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Accueil du site > Actualités > Société > La phase terminale de la démocratie : la « veaucratie »

La phase terminale de la démocratie : la « veaucratie »

La phase terminale de la démocratie avant la guerre : la veaucratie

 

Il était une fois … 

Sur un territoire et à une certaine époque, un président, fort de l’appui de son peuple, décréta ce qui suit : les employeurs ne verseront plus de salaires. Pour chaque salarié, les employeurs autoriseront les banques à consentir un crédit aux salariés, crédit dont le montant mensuel correspondra à l’ancien, salaire. Moyennant le versement d’un taux d’intérêt à la banque, les employés pourront continuer à se nourrir, à se vêtir. Le président ou tel de ses ministres, fit valoir que les salariés, obligés de veiller au remboursement de leur prêt et des intérêts, ne dépenseront plus de manière irresponsable, ce qui aura des effets bénéfiques sur le niveau des prix des fruits et des légumes proposées par les marchandes de quatre saisons. Les citoyens bien respectueux pour cet homme si savant et occupant d’aussi éminentes fonctions, firent brûler des cierges pour remercier ce dernier de ce qu’il leur apportait comme bienfaits.

Les propriétaires des banques furent très contents. Ce projet était dans leurs cartons, mais il leur fallait trouver un homme politique qui ferait avaler la fable à l’opinion publique. En prêtant de l’argent (qu’ils n’avaient pas plus aujourd’hui qu’hier pour ce faire) ) ils allaient gagner des fortunes sous forme d’intérêts que les citoyens devaient désormais leur verser. Et puis, à chaque nouveau prêt demandé par les citoyens, (certains prêts étant demandés pour rembourser le prêt en cours) les propriétaires des banques pourront mettre des conditions : « Si vous ne voulez pas que je vous prête à un taux d’intérêt qui risque de vous étrangler, il faut m’obéir. Par exemple, il faut me vendre votre maison, ou engager un chauffeur de telle société de mes amis, qui conduira votre voiture. Et il faut que vous fassiez des économies : au lieu de manger de la viande trois fois par semaine, vous mangerez des œufs. Etc… »

Certains propriétaires de banques, tout en ayant à l’esprit ce qui vient d’être dit, eurent l’idée de se débarrasser des citoyens contestataires : Ils leur donnèrent le besoin de se battre entre eux. Ce qui fait que les citoyens empruntèrent pour acheter des gants de boxe, puis empruntèrent pour acheter des onguents et des médicaments lorsqu’ils eurent le visage tuméfié (les fabricants d’équipements sportifs et les laboratoires pharmaceutiques étant de leur côté des clients ou des amis des banquiers ou les banquiers eux-mêmes qui avaient investi dans ces affaires).

Sur ce territoire et à cette époque, les citoyens, à chaque fois qu’ils se déplaçaient pour voter, se prononçaient pour cette loufoquerie. Qui les appauvrissait, qui les réduisaient en servitude, quand elle ne les conduisait pas à la mort.

 

Puisqu’ils votaient on disait qu’ils étaient en démocratie.

Comme ils étaient contents de porter à leur tête des dirigeants qui les faisaient patauger dans leur malheur imbécile, on pensait, en reprenant la formule du général de Gaulle, qu’ils étaient des veaux.

C’est ainsi qu’est né le terme de « veaucratie », qui désigne le système politique dans lequel les citoyens sont contents de voter pour des individus qui les réduisent en servitude, en les prenant, au passage, pour des sots.

 

Drôle d’histoire ?

Cette histoire abracadabrante c’est en réalité notre histoire. Et notre vie présente.

Des hommes politiques ont accepté, en osant se considérer comme les représentants de la Nation, le système d’émission de l’argent par voie de prêts bancaires.

C’est ce que les Américains doivent à Wilson qui a, avant de le regretter et de se rendre compte de l’énormité de ce qu’il avait accepté, mit en place les idées folles des banquiers européens. Qui ont installé aux USA, sous l’appellation de FED, leur système d’émission de la monnaie par la voie de prêt à intérêt « consenti » au gouvernement.

C’est ce que les Français doivent à MM. Pompidou (président de la République) et Giscard d’Estaing (ministre des finances) qui ont, en 1973, installé en France à peu près la même mécanique (M. Sarkozy la réinstallant), imposant à l’Etat de se financer auprès des banques privées et des marchés financiers. Lesquels engrangent des intérêts et imposent leurs conditions. Donc décident de l’ensemble de la politique. Mécanique monstrueuse reprise dans les traités européens.

C’est ce que les citoyens des pays pauvres, (qui resteront ce faisant pauvres et dépendants), doivent à d’autres hommes politiques qui leur ont fait croire que le développement de l’Afrique (entre autres) peut ou doit se faire par des prêts ( banque mondiale, FMI, …) aux conditions aberrantes (pour les Etats pauvres, pas pour les groupes étrangers) des « plans d’ajustement structurels » ( qui ressemblent à s’y méprendre, ce n’est pas un hasard, à ce que les Européens artificiellement endettés sont priés de faire pour continuer à s’endetter sans fin et jusqu’à ce que l’Etat soit dépouillé de tout par sa classe politique, y compris de ses compétences).

Pourtant les citoyens ont le droit de vote. Lors des élections, ils se tuent même parfois pour faire gagner le jack pot à leur champion. (En Afrique, on a coutume de dire que la démocratie progresse quand les élections ont été simplement truquées et que les électeurs ne se sont pas entretués).

 

Nous sommes donc en veaucratie.

Système politique dans lequel l’élection existe, mais ne sert à rien aux citoyens auquel le droit de vote est concédé après avoir été limité

 

La neutralisation du droit de vote a traditionnellement pris la forme de réforme du mode de scrutin en fonction du résultat à atteindre. Selon la technique de calcul utilisée, le contenu de la même urne peut donner des résultats différents. Y compris faire attribuer un, la plupart, ou tous les sièges au candidat ou au parti qui sont minoritaires en voix.

 

A l’époque moderne, c’est plus simple. La détermination de la politique, dont l’élection en est théoriquement le moyen, est enlevée aux représentants sur les points essentiels : émission de la monnaie, crédit, règles économiques, traitement social de la population. Les règles dont s’agit sont placées dans des traités, dont le texte est imaginé par les représentants des intérêts à défendre, traités dont le contenu « doit » impérativement être mis en œuvre par les classes politiques, et dont l’application ne peut pas être paralysée par les tribunaux.

En Union soviétique, les élus d’un même parti devaient mettre en œuvre une certaine politique. En Europe et ailleurs , c’est en quelque sorte la même chose, mais en plus extraordinaire : le multipartisme existe, mais chaque parti a l’obligation de mettre en œuvre une politique décidée une fois pour toutes et d’appliquer les mêmes directives.

 

Quant aux individus qui détiennent l’initiative et l’usage de la décision (compétence législative ou réglementaire), qui ont permis que ce système soit traduit dans les traités ou dans les lois de l’Etat pour être imposé légalement aux citoyens, ce sont nécessairement des imbéciles ou des corrompus.

Des imbéciles parce que ne pas se rendre compte que confier l’émission de la monnaie et le contrôle du crédit au secteur privé est une monstruosité, ne pas voir les conséquences qui ont découlé du système depuis qui a été installé, révèle un manque criant de bon sens (doublé d’une ignorance crasse de l’histoire et des techniques financières).

Des corrompus (ou des individus qui acceptent la corruption des autres pour pouvoir faire carrière), parce que dès lors qu’on a compris la mécanique, et qu’on a identifié qui gagne et qui perd, comment et à quel prix, et qu’on accepte d’occuper des fonctions pour mettre en place et pour faire fonctionner un tel système (alors qu’on est censé faire prévaloir l’intérêt général qui se situe exactement aux antipodes) on en tire forcément des avantages personnels. Immédiats ou différés.

Ou parfois les deux. Etant entendu que s’emplir les poches et obéir au donneur d’ordre qui récompense, n’a jamais réclamé beaucoup d’agilité intellectuelle.

 

L’acceptation de fait de la mécanique par les citoyens, alors même que cette dernière a des effets négatifs sur la situation de ces derniers, est, en dehors de la tendance naturelle des individus à se comporter comme des « veaux », obtenue par l’utilisation de diverses techniques de manipulation : entre autres ( et en vrac) fabrication de pseudo lois économiques présentées comme de véritables dogmes religieux, avec des argumentaires concoctées (+) par les intéressés et relayés par ce qui est sous contrôle (universitaires, personnel politique, « spécialistes », virtuoses du copier-coller ou lecteurs de prompteurs des divers médias), privation d’information ( reportages sur les embouteillages ou la vie des animaux, interviews de joueurs de football, multiplication des jeux télévisés, … au détriment des informations sur les faits dans les journaux télévisés).

Le tout forgeant les goûts, les habitudes, et les réflexes des citoyens, qui n’ayant pas matière à s’interroger sur les faits, se déterminent sur des stimuli.

 

Ce qui fait que les campagnes électorales consistent à provoquer chez les électeurs, non une réflexion sur leur niveau de vie dans la société, mais un « réflexe de Pavlov » à partir de stimuli. Appelé, pour les êtres humains titulaires d’une carte d’électeur, le « réflexe du veau ». L’évocation des immigrés, de l’insécurité, le concept de guerre des civilisations sont « payants ». Divers slogans ou des promesses que les électeurs sont conditionnés à réclamer, le sont également parce qu’ils plaisent aux électeurs. Que le slogan soit creux ou que la promesse ne soit ultérieurement pas tenue ( ne serait-ce que parce qu’elle ne pouvait l’être) importe peu, puisque c’est tout de suite qu’il faut obtenir le vote. Le dévoiement du mandat représentatif et l’absence de contrôle des élus (la nouvelle élection provoquée à son tour par des stimuli, est d’ailleurs rarement une sanction. Les élus corrompus, qui ont volé leurs concitoyens, sont d’ailleurs réélus triomphalement dès qu’ils ont accompli leur peine.

 

La question est (ou serait) de savoir comment sortir de la veaucratie. Pour aller vers ou retourner vers une société qui pratique dans les faits le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple.

 

Les citoyens se réveilleront-ils ? Peu probable. Parce que la société a été progressivement morcelée et parce que la baisse des revenus et des niveaux de vie a été faite progressivement. Ce à quoi les gens se sont habitués. Et ce qui exclut la panique ou la vague d’angoisse provoquée par la perspective immédiate d’un danger personnel, qui, elles, pourraient engendrer une réaction.

 

Un homme politique se dégagera-t-il qui servira de catalyseur et rassemblera la majorité des citoyens autour de lui ?

Peu probable. Compte tenu de ce qui vient d’être dit. Et compte tenu du fait qu’un tel « sauveur » sera probablement assassiné, dès lors qu’il ne pourrait, en remettant l’émission de la monnaie, le contrôle du crédit et la détermination de la politique entre les mains de l’Etat, que porter atteinte à des acquis colossaux (v. la fin de ceux qui voulaient émettre une monnaie étatique, distincte de celle des banques, notamment du dollar de la FED : Lincoln, Kennedy, Khadafi ; v. la fin des dirigeants qui avaient voulu que l’exploitation des richesses de leur sous sol profite aussi à la population : Mossadegh, Lumumba, Modibo Kéita, Allende, et une multitude d’autres leaders qualifiés de noms d’oiseaux, pour justifier leur élimination aux yeux des veaux).

NB. Ce qui fait que bon nombre de dirigeants des pays pauvres, n’appartiennent pas, puisqu’ils vivent, (heureux, repus et riches qui plus est) à la catégorie de ceux qui sont gênés, de ce que, dans leur pays, une bonne partie de la population ne mange pas à sa faim, ne peut pas se soigner, ne peut envoyer ses enfants à l’école.

 

Il nous paraît plus vraisemblable que l’on sortira de la veaucratie par la guerre. Après une crise financière d’importance dont on connaît les recettes. Guerre provoquée par ceux qui ont installé et ont profité de la veaucratie. Car la guerre peut être nécessaire pour sauver le système.

Si les citoyens acceptent en veaucratie qu’une minorité capte l’essentiel de la richesse à leur détriment, le système crée quand même un déséquilibre qui menace à terme la situation acquise par la minorité. Tout simplement pour des raisons démographiques : une poignée d’individus aux poches remplies est objectivement en danger lorsqu’elle se trouve au milieu d’une masse énorme de gens au ventre vide.

 

Le rétablissement de l’équilibre passe par l’élimination d’une partie de la menace : élimination de populations entières par la diffusion de virus ; élimination de couches des populations laissées pour compte sur les champs de bataille.

La guerre quant à elle permet de dégager des fortunes : pour les propriétaires des banques, les intérêts des prêts consentis pour financer la fabrication des armements, et ensuite pour financer la reconstruction ; pour les propriétaires des sociétés, la vente des armements puis du béton.

 

L’histoire montre qu’à la suite des conflits, l’intérêt général l’emporte temporairement sur le financier et l’économique. Certes le financier et l’économique profitent de l’occasion (v. ci-dessus), mais ils sont mis, par le politique, au service de l’intérêt général. En attendant un nouveau cycle, dans lequel, progressivement, les politiques œuvreront pour les intérêts particuliers (des mêmes) et le bulletin de vote des citoyens perdra, pour ces derniers (et à nouveau) son utilité.

 

Marcel-M. MONIN

M. de conf. hon. des universités

Docteur d’Etat en droit

Secrétaire général de l’Université Technologique du Développement

 

31/08/2015


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6 réactions à cet article    


  • jef88 jef88 15 février 13:40

    proposition orthographique : veauter au lieu de voter ......


    • colere48 colere48 15 février 14:46

      En Union soviétique, les élus d’un même parti devaient mettre en œuvre une certaine politique. En Europe et ailleurs , c’est en quelque sorte la même chose, mais en plus extraordinaire : le multipartisme existe, mais chaque parti a l’obligation de mettre en œuvre une politique décidée une fois pour toutes et d’appliquer les mêmes directives.

      En quelque sorte la question des années 60 reste totalement d’actualité :

      « Quelle est la différence entre le marxisme et le capitalisme ?
      Il n’y en a pas, le marxisme c’est l’exploitation de l’homme par l’homme, le capitalisme c’est l’inverse ! »

      Et vice et versa et ainsi de suite !!!  smiley


      • JBL1960 JBL1960 15 février 15:58

        Heu ! Arrêtons de veauter alors ? Tout à fait dans le thème, mon dernier billet de blog, ici https://jbl1960blog.wordpress.com/2016/02/15/le-monstre-est-tentaculaire/ smiley


        • Odin Odin 15 février 18:45

          je suis 100 % en accord avec votre article.

          Cordialement

          • Le421 Le421 15 février 20:15

            Si le fait de voter servait à quelque chose, il y a longtemps que ce serait interdit. Coluche.

            Démocratie. Loi du peuple, loi de la majorité.
            Il suffit d’avoir une majorité d’imbéciles pour avoir des dirigeants à la con.
            Persuadé que les idiots votent à droite, je comprends pourquoi les français votent et voteront toujours à droite, expliquant pourquoi nous serons éternellement dans la merde.
            N’ayant pas essayé la (vraie) gauche depuis que je suis né, je suis persuadé d’avoir raison.
            Les plus cons veulent voter extrême droite en pensant que ça les changera de la droite.
            Voter pour des royalistes avocats et châtelains, je pense que ce sera le summum.

            Mais il est vrai que dans ce pays, on est jusqu’au boutistes... Surtout dans la connerie.


            • De Bredevan marc (INFOTOX) De Bredevan marc (INFOTOX) 16 février 11:45

              Démocralisme, le pouvoir citoyen exercé au sein d’une société mondialisée, inter et ultra-connectée qui assume pour elle-même et, surtout, par elle-même, toutes les responsabilités politiques.

              Le démocralisme n’est, pour l’instant, qu’un néologisme mais ce projet d’un système entièrement fondé sur l’authentique représentation citoyenne au sein des leviers du pouvoir marque une rupture totale avec tout ce qui existe jusqu’à présent et dont on s’obstine à maintenir un fonctionnement visiblement bancal et décalé vis à vis des discours en forme de slogans récurrents proférés par tous les élus qui, invariablement, se disent au service de tous les citoyens alors, qu’au mieux, ils n’en « représentent » qu’une partie souvent minoritaire !.

              Pour alimenter, contribuer au débat, suivez le lien ci-dessous
              Article sous forme d’ébauche de nouvelle théorie politique à lire sur AgoraVox

              http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/democralisme-le-pouvoir-nouveau-en-177690

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Marcel MONIN

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