• mardi 21 mai 2013
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Religions > Clarifications au sujet du concept du hallal en Islam
50%
D'accord avec l'article ?
 
50%
(48 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Clarifications au sujet du concept du hallal en Islam

Le hallal ne se vend pas, il se pratique comme conduite individuelle. Le hallal relève de la conception que le musulman se forge à partir de sa propre lecture des textes et de son identité individuelle. Consommer hallal relève donc, de la morale individuelle, il ne saurait faire l’objet d’un dictat collectif émanant d’une conscience externe à la conscience intime.

Définir les concepts puis déterminer à qui revient le droit de décision dans quelle matière et de quelle manière, ce sont des balises incontournables si l’on veut faire avancer le débat sur le hallal vers la clarté du jour. Ainsi, les responsabilités seront définies afin de dissiper ce brouillard à la fois conceptuel et législatif.

Au niveau législatif, il s’agit d’astreindre le producteur aussi bien à la traçabilité au niveau du produit que l’usage technique appliqué à ce même produit, le flou législatif actuel laisse la porte grande ouverte aux avidités mercantiles et sans scrupule des uns et des autres.

Côté consommateur, sa responsabilité est effectivement plus grande encore, il faut arrêter cette victimisation qui veut que les choses ne puissent changer que du haut, c’est bien au consommateur que revient en fin de compte d’encourager ou de boycotter un produit suspect ou malsain, au lieu de mordre les yeux fermés à l’appât du moindre prix. 

Le hallal, un concept qui relève de la morale et non du légal  

Le hallal ne se vend pas, il se pratique comme conduite individuelle. Le hallal relève de la conception que le musulman se forge à partir de sa propre lecture des textes et de son identité individuelle. Consommer hallal relève donc, de la morale individuelle, il ne saurait faire l’objet d’un dictat collectif émanant d’une conscience externe à la conscience intime.

L’Islam n’a pas institué un clergé officiel mais récuse également l’attitude cléricale. C’est bien au croyant que revient le droit en toute intimité de consommer ou pas un produit connoté hallal. Le rôle des experts en matière religieuse se limite à clarifier autant que possible le cas étudié, exposer toutes les pistes envisageables, mettre sur table les avis différents ainsi que leurs arguments en toute objectivité intellectuelle, puis donner leur point de vue comme un avis non contraignant parmi d’autres.

Le cas du jeûne du mois de ramadan est éloquent en la matière, en dehors de conditions extrêmes ou de maladies graves, seul le jeûneur peut juger s’il est en capacité ou non d’accomplir son jeûne lorsqu’il rencontre des difficultés pour pratiquer son culte.

Le qualitatif est une valeur indissociable du Hallal

Mettre l’accent uniquement sur l’abatage des animaux à consommer est réducteur de la position de l’Islam en la matière. Les versets coraniques[i]lient directement le hallal au tayyib qui signifie aussi bien pur, mûr, agréable, de bon goût que de bonne odeur, d’où Tayyiba épithète de la ville du prophète, Médine. Le parfum en arabe se dit tîb qui vient de la même racine.

D'un point de vue linguistique, les termes hallal et tayyib sont directement accolés l’un à l’autre comme attributs ou synonymes sans la moindre liaison. Il nous paraît dès lors abusif de ne retenir que le terme hallal dans ces versets, outre le fait que, souvent, le sens qui lui est attribué est galvaudé sans discernement.

Cette lecture n’est pas étrangère à la doctrine musulmane. Par opposition au consommable tayyib, la jurisprudence a recours à al-jallâla malsain à la consommation. Plusieurs hadiths existent à ce sujet, ce qui est une preuve tangible que le sens pratique du hallâl en Islam ne se limite pas seulement à la manière d’abattre l’animal.

« Le prophète a déconseillé de consommer la chair provenant d’aljallâla ainsi que son lait »[ii]. Le terme al-jallâla désigne la bête dont la consommation est hallal, mais dont la nourriture est constituée de produits impropres ou malsains. La mise en quarantaine est fortement recommandée pour rendre al-jallâla propre à la consommation, en la nourrissant le temps nécessaire par des aliments naturels et sains.[iii] 

Faut-il appelé donc hallâl un poulet dont la vie, de la naissance à l’abattage est un enchainement de processus industriel qui n’a rien de naturel sauf la forme ? Est-il hallâl de consommer un poulet qui n’a jamais foulé la terre de ses pattes, qui n’a jamais respiré l’air extérieur, qui n’a jamais goûté l’herbe fraîche, qui ne s’est jamais exposé à la chaleur naturelle du soleil,… ? À notre sens, un poulet dont la courte vie, huit semaines, se déroule confinée dans un espace artificiel, qui est nourri d’aliments suspects entre dans la catégorie d’al-jallâla.  

La question de l’abattage

Concernant la question de l’abattage rituel, il serait plus objectif d’exposer les avis différents en la matière. Nous les résumons ainsi sans soutenir aucun d’eux car ce n’est pas l’objectif de ses lignes.

Pour les uns, l’abattage par égorgement, n’est pas une condition sine qua non. Pour d’autres, seul l’abattage manuel par égorgement rend la consommation de la viande hallal, alors que certains acceptent l’abatage mécanique.

Nous avons dit plus haut que Le hallal ne se vend pas, il se pratique comme conduite individuelle. Il revient au musulman de vivre sa pratique selon ses valeurs propres. Cependant, le législatif doit imposer au fournisseur de décrire avec précision la manière dont l’animal a été abattu ainsi que la composition exacte des produits manufacturés. C'est-à-dire : sans viande de porc, par abattage manuel ou abattage mécanique.

En résumé, le hallal dépend du consommateur, c’est à lui seul que revient le droit de consommer quel type de hallal, du moment qu’on lui indique clairement la traçabilité du produit à tous les niveaux.

Les musulmans d’Europe, peuvent ainsi apporter un plus qualitatif à la qualité des produits consommables au lieu de s’enfermer dans une vision réductrice de pure forme, et deviennent de ce fait une proie facile pour qui le hallal est une question de business. 



[i] Coran, (S II, V168), (SV, V88), (SVIII, V69), (SXVI, V114).

[ii] Hadith, sunan Ibn Mâja, chapitre sur les animaux à consommer (adabâih), 3189. D’autres versions sont rapportées par : Ahmad, Thirmidhî, Abou Dâoud pour ne citer qu’eux.

[iii] J’ai connu personnellement cette pratique au Maroc. Dans ma famille, le poulet fermier élevé en pleine nature devait passer au régime pur grain pendant quelques jours avant sa consommation.




par Saïd Moustarhim mardi 6 mars 2012 - 84 réactions
50%
D'accord avec l'article ?
 
50%
(48 votes) Votez cet article



2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Bibi32 (---.---.---.210) 6 mars 2012 12:58
    Bilou32

    Le halal comme le casher est illégal en France et en Europe, c’est donc très simple. Pourquoi autorise t-on des dérogations a ces lois ? Existe -il des dérogations dans les pays musulmans où la charia est appliquée ? Quand ces religions vont-elles « évoluer » et supprimer ces abattages rituels non seulement condamnables au nom du bien être animal, mais dangereux pour les opérateurs ? Quand les juifs et musulmans reconnaîtrons que le porc n’est pas plus impur que les autres viandes ? ...
    Vive les athés et les agnostiques !!!

  • Par goc (---.---.---.14) 6 mars 2012 15:01
    goc

    Consommer hallal relève donc, de la morale individuelle

    alors pourquoi imposer a tout le monde, une philosophie ou une idéologie personnelle ??

    le fait d’imposer un mode d’abattage d’un animal à tous les consommateurs du dit bestiaux (et pour un bœuf ça fait beaucoup de consommateurs) , aux seuls motifs que l’un des consommateurs pratique la « pensée » hallal ou kascher, ne relève-t-il pas du fascisme intellectuel ??

  • Par Farniente (---.---.---.58) 6 mars 2012 16:06

    Donc , si j’ai bien compris , le hallal n’a pas besoin d’être étiqueté et donc la dîme prélevée par les religieux n’a pas lieue d’être ?

    Allez dans le rayon « Viandes »(si je peut m’exprimer ainsi) de n’importe quel Souk,vous trouverez des poulets vivants que le vendeur transformera avec le sourire et en un tournemain en « prêt à être enfourné »,hallal,sans imam et sans dime.

    Moralité,si des autorités religieuses autoproclamées perçoivent des sous,c’est des escrocs,il faut les mettre au trou !

  • Par goc (---.---.---.14) 6 mars 2012 17:19
    goc

    @ walid

    vous êtes en train de donner raison a Gueant/Fillion

    la différence entre le « hallal » et le bio, c’est que le premier n’est qu’une philosophie alors que le second n’existe que parce qu’on a commencé à donner la priorité au productivisme à outrance au mépris de la qualité, et maintenant on a même été jusqu’à renier les fondements même de l’agriculture en obligeant les paysans a acheter leurs semences chaque année, d’où les procédures chimiques tel que stérilisation et OMG. Quand a l’élevage, si la viande est bien plus saine chez nous qu’aux siècles précédents, elle est devenue de mauvaise qualité

    donc si le hallal n’a plus de sens en matière de risque sanitaire, le bio au contraire, va vite devenir obligatoire si on veut sauver la planète

    bref, si le bio est une garantie de qualité de la viande, le « hallal » n’empêche nullement de consommer de la vache folle ou du veau aux hormones.

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox

Mentions légales Charte de modération