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François Hollande et la fin de vie

Le Président de la République, connu pour son indécision chronique, a-t-il des convictions pour l’un des sujets les plus graves de la société française, celui de l’accompagnement de la personne en fin de vie ? Ses déclarations prouvent au contraire que ses idées sont particulièrement fermes sur ce thème, et clairement annoncées bien avant son élection le 6 mai 2012.



On ne s’étonnera pas du grand nombre d’articles sur la fin de vie en ce moment puisqu’une loi soutenue par le gouvernement est actuellement en préparation et rassemblera probablement une majorité de parlementaires. Le débat est essentiel pour les citoyens et la dernière loi sur le sujet date du 22 avril 2005, il y a dix ans, et donc, il y a deux élections présidentielles.

Le Président François Hollande a-t-il une opinion sur la fin de vie ? On aurait pu croire que non, comme dans beaucoup de domaines où il navigue souvent à vue, en fonction des circonstances, essayant de ménager la chèvre et le chou.


La promesse d’une fin de vie "dans la dignité"

Certes, il avait précisé dans sa promesse de candidat, la numéro 21 en janvier 2012, qu’il souhaitait légiférer sur le sujet, mais il faut bien admettre que le flou qui en fait son principal défaut était encore très présent dans la rédaction de cette promesse : « Je proposerai que toute personne majeure en phase avancée ou terminale d’une maladie incurable, provoquant une souffrance physique ou psychique insupportable, et qui ne peut être apaisée, puisse demander dans des conditions précises et strictes, à bénéficier d’une assistance médicalisées pour terminer sa vie dans la dignité. » ("60 engagements pour la France").

En fait, François Hollande a au contraire une ligne directrice bien définie qui le guide sur ce sujet très sensible. Il l’a sans doute rendue ambiguë pour des raisons purement électoralistes, mais la grande habileté de la rédaction de la promesse montre qu’il y a beaucoup réfléchi, et comment cela aurait-il pu être autrement lorsqu’il a été confronté, lui-même, comme de très nombreux compatriotes, à une situation très douloureuse dans sa famille ?


Déclarations avant son élection

Reprenons ses (rares) déclarations sur le sujet depuis fin 2011 et sa désignation comme candidat à l’élection présidentielle.

Généralement très pudique sur sa propre vie personnelle (en dépit du futur scandale de "Closer" sur sa vie affective), François Hollande a évoqué sa propre mère dans une interview à l’hebdomadaire chrétien "La Vie" le 15 décembre 2011 : « J’ai été confronté à l’agonie de ma propre mère et je sais les phases qui peut traverser une personne confrontée à une terrible maladie. (…) Ces questions méritent un débat maîtrisé. (…) Sur ce sujet, des progrès ont été faits, notamment avec la loi Leonetti. Nous devons poursuivre cette réflexion. ».

Pendant la campagne présidentielle, François Hollande a précisé son engagement : « Il ne s’agit pas de dépénaliser mais d’encadrer cette mort dans la dignité. » sans préciser pour autant ce qu’était "la mort dans la dignité".

Il a quand même souhaité bien circonscrire le débat dès le 17 février 2012 : « L’euthanasie, je n’y suis pas favorable. » ("Marianne").

François Hollande a toujours considéré les soins palliatifs comme la pierre angulaire du moins souffrir, comme il l’a dit sur BFM-TV le 19 février 2012 : « C’est déjà de mettre davantage de soins pour soulager la souffrance et terminer sa vie dans des conditions dignes. ».

Il a aussi évoqué ce thème dans l’émission "Des paroles et des actes" le 15 mars 2012 sur France 2 : « Il y a eu une loi qui est utile, qui est la loi Leonetti, qui prévoit des soins intensifs. (…) Quand une personne demande, parce qu’elle n’en peut plus, quand sa famille appuie cette demande, qu’elle est réitérée, que quatre médecins se sont eux-mêmes prononcés, alors il sera possible d’en terminer avec cette souffrance. » tout en ajoutant : « Je ne prends pas le mot d’euthanasie, ça laisse penser qu’il serait accepté une forme de suicide. ». Il en a profité pour promettre : « Je veillerai à ce qu’il y ait beaucoup plus de places de soins palliatifs dans nos établissements hospitaliers et d’assistance à domicile. ».

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Toujours le 15 mars 2012, François Hollande a confié de nouveau qu’il avait connu une situation très douloureuse : « J’ai vécu cette situation, il faut davantage de soins palliatifs, aussi bien à l’hôpital qu’à domicile. (…) Je veillerai à ce qu’il y ait beaucoup plus de places en soins palliatifs dans les établissements. ». Ce qu’a confirmé Jean-Marc Ayrault : « Les soins palliatifs existent et ne sont pas toujours développés partout dans les mêmes conditions. Donc, il y a toute une série de progrès que l’on peut faire et qui doivent respecter la dignité de la personne et, en tout état de cause, sa libre détermination. ».


Déclarations après son élection

Son Premier Ministre Jean-Marc Ayrault a voulu, lui aussi, décrypter la pensée présidentielle dès le 4 juin 2012 interrogé par Radio Fidélité (une radio chrétienne) : « Si la loi Leonetti doit être complétée dans l’esprit du projet de François Hollande, les décisions ne pourront pas être prises comme ça : il y aura un collège de médecins et puis l’engagement de la personne concernée qui sera évidemment sa totale liberté et détermination. » en ajoutant également, à propos du mot euthanasie : « S’il ne l’a pas employé, c’est à dessein : c’est un sujet extrêmement grave et je comprends que les évêques et les catholiques expriment des interrogations, des réserves. Ils en ont parfaitement le droit. (…) Je ne sais pas s’il faudra une loi. (…) Nous écouterons tous les points de vue, c’est bien le moins pour des sujets d’une telle gravité. ».

Un terme que voudrait entendre évidemment le lobbyiste en chef de l’euthanasie, Jean-Luc Roméro, ancien conseiller régional RPR et actuel conseiller régional PS, mais ce mot est rejeté par le gouvernement. La (future) Ministre des Affaires sociales en charge du sujet, Marisol Touraine, l’a rappelé dès le 21 février 2012 : « Nous récusons ce terme dont le sens diffère selon qui l’utilise (…). Certains y voient un droit au suicide assisté, ce qui n’est absolument pas notre position. » ("La Croix").

Concrètement, rien n’a été fait sur les soins palliatifs en trois ans de mandat : François Hollande a visité le 17 juillet 2012 à Rueil-Malmaison la maison médicalisée "Notre Dame du Lac" où il a annoncé un grand plan national pour les soins palliatifs. À ce jour, aucune action concrète n’a été décidée alors que seulement 20% des 200 000 personnes en situation de fin de vie ont pu en bénéficier. C’est là le véritable scandale, pas l’euthanasie qui ne règle aucun problème sinon de réduire les charges financières.

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Ce même jour, dans ce premier discours sur le sujet comme Président de la République, François Hollande a rendu hommage à la loi du 22 avril 2005 et s’est interrogé s’il fallait « aller plus loin dans des cas exceptionnels, quand la douleur est irréversible et appelle un acte médical assumé » en cadrant de débat : « Poser cette question, c’est poser une perspective qui elle-même entraîne un débat. (…) J’entends et je respecte les consciences et les voix venues notamment des autorités spirituelles qui affirment que ce principe essentiel, respectable, selon lequel tout instant de vie mérite d’être vécu. (…) Le débat mérite d’être engagé [et] doit se faire dans l’apaisement. ».

Bien plus tard, après son interview sur TF1 le 6 novembre 2014, François Hollande a répondu aux questions des internautes sur le site Internet de TF1. On lui a notamment posé la question : "Souhaitez-vous légaliser l’euthanasie ?" et il a exprimé son état d’esprit sur le sujet : « Je souhaite qu’il y ait une loi qui puisse être préparée dans le cadre d’un consensus. Deux députés ont d’ailleurs été mandatés : un député de gauche, un député de droite. Essayons de ne pas politiser le sujet parce que c’est un sujet qui nous intéresse tous, qui pourrait nous intéresser tous, soit parce que nous-mêmes, nous pourrions connaître cette épreuve, soit parce que nous avons des parents qui peuvent être justement dans ce dilemme. ».

Poursuivant sur ses intentions, François Hollande a déclaré : « Donc, oui, il nous faut permettre que lorsqu’il y a une souffrance, lorsque la fatalité est maintenant proche, nous puissions accompagner ces personnes et je pense qu’il faut trouver, à partir de la loi Leonetti, des améliorations nécessaires. Vous savez, il y a le cas de Vincent Lambert, ça a créé beaucoup de débats, et c’est ce qu’on va faire avec les directives anticipées : c’est-à-dire que toute personne pourra dire à l’avance ce qu’elle souhaite par rapport à ce cas-là et, deuxièmement, tout doit se faire avec la famille et les équipes médicales. ».

Il a également reparlé de sa mère : « J’ai connu une situation très douloureuse : ma mère a été dans une situation très pénible pour elle, pour son entourage ; donc, une fin de vie qui a été extrêmement rude et elle a eu le bénéfice de soins palliatifs. Je veux saluer tous ceux qui se dévouent pour les soins palliatifs. C’est déjà largement le cas avec la loi Leonetti, et c’est ce qu’on doit améliorer : permettre que les fins de vie se fassent sans la douleur et dans la dignité des personnes. ».

Ses avant dernières déclarations sur le sujet ont donc eu lieu le 12 décembre 2014 lors de la remise de leur rapport par les députés Alain Claeys et Jean Leonetti. Il a assuré les deux députés du soutien à la proposition qu’ils ont rédigée et qui sera débattue à la commission des affaires sociales de l’Assemblée Nationale ce mardi 17 février 2015.

François Hollande a reconfirmé le 5 janvier 2015 sur France Inter son soutien à la proposition de loi Claeys-Leonetti : « Peut-être y aura-t-il une nouvelle étape plus tard mais je considère que là, dans le moment où nous sommes, avancer avec les directives anticipées et permettre l'accompagnement de la mort, (...) c'est un point très important. ».



Une vision claire et sage dès le début

Le Président François Hollande a donc montré qu’il avait une véritable ligne directrice qui est de toujours rester dans le cadre de la loi Leonetti, en éventuellement la modifiant sur certaines dispositions, en basant toute la lutte contre la souffrance sur le développement des soins palliatifs encore trop peu développés en France.

En ce sens, contrairement au débat sur le mariage homosexuel, François Hollande a su prendre les précautions nécessaires pour ne pas sombrer sous la pression de quelques groupuscules d’extrémistes qui veulent lever toutes les digues de la mort au risque de graves dérives qui ont déjà montré leurs inévitables conséquences pendant la dernière guerre, mais également dans les pays qui se disent "ouverts", ouverts pour euthanasier sans l’assurance de leur volonté des enfants de 7 ans, des personnes atteintes de troubles mentaux, et avec le temps, à chaque réforme, le champ d’application est élargi au point d’en inquiéter les responsables des droits de l’Homme aux Nations Unies sur un taux anormalement élevé d’euthanasies.

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Parce qu’il a été confronté de près à cette souffrance, François Hollande a sagement pris le débat dans le bon sens : à savoir, comment soulager la souffrance et pas comment supprimer la personne qui souffre. Cela relève de la solidarité d’une société humaniste qui doit, par les soins palliatifs, savoir accompagner les siens jusqu’au bout et pas, dans une logique très libérale de l’économie, les abandonner à leur triste sort en ne leur proposant que la souffrance ou la tombe.

Cela ne veut pas dire que la loi qui sera votée à la fin de ce processus sera complètement pertinente (j’en avais relevé deux points très inquiétants), mais au moins, le débat parlementaire va débuter dans de bonnes conditions, apaisées et dépassionnées, où tous les arguments seront écoutés avec le même esprit de rassemblement, sans esprit dogmatique et sans pression des lobbyistes de l’euthanasie.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 février 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Commentaire sur la proposition Claeys-Leonetti.
La consultation participative du Palais-Bourbon.
La proposition de loi n°2512 (texte intégral).
Le débat sur la fin de vie à l'Assemblée Nationale du 21 janvier 2015.
Les directives anticipées.
L'impossible destin.
La proposition Massonneau.
Présentation du rapport Claeys-Leonetti (21 janvier 2015).
Le rapport Claeys-Leonetti du 12 décembre 2014 (à télécharger).
Vidéo de François Hollande du 12 décembre 2014.
Rapport du CCNE sur le débat public concernant la fin de vie du 21 octobre 2014 (à télécharger).
Le verdict du Conseil d'État et les risques de dérives.
Le risque de la GPA.
La décision du Conseil d'État du 24 juin 2014 (texte intégral de la déclaration de Jean-Marc Sauvé).
L'élimination des plus faibles ?
Vers le rétablissement de la peine de mort ?
De Michael Schumacher à Vincent Lambert.
La nouvelle culture de la mort.
La dignité et le handicap.
Communiqué de l'Académie de Médecine du 20 janvier 2014 sur la fin de vie (texte intégral).
Le destin de l'ange.
La déclaration des évêques de France sur la fin de vie du 15 janvier 2014 (à télécharger).
La mort pour tous.
Suicide assisté à cause de 18 citoyens ?
L’avis des 18 citoyens désignés par l’IFOP sur la fin de vie publié le 16 décembre 2013 (à télécharger).
Le Comité d’éthique devient-il une succursale du PS ?
Le site officiel du Comité consultatif national d’éthique.
Le CCNE refuse l’euthanasie et le suicide assisté.
François Hollande et le retour à l'esprit de Valence ?
L’avis du CCNE sur la fin de vie à télécharger (1er juillet 2013).
Sur le rapport Sicard (18 décembre 2012).
Rapport de Didier Sicard sur la fin de vie du 18 décembre 2012 (à télécharger).
Rapport de Régis Aubry sur la fin de vie du 14 février 2012 (à télécharger).
Rapport de Jean Leonetti sur la fin de vie du 28 novembre 2008 (à télécharger).
Loi Leonetti du 22 avril 2005 (à télécharger).
Embryons humains cherchent repreneurs et expérimentateurs.
Expérimenter sur la matière humaine.
La découverte révolutionnaire de nouvelles cellules souches.
Euthanasie : les leçons de l’étranger.
Euthanasie, le bilan d’un débat.
Ne pas voter Hollande pour des raisons morales.
Alain Minc et le coût des soins des très vieux.
Lettre ouverte à Chantal Sébire.
Allocation de fin de vie.

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10 réactions à cet article    


  • fred.foyn Le p’tit Charles 16 février 2015 10:09
    François Hollande et la fin de vie....Enfin une bonne nouvelle...il est tellement incompétent que sa disparition passera inaperçue... !

    • Gnostic Gnostic 16 février 2015 10:12

      ENCORE ???????


      Il faut piquer l’auteur il y a URGENCE

       smiley

      • Ben Schott 16 février 2015 10:39

        « un des sujets les plus graves de la société française, celui de l’accompagnement de la personne en fin de vie »

        Dès qu’il s’agit de vie et de mort, c’est un « sujet grave », évidemment. Il me semble tout de même que Pépère a bien d’autres sujets bien plus urgents (à défaut d’être les plus « graves ») à s’occuper. Comme par exemple revaloriser les retraites des gens qui s’approchent, par définition, de la fin de vie.


        • septikettak septikettak 16 février 2015 21:09

          Mais si, pour Pepere ce problème est urgent et la solution, c’est le bouillon de 11 heures qui résout instantanément le problème de revalorisation des retraites.


        • septikettak septikettak 16 février 2015 10:59

          Encore une excellente photo, l’avant-dernière. Les 3 personnages de droite(dans tous les sens) ont pris une gueule de circonstance. Mais ce qu’attendent les Fra


          • septikettak septikettak 16 février 2015 11:00

            Mais ce qu’attendent les Français, c’est la fin du quinquennat.


            • Hector Hector 16 février 2015 12:11

              « ses idées sont particulièrement fermes »
              Ah, Ah, elle est bien bonne...


              • foufouille foufouille 16 février 2015 13:07

                « J’ai vécu cette situation, il faut davantage de soins palliatifs, aussi bien à l’hôpital qu’à domicile. (…) Je veillerai à ce qu’il y ait beaucoup plus de places en soins palliatifs dans les établissements"

                on y croit vachement, le val de grâce est un palace. rien à voir avec nos hôpitaux.


                • Auxi 16 février 2015 21:02

                  Il faut lire la lettre ouverte de Rakomachin à Chantal Sébire : un monument d’ignominie. Ce type, monstre d’égoïsme, se repaît plus ou moins consciemment de la souffrance des autres. Ne jamais oublier le sac à vomi quand on se hasarde à le lire. 


                  • vesjem vesjem 17 février 2015 13:11

                    flambi s’acquitte de l’un des derniers projets des franmac ; c’est son devoir

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