• mardi 18 juin 2013
  • Agoravox France Agoravox Italia Agoravox TV Naturavox
  • Agoravox en page d'accueil
  • Newsletter
  • Contact
AgoraVox le média citoyen
La fondation Agoravox
  Accueil du site > Actualités > Société > Le vrai scandale des abattoirs : le manque de transparence
13%
D'accord avec l'article ?
 
87%
(39 votes) Votez cet article
  • Faire un don
  • Imprimer cet article
  • Marquer et partager

Le vrai scandale des abattoirs : le manque de transparence

La polémique sur les abattoirs d'ïle de France qui pratiquent exclusivement l'abattage rituel fait rage depuis que Marine Le Pen s'est exprimée suite au reportage d'envoyé spécial sur le sujet. Cependant, le vrai scandale n'est pas là, il est dans le manque complet de transparence des abattoirs qui ne permettent pas au citoyen de savoir précisément la qualité de ce qu'il consomme.

Loin des envolées et des débats stériles, cette tribune veut proposer des solutions simples pour améliorer la transparence des abattoirs et mieux informer le citoyen.

Depuis plus d'un siècle, les abattoirs constituent un sujet hautement polémique. En 1906, le livre la jungle d'Upton Sinclair scandalise l'opinion publique américaine qui découvre l'insalubrité et les conditions de travail extrêmement difficile des ouvriers dans les abattoirs. L'auteur fut reçu par le président Théodore Roosevelt lui même et des mesures législatives suivirent pour assurer l'hygiène des abattoirs. A la même époque, les mouvements de défense des animaux connaissent un rapide essor avec des connotations parfois antisémites. En 1893, la Suisse interdit par référendum l'abattage rituel qui consiste à égorger l'animal, suivi de la Norvège en 1930, de l'Allemagne nazie en 1936 et de l'Italie fasciste en 1938. L'histoire et la présence de mouvements antisémites rend le débat très polémique.

Aujourd'hui, bien que la réglementation a évolué et que la qualité s'est améliorée depuis Upton Sinclair, les abattoirs sont toujours critiqués pour leur manque d'hygiène et pour la pratique de l'abattage rituel. Récemment, Marine Le Pen a relancé le débat sur la viande hallal après la diffusion d'un reportage d'envoyé spécial sur France 2 qui montre que tous les abattoirs d'Île de France pratiquent l'abattage rituel. Cependant, les autorités musulmanes ne sont pas opposées à l'étouffement. En février 2004, le recteur de la Mosquée de Paris accueillant l’actrice et militante de la cause animale Brigitte Bardot justifiait ainsi sa position : « l’étourdissement préalable n’est licite que dans le cas où il n’entraîne pas la mort de l’animal et qu’il puisse être réversible ». Il ajoutait : « que l’électronarcose était déjà largement pratiquée à travers le monde dans les abattoirs industriels produisant de la viande halal ». Source : communiqué de l’AFP, 11 février 2004.

Le reportage de France 2 pointait très bien les deux problèmes des abattoirs français ; le non respect des normes sanitaires imposées par la loi et le manque de transparence sur l'abattage rituel qui est un problème juridique européen.

Il est choquant de voir qu'un abattoir qui n'est pas aux normes n'est pas sanctionné. Ceci est d'autant plus critiquable qu'il peut continuer à vendre sa viande et que le consommateur ne sera pas tenu au courant. Le rapport de la cour des comptes de 2008 qui était accablant sur la situation sanitaire des abattoirs français n'avait pas été rendu public. Il est impossible pour un citoyen d'avoir accès aux rapports et aux évaluations des abattoirs. Toutes ces données devraient pouvoir être librement accessibles sur internet. Des données du ministère de l'agriculture sont déjà disponibles sur le site data.gouv.fr mais on n'y trouve aucune information sur l'hygiène des abattoirs. Avant d'être publiée, l'information doit pouvoir être recueillie et il est essentiel que les inspecteurs des directions départementales des services vétérinaires (DDSV) soient en nombre suffisant pour s'assurer que la loi est respectée et que la note attribuée corresponde à la réalité. Malheureusement, l'État français est prolifique quand il s'agit de voter des lois mais il est souvent incapable d'embaucher assez de gens pour les faire appliquer. Faire ressortir épisodiquement les carences de la filière de l'abattage dans des livres ou des reportages audiovisuels est insuffisant, il faut un contrôle permanent de l'État et des citoyens.

Profitant des failles juridiques et du laxisme des administrations, nombre d'abattoirs se sont engouffrés dans la voie de l'abattage rituel pour pouvoir échapper à une réglementation contraignante. A l'instar de l'abattoir de Meaux, la généralisation de l'abattage rituel a permis des économies d'échelle permettant ainsi d'augmenter leurs marges. La logique est purement économique, relevant d'un simple calcul coûts/avantages/risques. Ce qu'il faut, c'est justement inverser cette logique en introduisant plus de transparence pour que le consommateur puisse sanctionner les abattoirs. Cependant, la législation européenne n'impose aucune règle en matière de transparence. Au final, tout le monde y est perdant. Les autorités musulmanes sont les premières à dénoncer la supercherie du halal car égorger la bête ne suffit pas, il faut qu'elle soit bénie par un imam et tuée en direction de la mecque (ce que peu d'abattoirs respectent). De plus, le consommateur qui tient à ce que la bête soit étouffée y perd aussi car il consomme de la viande d'un animal qui a été égorgé. Les divisions de la communauté musulmane rendent très difficile l'avènement d'un label hallal. Cependant, il n'est pas nécessaire d'instaurer juridiquement un label pour résoudre le problème de la transparence sur la mort de l'animal. La législation européenne peut être modifiée pour que sur l'étiquette soit indiqué la méthode d'abattage.

Au lieu de s'embourber dans des débats avec des connotations qui peuvent être dérangeantes et qui donnent lieu à des dérives haineuses, il serait préférable d'appliquer les mesures suivantes :

  • Transparence et accessibilité des données sur les abattoirs. Les rapports et les évaluations de chaque abattoir doivent être disponibles sur internet en libre accès. Le site data.gouv.fr peut très bien se prêter à cette diffusion.

  • Augmentation des effectifs des inspecteurs des directions départementales des services vétérinaires (DDSV) pour que les contrôles soient réguliers.

  • Enrichir l'étiquetage des produits en indiquant la méthode d'abattage (étouffement ou égorgement) et l'évaluation de l'abattoir.

Pour ceux qui veulent aller plus loin sur les enjeux du hallal en Europe, je recommande vivement la lecture de l'excellent article de Florence Bergeaud-Blackler, sociologue des religions, Nouveaux enjeux autour de l’abattage rituel musulman : une perspective européenne, cahiers d'économie et de sociologie rurales n°73, 2004.




par eratosthène vendredi 24 février 2012 - 87 réactions
yahoo
13%
D'accord avec l'article ?
 
87%
(39 votes) Votez cet article



2 moyens pour donner

Don défiscalisé 10€ ou plus

Obtenez une réduction fiscale de 66% avec un e-reçu. Un don de 10 € ne vous coûte que 3€40.

Grâce à votre aide, AgoraVox peut continuer à publier plus de 1000 articles par mois. En donnant à la Fondation AgoraVox, vous offrez un soutien à la liberté d'expression et d'information.

Les réactions les plus appréciées

  • Par Kookaburra (---.---.---.37) 24 février 2012 12:09
    Kookaburra

    Tous les monothéisme préconise le saignement des bêtes, la Bible comme le Coran, mais la raison était principalement hygiénique - la viande se garde mieux. Les commandements et règles des religions ne sont pas arbitraires, mais peuvent se comprendre et s’expliquer pas la raison. Il arrive qu’après quinze ou vingt siècles les raisons disparaissent grâce au développement technologique. C’est le cas pour le saignement des bêtes. Nous avons donc supprimé cette règle. Les musulmans l’ont préservé. Mais tout ce nous demandons c’est d’assommer la bête avant de l’égorger. Les musulmans refusent. Faut-il leur accorder une dérogation ? Avec l’affaiblissement de la raison pour l’abattage rituel, il nous paraît plutôt comme une superstition qu’une règle religieuse valable. Risque-on la colère de Dieu si l’on assomme la bête auparavant ? Ceux qui le croit peuvent importer leur viande - ou s’en passer. Mais certains vont encore plus loin : ils protestent que la présence de la viande non-hallal dans une cuisine pollue la viande hallal, qui devient haram, interdite.

    L’abattage hallal a l’inconvénient que le contenu de l’estomac se vide avec le sang provoquant une infection de la viande des épaules et du cou, parties utilisées pour la viande hachée (selon un vétérinaire dans le reportage d’  »Envoyé spécial  » du 16/02/12).

    Le député Jacques Kossowski (UMP, Hauts de Seine), avait écrit le 26 avril 2011 à Lefèbvre une lettre demandant, en cas d’abattage rituel, de « rendre obligatoire une mention spécifique sur l’emballage » par respect pour ceux des consommateurs qui "ne souhaitent pas consommer ce type de produits pour des raisons philosophiques (laïcité, défense de la condition animale, etc ...).

    Réponse du sous-ministre : « Le gouvernement français n’est pas favorable » à la résolution du Parlement européen de 2010 qui « introduit, en première lecture, un amendement visant à la mise en place d’une mention obligatoire de l’abattage sans étourdissement sur la viande issue d’animaux abattus selon les rites musulman ou israélite » ; un tel étiquetage serait « susceptible de stigmatiser, aux yeux des consommateurs, des pratiques d’abattage ayant des fondements relatifs à la liberté religieuse. »

  • Par Gégé (---.---.---.61) 24 février 2012 09:27

    Les abattages casher et hallal étaient destinées à l’époque à limiter les souffrances lors de l’abattage, à améliorer la conservation de la viande en éliminant le sang et à montrer à l’humain que tuer un animal nécessitait un respect. Ce qui pose problème c’est que les traditionalistes juifs ou musulmans comme les traditionalistes des autres religions, ne cherchent pas à se remettre en question, et ne recherchent pas l’intérêt de l’étourdissement avant l’égorgement, pour limiter les souffrances, le pistolet électrique n’existait pas à l’époque de l’écriture des textes.

    L’élevage industriel, en assimilant l’animal à une machine, conduit à des souffrances lors de l’élevage : mutilations : queues coupées…, enfermement, surdensité, maladies, séparation mère petits, liens sociaux détruits… et lors de l’abattage, la quantité monstrueuse de viande devant passer dans un abattoir imposent des cadences telles qu’un pourcentage important d’animaux sont saignés, écorchés, ébouillantés, éviscérés en étant encore conscient, ce qui en terme de souffrance est nettement pire qu’un abattage hallal ou casher sans étourdissement, même si ce type d’abattage est à proscrire.

    Il est nécessaire de réduire sa consommation de viande et de choisir sa provenance, pour ma part le peu de viande que je consomme je l’achète directement au producteur, ce qui me permet de bénéficier d’un rapport qualité prix avantageux, d’augmenter la marge du producteur et de ne pas engraisser les parasites que sont les grossistes, les supermarchés...

  • Par Gégé (---.---.---.61) 24 février 2012 13:08

    Assommer , ou, par un choc électrique rendre l’animal inconscient avant l’abattage rituel ou non, doit être obligatoire.

  • Par J-J-R (---.---.---.193) 24 février 2012 13:17

    Vous êtes lobotomisés par vos à priori mon cher. L’Ump n’a jamais lancé ce débat. Nicolas Sarkozy a même tenté d’étouffer ce scandale dans l’oeuf en prétendant au marché de Rungis que la polémique n’avait pas lieu d’être et en affirmant du haut de son autorité et de la confiance qu’elle est censée sucité que le Halall ne représenté que 2.5% des abattages des animaux destinés à la boucherie. Ce qui est complètement faux puisque les experts affirment que la viande égorgée selon des rituels religieux représente environ 35% de la consommation de viande au niveau national et quasi 100% en île de france selon la chambre d’agriculture concernée. 

Réactions à cet article

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


Faites un don

Les thématiques de l'article

Palmarès

Agoravox utilise les technologies du logiciel libre : SPIP, Apache, Debian, PHP, Mysql, FckEditor.


Site hébergé par la Fondation Agoravox

Mentions légales Charte de modération