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Darcos met le paquet sur la médiation

Quelques récents articles (publiés notamment sur Agoravox) laissent à penser qu’une certaine exaspération atteint les personnels de Vie Scolaire dans les établissements publics, et la dernière idée du ministre : recruter des Médiateurs de la Réussite pour lutter contre l’absentéisme, provoque même un réveil du corps des Conseiller Principaux d’Education (CPE), les faisant émerger d’une somnolence provoquée par force coups de massue de la part de leur chère et haute administration.

Bien loin le temps des MI-SE (Maître d’Internat - Surveillant d’Externat), et loin aussi dans les mémoires… Ces contrats spéciaux de droit public n’étaient pas des CDI, mais étaient signés pour une durée maximale de 9 ans à raison de 28 heures effectives par semaine pour un salaire mensuel légèrement au dessus du smic. Le profil des postulants était celui d’étudiants boursiers, dans les premières années de leurs études. On parle beaucoup des dérives que ce genre de postes n’empêchèrent pas d’amener, c’est à dire, pour être clairs, des surveillants planqués, glandeurs et difficilement éjectables tant que leur contrat n’était pas arrivé à sa fin. Mais la plus grande dérive fut bien plutôt le fait que, petit à petit, le niveau d’étude demandé aux étudiants recrutés devint de plus en plus élevé, jusqu’à ce qu’il soit implicitement demandé une licence aux candidats (sur dossier), dans le but, entre autre, de disposer d’un personnel plus qualifié pour l’aide aux devoirs des élèves, mais aussi pour éjecter les éventuels « grands frères ». Car à l’Education Nationale, on sait mieux qu’ailleurs que le taux d’étudiants boursiers, ou issus de catégories sociales défavorisées, chute avec le niveau d’étude. Le rôle d’ascenseur social assigné à ce type de postes étant pour le moins mis à mal par ces pratiques, les arguments se réduisirent à peau de chagrin lorsqu’il s’agît de défendre le statut de MI-SE.

N’oublions pas de préciser que les principaux syndicats d’enseignants avaient sans doute déjà négocié cette suppression de statut, dans la mesure où le taux de MI-SE syndiqués dans les grandes centrales syndicales de l’Education Nationale était proche de zéro et vu leur esprit plus que corporatiste. Cette accusation trouve un argument dans l’absence totale de ces organisations syndicales lors des manifestations qui eurent lieu à cette époque pour tenter de conserver le dit statut, à l’exception des syndicats SUD et CNT-Education.

On passa donc au statut des Assistants d’Education. Ce statut, sous contrat de droit privé est expliqué dans une première circulaire datant d’avril 2003. Et puis, ce fut l’avalanche de nouveaux types de postes auxquels correspondaient de nouveaux types de contrats : les Emplois Vie Scolaire, les Assistants d’Education, les Assistants Pédagogiques, les Contrats d’Accès à l’Emploi, les Assistants Vie Scolaire, les Contrats d’Accompagnement à l’Emploi… Autant dire que pour s’y retrouver, il fallait avoir au minimum une formation de DRH, ce que n’ont évidemment ni les chefs d’établissements, ni les Conseillers Principaux d’Education… Bonjour la confusion généralisée, d’autant que les textes se contredisent parfois les uns les autres, ou restent délibérément dans le vague. Bref, aujourd’hui, après un petit ménage, on a en gros deux types de contrats qui encadrent l’ancienne fonction de « pion » : le contrat d’Assistant d’Education, qui regroupe aussi les Assistants Pédagogiques, et le Contrat d’Accompagnement à l’Emploi, qui encadre aussi des postes de surveillance.

Il est encore malaisé de comprendre pourquoi deux types de contrats recouvrent les mêmes fonctions, sauf à dire que les personnes ayant un profil de CAE sont en recherche d’emploi depuis un temps assez long, peuvent parfois se trouver dans une position quelque peu marginale face au travail et seraient donc prêts à bosser pour… des clopinettes. Car si les deux types de contrats sont de la même manière renouvelables tous les ans (et oui, pas question de CDI, alors même que les personnes recrutées ne sont plus obligatoirement des étudiants… c’est bon pour MacDo, ça !) , une personne en CAE est recrutée à raison d’une vingtaine d’heures par semaine, contre 35 pour les AED, tous étant payés bien entendu au smic horaire. C’est à dire clairement de quoi… crever de faim, alors que le boulot demande souvent de se dépenser et donc de brûler des calories.

On croyait être arrivé au bout du bout, mais non. Darcos a encore voulu faire le malin (on ne pourra pas l’accuser d’attentisme …) en sortant de son chapeau de clown (triste) la fonction de « Médiateur de la réussite », toujours encadrée par le contrat le plus précaire de France, le CAE. Il faut aller faire un tour sur le site du ministère pour se rendre compte par soi-même. Ce qui frappe d’emblée, c’est la liste des tâches qui pourront être demandées à ce médiateur dans le cadre de la lutte contre l’absentéisme : ce sont des tâches plutôt spécialisées, tellement spécialisées qu’elles sont déjà prises en charge par des personnels qualifiés recrutés sur concours : les Conseillers Principaux d’Education et les Assistant(e)s sociaux(ales), soit les CPE et les AS. Quand on sait le parcours du combattant que représente aujourd’hui le fait de passer le concours de CPE, en raison du fait que le nombre de postes est bloqué à 200 pour toute la France depuis quatre ans, on se dit que c’est bien la peine pour l’Etat de s’embêter à continuer cette mascarade : quelques CAE, et le tour est joué, les élèves et les familles absentéistes n’auront qu’a bien se tenir.

Ce qui relie tous ces éléments entre eux, si l’on veut bien être attentif deux minutes, c’est la disparition, à terme, du statut de CPE tel qu’il existe aujourd’hui, c’est à dire un travail de terrain avant tout, au contact des élèves. Le CPE est appelé à devenir un technicien de la Vie Scolaire qui fera partie de la direction, soumis à la même pression de la part de la hiérarchie (c’est déjà bien souvent le cas), et le travail de terrain sera effectué par des esclaves de l’Education Nationale, bien contents de trouver un boulot, les bougres.

Mais le but principal de cet article n’est pas de faire pleurer dans les chaumières sur les pauvres CPE, qui, entre nous, auraient du se bouger les fesses depuis longtemps (à ce propos, si vous entendez que ça se bouge les fesses, vous pouvez en parler dans les commentaires… ), mais de dresser un tableau global qui montre comment l’école est aujourd’hui obligée de faire face aux conséquences des politiques sociales désastreuses de ces ??? dernières années, sous deux entrées différentes : conséquences auxquelles doivent toujours faire face les familles des élèves accueillis, et qui dégradent fortement les conditions de travail (accroissement de la violence, de l’absentéisme, etc…), et conséquences auxquelles doivent aujourd’hui directement faire face certains personnels, en signant des sous-contrats (pour des sous-hommes ?).

Bien sûr, on ne peut pas décemment dire que l’on ne veut pas prendre en charge quelques milliers de personnes abonnés au chômage, surtout en temps de crise. Ces Médiateurs de la Réussite vont faire baisser le nombre d’inscrits au pôle emploi, et même si c’est une bonne nouvelle pour M. Sarko, c’est aussi une bonne nouvelle pour les personnes concernées, qu’on se le disent. « Faute de grives, on mange des merles » dit le proverbe populaire. Il faudrait juste éviter d’en arriver à « Faute de merles, on mange nos merdes ».

Car ce rapide historique, qui s’étale sur seulement six ou sept années, montre à quel point la situation de l’emploi et de l’ascenseur social se sont dégradées en France. Alors que le but du statut de MI-SE était d’aider les étudiants boursiers à poursuivre leurs études, on en est aujourd’hui réduits à mettre des pansements sur des jambes de bois, en utilisant la misère pour créer des statuts, au sein de la fonction publique, si précaires, qu’il faut chercher un certain temps avant de trouver les mêmes situations dans le privé. La question est la suivante : doit-on tout accepter au nom de la crise ? Le combat contre ce mouvement sans fin qui veut que l’Etat s’empresse de payer les pots cassés d’un système qu’il a lui même refusé de réguler depuis des années, et qui aujourd’hui comme hier, justifie la casse des services publics au prétexte qu’il n’y a plus d’argent dans les caisses, ce combat doit prendre son véritable essor dans les jours prochains, n’en déplaise aux bergers Thibault et consorts…


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3 réactions à cet article    


  • french_car 17 mars 2009 17:36

    On comprend bien que ce que vous dénoncez c’est le fait de sous-payer et précariser une activité qui était précédemment mieux rémunérée et stable.
    Cependant merci de ne pas rester allusif, quand vous dites "la liste des tâches qui pourront être demandées à ce médiateur dans le cadre de la lutte contre l’absentéisme", ces fameuses tâches hautement spécialisées citez-les.
    Vus du vulgum pecus cela ressemble au tamponage de billets d’absences et l’on imagine bien que les CPE ont autre-chose à faire comme par exemple essayer d’obtenir des remplaçants ou gérer la pénurie de salles ...


    • mathias cohen mathias cohen 18 mars 2009 00:35

      Les tâches en question sont les suivantes : contacts réguliers avec les familles, par courrier ou téléphone, médiation envers ces familles ; il est même prévu que les médiateurs puissent se déplacer chez les familles d’élèves absenteistes, ce que n’ont pas le droit de faire les CPE, et ce que font parfois les AS. Il est de surcroît demandé aux postulants de maîtriser une langue étrangère qui soit parlée par les familles dans l’environnement direct de l’établissement (ce qui est a priori une bonne chose, sauf que des postes de médiateurs linguistiques existent déjà, et que là où je travaille, le poste a été réduit pour causes budgétaires), tutorat d’élèves absentéistes, contrôle des devoirs ou du matériel apportés. Ce travail spécifique auprès d’une population spécifique devra donc s’effectuer en lien avec les équipes pédagogiques, et les médiateurs devront donc être associés aux réunions du type des réunions de synthèse qui traitent des cas d’élèves absentéistes, réunions où se pratique le secret professionnel partagé, et aussi en lien étroit avec les professeurs de l’élève. Ce nouveau type de poste, si l’on y regarde bien, met en danger l’ensemble des travailleurs sociaux, en considérant que ce travail est à la portée de la première personne venue un peu motivée bien que la rémunération ait tout de démotivant... Mais bien sûr, on compte sur les CPE et les AS pour remotiver tout son monde, avec un peu de flicage en prime, et la possibilité d’être viré avant la fin de l’année (j’ai fais une erreur dans l’article, ce n’est pas un an renouvelable pour les CAE, mais bien 6 mois...).


    • Artius 17 mars 2009 18:25

      Comme toujours, on cherche - main sur le coeur - à traiter les symptômes sans faire cas des causes. Les "jeunes" ne vont pas assez à l’école, hop ! créons des médiateurs de la réussite qui ne sont qu’un copier-coller des aide-éducateurs qui n’ont guère fait de miracles malgré les bonnes volontés...

      voir ici : ftp://trf.education.gouv.fr/pub/edutel/actu/2001/06_06_dp_aideeducateur.pd f

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