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Accueil du site > Actualités > Politique > Vote électronique : la fin de la démocratie

Vote électronique : la fin de la démocratie

A l’heure ou l’on commence à dire que le vote électronique permettrait d’économiser de l’argent (150 millions d’Euros pour une éléction nationale) il convient de rappeler à quel point celui-ci est un grand danger pour la démocratie. Car il s’attaque à son fondement même : la confiance.

La raison démocratique

Nul besoin de chercher des arguments techniques pour comprendre le danger du vote électronique. Aujourd’hui lorsqu’une élection a lieu, le dépouillement et le vote sont publics. Le dispositif a été fait de telle sorte qu’il est difficile de frauder pendant l’élection (on peut manipuler les listes d’électeurs avant par contre) : les urnes transparentes ou le dépouillement public rendent l’opération contrôlable. N’importe quel citoyen et ce quel que soit son niveau intellectuel peut vérifier que le scrutin s’est bien déroulé. Avec le vote électronique, il faudra s’en remettre aux experts (par définition peu nombreux) qui vont certifier la machine.

Ce problème devrait a lui seul suffire à envoyer le vote électronique aux oubliettes. Dans une démocratie, les élections servent avant tout à donner une légitimité à la personne qui va diriger le pays. Qu’il soit de gauche ou de droite il est incontestablement l’élu du peuple. Mais a quoi bon conduire des élections si les citoyens peuvent douter de leur légalité ? Car si personne ne peut vérifier que les élections se sont déroulées sans triche, cela veut également dire que tout le monde peut en contester le résultat. Et même si les élections se déroulent sans fraude, on trouvera des gens pour dire qu’il y en a eu. Les théories du complot qui vont alors surgir vont affaiblir le dirigeant légitimement élu. Et finiront probablement par tenter quelqu’un de passer à l’acte.

La raison technique

Je suis informaticien bien diplômé par rapport aux standards français. Et pourtant si l’on me demandait de certifier une machine à voter je serai bien ennuyé. Car je serai incapable de garantir à 100% qu’il n’y a pas de fraude. Et j’en sais suffisamment pour savoir qu’aucun des mes collègues le pourrait car c’est tout simplement impossible en pratique.

En théorie, il suffirait en effet de donner le code source du programme et les plans de la machine pour permettre à des ingénieurs de la certifier. Il existe des techniques de preuve de programme très onéreuses (employées uniquement dans l’industrie spatiale et autres activités à haut risque) donc en théorie je vais pouvoir prouver que le programme n’est pas douteux. Une expertise du code source permettra de rechercher les erreurs de programmation potentiellement dangereuses. Tout en sachant que même des codes extrèmement relus comme le noyau Linux contiennent de telles erreurs (je ne parle même pas de Windows).

Je devrais m’arrêter la mais admettons quand même que je suis capable d’accomplir cette tache. Nous avons donc un code source irréprochable mais :

- Ce code source (lisible par l’humain) va être transformé en code objet (lisible par la machine) par un compilateur qui est lui même un programme. Si je veux être sérieux, il faut que je valide aussi le code source du compilateur. Sinon le code objet ne correspondra pas au code source et j’aurais travaillé pour rien. Vaste programme quand on connaît la complexité d’un tel outil. Mais admettons...

- Une fois que j’aurais validé les sources du compilateur, je vais devoir utiliser un compilateur .... pour compiler le compilateur ! Et c’est la que l’on arrive au problème de la poule et de l’oeuf ! Et comment a t’on écrit le premier compilateur me rétorquerez-vous ? Et bien directement en langage machine : Une vraie tache de galérien. Et je ne vous parle même pas de prouver un programme écrit en langage machine.

Mais cela ne suffit pas, admettons que l’on arrive à obtenir un « binaire » (code objet) certifié 100% sur celui-ci va s’éxécuter au sein d’un système d’exploitation. Que l’on va alors devoir certifier...

Stop ! J’en ai assez dit et je pourrai continuer comme cela longtemps. L’absurdité de la situation devrait vous sauter aux yeux.

Si vous ne devez retenir qu’une chose, retenez que de nombreuses entreprises ont dépensés des millions de dollars pour avoir des systèmes inviolables (Microsoft et sa XBox, la RIAA et les DVD, ...). Tous sans exception ont échoué.

L’assurance qualité

Dans la vie, il faut être ISO 9001. Même les éponges sont ISO 9001 maintenant. Tout ça pour respecter un processus qualité. Pour les élections, il devrait donc en être de même. Et bien c’est presque le cas : nos bonnes vieilles élections manuelles remplissent tous les critéres :

  • La reproductibilité : il y a un doute on recompte.
  • La traçabilité : on ne remonte pas jusqu’à l’électeur, par contre jusqu’au bureau de vote. Ce qui permet déjà de repérer les coups fourrés.
  • L’intégrité : il y a beaucoup de contrôles. Vous ne pouvez par exemple pas intervertir deux urnes en fin de scrutin car les bulletins seront recomptés. Pareil pour ce qui est de remplir les urnes de bulletin : il faut signer le registre. Pour chaque bulletin ajouté il vous faut en enlever un. Mais l’urne est scéllée.

Avec le vote électronique :

  • Reproductibilité : il y a un doute... On relance le programme sur les mêmes données ? Absurde ! Il y a le fantasme du log papier vérifiable par l’électeur mais cela serait probablement aussi efficace contre les fraudes qu’un contrôle antidopage aprés une épreuve de cyclisme. Donc pas de reproductibilité.
  • Traçabilité : si il y a fraude, le fraudeur peut éliminer la plupart des traces facilement. Les administrateurs systèmes sont souvent confrontés à des logs modifiés par des hackers. Bref, en cas de fraude, pas de traçabilité. Sinon elle est probablement meilleure qu’avec un vote papier.
  • Intégrité : c’est la même machine qui valide les votes, compte les voix et compte les électeurs. Si elle est compromise, il n’y a plus de contrôle d’intégrité possible. Donc pas d’intégrité à moins que chaque tache soit séparée et entièrement confiée à un prestataire technique différent et indépendant des autres (y compris au niveau de la capitalisation).

Conclusion

Le vote électronique pose donc problème car il est impossible même pour des experts de garantir qu’une e-election va bien se dérouler. Le grand public n’a quant à lui aucun moyen de le savoir. Comment demander au peuple d’accorder sa confiance à des experts qui ne peuvent pas accomplir leur mission. La confiance perdue, il n’y a plus de démocratie. J’espère donc que le vote électronique ne sera jamais d’actualité en France et je vous invite à parler autour de vous de ses dangers.


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210 réactions à cet article    


  • corwinhawk (---.---.203.7) 22 août 2006 11:34

    Bon article, bravo.

    Jusqu’à maintenant personne ne m’avait vraiment convaincu d’être contre le vote électronique. Maintenant, je le suis.

    Petit détail, je suis informaticien moi-même.


    • (---.---.55.24) 22 août 2006 12:52

      ça vaut pas une cacaouette ! ces trucs electroniques !

      ça permet à des gens de voler les citoyens !

      zallez voir : ils vont plus arrêter de faire des référendums !


    • guillaume (---.---.142.152) 22 août 2006 14:46

      Ohio, Floride, Mexique.

      On devrait être vacciné contre de telles idées.


    • (---.---.118.211) 22 août 2006 20:47

      au Méxique c’est manuel, pas electronique, la preuve : là ON PEUT recompter (et s’appercevoir qu’il y a eu des irrégularités)


    • zorgi (---.---.211.246) 22 août 2006 22:47

      Je suis ingénieur en génie-logiciel et votre scepticisme à l’égard du vote électronique ne vaut pas tripette. La fin de la démocratie, c’est l’etat actuel de la société, avec des élus qui n’ont pas ou peu de pouvoir et des référendums qui sont des mascarades (une question binaire sur des enjeux plonplon). Le vote électronique permettra enfin la généralisation des référendums et permettra ainsi une véritables participation active de tous au devenir de la société. On pourra même voter pour des projets alternatifs (par exemple de 2 à 10) plutot que par des questions oui/non. La question de la sécurité est importante mais maitrisable, tout comme on maitrisera les programmes pour aller sur Mars. Pour les experts : on n’a pas besoin de résoudre le problème de l’arret pour un porgramme somme toute assez peu complexe par rapport à bien d’autres projets industriels ... Zorgi


    • Michel Monette 23 août 2006 00:59

      La meilleure maxime est anglo-saxonne et dit tout : If it aint’t broken, don’t fix it ! Pourquoi mettre en place un système de vote électronique alors que le mode de scrutin papier a fait ses preuves (là où la démocratie s’exerce pleinement, évidemment) ? L’argument sur la facilité d’exercice du droit de vote me laisse perplexe. Plus d’exercices du droit de vote ne veut pas dire une meilleure démocratie. Gardons l’électronique pour sa force en matière d’exercice de la démocratie : la communication.


    • jca (---.---.46.61) 23 août 2006 06:31

      Le sujet est interessant mais l’auteur nous parle de code, de compilateur, de compilateur de compilateur qu’il faudrait certifier pour finalement valider les binaires qui vont permettre aux gens de voter.

      Bon il ne faut pas non plus exagerer. On ne travaille pas sur sur des logiciels compliques pouvant mettre en jeu des vies humaines. Ce genre de propos est en plus manipulateur vis a vis des gens qui ne connaissent rien au monde informatique et qui se disent : « Si un expert dit cela, alors oui le vote electronique est a banir, il faut le croire ».

      Dans les propos techniques de l’auteur, je retrouve bien l’esprit francais : « pourquoi faire simple quand on peut faire complique ». De toutes facons, comme le vote electronique deviendra une realite qu’on le veuille ou non, il est important que nous pensions a suggerer des solutions techniques simples et fiables.

      Je pense qu’un server Web unique pourrait centraliser tous les votes. Les electeurs pourraient se connecter via une page internet securisee (https) avec un mot de passe comme ils le font lorsqu’ils consultent leurs comptes bancaires. Le vote pourrait se faire de chez eux ou de la mairie. Apres le vote un e-mail serait retourne a l’electeur avec un numero de certification unique comme quoi il a bien vote. L’electeur serait alors libre d’interroger autant de fois qu’il le veut le serveur pour verifier si son mot de passe + le numero de certif. + le nom du candidat pour qui il a vote, est coherent. Tracabilite et reproductivite seraient alors renforcees. L’electeur lui meme serait le garant que la base de donnees est valide et non falsifiee. Dans le cas contraire il pourrait porter plainte.

      L’utilisation d’un server unique simplifierait les operations de validations des logiciels et du systeme (integrite) par des experts de chacun des partis politiques. N’oublions pas non plus de crypter les donnees de vote pour garantir la confidentialite.

      Je n’ai pas la pretention d’assurer qu’un tel systeme est sans faille, mais il est simple a mettre en place et peu garantir le bon deroulement d’une election.

      Je pense donc que le vote electronique est d’actualite.


    • JiPi (---.---.155.1) 23 août 2006 09:25

      @jca

      Feriez-vous confiance à un programme qui tirerait les numéros du loto, en lieu et place des traditionnelles petites boules ????

      Question idiote ?

      Pourtant, nous sommes bien à la racine du problème.


    • djynny (---.---.140.42) 23 août 2006 12:25

      Le dyleme est simple : vote par informatique falsifiable à moyen terme sans que personne ne puisse le prouver. Vote papier on peux toujours prouver qu’il y a eu fraude s’i y a eu fraude.


    • (---.---.15.130) 23 août 2006 13:40

      Oui mais si je vote de chez moi :
      - peut-être que quelqu’un fait pression sur moi pour que je vote untel, et regarde quel candidat je sélectionne,
      - peut-être que j’ai vendu mon vote, et il suffit que j’envoie à mon « client » le mail qui prouve que j’ai bien voté pour la personne en question. J’en connais beaucoup qui n’en ont rien à fouttre des élections, et qui seraient bien capables de vendre leur voix pour 100 euros ou moins,
      - élire un président juste après avoir élu un candidat de la star ac’ et avant de voter pour un article d’agoravox, ça pose le problème du vote impulsif et irréfléchi.

      Très dangereux le vote de chez soi par Internet. Encore pire que le simple vote électronique dans un bureau de vote.


    • kirinyaga (---.---.242.1) 23 août 2006 14:29

      élire un président juste après avoir élu un candidat de la star ac’ et avant de voter pour un article d’agoravox, ça pose le problème du vote impulsif et irréfléchi

      Je suis on ne peut plus d’accord. Un vote doit rester quelque chose de relativement contraignant et précédé d’une période de débat et de réflexion. Voter depuis son fauteuil, c’est comme adopter un enfant sur un catalogue par correspondance. La gravité de ces choix demande une certaine solennité.


    • (---.---.185.253) 23 août 2006 16:41

      En ligne, est ce que vous faites aussi vos achats ou vos impots ou vos virement de maniere impulsive ? Le vote c’est pareil. J’achete une potion magique dans un jeu video impulsivement mais je reflechis sur un site marchand.


    • kirinyaga (---.---.242.1) 23 août 2006 17:29

      hmmmm, c’est justement ce que je viens d’écrire : il ne faut pas voter de la même façon qu’on fait ses courses. Quant aux impôts, il n’y a pas à choisir quoi que ce soit, je ne vois pas le rapport.


    • zorgi (---.---.184.61) 26 août 2006 04:10

      Tout le monde n’est pas un assimilé fonctionnaire affecté à son poste pendant 40 ans au meme endroit ! Ceux qui demenagent tous les 6 mois suite à une mutation forcée savent que le vote électronique leur donnera le droit à la parole, car à cause du systeme de liste électorale et la notion de vote attaché à une ville, beaucoup ne peuvent se deplacer à 1000 km de leur ancien domicile pour voter le jour J, surtout s’ils n’ont pas de famille sur place. Il est temps de virtualiser le lieu de vote...


    • Stef (---.---.125.191) 5 septembre 2006 00:20

      Bonjour. Comment peut on ecrire ceci : « De toutes façons, comme le vote electronique deviendra une realite qu’on le veuille ou non... » Et parler de démocratie en mëme temps !!!? La dernière élection américaine a été volée grace à ce procédé........Non choisi par les électeurs.... C’est sur qu’a force de bourrer les esprit (& les urnes...)en pretendant que les gens sont libres et vive en démocratie,ils vont finir par le croire. Pas moi,désolé.


    • olivier Abt (---.---.129.74) 8 mars 2007 19:19

      bonjour certains informaticiens se croivent redevables à vie de ce que leur à apporté cette application de la science.

      elle apporte beaucoup d’argent, une distraction parfois très prenante, un boulot, des avantages pratiques à la société (mais pas tant qu’on le dit), ET CELA EST SOUVENT SUFFISANT POUR REFUSER DE VOIR CLAIR, dans la jungle informatique.

      lâchez vos claviers, reposez vous bien, réfléchissez à votre vie , si je puis me permettre.

      cela me semble essentiel d’avoir un regard critique sur sa propre profession


    • Sébastien (---.---.221.138) 22 août 2006 12:50

      Dans le concept du vote électronique, il y a aussi l’aspect de pouvoir voter de chez soi. Dans ce cas, il n’y a plus d’isoloir. Donc le vote n’est plus à bulletins secrets puisque l’électeur peut être incité par des proches ou d’autres personnes à voter pour un candidat plutôt qu’un autre.


      • Carlo Revelli Carlo Revelli 22 août 2006 12:53

        Article très intéressant. A mettre en liaison avec les différents articles publiés par Michel Monette et qui sont présents dans le dossier « vote électronique » d’AgoraVox.


        • bulu (---.---.1.39) 22 août 2006 12:55

          Tres bon article, demonstration implacable.


          • Pierre Muller Pierre Muller 22 août 2006 13:00

            Hélas, le vote électronique est parfaitement d’actualité, que ce soit les machines à voter : quelque part autour d’un million d’électeur sont concernés. C’est difficile d’en suivre le compte exact, les communes s’équipent chacune dans leur coin. Nous avons fait une liste. Par exemple, Grenoble et Le Mans y réfléchisse de près.

            Ou que ce soit le vote par internet, qui a également été d’actualité ce mois de juin. Trois rapports experts tous critiques en ont résulté. Cela arrêtera-t-il la machine infernale pour autant ?

            Vous montrez très bien que s’assurer de la qualité du code source est plus que délicat. Et dans les cas que vous citez (spatial, Microsoft...), on suppose qu’aucun développeur malveillant n’introduit délibérément des bugs...

            Et vous avez raison d’arrêter votre démonstration au bout d’un moment... Sinon il faudrait continuer sur la difficulté à s’assurer que le bon logiciel est dans chaque machine le jour de l’élection. Ca prendrait des pages et des pages. Andrew Appel, professeur de sécurité informatique à l’université de Princeton l’a fait.

            Pierre Muller,
            webmestre de www.recul-democratique.org
            Citoyens et informaticiens pour un vote vérifié par l’électeur


            • nico (---.---.55.253) 22 août 2006 13:04

              Convaincu !


              • JeanGuyer (---.---.186.241) 22 août 2006 13:10

                N’importe quoi... Ecoutez moi , je suis expert en informatique !! Rien est inviolable !! Attention , le feu c’est dangereux , continuons à manger de la viande crue ! Tous les jours , le pentagone se fait hacké , personnellement , tout mes voisins qui utilise le système pour payer leurs impots en ligne , ont reussi à frauder... Et un ami , une fois il a payé avec sa carte bleu sur internet , deux jours après son compte était vidé et les huissiers venaient reprendre sa maison...


                • Paul (---.---.123.29) 22 août 2006 13:38

                  Et le pire c’est qu’on arrive aussi à pirater les cerveaux humains ! La preuve ? Le votre ! On vous l’a piqué il y a plusieurs années et on vous a mis une crotte de nez à la place sans que vous vous en rendiez même pas compte....


                • Pierre Muller Pierre Muller 22 août 2006 13:38

                  Et quand un service vétérinaire dit que tel coquillage est impropre à la consommation, vous l’écoutez... ou vous vous dites que ma foi, il m’a l’air très bon ce coquillage que je viens de ramasser ?

                  Pourquoi écoute-t-on si peu les informaticiens quand on parle de vote électronique ?


                • Alcandre (---.---.64.63) 22 août 2006 14:46

                  @Pierre Muller

                  On ne demande pas aux informaticiens au même titre que sur les plateaux télé lors des attentats du 11 septembre il n’y avait que des sociologues de seconde zone, et des retraités qui ne risquent plus rien, pas de physicien, ni aucun spécialiste aéronautique en service.

                  L’informaticien est capable de prouver ce qu’il dit, le sociologue lui baratine...

                  Vous comprenez les enjeux sont trop importants pour laisser les spécialistes parler.


                • Pierre Muller Pierre Muller 23 août 2006 01:36

                  Je suis moi aussi informaticien, comme beaucoup de ceux qui ont posté ici. Mais je ne vais pas m’en prévaloir pour donner du poids à mon opinion sur le vote électronique. Mes connaissances, dans la moyenne des informaticiens, me servent à comprendre ce qu’écrivent les experts du sujet, pour la plupart des universitaires américains, ou des spécialistes en sécurité comme Bruce Schneier.

                  Je rappelle d’abord qu’il y a deux familles de vote électronique : les ordinateurs qu’on place dans les bureaux de vote à la place des urnes (nom officiel : machines à voter) et le vote par Internet. Je pense que personne ici n’attend grand chose des machines à voter, même les défenseurs du vote électronique qui espèrent les avantages de la démocratie directe.

                  Les machines à voter ont pour but d’alléger (un peu) la logistique de l’organisation des élections par les municipalités. Elles ne permettent guère de multiplier les scrutins. Ce sont pourtant elles qui sont déjà utilisées, et qui vont l’être de plus en plus dans l’immédiat. C’est de l’informatique de qualité très ordinaire, et aucun de leurs fabricants n’a jamais songé à prouver son logiciel.

                  Il y en a même qui utilisent de la cryptographie sans rien y connaitre, juste pour avoir l’air sérieux, comme le raconte le Pr Doug Jones : « They were happy to assert that they used the Federally approved Data Encryption Standard, but nobody seemed to understand key management, in fact, the lead programmer to whom my question was forwarded, by cell-phone, found the phrase key management to be unfamiliar and he needed explanation. On continued questioning, it became apparent that there was only one key used, company wide, for all of their voting products. The implication was that this key was hard-coded into their source code ! »

                  Parlons-donc du vote par Internet. Justement une telle élection s’est tenue ce mois de juin en France. Ce fût l’occasion de prendre conscience que c’est une technologie immature, et pour longtemps. On a aussi réalisé que les assesseurs ne pouvaient exercer aucun contrôle. Trois rapports ont été produits, et tous ont rappelé l’existence du rapport SERVE, du nom du système de vote par internet conçu pour les militaires américains. Ce rapport a conduit à l’abandon de ce système sans même qu’il soit utilisé. Qu’on redoute le vote par Internet, ou qu’on l’espère, ce n’est pas réaliste en l’état actuel de la science.

                  Concernant l’avénement espéré de la démocratie directe, j’ai du mal croire qu’une technologie puisse résoudre miraculeusement les problèmes de notre démocratie. Rien n’empêche de déjà multiplier les référendums avec le vote traditionnel, et même de poser plusieurs questions le même jour. Ce serait un peu coûteux, mais on ne parle pas en milliards, et quel est le prix de la démocratie ? Le dépouillement de referendums n’est pas très long : 45 minutes m’a-t-on dit à l’occcasion du celui de 2005 (5 minutes en ce qui me concerne... c’était des machines à voter). Au pire des machines d’aide au dépouillement, du type compteuses de billets de banque, pourraient être utilisées (en les auditant par des recomptes aléatoires).

                  Enfin, pour agir contre la mise en place des machines à voter, nous avons besoin d’aide. Nous ne sommes pas nombreux, et le temps presse : déjà environ un million d’électeurs concernés, et beaucoup d’achats vont se décider avant la fin de l’année. C’est peut-être encore le temps de la parole... mais il ne faudrait pas qu’il dure trop longtemps.

                  Pierre Muller,
                  webmestre de www.recul-democratique.org
                  Citoyens et informaticiens pour un vote vérifié par l’électeur


                • ffi (---.---.2.226) 22 août 2006 13:34

                  Pas besoin d’electronique , de mulots pour mettre fin à la democratie , juste CHIRAC .

                  Second tour des elections presidentielles refus totalitariste de vouloir se confronter au programme du front nationale , soit par manque d’un programme , soit par manque d’argument contradictoire , soit par peur de l’etalage public de la Grande Magouille sans Defunes ni Bourvil .

                  Alors ce qui ce passe aux Etats-Unis ( avec lequel nous avons toujours un train de retard 10 a 20 ans)ne reglera pas le probleme profond lie au nihilisme Etatique !

                  Mais là , pas de bombes , pas de projet HAARP , juste des medias à la solde , des suicides plustot etranges ...

                  ETC ETC ETC


                  • fredleborgne (---.---.37.114) 22 août 2006 13:39

                    Le problème du vote tourne autour de la confiance. C’est ainsi que l’auteur condamne le vote électronique.

                    Bien joué, car il obtient gain de cause.

                    Mais poussons la notion de confiance.

                    Une fois élus, nos dirigeants font tout pour conserver le pouvoir (on redéfinit les circonscriptions, on utilise l’argent public à sa propre promotion, on s’accapare tous les mérites, on sert les copains...)

                    De plus, nous choisissons nos hommes politiques parmi une même communauté qui parasite aujourd’hui notre société au plus haut niveau.

                    Rien à faire de choisir entre PS, UMP, UDF . Ce sont tous les mêmes. Le vote est devenu inutile. Choisir le meilleur entourloupeur pour me faire passer DADvSI imposée par les lobbys où n’importe quelle autre loi imposée par Bruxelles ne m’intéresse pas.

                    De même, mon maire, au village, est tenu d’avoir la « politique » de son parti, et non d’administrer en fonction de ses idées.

                    C’est tout l’intérêt du vote qui est en jeu, et pas seulement la méthode.

                    Néanmoins, en écrivant cela, je suis tout de même partisan pour une démocratie où on vote. Mais mon problème n’est pas dans le vote, mais dans la confiance que j’ai dans les « dirigeants » élus.

                    Si cette confiance existait, si la « triche » était taboue, on pourrait voter électroniquement pour des candidats honorables. Mais comme nous votons pour des tricheurs, il faut qu’au moins nous ayons l’impression d’avoir choisi entre la peste ou le choléra


                    • (---.---.37.199) 22 août 2006 13:41

                      La différence entre les impôts et le vote, c’est que si quelqu’un triche son compte aux impôts, il peut y avoir vérification et on peut lui faire des ennuis après des années (c’est la traçabilité). Avec le vote, il n’y a pas de traçabilité possible puisque le vote est anonyme : si on change votre vote vous ne le saurez jamais.

                      Enfin, avec les impôts on parle d’argent, ce n’est pas si grave. Avec le vote électronique on met en cause le système démocratique dans son ensemble. C’est pourtant pas mal la démocratie, non ? En tout cas, pour l’instant on n’a pas trouvé mieux.

                      Dernière informations : l’ACM, pretigieuse association internationale d’informaticiens (universitaires, industriels) a clairement énoncé que le vote électronique met en danger la démocratie. voir : http://www.acm.org/announcements/acm_evoting_recommendation.9-27-2004.html

                      PS : je suis enseignante-chercheuse en informatique, ingénieur en informatique.


                      • (---.---.185.253) 22 août 2006 14:01

                        Le vote est anonyme de la meme maniere que les comptes suisses sont numerotes. Vous etes lies a un numero et il n’y a personne qui puisse lier vote-numero et numero-personne.


                      • lefranc-tireur lefranc-tireur 23 août 2006 17:52

                        sauf qu’une fois le bulletin de vote déposé dans l’urne, je ne peux plus le modifier. Mais rien ne m’assurera de vérifier ensuite que mon vote électronique n’a pas été trafiqué ou changer d’avis en cas de vérif et jurer à la tricherie.

                        De plus, la confidentilité n’est pas assurée, et pire, rien ne prouve que je ne vote pas par« procuration » pour 15 autres personnes non au courant.


                      • (---.---.71.248) 22 août 2006 13:46

                        Bonjour, c’est Yves.

                        Moi je ne suis pas du tout d’accord car tu ne parles ques des inconvénients, pas des avantages. Transférer le vote sur support électronique permet à notre époque bien des ouvertures possibles. Par exemple, on pourrait voter par Internet, tranquillement assis chez soi, donc sans avoir l’impression de devoir faire un effort pour élire tous ces gros cons. On pourrrait aussi, en relevant les adresses IP et les votes correspondants, faire après l’élection une campagne de sensibilisation auprès des citoyens qui n’auraient pas voter comme on le leur demandait. Le compte des votes contestataires pourrait aussi être conservé et donner lieu à sanction s’il y a trop de récidives.

                        On pourrait aussi imaginer un voteur automatique qui, en fonction des tes origines sociales, de ton niveau de vie, tes votes prélables, calculerait le vote idéal et le ferait à la place, te permettant d’aller à la pêche tout en votant. Ou même d’aller baiser.

                        Finalement, baiser quelqu’un en votant, quelle belle revanche !!!!

                        Signé Yves.


                        • Alcandre (---.---.64.63) 22 août 2006 14:37

                          Le seul avantage c’est que l’on aura plus besoin de se lever pour aller voter, car il n’y aura plus de démocratie, mais un théâtre de faux semblant.

                          Bon... C’est Vrai... qu’avec L’UMPS, le couple sego sarko, c’est déjà un théâtre organisé pas les medias.

                          Au fond je ne suis ni pour ni contre, car dans tous les cas, nous n’avons aucune alternative réelle, seulement l’illusion de l’alternative.

                          Penchez-vous sur le scandale concernant le vote électronique, qui a éclaté lors des secondes élections de Bush aux USA.


                        • (---.---.185.253) 22 août 2006 15:16

                          A Alcandre, le scandale aux US a eclate car le vote electronique a ete develope par des entreprises en lien direct avec Bush avec base de donnee access, non cryptes sur des ordi non securises ou le code etait connu de Bush. Inutile de dire qu’on a trouve une forte correlation entre victoire de Bush et vote electronique develope par Bush.


                        • Alcandre (---.---.64.63) 22 août 2006 15:45

                          Inutile assurement !


                        • Alcandre (---.---.64.63) 22 août 2006 15:47

                          Maintenant, je vous demande qui subventionne la campagne de sarko ?

                          Les enjeux sont réels.

                          Et, il est évident qu’en France l’arnaque sera moins décelable.


                        • Michel Monette 23 août 2006 01:08

                          On peut même imaginer le jour où il n’y aura qu’un seul électeur : http://en.wikipedia.org/wiki/Franchise.


                        • Mars (---.---.58.127) 22 août 2006 13:47

                          Le vote électronique demanderait une telle transparence au niveau de chaque bureau pour vérifier qu’il n’y a pas de fraude au niveau de la centralisation des résultats qu’il coûterait beaucoup plus cher que le vote papier. Les personnes qui veulent adopter cette technologie n’ont pas forcément que de bonnes intentions...


                          • (---.---.185.253) 22 août 2006 13:59

                            Je suis informaticien et je pourrais garantir qu’il n’y a pas de triche possible. Seule condition : le code source et simple doit etre libre pour etre sur qu’il n’y a pas de backdoor. Ensuite, on peut stocker les donnees sur plusieurs ordi, toute incoherence se verrait immediatement et le seul moyen de pirater sans se faire prendre serait de pirater les n ordis en meme temps. Bon ce n’est pas si simple en effet mais des experts il y’en a dans tous les partis.

                            La vrai democratie c’est que tout le monde puisse voter, les jeunes qui bougent loin de leur bureau de vote, les vieux qui ne peuvent se deplacer, les vacanciers qui sont loin,...


                          • mars (---.---.58.127) 22 août 2006 14:28

                            C’est ce que je disais, plusieurs ordi mais aussi plusieurs personnes derrière pour contrôler chaque étape du processus. C’est pas forcément moins cher et beaucoup plus risqué que le bon vieux papier...

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