Les lois bioéthiques réglementant l'activité des transplantations d'organes sont discutées en ce moment au gouvernement. Les 23 et 24 mai 2011 avaient lieu à Paris (Université de médecine Paris Descartes) les Journées de l'Agence de la biomédecine, institution gouvernementale chargée de promouvoir et d'encadrer l'activité des transplantations d'organes dans les hôpitaux français.
Il faut savoir que les grandes orientations économiques se sont décidées, dans le domaine de la transplantation rénale, dans les années 80, avec l'efficacité confirmée des médicaments immunosuppresseurs, empêchant le rejet de l'organe étranger chez un patient greffé. Même si ces médicaments ont de terribles effets secondaires, comme ce qui est de causer un cancer (de la peau, notamment), du diabète, de l'insuffisance rénale (cercle vicieux !), la médecine de remplacement (l'homme réparé, on n'en est pas encore à l'homme augmenté) était née, ainsi que le partenariat labos pharmaceutiques-médecins et chirurgiens.
Dès 1980, on décida d'investir dans la greffe. C'est là que les pays prirent des orientations radicalement différentes. Dans les pays scandinaves, on décida de privilégier le don de rein de son vivant : toute personne souffrant d'une maladie des reins voyait ses proches testés (pour ce qui est de leur compatibilité avec le parent malade) et, si un don de la part d'un proche était possible, la transplantation s'effectuait sans attendre, quelques mois tout au plus, le temps pour les intéressés de se décider et de s'organiser. Le proche donneur de rein était ensuite chouchouté tout au long de sa vie : suivi médical aux petits oignons et remboursé. Les assurances pour le donneur vivant ne prenaient pas de sur-prime (tout ça parce qu'il avait donné un rein), au contraire, tout était organisé pour le récompenser, bref c'est tout le système économique qui sut s'adapter à l'activité de transplantation rénale à partir d'un donneur vivant. De grandes campagnes publicitaires, de grandes et solennelles Journées de réflexion nationales pour inciter au don d'organes ? Point de ces choses coûteuses et inutiles : il suffisait de publier quelques "success stories" de temps à autre. C'est ainsi que se mit en place un système et une culture qui perdurent encore aujourd'hui : le don de rein à partir d'un donneur dit "décédé" ne se fait que si le malade n'a pas pu trouver de proche pouvant lui faire don d'un de ses deux reins de son vivant. Aujourd'hui, dans un tel système, trois caractéristiques sont à retenir :
- Les résultats de la greffe sont meilleurs avec un "greffon" provenant d'un donneur vivant (ledit "greffon" tient 20 à 30 années en moyenne ; contre 9 à 12 ans en moyenne pour un greffon provenant d'un donneur dit "décédé")
- Les donneurs se portent très bien et vieillissent mieux que le reste de la population, car ils bénéficient d'un meilleur suivi médical et les maladies potentiellement graves (cancer par ex.) sont en général dépistées précocément, ce qui permet de les soigner efficacement - et gratuitement pour le donneur, qui bénéficie d'un suivi médical à vie, à prix imbattable.
- La pénurie de reins à greffer existe à peine, les besoins sont presque couverts ; en moyenne, par patient nécessitant une transplantation rénale, on a 1,8 donneurs (issus de la famille du patient). Source : Dr. Per Pfeffer, Oslo University Hospital, Rikshospitalet, Department of Transplantation Surgery, Norvège, 24 mai 2011, Les Journées de l'Agence de la biomédecine, Paris, Session 26 : La Greffe à partir du donneur vivant).
Dans la médecine de remplacement actuelle, le produit phare, à l'échelle du monde, est le rein. Hypertension et diabète non ou mal suivis abiment les reins. L'insuffisance cardiaque peut causer l'insuffisance rénale ; la dialyse peut aussi causer l'insuffisance cardiaque ... Nos organes sont liés, ils sont solidaires, dans la bonne santé comme dans la maladie ... D'où l'importance de la prévention ... Dans une population vieillissante (France, Allemagne, etc.), je ne vous fais pas un dessin pour ce qui est de la taille du marché de l'insuffisance rénale. Les labos pharmaceutiques ne s'y sont pas trompés, dès le début des années 1980. Les pays scandinaves qui greffent à 80 pour cent des reins provenant de donneurs vivants (20 pour cent provenant de donneurs dits "décédés") prennent soin de ne pas attendre l'insuffisance rénale pour mettre un patient diabétique en dialyse : les patients diabétiques supportent mal la dialyse. Prévention est le maître mot chez les Vikings ... Mais revenons chez les Gaulois ... On y met le patient diabétique en dialyse. On attend l'insuffisance rénale grave (souvent les patients atterrissent en dialyse pour insuffisance rénale grave sans crier gare, ils n'étaient pas suivis par un néphrologue et cette maladie longtemps silencieuse n'avait pas été dépistée à temps) ... et là on appuie sur le bouton rouge : le patient supporte mal la dialyse, il faut trouver un donneur "décédé" pour lui greffer un rein. En dialyse, on voit des patients très âgés ... On greffe aussi des patients très âgés ... Ce qui veut dire qu'on peut être donneur d'organes à tout âge, même à 80 ans ... aux yeux de la loi, en France, nous sommes présumés consentir au don de nos organes à notre mort ... Le discours public faisant la promotion du don d'organes parle de jeunes qui donnent (plus exactement, leurs proches donnent) leur coeur après décès dans un stupide accident ; la réalité est que des gens de 50 ans (ou de 75 ans) donnent leurs reins à des gens âgés. Ces "donneurs" ne meurent pas d'un "stupide accident de la route" ; le plus souvent, ils sont victimes d'un AVC (accident vasculaire cérébral) et se retrouvent en neuroréanimation à l'hôpital (sous respirateur artificiel). La famille confrontée à la question du don d'organes doit prendre la décision alors que leur proche n'est pas encore mort. Les organes d'un mort ne sauvent personne (sauf à croire tout ce qu'on dit dans les pubs à la télé ...)

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