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Education populaire et syndicalisme enseignant


L’éducation populaire au service du changement social

Qu’est-ce que l’éducation populaire  ? Voilà une question qui mérite une réflexion approfondie d’autant plus que beaucoup d’associations se reconnaissent de cette filiation, certaines poursuivant la voie tracée par les fondateurs, d’autres se parant du titre pour développer un secteur commercial.

Le livre noir de l’animation socioculturelle  ; écrit par le syndicat USPAOC livre quelques définitions qui me semblent pertinentes, notamment celles –ci  :

"L’éducation populaire est le processus par lequel le destinataire de l’acte éducatif est associé à la définition des contenus légitimes de savoirs transmis."

"L’éducation populaire est le développement des capacités de chacun à comprendre son environnement, à pouvoir s’y situer pour agir à le transformer."

(une définition politique)(une définition pédagogique)

L’éducation populaire est donc par essence un mouvement de transformation sociale et non d’animation occupationnelle. Elle ne doit non plus se constituer en relais des politiques publiques.

Dès sa création, le syndicalisme enseignant s’est engagé à mener un combat sur plusieurs fronts  : la défense des intérêts moraux et matériels de la profession, l’engagement pédagogique et le social. Les premiers syndicalistes enseignants veulent adhérer aux bourses du travail dès le début du siècle dernier pour lier leur combat laïque au combat social et mènent une action d’éducation populaire en direction des enfants, après la classe ou auprès des adultes.

Après la promulgation des lois scolaires de 1881 à 1883, les instituteurs et institutrices laïques vont en plus de leur engagement professionnel, consacrer une grande partie de leur temps libre aux patronages laïques du jeudi qu’ils vont créer.  Il s’agit à la fois de faire oeuvre d’éducation populaire et à la fois occuper le terrain et concurrencer l’Eglise qui veut encadrer la jeunesse pour la soustraire à l’influence de «  l’école sans dieu  »....

 

La Ligue de l’enseignement, premier mouvement d’éducation populaire fondé en 1866 décide à son congrès du Havre en 1895 de créer des patronages sur tout le territoire. La lutte sera rude entre le clergé disposant de la puissance de l’Eglise catholique et les laïques ne pouvant compter que sur leur propre force.

En 1900 , il existe 1276 patros laïques pour 4168 patros encadrés par les curés....

Si le combat pour la séparation des églises et de l’État est rude au parlement, il l’est aussi sur l’ensemble du territoire de la République, du plus petit village mayennais à la capitale. Il faut mener le débat d’idées, convaincre et lutter contre l’influence de l’église, force spirituelle et surtout temporelle .

L’implication des enseignants notamment des syndicalistes est forte  : dans la semaine ils font la classe, le soir ils se réunissent pour se défendre et pour conquérir le droit syndical et le jeudi ils offrent aux enfants un espace éducatif et ludique. En déclarant leur intention d’adhérer aux bourses du travail donc de se syndiquer, les 133 instituteurs et institutrices dans un appel solennel paru le 30 novembre 1905 fixent leurs intentions

«   Nous instruisons les enfants du peuple le jour. Quoi que de plus naturel que nous songions à nous retrouver avec les hommes du peuple, le soir 

 »

Le jeudi avec les enfants et le soir dans les bourses du travail, les syndicalistes enseignants, bradant l’interdit qui leur est fait de se syndiquer inscrivent leur action dans une démarche dl émancipation  : le peuple doit devenir acteur et auteur de son devenir... Pour les syndicalistes enseignants et les militants de la Ligue de l’enseignement, les objectifs éducatifs et politiques sont clairs.

 

L’essor de l’éducation populaire

Au début du 20ème siècle, ils vont développer les colonies de vacances et les patronages répondant à une triple fonction  : une fonction de garde, une sanitaire et sociale et enfin une idéologique visant la formation du citoyen républicain, acteur conscient du changement.

Le premier mouvement de scoutisme créé en France est laïque  : la Fédération des Eclaireurs fondé en 1911 va jouer un rôle important notamment dans la formation de premiers cadres.... Après la première guerre mondiale, les municipalités ouvrières, socialistes ou communistes vont développer des colonies de vacances et des patronages «  prolétariens  » ayant eux aussi une fonction sociale et éducative.

En 1936, avec l’appui de Léo LAGRANGE, sous secrétaire d’état à l’organisation des loisirs et des sports, l’éducation populaire va connaître un développement prodigieux avec le théâtre, le cinéma, l’aviation populaire. L’activité physique et sportive ne sera pas réservée à une élite privilégiée : chaque école (ou presque) aura son préau, son stade ou son terrain de jeu !

 

«  Qu’on m’entende bien ! Il ne s’agit point de distribuer une culture au rabais qu’on aurait baptisée populaire pour en marquer la pauvreté, mais au contraire de créer pour les larges masses dans l’ordre de l’esprit, l’instrument de leur libération et de leur dignité.  » ( Léo Lagrange)

 

Il n’est pas question de prôner un simple accompagnement social ou d’obtenir la cohésion sociale ou autrement dit de faire accepter la société telle qu’elle est....Beaucoup de mouvements qui se sont institutionnalisés pourraient relire très attentivement cette citation de Léo  !

Le manque de cadres est criant, c’est pourquoi la Ligue de l’Enseignement, et les Eclaireurs de France, soutenus par la CGT fondent les CEMEA ( Centre d’entraînement aux méthodes d’éducation active) en 1938 après la tenue l’année précédente d’un premier stage de formation de moniteurs de colonies de vacances...

Pendant l’occupation, la résistance des pédagogues s’organise pour lutter les armes à la main mais aussi pour prévoir l’avenir.

Pierre FRANCOIS, responsable des Éclaireurs de France propose que se constitue un grand mouvement d’enfants. Les Francs et Franches Camarades vont naître officiellement le 2 novembre 1944 avec l’aide des Éclaireurs, des CEMEA, de la Ligue de l’Enseignement et du syndicat national des instituteurs.

 

La démarche éducative des FFC repose sur le jeu : «  Tout le monde enfantin joue ; les animaux jouent ; filles, garçons, petits ou grands, ils ont chacun leur manière, mais ils jouent. C’est pour eux une nécessité impérieuse. Besoin de jeu, besoin d’action l’un ne va pas sans l’autre.  »

L’objectif est de toucher les milliers d’enfants qui sont dans la rue, créer de nombreux patronages, faire disparaître la formule de garderie pour initier une pratique éducative.

Les associations ne sont pas concurrentes mais complémentaires, chacune ayant son champ d’intervention. La ligue possède ses patros mais l’immensité du travail de construction est telle qu’il faut une association qui privilégie ce secteur particulier. On est loin de la concurrence exacerbée qui existe actuellement entre certaines associations pour conquérir de nouveaux territoires.

Les comités d’entreprise vont créer après la libération des structures de loisirs. Les syndicats vont prendre une grande place dans l’organisation des loisirs éducatifs et culturels. C’est naturellement en parallèle et conjointement que les mouvements associatifs d’éducation populaire et les syndicats vont agir pour promouvoir des loisirs de qualité et de masse...

 

De reconnaissance en récupération

Cette situation va vite évoluer très rapidement après les trente glorieuses, à la fin des années 1970 avec un développement des politiques publiques d’accompagnement social dans lequel les mouvements d’éducation populaire vont s’engouffrer .

Des militants d’éducation populaire vont s’investir politiquement dans les différentes communes à l’occasion des élections municipales de 1977 et d’autres, du niveau national vont être happés par l’Etat qui a besoin de responsables compétents... Tout ceci va affaiblir la réflexion d’associations qui avec la professionnalisation vont se tourner vers la recherche de nouveaux terrains d’intervention source de financements publics...

Le syndicalisme enseignant éclaté après la scission de la FEN va peu à peu se consacrer à sa survie et à faire face à la concurrence d’autres nouveaux venus dans le paysage syndical....

La reconnaissance de la fonction éducative du temps libre et celle des droits de l’enfant sont des avancées considérables, fruit de l’action politique et de terrain des militants et des militantes des associations laïques complémentaires à l’école publique. Si les pouvoirs publics et les Municipalités ont pris le relais en ce qui concerne l’organisation des loisirs de proximité, la mission historique des mouvements d’éducation populaire est loin d’être épuisée notamment et surtout dans sa mission première qui vise à la transformation sociale.

La gauche au pouvoir est prête à toutes les concessions :
En 1984, non contente de ne pas abroger les lois anti laïques, elle a
renforcé le dualisme scolaire
La droite, elle, ne capitule pas : elle applique son programme

 

Les mouvements d’éducation populaire, même institutionnalisés restent par leur histoire liés au mouvement ouvrier et des défenseurs de l’école laïque... Ils restent pour la bourgeoisie libérale des obstacles à détruire, d’où la politique menée de réduction drastique des subventions versées avec comme conséquence  : la disparition des mouvements, leur affaiblissement ou leur transformation en appareils marchands. La disparition programmée des enseignants mis à disposition va conduire à mettre les associations en difficultés financières et surtout à briser un lien organique entre les associations complémentaires et l’école laïque.

Non contents d’asphyxier les associations , ce gouvernement poursuivant l’oeuvre du précédent rompt avec «  un pacte républicain  » qui voulait que seules les associations laïques puissent intervenir dans les écoles... Ainsi l’IFAC, Familles de France et l’UNAF peuvent entrer dans les établissements, proposer des activités éducatives et même devenir des agents de formation des enseignants... C’est la laïcité même de l’école qui est menacée. Il est urgent qu’une contre offensive unitaire soit organisée dans les plus brefs délais.

Aujourd’hui , il est nécessaire que le mouvement syndical réfléchisse à la fonction de l’éducation populaire afin de se réapproprier cette dimension essentielle du combat pour l’émancipation sociale.

Ce qui suppose un travail d’explication auprès des syndiqués, d’une réflexion liée à l’action unitaire avec les mouvements à tous les niveaux et une mobilisation afin de faire reculer ce gouvernement qui veut liquider ce mouvement.

 

 

 Jean-François Chalot

 

Jean-François CHALOT

 

Aujourd’hui il est aussi indispensable qu’un travail sur le sens ait lieu dans les associations elles-mêmes et leur évolution conduisant à un affaiblissement militant et à une fuite en avant conduisant à une marchandisation accrue....

Beaucoup d’instituteurs et d’institutrices consacraient une partie de leurs loisirs à un engagement éducatif dans une oeuvre complémentaire à l’école publique, le soir ou le jeudi puis le mercredi à l’USEP pour développer des activités physiques et sportives ou dans les centres de loisirs....

Aujourd’hui de nombreuses changements sont constatés... Même si la professionnalisation de l’animation et l’évolution de la société ne permettent plus un engagement du même type de la part de syndicalistes, l’abandon complet de cette dimension éducative et sociale explique la réaction attentiste ou passive du milieu enseignant face aux attaques subies par les mouvements laïques d’éducation populaire. Si les enjeux ne sont pas expliqués, les responsables des associations d’éducation populaire risquent de se retrouver face à une offensive du gouvernement qui vise à affaiblir, voire détruire l’œuvre collective forgée par des générations de militantes et de militants

Dans de très nombreux départements les syndicats ne viennent plus dans les comités départementaux de la Jeunesse Au Plein Air, des syndiqué(e)s et même des syndicalistes ignorent tout de l’action menée par les associations dites amies... Il faut changer de cap et renouer le fil à tous les niveaux entre l’éducation populaire et l’action syndicale, les deux devant s’ancrer dans un même objectif  : la transformation sociale.

 


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5 réactions à cet article    


  • slipenfer 30 mai 2010 16:47


    MMMIIIAAAAAOUUUUUUhhh !!!!!!! PPPPPPPFFFFFFFF !!!!!!!!! Ouuupsss !
    Désolé j ’ai marché sur la queue du chat en entrant.
    @ l’auteur : bon courage quand même.
    Sinon ont peut faire une crapette


    • CHALOT CHALOT 30 mai 2010 16:57

      dites m’en plus, docteur !


      • Nycolas 1er juin 2010 12:03

        Pas beaucoup de réactions... Je n’ai pas pu lire cet article avant aujourd’hui, mais je tenais à vous remercier tout de même pour ce rappel de l’historique des mouvements d’éducation populaire.

        Moi-même ancien animateur socio-culturel ayant suivi des formations chez les CEMEA et les FRANCAS, et ayant travaillé dans un quartier « défavorisé », je suis bien au fait de tout cela, et je me doute que depuis que j’ai quitté le métier, avec le gouvernement actuel, cela doit devenir de plus en plus difficile de travailler en allant dans le bon sens. Déjà il y a 10 ans, nous manquions cruellement de moyens, et surtout nous étions déjà essentiellement dans du vulgaire occupationnel, sauf lors de quelques actions marquantes, comme la journée des droits de l’enfant, l’un des phares actuels de l’éducation populaire, mais en dehors de ça, je trouve qu’il y a bien peu de lumières dans la nuit, pour éclairer l’idée d’une « révolution perpétuelle » sous le moteur de l’éducation populaire.

        Les spectacles de Franck Lepage (je ne sais si vous connaissez), donnent de puissants éclairages sur la dérive des mouvements d’éducation populaire à partir de l’après-guerre, et plus encore sous le ministère de la culture de Jack Lang.

        En ce qui concerne la laïcité en danger, je partage plutôt votre inquiétude, mais j’avancerais quelques idées. Je pense que la recherche de spiritualité est une bonne chose, et qu’elle est inévitable. Je dirais même que c’est l’avenir de la société et de l’humain, que de recommencer à se poser des questions d’ordre spirituelle. En revanche, il est fort dommageable que cette quête de spiritualité, dans un monde mercantiliste et matérialiste, se fasse dans une orientation rétrograde, avec le retour aux grandes religions dogmatiques. Cela peut néanmoins se comprendre, lorsque l’on considère que les peuples « des banlieues » n’ont rien vers quoi se tourner... ce n’est certainement pas la société marchande qui va leur fournir un avenir et ils le sentent bien. Par ailleurs les mouvements laïcs ayant été bradés, l’espace neutre est de plus en plus restreint et investi par le domaine religieux. Je pense en effet qu’il faut lutter contre cette tendance, mais cela implique que les mouvements d’éducation populaire sont pris entre deux feux, et luttent sur deux fronts : d’un côté la religiosité qui gagne du terrain (je fais le pari que cela n’est que provisoire, et n’est que le fruit de la crise sociétale que nous traversons, et que cela évoluera autrement, dans l’avenir, à condition de participer à ce mouvement...) et d’un autre le totalitarisme marchand qui impose son idéologie partout, sans pour autant fournir des opportunités réelles à l’essentiel de la population pauvre et exploitée.

        Dans ces conditions, il y a fort à parier que le mouvement ne s’essouffle encore plus qu’il ne l’est déjà. Je vous rejoins donc pour dire qu’il est urgent de bien se coordonner face à ces problématiques, pour ne pas en sortir encore plus affaibli. Les mouvements d’éducation populaire, tout dévalorisés, récupérés et corrompus qu’ils soient par les politiques publics, restent l’une des forces qui sont indispensables pour préparer un avenir différent, pour préparer peut-être l’après-crise de la société marchande... il faudra bien qu’il en ressorte quelque chose de plus humain, autrement c’est une catastrophe humaine qui se profile à court terme... Je pense sincèrement que c’est dans l’espace laïc de l’éducation populaire que peuvent se dessiner les traits d’une société plus égalitaire et en tout cas meilleure à vivre que l’individualisme consumériste forcené d’aujourd’hui.


        • CHALOT CHALOT 1er juin 2010 12:33

          Merci pour cette contribution

          Je connais Franck Lepage
          On lit sur Wikipédia par ailleurs :
           Animateur de l’offre publique de réflexion sur l’éducation populaire, en 2000, il co-rédige un rapport ministériel qui tente de convaincre la ministre Marie-George Buffet d’engager une politique digne de ce nom« 
          Le rédacteur de ce texte sur Wiki ne va pas jusqu’au bout : le rapport de Franck Lepage n’a pas été publié, la ministre se contentant de faire rédiger un texte insipide ne reprenant pas les conclusions des débats....
          Les pressions ont du être fortes sur la ministre »communiste" de la Jeunesse et des Sports... Comme quoi !? 


          • Jean J. MOUROT Jean J. MOUROT 9 juin 2011 10:33

            Il n’y a pas grand’chose à ajouter.

            Sinon que la nouvelle formation (ou non-formation) des enseignants ne va faire que renforcer leur individualisme et leur méconnaissance de l’éducation populaire et de l’encadrement éducatif des jeunes hors de l’école. Aujourd’hui, on persuade la jeunesse que l’essentiel est la « thune » et la réussite individuelle. On ne trouve peut-être plus de solidarité que chez la « caillera » !

            Le bénévolat en faveur de la jeunesse populaire devient un archaïsme. Un pis aller serait peut-être le recours à des « volontaires » semi-aidés (genre TUC ou service civil) avec toutes les questions que cela pose...

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