-même finiront par comprendre leur propre folie sécuritaire qui les pousse à accepter tout et n’importe quoi.


              Je ne condamne pas l’appel des opposants au président Chavez qui, jour après jour, concentre auprès de lui des pouvoirs de plus en plus grands au dépend d’un Parlement qu ’il controlait de moins en moins. Je ne condamne pas la critique formulée contre Chavez quand il se fait voter une loi lui permettant, sans contrôle aucun, de placer à sa guise 35 membres de sa proche famille à des postes de haut-fonctionnaires ou de gouverneur.


              Je condamne la compagnie Union Carbide qui, le 2 décembre 1984, a tué, par négligence et esprit de lucre, 30.000 personnes dans la ville indienne de Bhopal. Mais je ne condamne pas la compagnie sur la base de la nationalité de ses dirigeants de l’époque ou même actuels.


              Je ne condamne pas l’entreprise pétrolière  Exxon-Mobil car le procès n’a pas eu lieu, et parce que dans un système démocratique, la sentence ne doit jamais précéder le jugement.


              Je ne condamne pas les entreprises qui font de la délégation de service public une occasion de se remplir les poches car elles sont le parfait exemple de ce qu’il ne faut pas faire. L’argent qu’elles engrangent aujourd’hui leur fera défaut demain et cela incitera la population, qui est facilement impressionnable et attirée par le mirage du libéralisme économique à tout crin, à réfléchir quand aux conséquences de ses choix et à reconsidérer sa position.


              Je ne condamne pas les entreprises espagnoles (BBVA, Endesa, Telefonica, Repsol) qui ont senti les craquements du système bancaire argentin, fragilisé par un libéralisme à tout crin et par le vote de lois et de règlements ineptes qui ont aggravé la situation.


              Je ne condamne pas la maison Coca-Cola quand elle est dénoncée par deux réalisateurs canadiens qui ont du par la suite reconnaitre devant un tribunal qu’au moins deux séquences de leur documentaire était de la diffamation pure.

              Je ne condamne pas les grands laboratoires pharmaceutiques qui ne sont pas responsables de la contamination du SIDA par voie sexuelle quand la pose d’un simple préservatif peut sauver une vie mais que ce geste est ignoré délibérément pour des raisons religieuses.


              Je ne condamne pas l’ALCA qui n’est en rien responsable des actes monstrueux de serials-killers qui officient tant au Mexique qu’ aux USA.


              Je ne condamne pas le FMI ni l’OMC, qui ne veulent que le bien-être de tous, même si c’est une posture de façade et qu’ il y a beaucoup à dire quand à leurs méthodes et les choix économiques et idéologiques.


              Je ne condamne ni l’UE ni le gouvernement des Etats-Unis qui placent les accords commerciaux au-dessus des mesures pour la protection de l’environnement car leurs populations ne disent ni ne font rien pour imposer un point de vue plus écologique, privilégiant leur petit confort à l’intérêt général.


              Je condamne, si cela est avéré, les tortures sur Unai Romano, jeune Basque qui, il y a un an, fut transformé en ballon tuméfié dans un commissariat espagnol, défiguré à un tel point que ses parents le reconnurent uniquement à un grain de beauté sur son visage. Je condamne aussi les mouvements autonomistes basques ou autres qui ne condamnent pas le terrorisme de l’ ETA, qui n’hésite pas à tirer comme de parfaits lâches dans le dos de ceux qui s’opposent de façon frontale à leurs menées criminelles.


              Je ne condamne pas le Gouvernement espagnol qui, au mois d’avril, a mis en place l’état d’exception sans consulter le Parlement comme la constitution espagnole le lui autorise avec l’accord du roi.


              Je ne condamne pas la loi sur les Etrangers qui expulse les hommes qui se sont introduits de façon illégale sur un territoire qui peut les accueillir s’ils en font la demande et si leur venue ajoute un plus au pays. Je ne condamne pas un système qui lutte contre l’esclavage moderne par le combat contre les mafias qui prennent prétexte de la misère pour réduire les immigrants en esclavage durant des années afin qu’ils payent leur trajet avec un salaire de misère.


              Je ne condamne pas le « coup de décret » qui précarise encore plus l’emploi, supprime les aides et laisse les travailleurs, comme des feuilles mortes, à la merci des caprices du vent des patrons, car le peuple a tout fait pour favoriser l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement qui avait annoncé la couleur et qui a réussi à les tromper avec des miroirs aux alouettes si mal faits que même moi je savais qu’ils se ruaient vers la catastrophe.


              Je ne condamne pas, cela va de soi, Dieu quand il pleut, quand la foudre tombe ou que le tonnerre gronde, ni quand la terre tremble ou qu’un volcan crache ses flammes.


              Je suis un démocrate : peu m’importe la mort d’enfants car la mort est une partie intégrante de ce monde. Tour ce qui vit doit mourir et je ne ferai pas exception à la règle.


              Je suis un démocrate : je condamne l’ETA, ceux qui l’appuient ou qui gardent le silence, même s’ils sont muets de naissance ; j’exige, pour que la paix se fasse, que l’ETA capitule et que ses derniers membres se rendent et assument les conséquences de leurs paroles et de leurs actes.

              Je suis un démocrate et je ne condamne pas que l’ETA. Je fais partie d’un monde qui à la fois a perdu la tête et qui à la fois sait ou il va.

              Je suis un démocrate. Autant que faire se peut, je n’exige pas des autres qu’ils se conforment à ma vision du monde, mais je demande qu’ils acceptent les conséquences de leurs choix antérieurs sans se lamenter, d’en accepter les conséquences désagréables sans qu’ils prétendent qu’elle viennent des Autres pour soulager leurs consciences et préserver l’image si valorisante qu’ils se font d’eux même.


              Je suis un démocrate, mais je sais qu’une idéologie, même de gauche, ne doit rester qu’une boussole, indiquant vaguement la direction à prendre, et non une carte préétablie à appliquer automatiquement dans la réalité car le monde est sans cesse changeant et qu’il convient de s’adapter à ses mouvements sous peine de le voir nous perdre et nous éliminer de sa surface.


            • PaotrGarz PaotrGarz 1er janvier 2011 21:22

              Tout d’abord, comme on dit dans mon patois : bloavezh mat !

              Je trouve que le texte remanié perd singulièrement de sa force avec ces prises de position convenues et dégoulinantes de bons sentiments. Mais quoi de plus normal en définitive quand on se révèle être un démocrate de pacotille. C’est en tout cas ma conviction quand on persiste à invoquer des arguments qui relève du sentimentalisme (ETA tueurs d’enfants, tu cherches comme TF1 à faire pleurer dans les chaumières ?) pour mieux s’accommoder de la régression démocratique à laquelle conduit la lutte anti-terroriste.

              La plupart des observateurs internationaux ont pointé du doigt les dérives en termes de démocratie de la lutte que mènent les autorités espagnoles (et française dans une moindre mesure) contre ETA et sa base sociale. Répression qui, soit dit en passant, s’est largement renforcée dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001(fermeture d’Egunkaria et interdiction de Batasuna en 2003)... Tiens donc !

              Mais pour toi, cette répression est parfaitement légitime, l’Espagne étant sans l’ombre d’un doute une démocratie, luttant de façon méritante contre une dangereuse bande de crypto-fascistes. Tu justifies tous les moyens ou presque que les autorités espagnoles utilisent, sans se poser la moindre question sur leurs implications morales. D’ailleurs, quel sort réserverais-tu toi-même à ces 150000 personnes qui composent la base sociale d’ETA ? Au fond de toi, tu prônes sûrement une résolution de conflit à la sri-lankaise : l’Etat démocratique y a écrasé l’indépendantisme tamoul, évidemment terroriste, dans une mer de sang...

              Je te laisse réfléchir à l’impasse, sur le plan de la résolution du conflit basque mais aussi sur le plan de la démocratie, à laquelle te mène ton raisonnement.


              • Mmarvinbear Mmarvinbear 2 janvier 2011 00:49

                « ETA tueurs d’enfants, tu cherches comme TF1 à faire pleurer dans les chaumières ? » :

                Le 11 décembre 1987, ETA a fait exploser une bombe cachée dans le coffre d’une voiture à Saragosse. 11 morts, et parmi eux, 4 enfants.

                Maintenant, justifie moi ces 4 morts.

                "Au fond de toi, tu prônes sûrement une résolution de conflit à la sri-lankaise : l’Etat démocratique y a écrasé l’indépendantisme tamoul, évidemment terroriste, dans une mer de sang..."
                 :

                http://fr.wikipedia.org/wiki/Tigres_Tamouls

                Je te laisse me justifier aussi l’usage des enfants-soldats ainsi que les attentats-suicide effectués contre la population civile...


              • PaotrGarz PaotrGarz 2 janvier 2011 12:05

                Je remarque que tu as esquivé mes arguments. Je réponds à tes questions.

                La mort d’enfants est injustifiable. Ceci dit, qualifier ETA de mouvement tueur d’enfants relève de la caricature. C’est jouer sur le registre émotionnel, comme TF1 le fait sur la sécurité, pour mieux justifier tout et n’importe quoi. C’est caricatural car :
                1/ ETA n’a jamais fait des enfants une cible 
                2/ il y a eu un nombre très limité d’enfants tués depuis le début
                3/ depuis 15 ans à ma connaissance, aucun enfant n’est mort

                C’est comme qualifier l’ANC sud-africaine de mouvement tueur d’enfants parce que la famille d’un afrikaner a été tuée dans un attentat en 1985... Qu’aurais-tu proposé contre cet infâme terrorisme ?

                L’usage des enfants-soldats et des attentats suicides est injustifiable. Cela justifie-t-il pour autant le massacre des combattants et de la population tamoule par l’armée sri-lankaise ?

                Caricaturer et jouer sur l’émotionnel sont à l’opposé d’une compréhension raisonnée et équilibrée de ce genre de conflit.


                • Mmarvinbear Mmarvinbear 2 janvier 2011 20:04

                  Malgré ce que l’on peut en dire, les membres de l’ ETA ne sont pas des imbéciles.

                  Ils savent très bien qu’ en posant des bombes sur la voie publique, ils prennent sciemment le risque de tuer des innocents de passage, et parmi eux des enfants.

                  La terreur est un moyen de pression qui n’est efficace que sur une courte période. Après le premier choc passé, les civils demandent et obtiennent des autorités que tous les moyens soient mis en oeuvre pour que les auteurs soient pris et surtout pour que ceux qui en réchappent n’aient même plus l’idée de refaire un coup du même genre.

                  Le véritable responsable de la violence, c’est celui qui en fait usage.

                  Quand à celui ou celle qui se refuse à condamner de tels actes, qu’il ou elle ne vienne pas pleurer par la suite s’il se fait mettre dans le même sac.

                  ETA est un ramassis de criminels de bas-étage. Batasuna ou les autres mouvements qui se refusent à condamner les actes de l’ ETA ne sont que les complices muets de lâches incapables de s’exprimer autrement qu’en tirant dans le dos de ses victimes.

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