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Accueil du site > Actualités > Société > Quand la science produit un totalitarisme technologique et une industrie (...)

Quand la science produit un totalitarisme technologique et une industrie sociale

Depuis maintenant deux ou trois décennies, on voit se dessiner quelques tendances affirmées dont les contours sont de plus en plus nets et notamment en France depuis la politique menée par le président Sarkozy. Cette politique qui se voulait en rupture n’est en fait que le relais d’une tendance à l’industrialisation de la société. Qu’on ne confondra pas avec la société industrielle décrire au temps de Raymond Aron. Essayons de préciser un peu cette idée. Une société industrielle est une société dans laquelle des travailleurs oeuvrent dans des usines, des grandes entreprises, des multinationales parfois, afin de produire des objets en masse. De ce point de vue, on ne distinguait pas l’Union soviétique, du Japon, de la France ou même des Etats-Unis. Tous ces pays étaient industrialisés. Aron l’avait bien compris.

En 2010, les sociétés ont sensiblement évolué en s’infléchissant vers quelque chose dont les germes pouvaient être décelés il y a quarante, quelque chose qui s’amplifie lentement mais inexorablement mais qui, parce que la progression est graduelle au lieu d’être brusque, ne se voit pas, sauf quand une réforme paraît excessive aux yeux de l’opinion publique. Cette tendance, on peut la désigner comme une industrialisation de la société, concept qui signifie la mise en place de procédés centralisées, associés à des interfaces technologiques périphériques, visant à contrôler, surveiller, évaluer, mesurer, gérer tout un ensemble de paramètres et comportements individuels. La grande industrie produit en masse, l’industrie étatique contrôle, surveille, évalue en utilisant les mêmes outils que l’entreprise. Système hiérarchisé, départements, mesures physiques, médicales, économique, contrôles réguliers, surveillance des opérations, travailleurs sociaux, médicaux, cadres de l’industrie publique, managers. Ce mode de gestion sociale est devenu tellement habituel, ordinaire, tombant faussement sous le sens, qu’il est accepté par les masses sans opposition conséquente. Bien peu sont assez conscient pour saisir le volet totalitaire de ce système. Quant à la fronde d’indignés actuelle, elle ne remet pas le système en cause en proposant une analyse idéologie et une alternative. Les gens s’indignent parce que le système devient défaillant. L’économie n’aurait pas été en crise que le cours de l’asservissement aurait continué jusqu’à une prochaine crise.

L’avènement de l’industrie sociale n’est donc pas si récente que les événements le laisseraient penser. Le tout technologique, le pragmatisme, la culture du résultat, la gestion des populations, tout cela était déjà en place dans les années 1960. Pour s’en convaincre, on lira les analyses édifiantes d’Adorno, Marcuse et surtout, le très instructif texte d’Habermas sur la science et la technique qui peu à peu, se sont érigées en idéologie dominante à l’époque de la gouvernance technocratique. Deux dispositions fondamentales ressortent de ces études. D’abord l’asservissement de l’humanité par le pouvoir technocrate. Ce processus se situe dans le prolongement de l’arraisonnement de la nature. L’homme a été en quelque sorte naturalisé pour être pris comme un élément à disposition de la société industrielle et de l’industrialisation de la société. Second point et non des moindres, la conscience technocratique qui ne reflète pas la dissolution de telle ou telle structure morale mais qui se traduit par un refoulement de la moralité en tant que catégorie dans l’existence en général (Habermas, La technique et la science comme idéologie, Gallimard, p. 74).

En vérité, la conscience technocratique semble refouler également d’autres catégories de l’existence et en premier lieu le politique. Ce qui sous-entend que la technocratie ne dissout pas la démocratie mais elle la refoule, la rendant inopérante et illégitime. Le cas d’école que représente le nuage de Tchernobyl n’illustre pas ce thème car l’affaire fut assez caricaturale et spécifique à une France pour laquelle le nucléaire est un Etat dans l’Etat. Le caractère totalitaire de la science et la technique prend des chemins de traverse, échappant de ce fait à la vigilance citoyenne. Et par technique, il faut comprendre non seulement les machines artificielles, les instruments divers mais aussi les techniques permettant d’opérer sur une société. Malgré les alertes philosophiques des Habermas et autres Ellul, en dépit des luttes étudiantes de 68, l’emprise de l’industrie et de la technique a poursuivi son cours et s’est accélérée depuis les années 1990. Les individus se croient libres grâce aux technologies alors qu’ils ne font que s’aliéner.

La crise financière n’est pas la plus importante. Elle est même secondaire, n’étant pas la cause de la crise systémique mais l’effet d’une crise idéologique associant perte des valeurs et de la morale, lesquelles sont refoulées par l’idéologie scientifique, technique et son prolongement naturel pour ainsi dire, le consumérisme et l’utilitarisme. Comment se conçoit cette idéologie ? Empruntons un détour par une autre idéologie, le matérialisme historique, sorte de fiction dont personne n’a jamais su ce dont il s’agissait à part que la classe des travailleurs devait combattre celle des capitalistes. Une fois devenue officielle, sous son dérivé marxisme-léninisme, cette idéologie servit de justification à un pouvoir devenu totalitaire, celui des Soviets. C’est au nom du communisme que toute décision de l’Etat est prise. Le soviétisme est une expérience à grande échelle dont l’homme n’est qu’un paramètre instrumentalisé. La technocratie a régné en URSS comme du reste dans tous les pays occidentaux et maintenant, dans la plupart des pays industrialisés. L’idéologie de la science repose sur l’expérimentation sociale, le développement des instruments technologiques et de leur usage, la définition des objectifs et le souci de l’évaluation. Il n’y a plus de plan comme dans les années 1950 mais des secteurs livrés aux feuilles de route et aux chiffres. La technique ne s’adapte pas aux finalités humaines. C’est l’inverse, on plie l’humain pour qu’il serve la technique. Ainsi va la nouvelle idéologie qu’on nomme matérialisme numérique et dialectique. Avec des dénomination complémentaires, instrumentalisme, réalisme, pragmatisme. Cette tendance conduit à plusieurs constats, étant sous-entendu que par science on désigne essentiellement la techno-science :

La science intervient là où elle n’est pas la solution.

La science intervient là où il n’y a pas de solution.

La science intervient alors qu’il n’y a pas de problème.

La science opte pour une méthode qui n’est pas la plus appropriée.

La science apporte plus de problèmes qu’elle n’en résout.

La science crée des problèmes.

La science intervient dans des opérations ruineuses pour la société

L’industrie sociale fut pourtant à l’origine un dispositif censé améliorer la condition humaine, depuis le verre de lait offert dans les écoles sous Mendès-France, le BCG, la médecine scolaire, jusqu’aux dispositions plus récentes comme le dépistage du cancer. Mais peu à peu, insidieusement, des excès se sont dessinés. Le culte du chiffre, du résultat, l’acharnement technologique, la vénalité des systèmes financiers couplés à l’industrie sociale. Tous les pays disposant d’un système industriel avancé et suffisamment riche se comportent en gaspillant le temps et l’argent en « billevesées industrielles et sociales » comme par exemple l’inutile vaccination contre le H1N1.

La conclusion sera un peu abrupte. Dénoncer le totalitarisme scientiste ne sert à rien, les gens sont devenus des ignorants et sont complice du système. Pardon pour vous avoir fait perdre votre temps sur des sujets si futiles. Il y a des choses plus importantes pour vos oreilles, comme l’accouchement de Carla Bruni ou les coucheries de DSK.


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4 réactions à cet article    


  • gaijin gaijin 20 octobre 2011 09:45

    tout a fait d’accord
    mais en fait ce scientisme étroit date du 19 ème siècle c’est a cette époque que le mot science est devenu un synonyme de vérité et que les mathématiques sont devenu l’unique outil capable de décrire le réel de manière rationnelle
    parce que descartes seul est juste et grand .........


    • astus astus 20 octobre 2011 17:35

      Bonsoir Bernard,

      Je trouve ce billet très pertinent sur les aliénations technologiques qui, parce qu’elles sont présentées comme des progrès humains, s’imposent en douceur avec la complicité tacite de chacun. Si je vais sur les réseaux dits « sociaux » comme Facebook je me fiche moi-même, et en plus je suis content d’avoir plein d’« amis » qui me distraient des réalités du monde. Que demander de plus ? 
      Et comme la conclusion l’indique clairement, cela n’intéresse personne de réfléchir un peu pour éviter de perdre sa liberté du moment que ces progrès nous garantissent une sécurité relative, même factice. Les illusions et croyances de toutes sortes ont encore un bel avenir. Au fait comment s’appelle donc le bébé de Carla ? C’est quand même pas DSK le père ?

      Amicalement
       

      • Slipen’Feu 20 octobre 2011 17:56


        Un soupçon de Guy Debord ou juste une pincée . ?


        • L'enfoiré L’enfoiré 27 octobre 2011 16:12

          Puisque je parle entre autres du « loup », vaut mieux qu’il le sache.
           smiley

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