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Censures, Pressions politiques... Vers un Karachi du médicament ?

Un article paru sur Le Post la semaine dernière dénonçant des pressions exercées par Xavier Bertrand sur l'Agence Européenne du Médicament (EMA) a été "mystérieusement" censuré.

Merci à Guillaume de DURAT pour avoir twitté cet article ô combien passionnant qui révélait que des représentants français à Londres se sont plaints auprès de leurs collègues étrangers de pressions politiques exercées par le ministre de la santé français sur le dossier de certains médicaments.

La France avait demandé à l'EMA de réévaluer l'Actos (pioglitazone) après avoir suspendu de son côté son Autorisation de Mise sur le Marché (AMM). Or l'EMA, probablement moins sensible que nous autres français à l'incessant tapage médiatique sur les médicaments dans lequel nous baignons depuis un an en a décidé autrement. L'Actos restera sur le marché, ce qui n'a pas manqué de vexer au passage les autorités de santé françaises et le ministre de la santé.

Après Actos, c'est au tour du Protelos de Servier de passer sous l'oeil de l'agence européenne. Oser parler de tensions entre Xavier Bertrand et Servier relève du doux euphémisme. Le ministre veut la peau de la firme et descendre ses médicaments un à un est un bon moyen d'y parvenir. Le problème avec les médicaments récents, c'est que seule l'agence européenne peut décider de retirer une autorisation de commercialisation. Au niveau national peut-on tout juste se limiter à des baisses de prix et/ou de remboursement.

En parlant de Protelos, le ministre français a déclaré récemment : "Nous n'hésiterons pas une seconde à sortir ce médicament"

Un second désaveu serait du plus mauvais effet ! Il faut l'éviter à tout prix !!!! L'Europe doit détruire le Protelos ! D'où les pressions sur les représentants français à Londres.

Jusque là, pas de quoi fouetter un chat. Un ministre qui fait pression sur des membres d'une agence de santé, fut-elle européenne, n'a pas de quoi émouvoir plus que ça. L'actualité récente nous a préparé à mieux !

Pourquoi cet article du Post a-t-il donc été censuré ?

C'est la seconde partie de l'article qui a très probablement suscité une réaction épidermique des intéressés. Il évoquait les implications de Michel Bettan, l'ancien directeur de cabinet de Xavier Bertrand, dans les finances de la CSRP (répartition pharmaceutique). Le financement de politiques par l'industrie pharmaceutique c'est tout de suite plus gênant ! Surtout vu le contexte actuel !

Or il y a un peu plus d'un an, tout juste avant que n'éclate l'affaire du Mediator, au moment où certaines langues commençaient à se délier, nous apprenions que ce monsieur Bettan quittait subitement son poste pour rejoindre le groupe de communication Euro RSCG. L'article original utilisait si justement le terme "d'exfiltration" ! Et oui ! C'est le même Euro RSCG, filiale d'Havas et fidèle agence de communication du numéro 1 français du médicament Sanofi, qui vient tout juste d'annoncer qu'il créait un groupe global de "buzz santé" !

Bref, le porte-flingue de Bertrand, impliqué dans des financements occultes par l'industrie pharmaceutique, se retrouvé propulsé dans l'une des plus influentes structures de communication médicale.

Mais revenons à Protelos.

Avant que ne se joue son sort au niveau européen, ainsi que la réputation de Xavier Bertrand, la Commission d'Autorisation de Mise sur le Marché réunie jeudi matin à l'AFSSAPS a décidé de maintenir le Protelos en vente dans les pharmacies. Le président de la commission d'AMM, le Professeur Vittecoq, a même déclaré à l'APM que le Protelos "a un bénéfice indiscutable dans l'évolution de l'ostéoporose, sur le risque de fracture", regrettant toutefois l'absence de données comparatives avec les bisphosphonates.

Voilà qui ne va pas aider les affaires du ministre ! Heureusement, de droite comme de gauche la presse lui vient soudainement en renfort ! Les plus suspicieux y verraient-ils l'oeuvre d'une influente agence de communication ?

La presse généraliste a unanimement condamné cette décision pourtant rassurante pour les malades. Le Figaro a publié un article intitulé Le Protelos de Servier restera sur le marché, expliquant qu'il restait à Xavier Bertrand plusieurs outils pour "tuer un médicament". A quoi bon le tuer puisqu'il peut bénéficier à des malades et que les experts viennent de reconnaître son efficacité ?

Le Nouvel Obs publiait un article d'humeur ENQUETE. Servier : les révélations de l'affaire Protelos, relatant des "ressentis" de 2 journalistes.

Quel acharnement sachant que les experts de la commission d'AMM dont on ne pourrait suspecter en ces temps troublés la moindre collusion avec Servier, ont décidé de maintenir le produit sur le marché ! La presse généraliste s'appuie semble-t-il sur d'autres expertises...

Pendant ce temps là, cette même presse française reste silencieuse sur les interrogations suscitées par le Multaq, un médicament de Sanofi utilisé en cardiologie qui n'apporte au médicament de référence, l'amiodarone, que son lot d'effets secondaires, notamment hépatiques et cardiovasculaires.

En mars 2011, Prescrire écrivait à son sujet :

"Des notifications comportaient une insuffisance cardiaque nouvelle ou aggravée. Les troubles du rythme cardiaque comprenaient des ralentissements et des accélérations d'origine auriculaire ou ventriculaire. 15 cas d’insuffisance rénale ont aussi été recensés. 24 décès ont été déplorés."

Ouch ! 24 décès ! Et la presse qui a omis de les mentionner !

Les plus suspicieux y verraient-ils encore l'oeuvre d'une "influente agence de communication" ?

Et Xavier Bertrand qui a également oublié de s'énerver contre Sanofi !

Les plus suspicieux, toujours eux, y verraient-ils les conséquences d'une "vieille amitié " ?

Il va en falloir de l'énergie pour cacher ce nouveau scandale jusqu'en mai 2012 ! Ou alors peut-être suffira-t-il de censurer également cet article ainsi que tous ceux qui finiront par sortir sur le sujet ?

Sources :

Pressions politiques françaises à l'Agence Européenne du Médicament, Le Post, 29/09/2011

Le directeur de cabinet de Xavier Bertrand à l'UMP rejoint Euro RSCG, Le Point, 26/08/2010

Euro RSCG Worldwide PR Creates Global Health Buzz Group, Bioportfolio, 19/09/2011

La commission d'AMM favorable à un maintien sur le marché de Protelos mais avec des restrictions, APM, 29/09/2011

Dronédarone : atteintes hépatiques et troubles cardiaques, Prescrire, Mars 2011


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9 réactions à cet article    


  • Lisa SION 2 Lisa SION 2 4 octobre 2011 11:37

    Bonjour,

    je donnerais bien mon avis, mais je vais donc être aussi censuré, en tous cas beau combat, c’est tout le sens noble que l’on attend du vrai journalisme.


    • Dr Mobil 5 octobre 2011 17:15

      Très belle analyse !

      J’ai découvert votre article par hasard, et je suis agréablement surpris de voir que certaines personnes arrivent à garder la tête froide et les idées claires dans tout ce mic-mac. Je suis professeur de médecine et chef de service dans un hôpital parisien.

      Pour abonder dans votre sens, j’ai dîné il y a quelques jours avec un ami, ancien (très haut) responsable du laboratoire Sanofi, qui m’a tenu des propos qui confirment votre analyse dans le sens que Sanofi aurait payé selon ses dires une agence de communication pour attiser les déboires de Servier.

      J’avoue être assez perplexe car je ne vois pas trop l’intérêt de Sanofi dans cette affaire qui a mis sens dessus-dessous le monde du médicament et contribué à scier la branche sur laquelle ils sont assis.


      • Maillot 5 octobre 2011 17:38

        Cher Docteur Mobil,

        Merci pour ce témoignage. Je prépare un nouvel article sur ce sujet.

        J’ai moi-même été en contact avec un médecin proche de la direction de Sanofi qui m’a également fait part de ce « bruit de couloir ». Malheureusement il refuse de s’exposer et veut absolument garder l’anonymat. On ne peut pas trop lui en vouloir vu le contexte mais c’est agaçant car l’histoire devient enfin intéressante.

        De votre côté, souhaiteriez-vous lever l’anonymat et témoigner ?

        A mon avis, l’intérêt de Sanofi est de déboulonner la fondation du père Servier pour l’acquérir. Sur le plan juridique, c’est difficile mais pas impossible. Des « mesures fortes » initiées par le gouvernement permettraient je pense d’y parvenir. A faire confirmer par un avocat. Si c’est vraiment le cas, et l’Histoire nous le dira, ce serait la plus hostile des OPA qu’on ait vue depuis bien longtemps !

        Je vais tenter de contacter Servier pour leur exposer tout ceci. Peut-être me permettront-ils d’y voir plus clair ?
        Je pense qu’ils doivent déjà avoir leur idée sur la ou les personnes qui sont derrière tout ça.


      • liquidus 7 octobre 2011 19:39

        Bonsoir

        Je travaille depuis 20 ans chez SERVIER et j’en suis toujours aussi fier.Merci d’oser afficher vos opinions qui en ce moment ne sont pas faciles à défendre.Ne soyez pas perplexe sur ce que votre ami vous a rapporté:depuis plusieurs années les politiques qui nous gouvernent au plus au sommet de l’état,on toujours aspiré à un mariage SERVIER-SANOFI afin de créer une grande entité chimique qui permettrait à la France de retrouver un peu de lustre dans un secteur où elle n’est plus compétitive.Seulement le Dr SERVIER a toujours refusé de céder à cette demande et de rentrer en bourse,car pour lui la bourse est une vision à court terme,alors que le médicament est une vision à long terme.De plus le statut de fondation du laboratoire le met à l’abri de toute OPA quel que soit son niveau d’hostilité.Cela explique la volonté de Monsieur LAJOUX,président du LEEM et de SANOFI par la même occasion,de faire de notre laboratoire le mouton noir de l’industrie pharmaceutique et d’oublier par la même occasion les scandales de l’accomplia et du multaq ;mais ceci est un autre débat.La solution envisagée est donc d’essayer de ruiner le laboratoire financièrement afin que nous ouvrions nos portes à nos
        « sauveurs ».Mais cela n’est pas fait.


      • pourdupost 5 octobre 2011 23:19

        EURO RSCG ? La même agence de com pour laquelle M Aquilino Morel a travaillé pendant quelques temps ? 


        • pourdupost 5 octobre 2011 23:21

          L’un des co-rédateurs du rapport IGAS sur le Mediator...


          • Philibert Marga 7 octobre 2011 15:52

            Analyse intéressante mais on évoque souvent le rôle de GSK dans l’affaire Mediator. Qu’en pensez-vous ?
            Que faites vous du Club Hippocrate sponsorisé par cette firme et qui présidé jusqu’ici par Gérard Bapt ? Et de Mme Araujo, la lobbyiste de Glaxo qui organise ces réunions tout en étant responsable des relations entre le parlement et Xavier Bertrand ?

            Voir l’article ci-dessous :
            http://www.lepost.fr/article/2011/04/13/2465198_affaire-mediator-glaxosmithkline-est-partout.html

            Par contre il est difficile d’imaginer leur intérêt à détruire Servier si ce n’est couvrir éventuellement le scandale d’Avandia qui leur pend au nez.

            L’hypothèse que vous avancez sur Sanofi est plus crédible sur un plan industriel, notamment s’il existe une faille dans la structure de la fondation Servier qui permettrait à Sanofi de
            les racheter.


            • Maillot 7 octobre 2011 16:07

              Cher Philibert,

              Comme vous le signalez, GSK a intérêt à attirer l’attention sur Servier s’il ne veut pas que la vague judiciaire américaine déferle sur les plages européennes. Ils auront très probablement oeuvré au moins pour entretenir voire amplifier l’affaire.

              Dans les cercles que je fréquente, les gens parlent beaucoup, souvent trop. Figurez-vous que le nom de Daniel Vial est souvent cité comme la personne aux commandes de l’opération Mediator.

              Or ce monsieur Vial, élégamment surnommé l’hyperlobyiste de la pharmacie, était le patron de PR International avant qu’elle ne se fasse racheter il y a quelques temps par IMS. PR International était LE lieu du trafic d’influence de la pharmacie française.

              Or quels étaient les deux clients principaux de PR ? GSK et Sanofi ! Etonnant qu’aucun juge n’ait eu l’idée de se pencher sur les activités de PR International du temps de monsieur Vial !

              Je prépare plusieurs articles dont un sur les rencontres de Lourmarin, en Provence. Un endroit charmant que je vous invite à découvrir avec votre femme et vos enfants...


            • Maillot 10 octobre 2011 09:54

              Je viens de poster la suite de l’histoire à l’adresse suivante. Le Post censurera-t-il encore cet article ?

              http://www.lepost.fr/article/2011/10/10/2610188_mediator-pourquoi-le-senat-a-t-il-oublie-d-auditionner-le-lobbyiste-daniel-vial.html

              Pour résumer, Daniel Vial, l’hyper-lobbyiste de la pharmacie serait la personne aux commandes de l’affaire Mediator.
              L’article cite le sénateur François Autain lors de l’audition de Noël Renaudin et qui souhaitait davantage d’explications sur le rôle de Daniel Vial. Mme Hermange, rapporteur, explique que ce monsieur sera auditionné. Puis ... Plus rien.

              Daniel Vial ne sera jamais auditionné.

              Simple oubli ou pressions politiques ? Les rencontres de Lourmarin ont créé des amitiés durables ...

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