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Accueil du site > Actualités > Société > Le « cosplay » révèle-t-il une face de notre société ?

Le « cosplay » révèle-t-il une face de notre société ?

« Cosplay » Ce mot-valise fait de costume et de playing, illustre le fait de jouer le rôle de ses personnages (héros de jeux vidéo, de manga ou de films). Il s’agit d’imiter leurs costumes, leurs cheveux (avec une perruque) et leur maquillage. C’est aux Etats unis qu’est née l’idée de reproduire des personnages fictifs, tout particulièrement dans les années 70 et 80, avec des « Masquerades » consacrées à des imitations de personnages de Star wars ou de Star treck. Mais c’est au Japon, dans les années 90, que le cosplay a pris le plus d’ampleur, avec des conventions comme le « World Cosplay Summit ». Organisée par la télévision japonaise à Nagoya, au Japon, cette manifestation a réunit des représentants de 15 pays en 2009 contre 4 l’année de sa création, en 2003. Cette imprégnation japonaise a fait que le cosplay a vite été rangé dans la catégorie des « Manga ». Mais ce serait ignorer sa dimension internationale, et notamment française. Car, si, en France, on ne compte que 1500 adeptes fidèles, cette minorité active gagne en notoriété. Car en Europe, et particulièrement en France et en Italie, le cosplay a une dimension théâtrale. La plupart des « cosplayers » font eux-mêmes les costumes qu’ils présentent une seule fois à des concours dans lesquels ils miment des combats, récitent des dialogues ou chantent. Ces costumes peuvent être spectaculaires, avec des coiffes, des capes ou des ailes. Cependant, l’originalité de ce mouvement est la place qui y est prise par les femmes. Qu’elles soient de style lolita ou dans le rôle d’une reine, leur présence est centrale.
 
Pourquoi ce mouvement séduit-il ?
 
N’oublions pas que ce mouvement reste relativement confidentiel, à l’échelle des cultures jeunes « underground ». En effet, combien de gens ignore cette pratique et n’on jamais croisé de cosplayeurs ? Mais quand cela se produit, on peut se poser la question ; Que se passe-t-il dans leur tête ? Pourquoi s’engagent-elles et ils dans ce mouvement et s’exhibent-ils et elles comme ça ? Chaque individu a une tripe socialisation. D’abord son milieu familial, qui joue un rôle non négligeable. Mais aussi ses fréquentations, à l’école par exemple. Et puis, au troisième niveau, sa sensibilité aux codes véhiculés par la société et par les médias. Et vous ne saurez jamais quelle est la sphère qui a poussé à adopter telle ou telle posture. Ce peut être pour ennuyer les parents, pour faire comme la copine ou parce qu’on a une idole en vue…
 
 Le mouvement cosplay a d’ailleurs été popularisé- il est vrai, à la marge - par la chanteuse Gwen Stephani, en 2004, avec les Harajuku Girls. Harajuku est d’ailleurs le nom de l’ancien quartier olympique de Tokyo, devenu le centre incontesté de la mode et un pole pour toutes les cultures alternatives, et c’est aussi le nom du mouvement qui englobe le cosplay.
 
Leur univers n’est pas éloigné de ces jeux de rôles ludiques qui existent depuis plus de trois décennies maintenant. Incarnant des personnages, mis en situations, ces joueurs s’appuient dans leur jeu sur un imaginaire sans qu’il n’y ait de gagnant ou de perdant, participant à une histoire, interprétant un rôle et faisant évoluer leur personnage, comme dans le jeu « Donjon et dragon » ou plus récemment World of Warcraft. Comme pour le cosplay, il s’agit bien là de se reposer sur le principe de la simulation et sur son utilisation comme moyen de la pratique ludique. En ce sens, le cosplay est bien inscrit dans les codes de la société contemporaine.
 
Ce mouvement s’inscrit donc aussi, par la création de costumes, dans le courant « DIY », (do it yourself), qui se traduit dans la société par la customisation de ses vêtements, par de nouvelles pratiques culinaires, ou par l’essor des jardineries et des magasins de bricolage.
 
 Ce mouvement peut aussi s’identifier aux les excentricités de la chanteuse Lady Gaga, sans aller jusqu’à se reconnaître dans le costume de viande de la chanteuse lors des derniers MTV music Award.
 
 Initialement réservé au Théâtre et à ses acteurs, ou dans le rôle de l’usurpateur qui se fait passer pour un autre, le principe de simulation s’est progressivement développé dans diverses sphères sociales. Aujourd’hui, on apprend à piloter sur simulateur dans l’armée mais aussi à conduire ainsi dans les auto écoles. On observe des simulations de projets architecturaux dans les journaux, des simulations historiques, etc…Maintenant, avec la Wi et l’ordinateur, tout le monde a accès à la simulation. Loin de son image initiale de feinte et d’usurpation, la simulation est devenue un moyen ludique d’entrée dans l’imaginaire.
 
 De plus, notre époque post moderne reste marquée par le mythe du « puer aetermus », soit de l’enfant éternel espiègle. Réalité augmentée, individu multiple, socialisation ajoutée : il n’est pas étonnant que les jeux de simulations de rôles et de représentations sociales trouvent leur public.
 
Un mouvement qui englobe différents styles
 
Au Japon, le Cosplay n’est pas monolithique et se subdivise en différents styles, tels que le Visual kei, l’Oshare kei, le Décora, et les Lolitas. Et pour bien illustrer le fait qu’il s’agit d’un mouvement diversifié, chaque style se décline ensuite. Le Décora en Pink décora (les tenues roses) le rainbow décora (les tenues multicolores les plus chargées possibles) et le Kirugumi Décora, (avec un gros costume en forme d’animaux ou de personnage). Le visual kei est un genre différent, apparu dès les années 80 au Japon, basé sur un courant musical s’inspirant du punk rock autant que du heavy et du black metal. L’oshare kei est apparu en 2001 au Japon, se caractérise souvent par une coupe de cheveux très effilée, dégradée et déstructurée, avec parfois deux couleurs de cheveux contrastantes. Contrairement au visual kei, plutôt noir, l’oshare kei mise sur la superposition de motifs colorés, de bijoux et de bracelets.
 
 Les lolita peuvent être classique, country, sweet, dark, gothics, ou aristocrat… Une sweet lolita sera dans des couleurs pastel ou blanc, avec des formes très bouffantes et une omniprésence de détails, dentelles et rubans, et de rappels de l’enfance dans des imprimés, comme des pâtisseries, des jouets ou des peluches. S’inspirant de la mode rococo du XVIIIe français, le maquillage est doux. A l’inverse, les gothics lolita sont le plus souvent en noir et blanc, avec éventuellement du rouge ou du violet. Tout en gardant un coté enfantin, les lolitas gothics présentent des motifs gothiques classiques, comme des voiles ou des croix. Quant aux lolita Aristocrat, elles portent des robes ou des jupes longues avec des collets et des jabots, et s’inspirent de l’époque victorienne.
 
 À la différence des mouvements punk et hippie auquel il emprunte quelques codes et certaines valeurs, le mouvement cosplay n’a aucun propos social autre que celui de l’anti-conformisme et du droit à la différence. Les cosplayeurs, adeptes du cosplay, vivent une vie en parallèle mais sagement. Les cosplayeurs sont des jeunes qui rangent et nettoient après une fête, et qui redeviennent eux-mêmes une fois le déguisement retiré. Aucune revendication, ni même jugement sur la société ne fait partie de leur univers.
 
 Sur le plan musical, à part le hardcore techno et le j-pop, le cosplay se retrouve dans des styles tout aussi inoffensifs. On le retrouve en effet dans le « para para » qui est une sorte de danse inspirée du disco, avec des mouvements des bras et des jambes, mais aussi, pour une partie (excluant notamment les gothiques) dans le « caramel dancing » qui est une danse à caractère enfantin, dont le principe est d’agiter ses mains autour de sa tête comme des oreilles de lapin, en ne bougeant que la tête.
 
Quel avenir pour les cosplayeurs ?
 
Parfois, les cosplayeurs utilisent un pseudonyme, comme Maral Agnerian, connue sous le nom de « Sarcasm-hime » (princesse du sarcasme). Son objectif est d’adapter le 2-D à notre réalité et crée ses vêtements et ses coiffures comme des œuvres. Elle croit beaucoup à l’esprit de communauté qui permet de répandre des informations et des connaissances entre cosplayeurs.
 
 D’autres se font un nom, comme Pikmin Link, qui fait des apparitions professionnelles dans des costumes de personnages lors d’évènements organisés par des entreprises de jeux vidéo.
 
Alors, aujourd’hui, les adolescents ne suivent plus les codes et n’écoutent plus la musique de leurs parents. Maintenant, ils ont leur propre culture et maîtrisent les outils modernes. Durant les années passées au collège, de l’âge de 10 ans à celui de quatorze ans, les adolescents sont confrontés à un monde dur et exigeant, et à une obsession familiale de réussite. Seuls 10% d’entre eux vont mal, mais tous ont besoin d’être soutenus et encouragés. Ce mouvement regroupe d’ailleurs des adeptes de tous les âges, et il n’est par rare de croiser des « cosplayeur » de trente ans ou plus. Dois-t-on y lire une forme de société juvénile ? Ou tout simplement accepter ces pratiques comme un loisir comme un autre ? D’ailleurs, qui n’aimerait pas avoir des « cosplayers » dans ses soirées ? Il est possible que ces pratique de déguisements soignés gagnent non seulement le monde de la nuit, mais aussi celui de l’évènementiel.
 
 Alors, si votre ados veut s’inscrire à un concours de cosplay, sachez qu’il ou elle devra réaliser au moins 50% de son costume, ce qui représente du travail et une formation en soi. Et comme les ados changent de profils de vie tous les six mois ou presque, ne vous inquiétez pas. Du reste, ce mouvement est bien inoffensif, comme nous l’avons vu, sans lien ni avec la drogue ni avec la violence. Inoffensif sauf peut-être pour le porte-monnaie, quant on sait combien coûte un costume…
 
 Eric DONFU 

 


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8 réactions à cet article    


  • pallas 11 décembre 2010 11:36

    Le cosplay n’existe pas, mis à part moi personne d’autre n’interviendra.

    La chaine Nolife.tv, est extrêmement Beauf, personne ne s’abonne, coulant à pique, et ce veut chaine du Cosplay et de toute la médiocrité de la société japonaise qui est dans le mur en terme de civilisation.

    Ultra paupérisation de ça classe moyenne, pauvreté, de la télé poubelle, la mort de l’art, de la culture, un nationalisme qui devient trop exacerbé, la violence qui est du même niveau qu’en France, les cités, les gang, une société ressemblant à La Grande Bretagne.

    En France via les quelques médias (Nolife.tv), disant que la société japonaise est manga à fond, détruit et empêche tout débat réel sur l’ampleur de la destruction du Japon car faisant dans la caricature de ce valeureux peuple en perte d’ identité.

    Il n’y a pas de renouvellement de génération, un grave déficit des naissances, les gens ne s’intéressent à rien, mis à part que tout est de la faute de la Chine et Russie de leurs déboires, ou des USA, aucunes remises en cause.

    Le Japon fait la moitié de La France terme de superficie et deux fois plus d’habitants vieillissant.

    Les quelques jeunes faisant dans le Cosplay font partie de la petite bourgeoisie et ne représente pas la masse des jeunes qui vivent dans la pauvreté absolu.

    Le Cosplay n’existe pas en France, mis à part quelques individus voulant crée une communauté qui n’existe pas, s’auto proclamant comme tel.


    • King Al Batar King Al Batar 11 décembre 2010 14:07

      Mr Pallas, je vous trouve sytématiquement dur et très alamriste en ce qui concenrne le déclin des civilisations.

      Certes il y a un très grave problème de natalité au Japon qui fait que, à moins d’une revolution sexuelle ou le peu de jeunes se mettent à se reproduire dans des proportions allucinante, il y a un risuqe d’extinction à plus ou moins long terme.

      Mais vous savez la multiplication des ndividus n’est pas un phenoène impossible. Quand vous songez que les palestiniens sont passé de 800 000 individus en 1948 à 4 millions aujourd’hui. Et pourtant ce peuple ne vit quand même pas dans des conditions idéale pour se multiplier. Je dirais même que ceux qui pense que les Israeliens intente un génocide sur ce peuple, ont la preuve par ses chiffres qu’ils se trompent, ou alors que les Israeliens sont particulièrement pas doué dans ce domaine ? smiley Mais revenons à nos moutons, le Cosplay c’est pas bien méchant, et cela fait quand même plus partie de la culture japonaise que vous semblez l’annoncer. Vous parlez de bourgeoisie, a mettre en contraste avec une pauvreté absolue, mais je pense sincèrement que vous êtes alarmiste, et qu’il faut laisser le divertissement pour ce qu’il est : du divertissement.

      Heureusement que les Japonais savent s’amuser, avec leur humour décalé, et c’est quand même pas mal que les cultures se croisent et que nous pratiquions les mêmes divertissements. Au moins ca change de la culture américaine qu’on nous servait quand on était gosse. Perso j’ai 31 ans, et j’ai grandi en mattant tous les mangas qui sont aujourd’hui devenus « ringard ». Eh bien ca m’aurait éclaté de pouvoir faire du cosplay étant jeune !

      Allez faites moi plaisir Pallas, souriez un peu...


    • sonearlia sonearlia 11 décembre 2010 14:14

      Réussir a placer de la propagande pro-israélienne sur un sujet pareil, vraiment très fort.


    • Morpheus Morpheus 11 décembre 2010 19:27

      On savait déjà que les voies de Dieu sont impénétrables, on sait maintenant que les voies sionistes sont sinueuses smiley


    • Surya Surya 11 décembre 2010 18:43

      Le cosplay m’intéresse beaucoup, car j’aime tout ce qui a rapport avec les costumes, en plus d’aimer certains manganimés, quand les graphismes sont soignés (je n’aime pas trop les publications papier, pour diverses raisons). Je trouve le cosplay amusant, original et très créatif.
      Je suis tombée par hasard sur un regroupement de cosplayers il y a quelques années, et certains costumes étaient vraiment ahurissants !
      Des expos photo de costumes et de cosplayers sont organisées, visiblement de façon régulière, par l’association Objectif Costumes et je pense que j’irai voir la prochaine, car il vient d’y en avoir une en novembre à la fac de Jussieu, et je l’ai ratée.


      • Morpheus Morpheus 11 décembre 2010 19:47

        En France, les cosplayers se manifestent et s’expriment essentiellement lors de Salons et de Conventions, bien plus qu’au travers d’une association formelle de cosplay.

        Génération Star Wars (Cusset)

        Migennes Collector (Migennes)

        Japan Expo (Paris)

        Carte de France des conventions manga

        Y en a sûrement d’autres, mais je ne les connais pas toutes. Il y en a également en Suisse, en France, en Allemagne, ...


        • Alexandre Partick 12 décembre 2010 17:07

          Bonsoir à toutes et à tous.
          Je vous signale un article, paru hier samedi dans Paris Normandie sur le même sujet « Génération Cosplay » avec une interview d’Eric Donfu.

          http://www.paris-normandie.fr/article/societe/generation-cosplay

           Je trouve d’ailleurs vos articles toujours très interessant monsieur Donfu. En ce qui concerne le cosplay, faut-il se rendre dans les salons et convention dont parle Morpheus ? Car dans la rue, les gens sont d’un gris uniforme !
          Bien à vous,

          PA


          • Eric Donfu Eric Donfu 13 décembre 2010 18:49

            Merci Patrick,

            En ce qui concerne le cosplay, je dois reconnaitre que je n’en ai pas croisé beaucoup moi-même. Je pense en effet que les rassemblements spécifiques, ou les soirées dédiées, sont les lieux où s’expriment le plus les cosplayeurs.
            Bien à vous,
            ED

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