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Enseignement : faire la fine bouche en période de pénurie de professeurs, un drôle de choix

 Le président du jury du CAPES externe 2012, M. Xavier Sorbe, a reconnu dans une interview au journal Le Monde daté du 12 juillet 2012 [1], que la sélectivité du concours était revue à la baisse à cause de la pénurie des candidats : « Le jury est obligé, par la force des choses, d'adapter ses exigences dans un souci de pourvoir les postes ». Puis de rajouter : « Le CAPES 2012 de mathé­ma­tiques est le moins sélec­tif de toute l'histoire du CAPES de mathé­ma­tiques. Il est beau­coup plus facile de l'obtenir aujourd'hui qu'il y a dix ans. ».

Cette année, le pourcentage d’admis parmi les candidats présents aux épreuves (du CAPES mathématiques) a été d’environ 50% contre 13% en 1999, alors même que le jury ne décidait de ne pourvoir que 652 postes sur les 950 postes offerts au concours en 2012.

Devant la pénurie de candidats, le jury a choisi de préserver la qualité du recrutement de professeurs qui enseigneront ensuite pendant 42 ans dans la fonction publique. Mais à quel prix ? Un concours n’est-il pas sensé recruter les meilleurs parmi ceux qui se présentent à une date donnée ? Ne doit-on pas aussi penser aux sacrifices demandés aux étudiants depuis la réforme de la formation des maîtres en 2010 : seuls les plus motivés et les plus enthousiastes, qui désirent encore faire leur carrière dans l’enseignement, ont eu la force de supporter de rester sur les bancs de l’université deux années de plus pour décrocher un master (tout le monde ne peut pas payer ce surplus de formation alors qu’une licence suffisait amplement dans le passé sans que l’on ait jamais eu à rougir de la qualité des recrutements), de subir un examen de langues au niveau supérieur (le CLES2 imposé à tous ceux qui veulent passer un CAPES dans des disciplines scientifiques !) et un examen supplémentaire en informatique (le C2i2e, où le nombre de recalés n’est pas négligeable) ?

Devant tant de mesures décourageantes, combien d’étudiants ont dû abandonner leur projet d’intégrer le corps professoral ? La pénurie des vocations a été patiemment orchestrée depuis plusieurs années, et les solutions, que l’on doit maintenant chercher dans l’urgence, mettront des années à porter leurs fruits si seulement elles ne déstabilisent pas encore plus un écosystème fragile. Maintenant, oui, nous récoltons ce que nous avons semé : nous manquons de professeurs certifiés et la nation sera obligée de recruter des vacataires dans les plus mauvaises conditions qui soient pour vite les placer devant nos enfants.

Un bon nombre de recalés en 2012 avaient préparé et présenté le CAPES alors qu’ils étaient déjà en train d’enseigner dans des classes sous des statuts divers. Il aurait été plus judicieux de les recruter en abaissant un peu plus la barre d’admission, donc en pourvoyant la totalité des 950 postes promis. Certains enseignaient depuis six ans comme vacataires, et passaient leur CAPES depuis trois ans. Ne devrions-nous pas aussi penser à eux ?

Devant ce refus d’ouvrir plus grand les portes du concours, beaucoup de candidats qui enseignent déjà dans des classes de lycées et de collèges devront recommencer une année scolaire en situation précaire. Est-ce raisonnable ? En ne pourvoyant pas tous les postes, on refuse des professeurs de huit ans d’ancienneté, comme cet enseignant :

« Je suis professeur de lycée professionnel (titulaire de mon poste) avec huit années d'ancienneté, diplômé BAC+5 en mathématiques, ayant été inspecté plusieurs fois avec de très bons rapports d'inspection et de très bonnes notes administratives, et actuellement je progresse au choix dans ma carrière. (…) Cette année j'ai présenté le CAPES de mathématiques parce que j'avais envie de changement. A ma grande surprise, je n'ai pas été admis !

Si tous les postes avaient été pourvus, je n'aurais pas témoigné et aurais accepté les règles du jeu du concours. Je me serais simplement dit que l’on avait pris meilleur que moi. Mais changer ainsi les règles en cours de route, ne pourvoir que 652 postes sur les 950 annoncés, et être doublé par des vacataires qui seront recrutés l’année prochaine selon on ne sait quelles conditions opaques, me paraît injuste. Soit dit en passant, je n'ai rien contre les vacataires, car je suis passé par là et je sais qu’il s’agit d’une situation peu enviable.

Je ne dois pas être le seul dans cette situation d'incompréhension et de sentiment d'injustice. Je rappelle que les candidats qui n'ont pas été admis étaient tout de même admissibles, voire avaient réussi un oral sur deux, donc possédaient une certaine base de connaissances et de savoir-faire, et peut-être aussi de l'expérience et une vocation à faire ce métier.

Que se cache-t-il réellement derrière ce choix de ne pas pourvoir tous les postes ? Pourra-t-on un jour le savoir ? Pourvu que la réponse ne soit pas, comme l'année dernière, que le niveau n'est pas suffisant ! Si c'était le cas, on poserait alors une deuxième question : en quoi le niveau des vacataires qui seront recrutés pour pallier au manque de titulaire sera-t-il meilleur ?

Autre chose incompréhensible : nous informer dans les journaux télévisés du 11 juillet 2012 sur Soir 3 et BFM TV, que nous avons une crise de vocation des professeurs de mathématiques dans notre pays et qu'il n'y a pas assez de candidats, alors que l'on n'a délibérément pas pourvu tous les postes offerts au concours ! »

Ce candidat est parti à l’oral malgré des notes assez basses aux écrits (10 et 8,5 sur 20) parce qu’il a pensé qu’il avait de bonnes chances d’être recruté quand on annonçait 950 postes et que seulement 1200 candidats étaient admissibles. Il n’aurait pas engagé de frais inutiles pour séjourner à Paris si on avait dit qu’il n’y aurait que 652 lauréats. Peut-on le comprendre ?

Quant aux vacataires, le problème est réel : on fait constamment appel à eux pour que nos enfants aient un professeur, sans reconnaître leurs qualités et leur vocation à enseigner. Dans le lycée d’à côté, plusieurs vacataires ont été appelés à venir corriger des copies de BAC et faire passer des oraux de rattrapage, payés des clopinettes s’ils le sont un jour. Des vacataires payés à l’heure pour donner quelques cours devant des classes, puis être remercier, ne devraient jamais être appelés pour faire passer des examens. Cela n’est pas juste.

Les vacataires admissibles qui partent à Paris pour passer les oraux du CAPES n’ont même pas droit à un traitement de faveur, et continuent à être « pressés comme des citrons », si je me fie à ce témoignage d’un candidat en mathématiques :

« J'ai été forcé et contraint la veille de l'oral, pour la première fois et dans la hâte, de corriger des copies du brevet des collèges. Dans l'intervalle des dix minutes entre ma sortie du centre de correction et l'horaire de départ du train, j'ai réussi à perdre mes billets et ainsi me trouver dans une situation indésirable dans l'optique de la préparation d'un oral. »  [2]

Pourquoi conserver tant de vacataires et d’auxiliaires qui enseignent depuis des lustres sans pouvoir être titularisés ? Ils font l’affaire pour s’occuper de nos enfants, non ? Dans les années 1980, il existait un corps d’adjoints d’enseignements (AE), intermédiaire entre le corps des professeurs d’enseignement général de collège (PEGC), aujourd’hui disparu, et celui des professeurs certifiés. Ne serait-il pas sage de recréer un tel corps dans lequel les vacataires et les auxiliaires pourraient être intégrés au bout de cinq ou six années de services loyaux en établissements scolaires, en demandant simplement une validation d’acquis professionnels ou une inspection dans leurs classes ?

 

Références bibliographiques :

[1] Collas, Aurélie. L'embauche de nouveaux professeurs va se heurter au manque de candidats. http://abonnes.lemonde.fr/. [En ligne] 12 juillet 2012. http://abonnes.lemonde.fr/ecole-primaire-et-secondaire/article/2012/07/12/l-embauche-de-nouveaux-professeurs-va-se-heurter-au-manque-de-candidats_1732718_1473688.html.

[2] Compte-rendu oraux de CAPES externe 2012 de B.M. reçu le 13 juillet 2012. MégaMaths. [En ligne] 13 juillet 2013. http://megamaths.perso.neuf.fr/echo/120713CompteRenduOrauxCAPES-BM.pdf.




par Dany-Jack Mercier (son site) lundi 16 juillet 2012 - 54 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par amiaplacidus (---.---.---.29) 16 juillet 2012 18:05
    amiaplacidus

    J’ai une remarque un peu en marge de cet article.

    Il ne se passe pas de jour que dans ce forum et d’autres, dans la presse, dans certaines conversation du café du commerce.sans que l’on entende parler des enseignants flemmards, avec des vacances interminables, des salaires mirobolants pour ne pas faire grand chose.

    Alors, je me pose une question, comment se fait-il qu’en pleine période de chômage persistant on peine à recruter des candidats pour une telle sinécure ?

    Pourquoi ceux qui envient le statut des enseignants ne se précipitent-ils pas ?

    Oserais-je penser que c’est parce que, peut-être, ils sont trop c*ns pour enseigner.

  • Par jef88 (---.---.---.115) 17 juillet 2012 11:40
    jef88

    une institutrice m’a laissé un souvenir impérissable !
    - elle m’a appris à lire et à écrire ....
    - elle avait une classe de 24 éléves
    6 en pré-préparatoire 4 à 5 ans
    6 en préparatoire 6 ans
    6 en CE1 7 ans
    6 en CE2 8 ans
    à 6 ans je lisais
    à 7 ans je lisais le journal à mon grand père !!!

    c’était une sur-diplomée ! ..... elle avait un brevet élementaire ! ! !

    Alors pourquoi un master maintenant  ?

  • Par Démosthène (---.---.---.92) 17 juillet 2012 12:02

    Les compétences du brevet élémentaire relèvent aujourd’hui d’un master...

    Sans rire, les besoins de l’industrie/finance ( oligarchie ) que je citais plus haut ne sont plus des compétences, tout au contraire...

    Moins la plèbe sera instruite et compétente, et plus il sera facile d’en manipuler l’opinion publique.

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