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Accueil du site > Actualités > Société > La souffrance au travail scolaire, pour la France, une bataille prioritaire (...)

La souffrance au travail scolaire, pour la France, une bataille prioritaire ? (troisième et dernière partie)

Ces derniers mois, des incidents plus ou moins violents ont ponctué l’actualité des établissements scolaires et suscité des vives réactions tant du côté des responsables institutionnels que des citoyens. Alors que l’on sait qu’un état intérieur de souffrance peut pousser des personnes, qu’elles soient juvéniles ou non, à des actes inquiétants voire dramatiques, les élèves et les adultes qui les encadrent ne sont-ils pas confrontés à cette problématique ? Cet article, comme les précédents, apportent des éléments de compréhension et de discussion sur « la souffrance au travail scolaire », phénomène qui mérite d’être pris au sérieux car c’est l’avenir de notre nation qui est concerné.

Contenu des deux premiers articles
http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/la-souffrance-au-travail-scolaire-60764
1 La souffrance comme violence faite à soi et aux autres et le pathologique
2 La souffrance comme violence faite à soi et aux autres et le scolaire

http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/la-souffrance-au-travail-scolaire-62161
3 La souffrance comme violence faite à soi et aux autres et la soumission à l’autorité

4- La souffrance comme violence faite à soi et aux autres et les changements scolaires porteurs d’un avenir meilleur
 
Nous avons tenté dans les deux articles précédents de comprendre les raisons de la souffrance au travail scolaire et son impact néfaste qui touche une partie des personnels des établissements scolaires ainsi que de nombreux élèves. Répétons-le, 150 000 jeunes quittent le système éducatif sans diplôme avec un niveau de la classe de 5ème, ce qui les affecte plus qu’on ne le croit. Nous avons aussi montré, à l’aide de diverses études, que cette souffrance n’est pas éloignée de celle que les travailleurs en entreprise ou dans les services rencontrent. Afin de dépasser cet état des lieux des organisations professionnelles défaillantes, il est nécessaire de partager les pistes de réflexion qui permettraient de sortir des ornières ou des impasses. En ce sens, les constats précédemment énoncés sur notre système scolaire nous invitent à envisager les changements possibles.
 
=> Une mise en garde concernant une dérive en matière de travail en équipe scolaire et en réponse, une démarche alternative au sein de chaque école ou établissement
 
Travailler aux changements porteurs d’avenir n’est pas une sinécure. Cela passe par des débats éclairés, d’autant plus que, face à la souffrance au travail, une idéologie défensive du métier peut se développer dans une spirale pernicieuse. Pascale MOLINIER[1] y voit un blocage inquiétant car, dans ces situations problématiques, « nul ne sait plus comment transformer l’organisation du travail pour mieux travailler et de façon moins douloureuse, le rapport au réel est perdu »[2]. Concrètement, en lieu et place de discussions portant sur les activités, les objectifs et les règles des métiers de l’Ecole, les conflits entre personnes ou groupes soudés prennent souvent le dessus. Ils peuvent virer vers une sorte d’aliénation culturelle en focalisant les rencontres sur des points de doctrine évitant ainsi de parler des problèmes concrets qui sont posés, par exemple, dans la prise en charge des élèves. Ils se traduisent parfois en actes violents (agressions physiques ou verbales, harcèlements ou mises à l’écart de collègues…). Les tentatives pour pacifier ces situations se heurtent à une limite liée à l’authenticité de la demande et de la participation des professionnels présents. Certains jouent un double jeu cherchant à empêcher la discussion, à ruiner les efforts en cours dont ils pensent a priori qu’ils les desserviront à l’avantage des « autres ». Telles sont les situations que l’on peut rencontrer dans certaines écoles ou dans certains établissements.
 
Le drame est que cette incapacité à lever les dénis, à communiquer sereinement et à traiter efficacement les problèmes trouve aussi sa résultante dans l’appauvrissement des rapports entre des professionnels de l’Ecole, des élèves et leurs familles[3]. Eric DEBARBIEUX insiste sur cette dégradation des liens et de leur sens. « Qu’on le veuille ou non, dit-il, la relation pédagogique - un mot devenu imprononçable en France - est au cœur du problème ! »[4] C’est pourquoi des experts de la psychosociologie des organisations ou d’autres de la relation pédagogique[5] insistent sur la nécessité d’un lieu tiers de parole dans chaque établissement (si cela se révèle nécessaire et en fonction des tensions qui y sont vécues).
 
Sur la base d’objectifs, de règles et de moyens humains et matériels clairement définis et d’une déontologie garante du respect des personnes, ces lieux se constituent en groupe de travail, en séminaire de réflexion et de recherche ou en instance de supervision. Ils permettent l’énonciation des ressentis, le partage d’informations et l’élaboration de représentations pour dépasser les blocages en cours. En levant le voile de la dimension psycho-socio-dynamique qui existe dans tout groupe humain, ces lieux concourent aux formulations des changements nécessaires, venant en appui des autres instances consultatives ou décisionnelles des établissements. Toutes les personnes de la communauté scolaire, élèves comme adultes, en bénéficient car le dialogue vrai est la seule source de décisions constructives et d’engagements durables.
 
=> De s repères et des indicateurs pour gérer la souffrance au travail scolaire
 
Face à la souffrance au travail scolaire, il semble aussi nécessaire de rassembler des repères et des indicateurs permettant d’éclairer les actions des professionnels de l’Ecole mais aussi de celui des élèves et de leur famille. Tout expert qu’il soit médical, social, économique ou technique utilisent des jalons pour guider ses travaux. Face aux blocages ou aux délitements qui engendrent de la souffrance, est-ce inconcevable de définir des clignotants qui enclencheraient prioritairement des actions individuelles et collectives ? La tristesse d’un élève replié sur lui-même, l’excitation inconsidérée d’un autre en lien avec sa difficulté à réaliser un travail demandé, les insultes qui blessent et qui durent malgré les sanctions, le mépris qui devient l’unique réponse dans une escalade de l’incompréhension, la solitude professionnelle, le cumul de ressentiments au sein d’une équipe, les désaccords durables qui gênent le progrès collectif, l’absence de dialogue qui concourt au maintien de situations nuisibles, etc. sont autant de faits négatifs qui mériteraient d’être mieux analysés et travaillés dans le cadre d’une politique éducative humaniste et d’un management scolaire éclairé. Une communication adaptée en direction des acteurs de l’Ecole, des élèves, de leur famille et de la communauté scolaire en général permettrait alors de réduire les dégâts actuels.
 
=> La nécessité d’un nouveau débat national
 
Au préalable à une mise en œuvre d’une politique locale de réduction de la souffrance au travail scolaire, un grenelle de l’Education (avec des assemblées locales) serait surement souhaitable afin que le déni des réalités soit levé, qu’un état des lieux soit effectué sur la base d’analyses pertinentes (nous l’avons vu, des experts en ces domaines et des études gouvernementales ou universitaires fiables existent mais restent trop confidentielles). Ces débats ouvriraient les consciences sur les finalités prioritaires du système éducatif et sur les expériences dynamiques transférables. Des changements porteurs de progrès et de justice pourraient alors prendre forme.
 
En 2004, le Débat national sur l’avenir de l’Ecole[6] a œuvré en ce sens et eu le mérite de dégager quatre lignes de force essentielles :
- faire réussir tous les élèves en s’assurant de ce qu’ils maîtrisent ;
- éduquer en plus d’instruire ;
- construire un partenariat Ecole/parents ;
- rapprocher l’Ecole de la Nation.
 
Les constats inquiétants de l’évolution de notre système scolaire montrent que nous sommes loin d’avoir atteint ces objectifs. Un nouveau débat national (cinq ans après le premier) aurait le mérite d’aiguiser les consciences et les mesures envisageables, grâce aux nouvelles lectures et données qui nous sont offertes. Lors de ces rencontres, les formations des équipes scolaires à la gestion du stress, à la dynamique de groupe, à la prise de parole appropriée en situation de conflit, au travail en équipe et à la compréhension des situations de souffrance scolaire font partie de ces éléments qui pourraient être éclairés et débattus. 
 
=> Projet d’Ecole et projet de société
 
En ces temps de crises, de mutations qui soulèvent bien des incertitudes et des carrefours décisionnels d’un point de vue politique (au sens premier du terme, rappelons-le, polis = vie de la cité), les professionnels et les citoyens en général ont intérêt à peser le sens de la souffrance au travail mais aussi celui de leurs actes et de leurs choix existentiels à propos de l’incontournable « vivre ensemble ». La souffrance au travail témoigne du chemin qu’il nous reste à faire. Sa reconnaissance dans le monde de l’Ecole est une bataille prioritaire car il en va de notre avenir. Elle offre une porte d’entrée signifiante et éloquente pour rappeler ce qui fonde une communauté humaine durable et pour dégager des modes d’organisation et de relation plus adaptés à notre époque.
 


[1] Pascale MOLINIER, Les enjeux psychiques du travail, Petite Bibliothèque Payot, janvier 2008
[2] Opus déjà cité, p 218
[3] A propos des relations entre les acteurs de l’Ecole et les familles, Le Figaro du 14 octobre 2007 titrait Les parents, premiers agresseurs des enseignants en s’interrogeant sur l’impossibilité de communication entre les uns et des autres. Si certains parents ont des comportements inadaptés, ne peut-on pas toutefois penser que les professionnels scolaires devraient construire un vrai dialogue avec les familles afin d’anticiper tout malentendu. Il est vrai que la Nation demande beaucoup à l’Ecole alors que les formations de ses acteurs et les moyens à leur disposition en matière d’accueil des familles sont insuffisants. 
[4] Déjà cité
[5] Emmanuel DIET déjà cité (liste et références en cours d’établissement)
[6] Commission nationale sur l’avenir de l’Ecole, Les Français et leur Ecole, le miroir du débat, DUNOD, avril 2004
 

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1 réactions à cet article    


  • King Al Batar Albatar 29 octobre 2009 17:29

    Ca doit être dur d’écrire un article pour voir aussi peu de réactions......

    Je n’ai pas pu le lire jusqu’au bout.

    Histoire de faire le petit con jusqu’au bout......

    Bon Courage !

    Albatar

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LESCAUDRON Didier

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