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Accueil du site > Actualités > Société > Le Smic au pavillon de Breteuil ?

Le Smic au pavillon de Breteuil ?

Une nouvelle unité de mesure bien française : le Smic, sert à mesurer les revenus selon une échelle de richesse devenue populaire...

Nous avions le mètre étalon, celui du pavillon de Breteuil, qui dormait raide et froid depuis la Révolution, presque insensible aux variations du temps, hélas supplanté par des vibrations d’atomes absolument invisibles, l’isotope 86 du Krypton reléguant ce mètre de « platine irridié » au magasin des curiosités historiques et de la nostalgie nationale. Le platine irridié a aussi servi à fabriquer un kilogramme étalon, au frais dans le même pavillon.

Mètre (du grec metron, mesure) et gramme furent définis lors de la Révolution puis de l’Empire, époques où la France mesurait le monde (sauf le monde anglo-saxon) après avoir raccourci son roi et agrandi son territoire, et regrettait « Bouches du Tibre, chef-lieu : Rome ». Ca vous posait un pays. On ne s’en est toujours pas remis....

Pour nous, les êtres humains, on compte les grammes que l’on peut perdre difficilement avec un régime, mais il n’y a pas de M. Gramme à honnir ou aduler, seulement un mot latin traduit en grec... Ni de M. Mètre.

Il y a aussi les litres d’eau des curistes et de vin des soiffards. Mais pas de M. Litre en vue.

Nous avons le degré Celsius, du nom du sympathique Anders Celsius qui inventa en 1742 cette échelle de températures, génératrice de moins de degrés que celle de M. Farenheit. Nous y pensons quotidiennement grâce aux Messieurs et Mesdames Météo.

A la place des bars, milli ou non, nous avons trouvé en France les Pascal. Il est bien connu que Mme Michu parle du temps, et de la pression dite barométrique (le baromètre est resté, lui, fidèle aux bars et à sa décoration en bois sculpté) en se lamentant sur la baisse des hectopascals. Nos devrions trouver en vente dorénavant des pascalomètres, bien plus branchés que les vieux baromètres.
Néanmoins, le baromètre a la vie dure, notamment pour les sondages.

Remarquez, annoncer dans les gazettes que la cote du président est remontée dans le dernier hectopascalomètre Ipsos ferait bon genre.

En fait, le vocabulaire n’est pas logique : le baromètre continue de porter le nom de ses anciennes unités, alors que le thermomètre devrait au moins s’appeler celsiusomètre ?

Revenons à nos événements terrestres. Imagine-t-on que le présentateur météo nous annonce demain 6 degrés à l’échelle de Celsius dans la bonne ville d’Aurillac ? C’est pourtant ce qu’il faudrait dire après l’autre échelle, celle de Richter. Ca ferait riche et savant. Pourquoi Richter et pas Celsius ?

Il y a heureusement les tremblements de terre qui permettent à nos journalistes radio ou TV d’étaler leur science en parlant gravement d’une secousse de magnitude de 6 à l’échelle de Richter. Cher Pr Charles Francis Richter, américain inventeur en 1935 d’une échelle des catastrophes, vous revivez à chaque séisme. Il existe certes d’autres mesures des séismes, mais quasi inconnues, sauf des savants. Il n’y a donc pas d’erreur quand on parle d’un séisme Force 7. Mais une magnitude, c’est sérieux. Et une échelle de Richter, ça en impose.

C’était un peu comme pour Mozart : pendant de très nombreuses années, toutes les œuvres de Mozart étaient présentées comme « K527 ou autre », M. Ludwig Ritter von Köchel ayant numéroté Mozart. On aurait pu se dispenser du Keuchel (à la française) à la radio. Même chose pour le joyeux vivant qu’était Jean-Sébastien Bach : que seraient ses cantates sans le BWV numéroté certifiant la science musicologique du présentateur ? Du Bach-Werke-Verzeichnis catalogue, on a oublié le nom de son auteur...

Il y a M. Beaufort, planqué dans les courants d’air, mais il a pour lui la force, celle du vent. Un vent force 7 à l’échelle de Beaufort, ça arrive parfois, mais il faut être ancien capitaine de cap-hornier pour le savourer. Cette échelle là sent le sel, et fouette le visage.

Il y a les petites graines si légères du caroubier/carat qui font rêver nos femmes dont l’œil reflète le diamant de 2 carats dont elles ont si envie... Et votre chaîne est-elle en or 24 carats ? Avez-vous vu déjà des carats « graines » en vrai ? C’est une unité écolo, pourtant, basée sur du végétal.

Attention aux prises de courant pour les enfants : M. Ampère s’y cache, M. Volta y rôde. Il peut rouler à 220.

Et tout ce bruit dans la rue ou dans les oreilles des ados : il y a trop de décibels, M. Graham Bell. !

Il y a les années-lumière, aussi, et on sait que c’est loin, très loin, à des années-lumière de notre planète bleue. On y mesure un peut tout : les étoiles, les planètes inconnues, les galaxies, la navette spatiale Apollo, les comètes, grâce à des barbus sympathiques qui se gèlent la nuit en montagne dans leurs observatoires silencieux. Eux au moins utilisent des unités porteuses de rêve.

Il y a des unités réservées aux discussions savantes, comme le Newton (celui de la pomme) ou les octets qui vibrionnent dans nos PC.

Plein d’unités nous guettent : les Baryes, les Bits, les Candelas des phares, les Farad de M. Faraday dans sa cage, les frigories perdues faute d’isolation, les Herz, grâce soit rendues aux ondes de Herr Hertz, les Lux qui font mal aux yeux, les Mach du Concorde, la résistance des ohms de Georg Ohm, les pixels de nos images photo numériques (« pictures elements »), les secondes (du latin médiéval minutum secunda) qui nous restent avant la victoire... Il y aussi M. Geiger dont le compteur crépite et s’affole à l’approche de zones contaminées par les radiations.

Ah ! Si nous avions encore la Livre Avoirdupoids ou les Guinées de nos amis british...

Heureusement, la France (trémolos), merveille du monde, a enfin une nouvelle unité qui a vu le jour : le Smic.

Initié sous la forme du Smig en 1950, devenu Smic en 1970, le salaire minimum interprofessionnel de croissance est devenu une unité de mesure du degré de richesse, principalement utilisée par les partis qui souhaitent une France uniquement composée d’allocataires, vivant en HLM, bénéficiant d’aides sociales, ayant de petits revenus tirés du labeur, et viscéralement incapables d’admettre qu’il puisse y avoir des « riches » ou des patrons bien payés (donc efficaces). En fait, on méconnaît le vrai Smic, qui est un taux horaire, et non une mensualité, mais qu’importe, cette unité-là fait le bonheur de la France profonde.

Cette unité a été popularisée par les médias, dont, il faut le rappeler, le but essentiel est de vendre leurs journaux ou leur audience, qui amplifient avec délices l’utilisation de cette unité pour complaire à leurs lecteurs, et donc vendre plus.

Vous vous rendez compte !

Le salaire du PDG, ça fait au moins 200 Smic !

Trouvé sur le net :

« Si l’on prend un Smic à 1 500 € TTC comme unité monétaire, les patrons du CAC 40 français perçoivent en moyenne 4 116 Smic par an  ! Bien sûr, il y a ceux qui touchent plus puisqu’il s’agit d’une moyenne »...

« Ces 65 milliards... représentent l’équivalent de 3 611 111 salariés payés au Smic durant un an » ( à vérifier).

Au-devant d’une telle vérité, fût-on béotien en économie, que répondre ?

L’efficience d’un tel investissement pour ce type de mesures devrait au minimum traverser quelques esprits.

Et la perte de la Société générale ? Des centaines, des milliers de Smic à vie... Relisez vos journaux...

Et les frais d’avion d’un ministre ? On aurait plein de Smic à la place du coût de ce déplacement qualifié de digne d’un nabab (comment traverse-t-on l’Atlantique avec un carburant à base de Smic ?)

Et, à la place d’un investissement coûteux (bâtiments luxueux pour un Conseil régional ou général, par exemple), on aurait des milliers de Smic... Après la valse à mille temps de Brel, voici les valses à mille Smic.

La France, phare du monde, va enfin pouvoir momifier un smicard témoin au pavillon de Breteuil.

Ca parle plus aux bonnes gens, ceux qui sont plutôt pour Ségolène ou Olivier et les autres... Et c’est tellement facile à utiliser...

On va donc compléter cette définition :

- en moins : le centismic, ou indemnité de stagiaire. Peut être arrivera-t-on au millismic ?

- en plus : le décasmic, l’hectosmic, le kilosmic, etc. Au niveau du Terasmic, voir Bill Gates ou autres.

Cela permet d’évaluer le salaire d’un cadre ou d’un patron plus facilement (patron = gros cigare, bien sûr, grosse voiture, gras repas, sa distraction normale étant d’affamer ses employés et de grossir ses stock-options, tout au moins selon certains...). Les patrons c’est inutile : à la place de leur salaire, on aurait beaucoup de Smic. Voire plein d’immigrés sans papier, sans formation, sans logement, avec plein d’enfants à scolariser gratos. On aurait des entreprises de salariés qui travailleraient (à faire quoi ?), tous au Smic, voire au décasmic pour quelques chefs. Tous dans le rang, les riches paieront, sauf que s’il n’y a plus de patrons, plus de dirigeants, plus de riches, il n’y aura plus de Smic...

Nous avons donc une échelle en plus pour nos journalistes, l’échelle de richesse, le point zéro étant le Smic, sans maxi, mais avec un mini : 0 revenu et 0 richesse (voir bidonvilles, hélas). La mesure se fera avec un Smicomètre gradué, à la disposition de tous les bons syndicats et des bonnes âmes et bobos de gauche (prix spécial avant les élections).

Cette unité a un défaut : le zéro n’est pas fixe, il varie selon la bonne volonté des gouvernements, en fonction du coût de la vie. Nous aurons donc du mal à faire agréer cette unité par le Bureau international des poids et mesures... situé en France à Sèvres. Mais un bon lobbying au foie gras y arrivera peut-être un jour... Bien sûr, l’utilisation du Smicomètre reste toujours la même.

De nouvelles unités vont sûrement apparaître...

Tenez, en politique, il y a le pourcentage, celui du sondage Ifop ou Ipsos ou du taux d’abstention.

Il y a aussi les voix, pas de Jeanne d’Arc, mais des électeurs, mesurées en centaines, milliers et millions. Une voix, la vôtre, ça compte.

En journalisme, il y a la diffusion, l’audience. Et, à la TV, l’audience décide de tout.

Les mercateurs ont les Parts de marché (celles qu’il faut prendre aux concurrents) ; les financiers les indices, du genre de celui que Charles Henry Dow créa en 1884 avec Edouard Davis Jones et Charles Begstresser (un peu oublié).

Et, à l’école, il y a la note ou la bonne vieille note sur 10 ou sur 20, corrigée parfois de + ou de -. Elle s’écrit usuellement à l’encre rouge. On l’avait supprimée, comme porteuse de microbes d’inégalité et traumatisante pour les nuls. Elle revient... virevoltant autour de la moyenne si rassurante pour les familles... (variantes : français moyen, classes moyennes, moyenne sur l’autoroute, ondes moyennes, moyenne glissante, pondérée, etc.). Le Français "moyen" peut aussi se mesurer en Smic (voir ci-dessus). Il manque cependant le Notomètre parmi les fournitures scolaires.

Allons, il va falloir faire de la place au pavillon de Breteuil...

Pour en savoir plus :

http://www.utc.fr/ tthomass/Themes/Unites/

http://www.bipm.org/fr/home/

http://aviatechno.free.fr/unites/uniindex.php

http://www.industrie.gouv.fr/metro/aquoisert/etymol.htm

etc.


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3 réactions à cet article    


  • Alberjack Alberjack 19 mars 2008 14:33

    ici j’ai perdu mon temps.


    • Bobby Bobby 19 mars 2008 22:38

      Bon moment passé à lire une boutade humoristique réussie ! merci !

       

      ... pas si naïve, car la xénophobie selon la tranche de revenus, ça existe ! et nous ne sommes pas loins d’une "smic"-"hard" généralisée !

       

      bien cordialement


      • hpoirot 19 mars 2008 23:10

        En fait vous n’avez pas compris que le SMIC et le pavillon de Breteuil sont deux sujets qui n’ont rien à voir !

        Je voulais vous dire que l’histoire de l’origine du mètre est passionnante : le concept du 10000 ème d’un quart de méridien entre l’équateur et le pôle est génial, le problème est que les instruments de mesure de l’époque ont généré une erreur de 0.2mm (le mètre est en réalité plus court de 0,2mm ce qu’il devrait être ce qui n’est rien en soit mais considérable à une échelle de 10000km !). de même l’idée du mètre cube d’eau pour définir une masse d’1 tonne et donc d’un cube de 10cm*10cm pour définir le kg est aussi géniale !

        En revanche, ce qui m’a terriblement déçu : c’est de croire qu’on pouvait visiter le pavillon de Breteuil pour voir ce mètre étalon.

        Or en appelant directement le standard, je suis tombé sur une scientifique qui m’a froidement répondu que le pavillon ne se visite pas, qu’il est réservé à des chercheurs et que de toute façon le mètre est enfermé dans un caveau.

        Rendez-vous compte, même de mon vivant, je n’arriverais pas à "voir" ce fameux mètre étalon, cette pièce parfaite comparable à ce monolithe symbole du film de Stanley Kubrick 2001 "l’odyssée de l’espace".

        pour le reste de votre article, la notion de SMIC est emmerdante et ne repose sur rien, vous auriez dû développer la notion de mètre étalon, essayez par exemple de trouver une photo du mètre étalon, j’en ai trouvé une de petit format, pourquoi ne pas proposer de faire une photo en taille réelle du mètre étalon pour que les générations de l’ère du numérique puissent profiter de cette référence absolue, mais vous devez savoir que le mètre étalon de 1889 fait en réalité 1020 mm et dispose de 10mm d’extension à chacune de ses extrémités !

        Allez regarder l’article de Wikipedia sur le mètre-étalon : vous y trouverez une mine d’informations.

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