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Accueil du site > Actualités > Santé > Mediator : pourquoi les médecins finiront quand même par payer (...)

Mediator : pourquoi les médecins finiront quand même par payer ...

Le Figaro vient de mettre le feu aux poudres dans l'affaire du Mediator en révélant que l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux (Oniam), qui gère le fonds d'indemnisation des victimes du Mediator, a décidé de se retourner contre les médecins dans le cadre de référés expertise prévus pour les 8 et 13 septembre prochain.

L'ONIAM a aussitôt démenti cette affirmation :

"Les praticiens peuvent être sollicités dans le cadre de procédures judiciaires de référés civils faites à la demande des patients et ce, visant uniquement à diligenter des expertises permettant d'éclairer les situations, précise l'Oniam. L'objectif d'une expertise est de permettre un débat contradictoire, souligne l'Oniam. Pour les praticiens, c'est notamment l'occasion d'indiquer leur point de vue, y compris sur les conditions dans lesquelles ils ont été informés par le laboratoire sur ce produit, ajoute cet organisme."

Si personne ne remettra en cause la responsabilité évidente de la firme Servier, il n'en reste pas moins que le Mediator n'aurait tué personne si le "système" n'avait pas failli. La Justice devra donc nécessairement également chercher des responsables au niveau de ce "système".

Mais alors à part Servier, qui va donc payer ?

1. L'AFSSAPS ?

Dans son rapport d'enquête, l'IGAS a été extrêmement tolérante vis à vis de l'AFSSAPS, présentée comme une victime des fourberies de Servier.

Or selon une enquête de Mediapart, l'Agence du Médicament qui deviendra par la suite l'AFSSAPS disposait depuis 1995 des éléments qui auraient du la conduire à retirer le produit du marché dès cette période.

Son directeur, Didier Tabuteau, avait envoyé une note au Directeur Général de la Santé le 23 octobre 1995 disant qu'il était très attentif aux produits anorexigènes qui ont été retirés des préparations magistrales par le ministère évoquant d'éventuels reports de prescription d'anorexigènes vers deux autres médicaments, dont le Médiator et dans laquelle il expliquait qu'il déclenchait une enquête sur ces produits.

Selon Mediapart, "L’Agence avait décidé de surveiller les ventes, précisément pour savoir s’il y avait un report de prescription des anorexigènes au Mediator."

Lors de l'audition de Didier Tabuteau à l'Assemblée Nationale, Gérard Bapt montre, courbe à l'appui, que les ventes du Mediator explosent à partir de cette date, la preuve qu'il y a bien eu un report de prescription.

"Qui plus est, l’Agence se préoccupait de la sécurité d’emploi du Mediator. Rappelons que, ainsi que Mediapart l’a révélé dans un précédent article, le Centre de Besançon avait identifié, dès 1994, quatre patients (trois femmes et un homme) qui avaient contracté une hypertension pulmonaire après avoir consommé du Mediator. Ces quatre cas avaient été présenté à la Commission nationale de pharmacovigilance du 10 mai 1994, en présence de Jean-Michel Alexandre, représentant le directeur général de l’Agence du médicament, et Didier Tabuteau.
Le puzzle était donc complet en 1995."

Et que penser des pages manquantes de l'annexe 1-56 du rapport de l'IGAS qui présentait le dossier technique de l'enquête de pharmacovigilance sur les anorexigènes (9 mai 1995). Dans ces pages figurent les données de 6 patients ayant pris du Mediator et ayant développé une hypertension artérielle pulmonaire ? Ces données figurent pourtant bien dans le compte-rendu original que les journalistes de Mediapart ont consulté. Pourquoi l'IGAS ne s'est-elle pas inquiété de ne disposer que de quelques pages de ce document fondamental qui montre une fois de plus que l'Agence du Médicament pouvait s'inquiéter dès 1995 des effets de ce produit ? Cette "perte de données" diminue la responsabilité de l'Agence du Médicament et de son dirigeant de l'époque.

Selon l'IGAS, "lors de leur audition par votre mission d'information, les auteurs du rapport de l'Igas ont précisé que, dans les délais très courts où ils avaient dû travailler, ils n'avaient pas pu vérifier que de nombreuses pages de ce rapport étaient manquantes."

L'article de Mediapart conclut :

"Si tous les experts du médicament et de la santé publique sont passés à côté du benfluorex, ce n’est pas uniquement à cause de « l’enfumage généralisé des autorités sanitaires par Servier », selon l’expression de Martin Hirsch. Ils ont, en toute connaissance de cause, pris le risque de laisser sur le marché un médicament dont ils connaissaient l’usage et la toxicité potentielle."

Au regard de ces éléments et considérant le remarquable travail d'investigation de l'IGAS, sa tolérance vis à vis de Didier Tabuteau et plus généralement de l'AFSSAPS est stupéfiante.

L'un des 3 rapporteurs de l'IGAS, le Dr Aquilino Morelle, entretient des liens très étroits avec Didier Tabuteau. Ils ont publié l'an dernier un livre :

« La santé publique »,
par Aquilino Morelle et Didier Tabuteau,
Presses Universitaires de France,
collection « Que sais-je ? », 128 pages, 9 euros

Le Dr Morelle fait également partie du Comité de Direction de la Chaire Santé de Sciences-Po, présidée par ... Didier Tabuteau.

Qui a parlé de conflits d'intérêts ?

Côté responsabilités, on s'arrête là puisque selon les statuts du fonds d'indemnisation mis en place par Xavier Bertrand, les patients ne peuvent tout simplement pas se tourner contre l'AFSSAPS.

2. Les ministres de la santé ?

L'IGAS les a presque oubliés ! Une demi-page leur est consacrée dans le paragraphe intitulé "Des ministres ne disposant pas d’information sur le risque sanitaire du MEDIATOR®, mais alertés sur la situation de la pharmacovigilance".

Le Canard Enchaîné n'a-t-il pas récemment dévoilé des documents internes de Servier qui montraient que le bon Docteur entretenait d'excellentes relations non seulement avec Philippe Douste-Blazy mais aussi Bernard Kouchner ?

Visionnaire, Jacques Servier avait inventé l'ouverture politique bien avant son ami Nicolas Sarkozy !

"BK (Kouchner) est un libéral qui s'ignore. Son estime pour les laboratoires privés, et en particulier la réussite du docteur Servier, est flagrante. L'incompétence et la pauvre documentation de l'équipe ministérielle, en particulier du conseiller technique, étaient surprenantes".

Bernard Kouchner ne savait-il vraiment pas s'entourer correctement ?

Pas si sûr puisque l'un des 3 auteurs du rapport de l'IGAS, le Dr Aquilino Morelle, toujours le même, était conseiller technique de ... Bernard Kouchner quand il était ministre de la santé ! Etait-ce lui qui était visé par le document ?

En commanditant une enquête à Aquilino Morelle, Xavier Bertrand ne prenait pas vraiment le risque de voir émerger une quelconque responsabilité de l'AFSSAPS ni des ministres de la santé.

Et puis rappelons que dans le fonds d'indemnisation, la responsabilité de l'Etat est exclue.

3. Les médecins

Mais alors, l'IGAS ayant blanchi par omission l'AFSSAPS et le Ministère de la Santé, qui va payer pour les défaillances du système ?

Il ne reste plus que les médecins, idéaux boucs émissaires, qui ont scandaleusement manqué à leur devoir en prescrivant le Mediator, une substance certes autorisée, qu'ils auraient du néanmoins identifier dès le premier coup d'oeil comme un cousin de l'Isoméride et donc suspecter d'effets indésirables graves.

Ah mais impossible de les attaquer puisque Xavier Bertrand l'a affirmé ! Les premières indemnisations devant avoir lieu dans un an, soit après les élections, il pourra toujours s'indigner que son successeur n'aura pas respecté ses déclarations...

Tiens ! Dans les statuts du fonds qu'il a mis en place, voilà qu'il a omis la ligne excluant la responsabilité des médecins.

Quel étourdi !


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3 réactions à cet article    


  • Pharmafox 21 juillet 2011 14:25

    A propos de l’IGAS, le Lancet, l’une des meilleures revue médicales, publie un article révélant les conflit d’intérêt au sein de l’IGAS sur cette affaire : Mediator : Who’s to blame.


    • doctorix doctorix 21 juillet 2011 20:30

      Je n’ai pas l’habitude de défendre mes confrères, et j’ai un tas de sujets, dont les vaccins, où ils feraient bien de faire gaffe à leurs fesses, car ça couve...Et là, si on veut savoir, on peut savoir.
      Mais :
      J’ai prescrit 122 boites de Mediator à une douzaine de patients, parce que ce produit cumulait beaucoup d’avantages, mais j’ai cessé quand l’isoméride a été retiré.
      A l’échelon individuel, et sur des effets aussi rares, puisqu’il s’agit de 500 à 2000 morts(quel flou !), et que cela représente un décès pour 50 à 200 médecins sur une longue période, il est impossible de s’apercevoir d’un quelconque effet secondaire.
      J’ajoute que ce produit s’adresse aux diabétiques, et que ce sont eux qui font souvent des pathologies valvulaires. D’où la difficulté de faire une relation de cause à effet. Car pour avoir la puce à l’oreille, il faut observer plusieurs cas, ce qui mathématiquement ne peut arriver à un même médecin.
      J’ajoute encore que ma cardiologue préférée, chef de service hospitalier, a vu affluer en peu de temps quelques 3000 patients inquiets des révélations à propos des effets délétères du mediator.
      Et qu’elle n’a observée aucune pathologie valvulaire chez ces patients.
      Même aujourd’hui, j’ai donc comme un doute encore sur la réalité de cet épisode, et on peut se demander honnêtement s’il n’y a pas un coup tordu pour démolir un labo. On a vu pire, déjà. Dans le genre OPA pas gentille, vous voyez ?
      Dans tous les cas, comment voulez-vous qu’un médecin, qui a une chance sur 200 de rencontrer un problème valvulaire grave en dix ans chez un patient prenant du médiator, fasse le lien entre les deux ?
      Les patients nous ont longtemps pris pour de grands sorciers.
      Il ne faudrait pas qu’ils nous prennent maintenant pour Madame Soleil.
      On sait que les médicaments tuent. Et beaucoup. Les accidents iatrogéniques sont extrêmement nombreux, liés le plus souvent à des associations trop variées. Les patients ne sont pas innocents dans cette affaire, eux qui jugent les médecins à la longueur de leurs ordonnances.
      Les médecins doivent apprendre à modérer les appétits de leurs patients : mais c’est qu’ils sont gourmands, les bougres. Quand il s’agit de choisir une victime pour amputer une ordonnance, la réponse st toujours : « ah non, pas celui-là, Docteur ! ».
      Et on cède.
      Et on a tort.
      Or si on sait les effets indésirables des médicaments, on en sait beaucoup moins sur les effets leur association.
      On dit qu’au-delà de trois médicaments associés, personne ne sait ce qui peut se passer. Alors, à 10, ou à 15, c’est de la dynamite.
      Pression des laboratoires, pression des patients, lassitude des médecins, nous conduiront à d’autres drames.
      J’allais oublier la pression de l’État, qui protège fidèlement son industrie : sa dernière trouvaille est une (scandaleuse) prime de 9000 euros annuels promise aux médecins qui prescriront le plus de vaccins, le plus d’examens radiologiques, ce qu’ils appellent de la prévention...
      Moi qui sais que les vaccins sont responsables de nombreuses pathologies extrêmement graves, simplement parce que j’ai eu la curiosité de les étudier, et que les radiations ionisantes répétées sur les seins en particulier (mais pas seulement) sont responsables de nombreux cancers qu’elles étaient censées éviter, je suis catastrophé.
      Cette prime ne me concernera pas, mais ce n’est pas le plus grave : une flambée d’effets secondaires est à craindre, si mes confrères n’ouvrent pas un peu l’œil, et savent renoncer au pactole. J’ai comme un doute, comme une appréhension....
      D’autres scandales sont en vue, qui seront étouffés, comme la catastrophique vaccination anti-hépatite de Douste Blazy, cardiologue peu réputé mais crétin, voire escroc célèbre.
      Kouchner n’est pas mal non plus, sous cet angle.


      • arobase 22 juillet 2011 12:18

        bonjour


        après quelques milliards versés aux bétencout et coetera, les milliards versés à l’industrie pharmaceutique, les millions de vaccins gaspillés pas pour tout le monde , les millions versés à tapie ei cie, les milliards du bouclier fiscal et au plus riches payeurs de l’isf, voilà que les médecins vont se palper 9000 euros par euros de prime.

        on suppose qu’ils étaient jaloux des sénateurs.

        pendant ce temps, la dette devient abyssale et les médicaments de moins en moins remboursés..

        on ne peut même plus parler de président des riches, mais de fou furieux.

        si nous étions grecs, il y a longtemps qu’on serait dans la rue.

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Auteur de l'article

Gilles Chinon


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