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Accueil du site > Actualités > Société > Souffrance au travail : III. La fabrique à stress

Souffrance au travail : III. La fabrique à stress

Articles préalables

Souffrance au travail : I. Le surstress n’est pas une fatalité

Souffrance au travail : II. La religion de la mobilité

Si le stress est depuis quelques temps sujet d'effroi dans les entreprises, il y a encore peu certains n’hésitaient pas à l’ajouter à la panoplie des conditions nécessaires à la bonne conduite d’un projet

C’est ainsi que vers le début des années quatre-vingt-dix s’est insidieusement installée l’idée, souvent reprise avec ravissement par nombre de dirigeants, selon laquelle pour améliorer la productivité il fallait introduire une dose de stress dans le travail.

Or s’il est exact que l’existence d’une échéance peut aider à concentrer l’esprit pour mieux trancher parmi plusieurs options, il reste déraisonnable, si ce n’est bien plus bas dans l’échelle des comportements prestigieux, de considérer le stress comme une condition sine qua non à la réussite d’un projet. Il peut même paraître inique (bien que la définition du stress soit fréquemment liée au concept de performance) de chercher à tirer partie d’une tension psychologique censée permettre aux salariés de se dépasser, d'accroître leur niveau de concentration, d'agir plus rapidement.

Surtout qu’il est facile de constater que si pour les uns une dose suffisante de stress peut sembler utile à leur performance, en accroissant leurs chances de mener à bien ce qu’ils entreprennent, alors que pour les autres une dose similaire inhibe leurs capacités et les empêche d’agir, pour tous, un stress disproportionné obère en partie les aptitudes du cerveau, favorise les erreurs et les accidents et provoque des maladies physiques et des atteintes à la santé psychique.

Quand on note en outre que selon un sondage CSA pour l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail, présenté par lemonde.fr du 11 juin 2009, sous le titre, Quatre salariés sur dix sont stressés, 41 % des salariés se disent stressés, et 60 % d'entre eux en attribuent la cause exclusivement à leur vie professionnelle, on comprend vite pourquoi les pathologies psychosociales venaient déjà au premier rang des maladies professionnelles pour lesquelles des personnes consultaient en 2007.

Ce qui, mis à part les dégâts humains à proprement parler, coûte à la collectivité, et non pas aux seules entreprise stressantes (les soins étant pris en charge par le régime général de l’assurance-maladie et non pas par la branche accidents du travail et maladies professionnelles) quelque chose comme 3% de PIB selon un article du Monde du 16 juin 2009 sur le coût du stress au travail.

À la lumière de ce qui précède il ne fait plus aucun doute que les situations stressantes, surtout lorsqu’elles s’installent dans la durée, ont toujours un prix sur la santé des individus qui les subissent et ont systématiquement des répercussions négatives sur le fonctionnement des entreprises et sur leurs résultats.

C’est pourquoi contrairement à ce qu’ont pu imprudemment prétendre certains à une époque, on ne peut en aucun cas parler de bon stress.

Même s’il est possible d’avancer que le stress, c'est la vie, le moteur de nos pensées et actions, il importe d’ajouter immédiatement, comme le faisait à nouveau le Professeur Michel Le Moal de l'Académie des sciences, lors de sa conférence du 12 janvier 2010 : Mais si les stresseurs perdurent ou sont trop violents, ils peuvent occasionner des menaces ingérables, des douleurs subjectives, voire des humiliations. Une réalité que Philippe Rodet, docteur en médecine et consultant, avait lui aussi souligné lors du colloque, Stress et motivation organisé à Cannes en juin 2008, mettant aussi clairement en exergue les effets négatifs du stress sur la performance, […] dans 75% des cas lorsque l’on stresse un collaborateur on diminue sa performance, ajoutant même : […] la généralisation du mode de travail en projet a créé toutes les conditions d’un niveau de stress excessif.

Aussi lorsque l’on sait que les causes du stress au travail, sont similaires dans tous les pays industrialisés – cf. Mémoires d'expertise des anciens du MBA MRH Université Paris Dauphine ‒, pour n’en citer que quelques unes : échéances impératives, tâches déplaisantes … travail de plus en plus exigeant, obligation de faire des choses en contradiction avec ses valeurs personnelles … crainte de manquer de soutien en cas de besoin … – et que l’on sait de plus qu’il existe des moyens pour détecter ces causes, et donc agir en amont, par exemple ThermoStress une question vient à l’esprit :

On attend quoi exactement ?

Source http://astouric.icioula.org

À suivre Souffrance au travail : IV. La réingénierie


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2 réactions à cet article    


  • Robert GIL ROBERT GIL 30 mars 2011 16:22

    Le harcèlement est devenu une méthode de management, isoler les individus, supprimer leurs repères, enlever leurs habitudes pour pouvoir ensuite les re-formater aux nouvelles méthodes de l’entreprise. Un système où les salariés deviennent des collaborateurs, où la fraude des mots manipule l’inconscient des travailleurs. C’est l’ère de la communication instantanée, avec bien sur des mails froids, impersonnels et d’où toute politesse a disparu. Ce système de communication dans l’urgence oblige le personnel à être plus réactif, à poser moins de questions, cour-circuite souvent les cadres intermédiaires.Lire :

    http://2ccr.unblog.fr/2010/11/01/la-violence-du-harcelement/


    • ARMINIUS ARMINIUS 31 mars 2011 09:35

      Pour avoir travaillé à l’amélioration des conditions de travail (ergonomie ) je sais à quel point la douleur psychique engendrée par la pression productrice et le manque de considération amplifie le mal-être physique. Comme par hasard les innovations en la matière venaient encore d’Allemagne, pays ou le travail a de longtemps été revalorisé et ou la performance économique excelle...Nombre de patrons français ne l’ont pas encore compris, dommage...

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