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AVC, infarctus, décès : l’ANSM s’offre un nouveau Mediator

Alertes de pharmacovigilance ignorées, décès passés sous silence, lobbying des firmes pharmaceutiques, articles de Prescrire enterrés, amphétamines cachées, AVC, infarctus, et décès imputables à des médicaments soignant une pathologie bénine, et même des addictions, les autorités de santé françaises réécrivent une variante de l'histoire tristement célèbre du Mediator, avec cette fois-ci avec les médicaments anti-rhume.

L'ANSM (Agence Nationale de Sécurité du Médicament) vient de rendre publique sa prise de position sur les décongestionnants de la sphère ORL, en clair, les médicaments anti-rhume. Alors que certains d'entre eux ont été jugés responsables d'infarctus, d'accidents vasculaires cérébraux, et de décès par sa propre Commission de Pharmacovigilance, Dominique Maraninchi, le Directeur de l'ANSM a préféré les maintenir sur le marché et se contente d'envisager peut-être d'imposer une prescription obligatoire par un médecin. Cette prise de position de l'ANSM incroyablement laxiste fait le jeu des nombreuses firmes pharmaceutiques qui commercialisent ces médicaments.

Est-il raisonnable d'accepter que des patients meurent ou déclenchent un infarctus à cause de "simples" médicaments anti-rhume ?

Le communiqué de l'ANSM reconnaît que ces médicaments peuvent être dangereux :

"Des données récentes et actualisées de pharmacovigilance font état d’une persistance d’effets indésirables cardiovasculaires et neurologiques, exceptionnels mais graves, avec les décongestionnants renfermant un vasoconstricteur, en particulier ceux administrés par voie orale."

Mais ce communiqué a été construit pour dédramatiser et minimiser les risques de ces médicaments. En premier lieu, il omet de mentionner que ces médicaments ont tué des patients. La Commission Nationale de Pharmacovigilance expliquait en 2008 que 3 patients sont décédés à la suite de la prise de ces médicaments (Voir le compte-rendu, page 11)

Pourquoi les résultats de cette enquête n'ont-ils pas été intégrés dans le communiqué de l'ANSM ?

Dans ce communiqué, nous pouvons lire en tout petit, en bas de page "Respectivement 39 et 72 cas d’effets indésirables cardiovasculaires et neurologiques sur une période de 4 ans."

Dommage qu'ils n'aient pas intégré les données de l'enquête précédente : "206 observations comportant 296 effets indésirables cardiaques ont été retenues et sont survenues chez 115 femmes et 93 hommes, d'âge moyen de 39,6 +/- 16,6 ans." (lire page 11) et "46 observations comportant 47 effets indésirables neurologiques centraux ont été retenues et sont survenues chez 24 femmes et 22 hommes, d'âge moyen de 42,2 +/- 19,7 ans. Les observations sont graves dans 93,5% des cas." (lire page 12)

Dommage qu'ils ne se soient pas étendus sur "les 16 [cas ayant eu des effets indésirables cardiovasculaires] (18 effets) [qui] concernent des enfants de moins de 15 ans dont 14 ont moins de 6 ans." (lire page 11)

Dommage qu'ils ne se soient pas étendus sur les "8 cas d’infarctus du myocarde" (lire page 11)

Ou encore : "les accidents vasculaires cérébraux (AVC) sont les effets les plus notifiés avec 13 AVC ischémiques et 5 hémorragies cérébrales." (lire page 12)

A nouveau, en tout petit, figure la mention "Par rapport à l’enquête précédente est notée une augmentation de la proportion des cas graves cardiovasculaires (61,5 % vs 44 % des cas cardiovasculaires) et une diminution de la proportion des cas graves neurologiques (65 % versus 93 % des cas neurologiques)."

En 2008, le rapporteur à l'époque levait d'autres inquiétudes en expliquant que "la sous-notification est certainement importante du fait du statut de ces médicaments". Les chiffres annoncés seraient donc des hypothèses basses.

Il affirmait à l'époque que "ces effets graves sont peu acceptables et à mettre en balance avec l'aspect bénin de la pathologie traitée (« rhume »)."

Ce point est crucial ! Peut-on accepter qu'un médicament contre le rhume entraîne des infarctus ? Des AVC ? Des décès ?

La nature amphétaminique de la pseudoéphédrine a été cachée par les autorités de santé

L'ephedrine et la pseudoephedrine que l'on trouve dans ces médicaments sont des amphétamines substituées par un groupement méthyle et un groupement hydroxyle. D'ailleurs, les effets cardiaques cités dans le compte-rendu de la Commission de Pharmacovigilance de 2008 sont communs à ceux des amphétamines (palpitations, tachycardie, etc.).

Dans son dernier communiqué de 2012, l'ANSM a pris soin de ne jamais mentionner la nature amphétaminique de ces médicaments anti-rhume. L'ANSM se contente d'écrire : "Ces médicaments contiennent un vasoconstricteur, seul ou associé à une ou plusieurs substances actives". Pourquoi n'informe-t-elle pas les professionnels de santé sur la nature amphétaminique de ces produits alors que la connaissance de cette information les pousserait nécessairement à être encore plus vigilants sur l'apparition des effets indésirables graves caractéristiques et connus des amphétamines ?

Ce comportement de l'ANSM vis-à-vis des médicaments anti-rhume ne va pas sans rappeler les négligences répétées de son prédecesseur, l'AFSSAPS, pendant toute la durée de vie du Mediator. Consciente des effets indésirables graves qui ne manqueront pas de se produire avec ces produits en vente libre, elle précise en fin de communiqué :

"L’ANSM rappelle que les professionnels de santé doivent déclarer immédiatement tout effet indésirable suspecté d’être dû à un médicament dont ils ont connaissance au centre régional de pharmacovigilance dont ils dépendent géographiquement .
Les patients et les associations agréées de patients peuvent également signaler tout effet indésirable à leur centre régional de pharmacovigilance."

Tout ça pour soigner un rhume.

Tout était pourtant écrit depuis des années dans la conclusion de l'article de la revue Prescrire en 2009 :

"Des experts beaucoup trop peu exigeants. La conclusion du rapporteur de l'enquête devant la commission nationale du 25 mars 2008 a été que « ces effets graves sont peu acceptables et à mettre en balance avec l'aspect bénin de la pathologie traitée ». Néanmoins, la commission s'est prononcée contre l'opportunité de rendre les décongestionnants accessibles uniquement sur prescription (liste II) : 12 voix contre, 2 pour et 12 abstentions. Et pourtant, il était très simple de recommander fermement une mesure simple et efficace, au service des patients : le retrait du marché de ces spécialités." (Prescrire 15 octobre 2009)

Qu'est-ce qui a pu pousser le Professeur Maraninchi, directeur de l'ANSM, à prendre la décision de maintenir sur le marché des médicaments potentiellement très dangereux, une décision qui bénéficie financièrement à Big Pharma au détriment des malades ?

Médicaments concernés (source : Vidal)

  • ACTIFED LP RHINITE ALLERGIQUE cp pellic LP
  • ACTIFED RHUME cp
  • ACTIFED RHUME JOUR & NUIT cp
  • DOLIRHUME PARACETAMOL ET PSEUDOEPHEDRINE 500 mg/30 mg cp
  • DOLIRHUMEPRO PARACETAMOL, PSEUDOEPHEDRINE ET DOXYLAMINE cp
  • HUMEX RHINITE ALLERGIQUE cp pellic
  • HUMEX RHUME cp/gél
  • NUROFEN RHUME cp pellic
  • RHINADVIL cp enr
  • RHINADVILTAB cp enr
  • RHINUREFLEX cp pellic
  • RHUMAGRIP cp
  • SUDAFED 60 mg cp enr
  • SUDAFED sirop

Références

Décongestionnants de la sphère ORL renfermant un vasoconstricteur : Mise en garde de l’ANSM - Point d'information, ANSM, 11/12/2012

ENQUETE OFFICIELLE RELATIVE AUX EFFETS INDESIRABLES NEUROLOGIQUES ET CARDIOVASCULAIRES DES VASOCONSTRICTEURS UTILISES COMME DECONGESTIONNANTS DE LA SPHERE ORL (VOIE ORALE ET NASALE), COMMISSION NATIONALE DE PHARMACOVIGILANCE Compte rendu de la réunion du mardi 25 mars 2008, AFSSAPS

"Décongestionnants" ORL : trop risqués en France aussi, Rev Prescrire 2009 ; 29 (312) : 752.


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5 réactions à cet article    


  • joelim joelim 17 décembre 2012 12:36

    Incroyable. On croyait avoir atteint le fond de la piscine, en fait c’est une exploitation de gaz de schiste (au sens imagé).


    • sirocco sirocco 17 décembre 2012 21:20

      Le degré de corruption de toutes ces commissions qui attribuent une autorisation aux produits industriels donne le vertige.


      • gaijin gaijin 17 décembre 2012 22:34

        rapport bénéfices / risques définition selon big pharma :
        nous prenons les bénéfices
        vous prenez les risques


        • eau-du-robinet eau-du-robinet 18 décembre 2012 03:07

          — début de citation —
          L’ANSM se contente d’écrire : "Ces médicaments contiennent un vasoconstricteur, seul ou associé à une ou plusieurs substances actives". Pourquoi n’informe-t-elle pas les professionnels de santé sur la nature amphétaminique de ces produits alors que la connaissance de cette information les pousserait nécessairement à être encore plus vigilants sur l’apparition des effets indésirables graves caractéristiques et connus des amphétamines ?
          — fin de citation —

          Bonne question !

          A part le renommage (lifting), de l’AFSSAPS en ANSM en début de cette année, rien d’autre à vraiment changé ! C’est toujours le profit qui reste la prioritaire absolu et la santé est devenue une vrai affaire opaque (véritable scandale sanitaire), ou on peut se poser la question si l’ambition de l’industrie pharmaceutique de vouloir soigner le patient est vraiment la priorité ?

          Prendre ce genre de « médicaments » par exemple un « anti rhume qui déclenche un infarctus » est comme si vous allez chez un garagiste avec votre voiture pour faire une vidange et celui-ci vous met une huile corrosive dans votre moteur ! La prochaine panne est préprogrammé !

          Le vrai but de l’industrie pharmaceutique, avec la complicité des médecins et des pharmacies, ne serrait t-il pas d’accoutumer le patient pour avoir un consommateur régulier (abonné) en provoquent des maladies chroniques du à la prise des dit « médicaments poisons » ?

          Un organisme de surveillance devrait être totalement indépendant de l’industrie pharmaceutique hors c’est toujours pas le cas !!!

          Une fois de plus des Hommes politiques ont faillit sur le secteur médical en laissent régner l’industrie pharmaceutique d’être son seul arbitre, idem comme pour les banquiers et le secteur financier.

          L’ANSM na qu’une fonction de trompe l’œil !


          • Tipol 18 décembre 2012 08:36

            Accompagnant toutes ces suspicions souvent avérées, mêmes si pas toujours vérifiables, ces substances font la une des actualités souvent dû à de mauvaises utilisations, et beaucoup dû à des abus de gens mal informés ou inconscients des dangers.
            Ces substances peuvent être utiles ; les enlever de l’usage libre pour les réserver à une prescription par un professionnel peut s’avérer une bonne mesure.
            Je me souviens du dextropropoxyphène que je trouvais très bonne substance à petite dose, c’était sur prescription en France. La vente libre ailleurs en Europe, les abus de la liberté incontrôlée, et les morts, l’on faite interdire définitivement.
            Forcément, ces substances soulagent les symptômes, et ne relâchent pas les causes ; les abus en découlent alors automatiquement par des usages prolongés, fréquents, répétés, et augmentés.
            Les gens ne savent pas se rendre compte qu’une frontière de normalité a été dépassée, et la marche prudente près d’un précipice devient une course de fond au bord d’une falaise invisible.

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