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Le suaire de Turin : la preuve de la fraude ?

Un documentaire, La nuit du suaire, vient de sortir en DVD en Italie. Grâce à des documents et des témoignages inédits, la réalisatrice Francesca Saracino remet en cause la validité scientifique de la datation au radiocarbone, qui en 1988 avait donné un âge médiéval, entre 1260 et 1390, à ce tissu qui porte l’image d’un homme crucifié.

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Le visage sur le Turin

Les ténèbres de la science

 Ne cherchez surtout pas la clarté et la rigueur scientifiques. Votre quête serait vaine. Avec la radiodatation du suaire de Turin, tout n’est qu’ombres, faux-semblants, mensonges, par omission ou non, bévues statistiques, protocole scientifique jeté aux orties, luttes de pouvoir et d’argent, et même un suicide douteux. C’est une bataille homérique mais secrète que Francesca Saracino nous révèle. Elle a lieu dans les coulisses de la science et du Vatican. Elle commence au début des années 1980 et, aujourd’hui encore, le combat continue. Un vainqueur se dessine. Des scientifiques prestigieux semblent pris à leur propre piège. En avant pour les ténèbres de la science !

La plus grande fraude scientifique de tous les temps ?

 « C’est la plus grande fraude scientifique de tous les temps ». Franco Faia, qui participa au prélèvement de l’échantillon du suaire en tant que technicien expérimental dans la cathédrale de Turin, ne mâche pas ses mots. En 1988, et après d’innombrables luttes d’influence et des années de double jeu, quelques centimètres carrés sont prélevés sur un l’objet le plus controversé au monde : le suaire de Turin, dont la tradition rapporte qu’il enveloppa le corps de Jésus. On confie ces échantillons à ce qu’on suppose être les trois meilleurs laboratoires spécialisés dans l’analyse au radiocarbone. Et vogue la galère…

Un protocole scientifique jeté aux orties

  La nuit du suaireD’emblée, le protocole scientifique est mis à la poubelle : alors que trois échantillons de contrôle étaient prévus, on adjoint à la dernière minute un quatrième échantillon. Alors que toutes les étapes devaient être documentées pour ne laisser aucune place au doute, les scientifiques s’abstiennent et se renvoient la balle. Les trois laboratoires avaient signé un accord officiel pour dater les échantillons en même temps et pour ne pas communiquer entre eux ? Ils les testeront l’un après l’autre, et se communiqueront leurs résultats. Malgré la clause de confidentialité, un pasteur protestant, farouche opposant de l’authenticité, assiste au processus de datation à l’université d’Oxford, et la presse est constamment tenue au courant, certains scientifiques ne semblant pas résister aux offres sonnantes et trébuchantes des journalistes.

Des « mafieux »

 Le résultat de tout ceci est évidemment catastrophique : le processus entier devient contestable, des données aussi essentielles que le poids des échantillons sont incohérentes. On en vient à se demander s’il n’y a pas derrière cela une réelle volonté de dissimulation. Et pour couronner le tout, Michael Tite, directeur du laboratoire d’Oxford, se voit accorder par de mystérieux donateurs la somme d’un millions de livres sterling pour fonder une chaire d’université. Luigi Gonella, professeur d’université et conseiller scientifique du cardinal en charge du dossier, s’emporte : « Les laboratoires se sont conduits comme des chiens… Ce sont des mafieux ! » Gonella aura le sentiment d’avoir été berné, d’avoir péché par excès de naïveté. Bref, le documentaire n’écarte pas d’emblée la thèse du complot. Au vu de tous ces éléments, on ne peut logiquement pas rejeter cette hypothèse. La faute à qui ?

La bévue statistique

 S’essuyer les pieds sur le protocole et la déontologie pourrait à l’extrême limite être pardonné si les résultats ne prêtaient pas à controverse. Mais ils ne sont pas impeccables, et loin de là. Un des laboratoires, celui d’Arizona, présente des données qui clairement ne sont pas cohérentes avec les deux autres. L’article publié dans Nature comporte ce qu’on appelle une erreur. Mais attention ! Pas une petite faute de frappe ou un mot à la place d’un autre. Non, une erreur qui change tout. Une bévue. Pier Luigi Conti, professeur de statistiques à l’université de Rome, la résume ainsi : il s’agit d’une erreur de calcul qui si elle n’avait pas été opportunément présente aurait amené à une conclusion opposée à celle de l’article : à savoir que les résultats des trois laboratoires étaient incohérents entre eux, et donc non valides.

 Pour se défendre, Timothy Jull, directeur du laboratoire d’Arizona, a publié en 2010, dans la revue qu’il dirige, un papier qui laissa perplexes même les partisans du faux médiéval. Jull révéla après plus de 20 ans qu’il détenait encore un échantillon du suaire, ce qui contredit l’article de Nature

Une autre radiodatation

 Le documentaire révèle aussi, grâce à des témoignages inédits, qu’une autre radiodatation a eu lieu quelques années avant l’officielle. Ses résultats furent eux aussi incohérents puisque sur un même fil, deux dates furent trouvées : l’une fut l’an 1000 et l’autre l’an 200 après J.-C. Cet échantillon se situe juste à côté du morceau prélevé en 1988. Il est fort probable que le tissu a fait l’objet, dans le coin des prélèvements, d’un rapiéçage au XVIème siècle qui rend les résultats incohérents.

"Aveuglés par la passion"

 Au sortir de ce voyage dans les ténèbres de la science, on ne peut s’empêcher de se désoler de l’immense gâchis qui entoure cette affaire de radiodatation. Plus généralement, le suaire est aujourd’hui un des objets anciens les plus étudiés au monde par les scientifiques de tous bords. Malgré cela, il n’est pas encore sorti de cette « nuit du tombeau » à laquelle le documentaire de Francesca Saracino fait allusion par son titre. C’est aux chercheurs d’introduire grâce à leur méthodologie et à leur technologie de la clarté dans la nuit du suaire de Turin. Mais pour cela, ils devront apprendre, avant tout, à ne pas être aveuglés par la passion.




par Cazab vendredi 19 octobre 2012 - 159 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par Gollum (---.---.---.42) 19 octobre 2012 09:33
    Gollum

    Hum, de toute façon montrer que le Suaire est authentique en emmerderait plus d’un. Les Juifs, les musulmans (puisque ceux-ci nient la crucifixion), les athées, et d’autres... même certains chrétiens qui se trouveraient ainsi dépossédés du « mérite » de croire.. 


    On comprend dans ce cas qu’il doit y avoir des forces qui n’en veulent pas de cette authenticité.

    Finalement on se dit que si il avait été faux, le montrer devrait être facile non ?
  • Par tikhomir (---.---.---.227) 19 octobre 2012 12:10

    « On sait que le titre de Jésus (c’est un titre et non un prénom) n’est apparu qu’au 2ieme siècle »

    Vous savez de drôles de choses... Jésus, de son vrai prénom Yeshoua ben Yosef (ou « bar » pour les hébreux), à savoir « Jésus, fils de Joseph » (nom latin) n’était pas un titre.

    Le prénom « Yeshoua » existait déjà depuis bien longtemps et c’était même plutôt un prénom courant (avec des variantes type « Yeshou »).

  • Par Furax (---.---.---.34) 19 octobre 2012 13:23
    Furax

    On peut relever, entre autres, sur le site, concernat le tissus lui-même :
    "Madame Flury-Lemberg, une des meilleures spécialistes mondiales des tissus anciens, occupe probablement la première place parmi les spécialistes du textile ayant pu étudier le suaire...

    ...Sa découverte la plus importante c’est que la finition du tissu au niveau de l’ourlet ainsi que le type de couture et de piquage sont très spéciaux et ressemblent fortement à ce qui peut être observé sur des restes de textiles antiques, datés de 40 avant JC à 73 après JC, découverts dans la forteresse de Masada en Judée, où les derniers combattants juifs résistèrent à l’occupant romain en 73 après JC. Elle ne fut plus occupée par la suite.

    Ce type de finition semble inconnu en Europe au Moyen-Age.

     

     

    Pour Flury-Lemberg la ressemblance est si frappante qu’elle peut affirmer : « mon opinion est que le suaire n’est pas un faux médiéval. Les ressemblances que j’ai découvertes indiquent qu’il pourrait avoir existé au temps de Jésus et là où se trouve ce qui est maintenant Israël ».

  • Par Gollum (---.---.---.42) 19 octobre 2012 13:57
    Gollum

    Certains pensent que le suaire est celui de Jacques de Molay, torturé et peut etre crucifié par la « sainte » inquisition, 


    Jacques de Molay a fini sur un bûcher. Décidément l’histoire et vous ça fait deux.

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