• vendredi 25 mai 2012
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Santé > Autisme : où allons-nous ?
34%
D'accord avec l'article ?
 
66%
(15 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Autisme : où allons-nous ?

La prévalence de l’autisme se développe trop rapidement pour qu’elle soit une maladie génétique. Au lieu de cela, il est probablement causée par l’exposition du fœtus à des substances nocives.

Les causes de l’autisme sont à rechercher dès avant la naissance mais pas en termes de facteurs génétiques. L’exposition de la mère à certaines substances chimiques pourrait expliquer le trouble chez son enfant. A peine créée, Antidote Europe avait déjà montré que des substances très présentes dans notre environnement pouvaient affecter le développement du système nerveux du foetus.

L’autisme est un désordre du développement neuronal, qui peut démarrer dès les premières semaines suivant la conception. Le très jeune enfant affecté de ce désordre présente, à des degrés divers, un certain nombre de handicaps : incapacité à communiquer, donc à exprimer besoins ou désirs, il cache ses sentiments mais il peut aussi lui arriver de manifester brutalement ses émotions, il est incapable de participer à une vie sociale et résiste à tout changement autour de lui. Il s’enferme dans une forteresse virtuelle. Ces problèmes se manifestent dès les premières années de la vie de l’enfant, généralement avant l’âge de trois à cinq ans. Ils sont liés à un traitement défectueux de l’information par le cerveau, probablement la conséquence d’une mauvaise organisation des cellules neuronales et de leurs interconnexions, au moment de la mise en place du système nerveux central durant l’embryogenèse.

Ces désordres –ce n’est pas une maladie- sont définitifs. Dans l’état actuel de nos connaissances, il n’y a pas de traitement. Ils peuvent être plus ou moins prononcés et sont regroupés au sein d’un “Spectre” de Désordre Autistique, avec trois dominantes, selon que l’enfant présente un problème mental profond (40% des cas), modéré (30% des cas) ou n’est pas affecté dans son développement cognitif (30% des cas). Certains parmi ces derniers sont même doués d’une intelligence supérieure (cas de quelques très grands scientifiques).

 

Causes génétiques ou environnementales ?

Puisque, parmi les autistes, les garçons sont quatre fois plus nombreux que les filles, on a longtemps pensé que des facteurs génétiques seraient impliqués, mais ceux-ci seraient complexes puisque l’autisme n’est pas héréditaire. Une autre hypothèse a été formulée quand on a développé des méthodes de diagnostic fiables, à partir des années 80. Bien que les chiffres réels en France soient difficiles à obtenir, on s’est aperçu que la prévalence (1) de l’autisme progressait de façon extraordinairement rapide : pour 10 000 personnes, on décomptait moins de 5 cas dans les années 70 ; 16 dans les années 90 ; 23 en 2003 (mais seulement 5 selon le site du ministère de la Santé et 50 selon l’OMS !) ; et 60 en 2009.

Notons que dans des pays anglo-saxons, les chiffres sont encore plus catastrophiques. L’agence gouvernementale états-unienne CDC (Centre pour le Contrôle des Maladies, Atlanta) a publié fin décembre 2009 la prévalence du “Spectre” mesuré en 2006 aux Etats-Unis chez des enfants nés en 1998, soit un enfant de 8 ans sur 110 (un garçon sur 70, une fille sur 315), dont près de la moitié présente des handicaps intellectuels importants. Ces chiffres sont en augmentation de 57% par rapport à 2002 (+60% pour les garçons, +48% pour les filles). Pour 2009, les estimations font état d’un autiste sur 94 enfants aux Etats-Unis, voire même d’un sur 66 au Royaume Uni. En supposant que la prévalence continue d’augmenter au même rythme, on pourrait extrapoler ces chiffres pour savoir quand 100% des garçons de 8 ans, et 100% des filles de 8 ans, seront autistes. Le “meilleur des mondes” en vue ! En France, la fiabilité croissante du diagnostic de personnes affectées par l’une ou l’autre composante du “Spectre” a certainement contribué à la spirale ascendante de la prévalence de l’autisme, mais cette spirale oblige à prendre en considération l’hypothèse de la responsabilité de facteurs environnementaux, à côté ou à la place de l’hypothèse génétique. Il est en effet impensable que le patrimoine génétique humain se modifie à une allure telle qu’il expliquerait la multiplication de la prévalence de l’autisme par un facteur 12 en 30 ans. Cette explosion met aussi hors de cause la responsabilité consciente de la mère d’un enfant autiste, une affirmation péremptoire et dénuée de tout sérieux scientifique, et pourtant courante chez les “spécialistes” de la maladie il y a encore dix ans. L’expression “responsabilité de la mère” n’exclut pas son rôle involontaire dans la maladie, puisque le désordre autistique démarre le plus souvent durant le développement in utero de l’autiste. Ce serait donc l’environnement de la mère durant sa grossesse qui pourrait être en cause, qu’il s’agisse de substances chimiques qu’elle absorbe (nourriture, boissons), qu’elle respire (pollutions atmosphériques, solvants, gaz d’échappement chargés de (nano ?) particules, fumées d’usines…) ou qu’elle s’applique sur la peau (cosmétiques).

 

Démasquer les substances nocives

Comment identifier une substance chimique “autistogène” ? Le test sur un “modèle animal” est évidemment exclu, non seulement parce qu’aucune espèce n’est un modèle biologique fiable pour une autre, comme nos lecteurs le savent depuis longtemps, mais on ne voit pas très bien comment identifier une souris autiste d’une congénère qui ne l’est pas (les “aventures d’une souris autiste”, un thème qui devrait inspirer les dessinateurs de BD…). On ne voit pas non plus des volontaires humains (en l’occurrence des fœtus en cours de gestation ou des bébés de moins de 2 ans) accepter d’être exposés à des substances chimiques susceptibles de provoquer une forme d’autisme, d’autant qu’une fois déclaré, hélas “autiste un jour, autiste toujours”. Reste donc des tests sur des échantillons biologiques d’origine humaine, en premier lieu des cellules neuronales.

On est donc tout naturellement conduit à évaluer ces substances par toxicogénomique sur ce type de cellules, soit très précisément ce qu’Antidote Europe a fait il y a 6 ans. Nous avions sélectionné à cette fin des cellules neuronales en culture SH-SY5Y, et la dérégulation de l’expression des gènes de ces cellules quand elles sont exposées à des substances chimiques. Nous avions présent à l’esprit le problème de l’autisme et, dans ce contexte, nous nous étions en particulier intéressés à une famille de 8 gènes marqueurs de neurotoxicité, dont trois (ROBO1, HOXD1, THBS) sont essentiels dans l’architecture neuronale chez le fœtus et le jeune enfant, trois (ACHE, DRD2, TH) dans la communication neuronale, un (CTSB) dans le développement de l’amyloïdose (à l’origine de maladies neurodégénératives), un enfin (BZRP) impliqué dans l’initiation de la synthèse d’hormones stéroïdes (pour explorer les raisons de la différence importante entre garçons et filles devant le risque d’autisme). Résultats : la plupart de ces gènes sont sévèrement dérégulés par, entre autres, le bisphénol A (2), l’acrylamide, le 2-butoxyéthanol (solvant utilisé dans les cosmétiques), le 3-aminophénol (coloration des cheveux) et toute une série de pesticides. Si nous avions les moyens de refaire ces tests aujourd’hui, nous sélectionnerions un bien plus grand nombre de gènes marqueurs pertinents, un plus grand nombre de lignées de cellules neuronales humaines, de larges séries de temps d’exposition et de concentrations de substances. Les techniques génomiques d’aujourd’hui permettraient pour le même prix d’étudier non pas 30 substances comme en 2004, mais plusieurs centaines et leurs mélanges (encore une possibilité offerte par la toxicogénomique (3)), présents dans l’organisme de la future maman et donc du fœtus.

Malheureusement, les moyens nécessaires nous manquent. Ils ne représentent cependant qu’une petite partie de ce qui a été gaspillé en pure perte pour la prétendue “pandémie” de grippe A (H1N1), dont j’avais d’avance dénoncé le caractère largement exagéré lors d’une interview sur Radio Ici et maintenant. On aimerait que les autorités appliquent avec la même rigueur le principe de précaution à la prévention de l’autisme pour identifier et éliminer de notre environnement les substances qui en sont responsables. Cela mériterait un Plan Autisme au moins aussi urgent que les plans Alzheimer ou Cancer, car il en va des générations futures.

 

References

(1) Prévalence : nombre de cas de personnes malades existant ou survenant dans une population déterminée, sans distinction entre les cas nouveaux et les cas anciens. (2) Voir http://www.danger-bisphenol.com external link. Le bisphénol A sert à la fabrication de biberons "incassables" estampillés "7" ou "PC" et se retrouve dans les pots en plastique pour aliments pour bébés. (3) Voir l'article "Les vrais effets des cocktails" dans ce même numéro de La Notice d'Antidote.
par Antidote Europe (son site) lundi 4 avril 2011 - 15 réactions
34%
D'accord avec l'article ?
 
66%
(15 votes) Votez cet article

2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par paconform (xxx.xxx.xxx.165) 4 avril 2011 13:12
    paconform

    Bonjour,
    Peu de personnes sont vraiment inquiètes de l’épandage persistant des produits chimiques divers et de la nécessité impérative de ne plus en consommer.
    D’où l’intérêt de votre article.
    De même l’augmentation du nombre de personnes atteintes de troubles du comportement et de maladies nouvelles (fybromialgie par exemple) n’est pas suivie. Il manque donc le signal d’alerte. On ne casse même pas le thermomètre, en réalité, le ministère de la Santé n’a pas pensé à se procurer un thermomètre ! les maladies, souffrances et handicaps mentaux peuvent prospérer sans que le constat soit fait et sans, bien sûr, que l’on en recherche les causes (ne pas toucher à nos modes de vie et ne pas mettre en cause nos institutions).
    Continuez, merci.

  • Par ALIS (xxx.xxx.xxx.194) 4 avril 2011 13:42
    ALIS

    Étiez-vous des alarmistes qui croyaient les experts des firmes pharmaceutiques qui criaient au loup avec le H1N1 pour faire vacciner la population générale ? Si une majorité de français s’étaient précipités pour se faire injecter le vaccin, on aurait dit que le vaccin a endigué l’épidémie. Mais comme il se trouve que pas plus de 8 à 9% de la population a été vaccinée, on nous dit qu’on ne pouvait prévoir. Cherchez l’erreur...
    En l’occurrence, une cartographie de l’OMS démontre que la prévalence des cancers provient des modes de vie ( cause environnementale et hygiène de vie). Les collations statistiques prouvent que le cancer est une maladie surtout présente dans les pays développés. Pourquoi dès lors, cette flambée d’autisme n’aurait-elle pas des causes environnementales ? Comment se fait-il que les pays en voie de développement ou émergents ne sont pas concernés par l’inflation d’enfants autistes ?
    Comme s’est étrange, dès qu’une affaire sanitaire dérange on nous parle de dépistage. La ligue contre le cancer dans un communiqué a prétendu également que les cancers de la tyroide étaient mieux dépistés depuis le passage du nuage de Tchernobyl pour expliquer la hausse des cancers provenant de la radioactivité. Le même subterfuge, le même mensonge. Qui peut décemment croire une chose pareille ?

  • Par asterix (xxx.xxx.xxx.23) 4 avril 2011 15:05

    Cher auteur,
    Chers autistes,
    Chers parents d’autistes,

    Mon fils cadet a 35 ans, il est autiste. A raison de 4 garçons pour 1.000, chiffre dont je dispose, ce n’est pas que je suis ou ne suis pas d’accord avec l’auteur. Je vous livre simplement un témoignage qui reste encore gravé au fer rouge 28 ans après un diagnostic tombé comme un couperet :
    - votre fils est autiste
    - c’est quoi ça ?
    Je voyais bien que cela tournait mal avant, que Nicolas ne se comportait pas comme les autres gosses de son âge mais je n’imaginais pas, ne savais rien, n’avais plus personne à qui me raccrocher, plus aucune relation humaine normale avec personne, la volonté farouche de le " guérir " de tout faire pour l’en sortir.
    Et c’est alors que la médecine m’a assassiné, a assassiné sa mère, assassiné notre couple. 28 ans, vous ai-je écrit : à l’époque, la doctrine en vogue prétendait qu’un enfant développait cette maladie parce qu’il n’avait pas été aimé, désiré par sa mère et, réflexe de défense, se retirait dans son monde.
    Imaginez comment un couple peut résister à cela ?
    Quelques années plus tard, coucou ; toujours la même médecine nous dit : eureka, on a trouvé, la maman n’y est pour rien, c’est la partie 7 du cervelet qui lui manque, la faculté de globalisation.
    Pas un mot d’excuse, de compréhension. Rien ! Une condamnation à vie pour n’avoir rien fait, sinon tiré le mauvais numéro.
    Entre-temps, le mal était fait, nous nous sommes séparés. Elle a mené sa vie, moi pas et il m’a fallu 7 ans pour en sortir. 7 ans d’incompréhension ( t’as vu ce vieux pédé qui se promène main dans la main avec un gamin ? - oui, on t’aime bien Asterix, mais.... - espèce de père indigne, ne vois-tu pas qu’il se masturbe en public ? Des gens comme cela, on les élimine... et j’en passe, j’en passe ) 7 ans de came dans lequel se plongea mon autre fils parce que je ne me suis pas occupé, moins à vrai dire de lui que de son frère. 7 ans de galère où j’ai perdu mon travail, toute volonté de vivre. 7 ans d’injures, tout au plus de compassion. 7 ans d’exclusion familiale. 7 ans de nerfs à vif, d’épuisement mental, de volonté de casser un mur de béton à mains nues, d’impossibilité de faire face. Seule une thérapie m’a permis d’en sortir du jour où j’ai compris que je devais mener ma vie, que je n’étais responsable de rien.
    Je dis toujours que Nicolas m’a appris une chose : devenir bon, défendre le plus faible. Il a aujourd’hui 35 ans, presque 36 et se trouve en institution, la meilleure institution de Belgique où il a enfin été admis après 17 ans d’attente. DIX SEPT ANS !!! Il y finira sa vie et sa mère et moi, qui nous nous sommes vaguement réconciliés depuis, avons enfin pu avoir les mêmes droits que les autres.
    Je songe tout particulièrement aux parents qui n’ont pas reçu la possibilité qui nous a été offerte, au calvaire quotidien qui est le leur, à cette lancinante question : que se passera-t-il après, quand nous ne serons plus là ?

    Cher auteur, j’ai du respect pour votre étude. Je n’y crois pas, pas plus qu’à d’autres. L’augmentation des cas que vous manifestez m’interpelle, c’est tout.
    Me reste à stigmatiser, parce que c’est vrai, les pouvoirs publics qui n’ont jamais ou si peu aidé les parents en créant des structures adaptées pour les autistes adultes car ils ont le droit à une vie adaptée. Mais non, il faut du fric pour la présidence, les politiques, nos représentants, le gaspillage, les banques, les bombes en Libye et que sais-je encore.
    Mais rien pour les autistes, eux ne votent pas.

     

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox