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Accueil du site > Actualités > Société > Après la Sorbonne, l’astrologie entre au CNRS ?

Après la Sorbonne, l’astrologie entre au CNRS ?

1666 COLBERT bannit l’astrologie de l’Académie royale des sciences

2001 Elizabeth TEISSIER (Germaine HANSELMANN) « constate et défend brillamment » la pérennité de l’astrologie es qualité de science devant la Sorbonne aux moyens d’une « thèse de sociologie » controversée.

2005 Son directeur de thèse, le Professeur Michel MAFFESOLI, est nommé par le gouvernement au conseil d’administration du Comité national de la recherche scientifique

Le 24 février 2004, répondant aux dizaines de milliers de chercheurs qui, avec leurs syndicats et le collectif « Sauvons la recherche », se mobilisaient «  contre une destruction programmée de l’appareil de recherche français », Patrick Devedjian gratifiait la communauté scientifique d’une réponse tonitruante : « Chez nous, les intellectuels ont l’habitude de signer des pétitions, aux États-Unis, ils ont des prix Nobel. ».

Avec une telle détermination et de telles ambitions affichées, c’est donc un message fort qui pouvait être légitimement attendu de l’actuel gouvernement des amis de Patrick Devedjian avec les choix de personnalités nommées dans le cadre du renouvellement du conseil d’administration du centre national de la recherche scientifique (CNRS).

C’est donc avec un étonnement d’autant plus grand que les citoyens et les citoyennes de notre pays, et parmi eux la communauté scientifique, ont pu découvrir dans la liste des personnalités nommées par le décret du 5 octobre 2005* le Professeur Michel MAFFESOLI, sociologue de la «  postmodernité », choisi « en raison de [sa] compétence scientifique et technologique ».

Il ne nous appartient pas d’émettre une interrogation, ni a fortiori un jugement sur les compétences montrées par le Professeur Michel MAFFESOLI es qualité de sociologue. Mais nous sommes fondés à nous interroger, comme chaque citoyen et chaque citoyenne de notre pays, tout comme la communauté scientifique nationale et internationale, sur l’interprétation qu’il convient de donner au choix gouvernemental de nommer comme administrateur du CNRS celui dont une célébrité fort peu scientifique s’est construite es qualité de directeur de thèse de la « thèse de sociologie » présentée en 2001 par Madame Elizabeth TEISSIER (Germaine HANSELMANN selon l’état civil) sous le titre « La situation épistémologique de l’astrologie à travers l’ambivalence fascination/rejet dans les sociétés postmodernes ».

Ce qui avait fait légitimement scandale à l’époque, ce n’était pas, bien sûr, que l’astrologue de Télé 7 Jours soutienne une thèse à l’Université, mais que ce qui a été présenté comme un travail de sociologie par le Professeur Michel MAFFESOLI se révèle, à la lecture, n’être qu’un « plaidoyer vibrant pour l’astrologie ». En effet, bien loin des sciences sociales, la « thèse de sociologie » met en avant les « preuves irréfutables en faveur de l’influence planétaire  » et, comme l’indique la présentation de sa publication pour le grand public (L’homme d’aujourd’hui et les astres, Éditions Plon, 2001) « constate, puis démontre brillamment » la pérennité de l’astrologie es qualité de science ...

Cette « non-thèse de sociologie » était alors analysée en détails par un collectif pluridisciplinaire** alors que de leur côté les chercheurs en sciences sociales et l’association des sociologues enseignants du supérieur, dénonçant l’imposture et le dévoiement de leur discipline, soulignaient que « la soutenance de thèse de Mme Teissier, ses dérives médiatiques et surtout l’usage qu’elle en fait, en remettant en cause les principes scientifiques, le sérieux et l’utilité sociale de notre discipline, portent un préjudice grave à l’université, à la sociologie française et à l’ensemble de notre profession ».

Cependant, comme le soulignait à l’époque le Professeur Bernard LAHIRE (sociologue, École normale supérieure), «  Que les choses soient claires : Elizabeth TEISSIER ne peut être tenue pour responsable de ce qui s’est passé à la Sorbonne, et elle n’aurait pas même eu l’idée de frapper à la porte de notre discipline pour trouver un lieu de légitimation de ses propres intérêts d’astrologue si celle-ci n’était pas le refuge d’enseignants-chercheurs dépourvus de rigueur et parfois très explicitement antirationalistes. ». Et c’est ce qui donne tout le relief à cette nomination gouvernementale : est-ce donc cette « compétence »-là que le ministre a voulu récompenser en nommant le directeur de thèse de la conseillère astrale du Président MITTERAND au conseil d’administration du CNRS ?

Comme le disaient le collectif « Sauvons la Recherche » et les syndicats des personnels de la recherche scientifique en 2004, « il n’y a pas de recherche digne de ce nom sans des organismes de recherche et des universités puissantes, capables de réagir à la conjoncture scientifique internationale  ». Le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), service public essentiel de la recherche dans notre pays, tient une place centrale dans ce dispositif. La nomination au conseil d’administration du CNRS, par le gouvernement, de celui par qui, sous couvert de « postmodernité  », l’astrologie a repris pied à la Sorbonne, alors que Colbert l’en avait sortie en 1666... ne peut qu’affaiblir cette institution essentielle pour la renommée et la qualité de la recherche dans notre pays.

L’Association française pour l’information scientifique (AFIS) fait sienne la protestation des chercheurs et enseignants en sciences sociales, soucieux de la crédibilité scientifique de leur discipline, et, avec eux, nous affirmons que « ce qui peut passer pour une provocation contre l’ensemble de la communauté scientifique peut être encore rectifié. C’est pourquoi nous demandons au Ministre d’abroger le décret renouvelant la composition du Conseil d’administration du CNRS et de proposer une autre composition qui soit à la fois respectueuse de l’exigence de parité et de la nécessité de la crédibilité scientifique du Conseil d’administration ». ***

le conseil d’administration de l’Association française pour l’information scientifique,

le 7 novembre 2005,

par son vice-président, Michel NAUD


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8 réactions à cet article    


  • Richard PELLARD (---.---.169.147) 10 novembre 2005 11:41

    Bonjour,

    Les astrologues sérieux (eh oui, ils sont rares mais ils existent) sont eux aussi extrêmement critiques à propos d’Elisabeth Teissier en général et de ses prestations pseudo-sociologiques à la Sorbonne.

    Voir le lien hypertexte suivant sur le site Astroariana.com :


    • micropion 7 novembre 2009 02:44

      Ah bien ça alors ! Des astrologues sérieux ça existe ?! Vite enfermez-les !


    • Jean (---.---.203.216) 10 novembre 2005 23:39

      Bonsoir,

      Il est amusant de voir que sous votre article s’affiche automatiquement deux liens sponsorisé vers des sites d’astrologie. Hazard de google ou omniprésence de la chose ? Peut-être est-ce cela l’interet de l’astrologie, la vente de service, bref le business, certain ne pensait pas pouvoir vendre du bonheur, cela est chose faite. Les plus méfiants diront que c’est un bon moyen de contrôle des foules, un peu comme à la télé, riez, applaudissez, huez, le rêve pour certaines personnes toujours prêtes à asservir leur prochain. Non l’astrolgie n’est pas une science en tant que telle, c’est peut-être ce qui l’entoure qui peut intéresser les gens. Par ailleurs quoi de mieux pour décrédibiliser un groupe que de lui ajoindre quelques pseudo sciences de ce type. La recherche ne va pas fort en France et cela ne semble pas s’améliorer, l’Amérique vous remercie ;)


      • Jeriko (---.---.234.230) 11 novembre 2005 00:10

        aller un pitit troll pour la route. Quoique...

        quelles sont les retombées de cette soit disant science sérieuse ? télé7jours et 20 minutes ? le PIB de la France va augmenter avec ça...

        Savoir si c’est à cause de Pluton ou de Mars que j’ai un cancer me fait de vraies belles jambes. Mais savoir soigner mon cancer, ben sa m’interesse un peu plus...

        Voilà je suis heureux de savoir que l’argent public de la recherche, au lieux de m’être pris pour assurer mon avenir et celui de ma nation, me sera pris pour me rassurer sur mon avenir et celui de ma nation.

        Voilà une science est une science. Une arnaque est une arnaque. Est-ce une science d’arnaquer ? Ca serait plutôt de l’art, car on joue sur la subjectivité (naïveté), et non sur l’objectivité (logique). L’art est noble mais pour d’autres raisons.

        La preuve c’est que si c’est moi qui raconte exactement la même chose que cette madame, on risque de me prendre pour un c*n.


        • (---.---.1.34) 11 novembre 2005 09:11

          Bonjour,

          Je trouve cet article fort intéressant au sens où, je pense, il ouvre un débat qui n’est pas clairement exprimé :

          La méfiance légitime vis à vis de pratiques et théories douteuses (dont on imagine sans mal le pouvoir de manipulation et de désinformation) doit-elle justifier une foi sans réserve en la raison ?

          Je comprends bien que ma manière de poser la question montre déjà quelle est mon idée (loin de moi la volonté de manipuler, plutôt faire réagir). Je pense, en effet, que bien des choses échappent au contrôle de la raison. Et pourtant, on ne peut nier leur réalité. Je pense également que trop de foi en la raison résulte d’une peur (très humaine) de l’inconnu et peut conduire à des phénomènes de falsifications et de manipulations au même titre que des pratiques plus facilement identifiées comme non crédibles (et donc plus facilement ridiculisables).

          En résumé, je crois à l’humilité et vous rejoins par contre pour la méfiance vis à vis des manipulateurs et autre faussaires ...

          Cordialement,


          • Richard PELLARD (---.---.35.29) 11 novembre 2005 21:16

            Certes, certes,

            On commence par des a priori, on finit dans la bêtise... Il vaut mieux se marrer en regardant ceci :


            • ShereKhan 8 juillet 2008 13:52

              Cet article n’est pas passionant, quelle thèse défend-il ?

              Si cette thèse de doctorat était un simple plaidoyer non appuyé par une démonstration, elle ne méritait pas d’être validée en tant que recherche scientifique. C’est donc la crédibilité du jury qui est en cause. Mais ce n’est pas un cas si rare ni limité aux thèses de sociologie sur l’astrologie.

              L’astrologie n’a rien à voir là-dedans. 

              L’astrologie ne prétend pas à être une science. C’est un savoir ancestral basé sur l’observation de corrélations entre les mouvements planétaires et les événements humains. On pourrait envisager de construire scientifiquement cette relation, mais d’une part ce n’est pas nécessaire, et d’autre part très peu de gens s’y sont essayé.

              On ne peut donc que conseiller aux lecteurs de s’intéresser à des astrologues sérieux qu’ils sélectionneront dûment par eux-mêmes, à l’usage et sur la base de l’analyse et de l’expérience.

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