La distribution du courrier sur la rive droite de Brest est interrompue depuis dix jours désormais en raison d’une grève des facteurs. Ceux-ci, à l’appel de leurs syndicats, ne distribuent plus le courrier aux habitants. L’objet de leur courroux porte sur la suppression de tournées et l’élargissement de celles qui restent. La raison en tient en une évolution technologique, le classement des courriers par ordre des numéros dans la rue qui, selon la direction, améliore la productivité et donc permettrait aux facteurs de distribuer plus de courrier dans le même temps.
Si je ne connais pas les raisons intrinsèques de ce conflit postal, force est de constater que dans cette situation les usagers sont pris en otage par l’archaïsme des relations sociales dans cette entreprise publique où la grève tient lieu de dialogue social.
Cela poste la question de la continuité de service public et de l’information aux usagers. On savait la Poste dépassée par les événements sur son propre marché, mais on touche ici à une situation ubuesque.
- Quasi-impossible d’avoir des informations sur le conflit et la sortie de crise. Quand on interroge les agents du service postal, ils avouent ne pas savoir où en est le conflit qui met aux prises leurs collègues avec la direction. En téléphonant au service téléphonique de relations avec les consommateurs, même réponse.
- Dans les autres quartiers de Brest, l’évolution technologique n’a pas eu pour conséquence un conflit aussi long voire pas de conflit du tout.
- Le courrier en instance est quelque part mais personne ne peut dire où et comment faire pour le récupérer. Puisque ce courrier est la propriété de celui qui l’envoie et partiellement de celui qui va le recevoir, ne pas le distribuer constitue un acte de recel. Jusqu’à preuve de contraire, c’est illégal.
- A l’heure où ont été expédiées les déclarations d’impôts, adressées des factures, des règlements pour les entreprises, des journaux (j’en ai une vingtaine au moins non distribuées), l’impact peut-être grand pour les entreprises comme pour les particuliers sans que personne ne se préoccupe de ces conséquences pour la santé des entreprises et l’information des usagers.
En 1998, Gérard Larcher, actuel président du Sénat, publiait un rapport sur la Poste intitulé : « La Poste, opérateur public de service public face à l’évolution technique et à la transformation du paysage postal européen ». Il y évoquait le rapport quasi-affectif de la population avec le service postal. On peut penser que le rapport n’est pas parvenu à ses destinataires qui usent de leur monopole avec un talent et une emprise toute soviétique. Un problème de distribution des rapports parlementaires peut-être ?
Quant à moi, devant ma boîte aux lettres vides, affamée de recevoir son tribut, j’ai décidé de faire la grève des calendriers du facteur. Chaque année, je lui échangeais un billet contre une photo d’un autre temps de deux chiots, deux chats, un éléphant, trois chevaux, rayez la mention inutile, dans un panier pour lui montrer que je l’aimais bien et par attachement à la tradition. Tradition qui voulait aussi, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il fasse soleil, que je reçoive mon courrier six jours par semaine. Cette année, je lui enverrai une carte. Avec un peu de chance, il la recevra pour Pâques.






































