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Accueil du site > Actualités > Société > Tout ce qui est juste n’est pas « djeust » : un anglicisme (...)

Tout ce qui est juste n’est pas « djeust » : un anglicisme envahissant !

Un nouvel anglicisme irritant, apparu insidieusement, est en train de prendre une extension fulgurante : celui qui consiste à prononcer le mot « juste » à l’anglaise (« djeust »). Pourquoi ce néologisme phonétique en apparence inutile ? Examinons les faits.

Depuis environ un ou deux ans, cette nouvelle manie linguistique est apparue, tout d’abord confidentiellement dans certains débats-spectacles ("talk-shows") télévisuels, dans la bouche d’animateurs, ou de personnalités invitées, ainsi qu’occasionnellement chez certains Parisiens. Je pensais initialement qu’il s’agissait d’une de ces multiples manifestations irritantes de snobisme d’une certaine intelligentsia branchée (encore que l’on pourrait parfois parler d’imbécilentsia à ce propos), jusqu’à ce que, dimanche dernier, demandant un rôti d’1 kg à mon boucher, celui-ci m’en pèse un de 920 grammes et me dise "aïe, ça risque d’être un peu djeust" !

Il ne s’agissait donc plus d’un simple anglicisme à la mode germanopratine , mais d’un "phénomène de société", j’en veux pour preuve supplémentaire le fait d’avoir entendu mes enfants l’employer une ou deux fois, à ma grande consternation. L’utilisation la plus incongrue de cette prononciation fautive aura été atteinte au cours d’une émission de télé-réalité dont le but était de sélectionner une nouvelle vedette de la chanson (Je crois qu’il s’agissait de Nouvelle star) : l’un des membres du jury avait, après la prestation musicalement douteuse d’un des candidats (ou d’une des candidates, je ne m’en souviens plus), villipendé l’apprenti-artiste en lui déclarant "qu’au niveau de la justesse, c’était franchement djeust" ! (Euphémisme poli pour lui signifier qu’il, ou elle, chantait comme une casserole !)

Néanmoins, cette phrase entendue à Nouvelle star, permet de constater que, tout récent qu’il soit, ce néologisme phonétique obéit à des règles grammaticales et d’usage non écrites, mais cependant très strictes. En effet, le membre du jury s’est bien gardé d’employer le terme "djeustesse", mais en est sagement resté à "justesse". De même, imaginons le ridicule d’un homme qui, au cours d’un dîner en ville dans lequel il chercherait à frimer linguistiquement, irait critiquer les mesures prises par le nouveau ministre de la "Djeustice" Rachida Dati, ou bien parlerait de "l’indjeustice" dont ont été victimes les faux coupables du procès d’Outreau ! Même le candidat CPNT à la présidentielle, Frederic Nihous, qui employait presque à chaque phrase l’adverbe "justement", ne disait justement jamais "djeustement" ! Essayons donc de déterminer ces règles non-écrites.

Tout d’abord, penchons-nous sur la signification de ce néologisme. On peut déjà dire qu’il n’est strictement jamais employé dans un sens ayant un quelconque rapport avec la justice. On n’entendra jamais dire d’un tribunal qu’il a pris une "djeuste décision".

Par contre, il est employé dans plusieurs sens principaux :

1er) Pour exprimer l’idée d’approximation, d’insuffisance, voire même de non justesse : la phrase "en ce qui concerne la justesse, c’était franchement approximatif" se traduira en novlangue télévisuelle par "au niveau de la justesse c’était franchement djeust", ce qui veut justement dire... que ce n’etait pas juste ! Considérons deux phrases émises par un professeur adepte de la novlangue : s’il dit, à propos d’un devoir d’élève "votre raisonnement est très juste", c’est une bonne appréciation, alors que s’il déclare "votre raisonnement est très djeust", ça veut dire qu’il est très approximatif ou insuffisant, c’est donc une critique ! A noter que ce genre d’inversion du sens d’un mot s’est également observée lors de la transformation du latin res (chose) au français "rien" (absence de choses, ou très petite chose, comme dans la phrase "un rien l’habille")

 ; 2e) pour exprimer l’idée d’une chose survenue de justesse ou in extremis, ou d’une étroitesse de marge de manoeuvre : "une minute plus tard j’aurais raté mon train, c’était "djeust", ou alors "cette petite voiture pour une famille nombreuse, c’est un peu djeust" ;

3e) Il semble depuis peu exister une autre acception du néologisme "djeust" pour exprimer l’idée de quelque chose pouvant être considéré comme plus ou moins non conforme au politiquement correct, ou aux nouvelles règles de la bien-pensance, ou de la nouvelle normalité morale telles qu’elles pouraient être définies, par exemple par le journal Libération, journal qui utilisera cependant préférentiellement le terme "nauséeux". Exemple : les propos récents d’un prélat allemand sur "l’art dégénéré" seront qualifiés, dans une conversation branchée, de "vraiment djeusts", et par Libération de "nauséeux" ! Une personne pourra, sans susciter de scandale, étaler au grand jour dans une conversation mondaine ses préférences sexuelles, par contre si dans cette conversation elle qualifie tel homme politique homosexuel de "tantouze", ses propos seront sévèrement jugés par les autres convives comme étant "franchement djeust" ! (évidemment ceci n’est valable qu’à Paris et dans les grandes villes, dans les villages et les campagnes, c’est plutôt l’inverse qui ferait encore scandale !)

Maintenant, penchons-nous sur d’autres bizarreries grammaticales de l’adjectif néologique "djeust" :

1er) Toute utilisation d’un adverbe, d’un verbe ou d’un substantif plus ou moins dérivé de cet adjectif est, compte tenu des considérations précédentes, à proscrire formellement comme contraire à l’usage, que ce soit djeuge, djeustesse, djeugement, djeustice, indjeustice, indjeuste ou djeuger ! De même sont à éviter les locutions telles que "à djeuste titre" !

2e) N’utiliser cet adjectif que comme attribut du sujet, et ne l’employer qu’après un verbe d’état (être , paraître, etc.), jamais comme adjectif épithète. En langue snob, on peut dire "j’ai failli rater mon avion, c’était djeust", mais il faut absolument éviter, sous peine de ridicule "j’ai attrapé mon avion à l’heure djeuste" !

Comment expliquer le développement fulgurant d’un anglicisme superflu dont l’utilisation demande autant de précautions, alors qu’il existait un mot français qui faisait parfaitement l’affaire ? Il y a plusieurs explications à cela :

1er) De même qu’il existe depuis longtemps le "fast-food", est apparu également le "fast-write" (cette espèce de langage phonétique et grammaticalement amorphe utilisé par les adolescents dans les messages écrits transmis par téléphone portable), on observe maintenant aussi l’apparition d’un "fast-speak" consistant à abréger les mots pour parler de plus en plus vite. On observe par exemple des abréviations non justifiées (gastro pour gastro-enterite), le remplacement d’adverbe par des adjectifs (je fais ça rapide, au lieu de rapidement), l’apparition de u muets (t’sais au lieu de tu sais), la suppression du "ne" dans les phrases négatives (grande spécialité de notre président), etc. Dans ce contexte, "djeust" est plus vite dit que ses équivalents sus-mentionnés (approximatif, insuffisant, politiquement incorrect, in extremis). (Une adepte forcenée du fast-speak semble être une actrice-chanteuse blonde, nouvelle membre d’un jury de télé-réalité, dont les déclarations sont mitraillées dans un sabir ultra-rapide parfois strictement incompréhensible !)

2e) Une raison plus fondamentale serait une particularité permanente de la langue française à recycler la même racine latine ou romane pour créer un nouveau mot d’un sens un peu ou très différent, ce qui entraîne l’existence de très nombreux doublets, voire triplets lexicaux (huit cents ou plus). On peut noter ainsi : chevalier/cavalier, pasteur/pâtre, arracher/éradiquer/déraciner, chaise/chaire, moyen/médium/médias, etc. Le mot "aujourd’hui" associe deux éléments d’un de ces doublets : en effet, le latin a contracté hoc dies (ce jour) en hodie (aujourd’hui), lequel a donné oggi en italien, hoy en espagnol et hui en vieux francais, tandis que dies se tansformait en "jour". "Aujourd’hui" est donc un mot redondant qui signifie "au jour de ce jour". Une double redondance apparaît avec la locution inélégante "au jour d’aujourd’hui" (qui est utilisée malencontreusement à la place de "de nos jours") !

Ces doublets linguistiques apparaissent lorsque un mot se met à avoir deux ou plusieurs sens assez différents, ou qu’un sens figuré devienne prépondérant, ou pour désigner un sens restrictif d’un mot, et continuent d’apparaître actuellement. Ainsi une interview est une entrevue "avec un journaliste" , les "moyens" se transforment en "médias" lorsqu’ils sont "de communication" et en "médiums" lorsque ce sont des moyens de communication "avec l’au-delà" (ou des moyens "de dilution de la peinture") ! Un nouveau doublet à la mode : social/sociétal, fait qu’un cas social n’est certainement pas un cas "sociétal", alors que l’emploi de "djeust" pourrait être qualifié de phénomène "sociétal", au lieu de social, dans les milieux bobos.

Plusieurs de ces doublets sont apparus après un passage outre-Manche, par exemple fleurette/flirter, tenez/tennis. Un exemple récent est le néologisme "générer", de l’anglais to generate, non mentionné dans le dictionnaire de 1961 mais qu’on trouvait dans celui de 1991. Il s’agit du sens figuré du verbe "engendrer" (donner naissance), utilisé dans son sens figuré (être à l’origine). Ainsi, on peut dire que l’usage du tabac engendre ou génère des maladies, mais on ne peut sûrement pas dire que Ségolène Royal a "généré" quatre enfants ! (Le verbe générer a été favorisé également par le malaise de certains vis-à-vis des conjugaisons des verbes du troisième groupe...)

Le néologisme "djeust" est donc un exemple typique de ce recyclage linguistique en doublets si courant dans la langue française, ceci explique peut-être son succès actuel. Reste à se poser la question du devenir linguistique de "djeust". On peut déja constater qu’il s’agit d’un phénomène purement oral, je ne l’ai jamais vu être écrit (même sur Agoravox ! ). La question est de savoir s’il va être officialisé par le Robert ou le Larousse, à l’instar de "générer". Les bizarreries grammaticales exposées plus haut risquent de mettre un frein à cette consécration.

Néanmoins, le problème principal qui se poserait serait celui de son orthographe. Soit on officialiserait l’orthographe anglaise originale just, mais celle-ci se distingue trop peu de l’orthographe de "juste", et par ailleurs contribuerait à aggraver l’arbitraire phonétique de l’orthographe française, ce qui exposerait les futurs examinateurs de l’oral du bac en 2030 à subir l’outrage de considérations sur l’action de Saint-Djeust pendant la Révolution française ! D’autres orthographes seraient envisageables, telles que "djeust", ou mieux, "djeuste".

Quelles que soient les décisions futures des rédacteurs de dictionnaires, il semble, dans ce cas précis, que le mieux serait peut-être que chacun d’entre nous vide son disque dur lexical de toutes les scories indésirables qui l’encombrent...


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98 réactions à cet article


  • Newby Newby 19 septembre 2007 10:25

    Votre article arrive « just in time ». smiley


    • Newby Newby 19 septembre 2007 10:31

      A une époque l’expression à la mode était « incessamment sous peu », elle à disparut.

      Celle ci disparaîtra comme tout les phénomènes de mode.


    • Once 19 septembre 2007 13:00

      Heureusement que « incessamment sous peu » est en train de disparaitre ! Ça m’a toujours énervé d’entendre ce pléonasme... Donc message à ceux qui continuent à l’utiliser : « sous peu » est un synonyme de « incessamment », utiliser les deux dans une même phrase est complètement stupide.


    • matapala 19 septembre 2007 14:35

      Ou alors c’est une marque d’humour.


    • Nycolas 19 septembre 2007 23:55

      « vous n’êtes pas sans ignorer » que « voire même » est également un pléonasme...

      A part ça cet article part d’une bonne intention, mais ne sera qu’un coup de lance de plus dans un moulin à vent...


    • MagicBuster 19 septembre 2007 10:49

      « djeust » LEBLANC ?! Ah bon il n’a pas de prénom . . .

       smiley


      • Avatar 19 septembre 2007 11:12

        Ok, c’est pas cool de mettre djeust dans un speech ,en week-end ou en midweek.

         smiley


      • magicboss magicboss 23 septembre 2007 18:22

        Ces angliscismes nous viennent souvent du marketing et du monde de l’entreprise. Et petit à petit dans la rue on trouve cool de mettre des mots anglais.

        Un mailing, un brainstorming, un key account, ...

        De plus avec l’informatique on a eu droit aussi à pas mal de néologismes ... (E-mail, PC, hub, network, ...)

        C’est une sorte de snobisme des mots en français qui à débordé dans la vie courante.

        Dans la vie in faut être un winner ! Faire les bons choices afin de pas être une loose dans notre job ...

        Mais c’est tout à fait just Man ! Ces anglicismes sont over lourds sometimes ...

        On en perd notre french et many thanks à Agoravox d’exister. Cela permet au People de pouvoir acting en direct et de ne pas oublier d’écrire en french en mettant des posts sur le Web ... smiley


      • ZEN ZEN 19 septembre 2007 11:26

        @ Doc

        Bonjour. Tu fais bien d’insister sur les méfaits du globish ambiant et envahissant : dans nos villes (enseignes), le langage de tous les jours, celui des entreprises (quand cela ne se légitime pas).Claude Hagège, linguiste célèbre et polyglotte insiste souvent sur l’impérialisme de la langue anglaise appauvrie, l’anglomanie ridicule, l’anglocratie qui progresse avec la mondialisation

        Plus grave,le « Protocole de Londres », projet de réglementation européenne sur les brevets, constitue un danger grave pour la langue française.Je me permets de renvoyer à un débat assez chaud que nous avons eu ici sur la question

        http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=13232


        • ZEN ZEN 19 septembre 2007 11:31

          @ Je me permets de joindre le manifeste de C.Hagège.Le Québec s’alarme, en France des pétitions circulent, envoyés aux élus.

          Ne ratifions pas le protocole de Londres, par Claude Hagège LE MONDE | 17.09.07 | 14h22

          Dans quelques jours sera soumis aux Assemblées un projet de ratification du protocole de Londres, qui donnerait force de droit en France aux brevets d’invention en anglais ou en allemand. Fait sans aucun précédent, de la monarchie jusqu’aux républiques ! Ainsi, à tout concurrent français, les plus puissantes firmes américaines, japonaises, chinoises ou indiennes pourraient opposer légalement en anglais non seulement une description de leurs brevets, mais aussi les revendications dont il s’assortit, lesquelles peuvent être modifiées à tout moment, selon la Convention sur le brevet européen révisée en 2000.

          Les petites et moyennes entreprises, prétendument « bénéficiaires », seraient... les premières victimes ! Elles devraient assurer une traduction, peu coûteuse mais symboliquement lourde, de leurs brevets vers les langues des 17 Etats d’Europe qui, bien qu’étrangers à la tradition française de promotion de la langue, ont refusé de signer le protocole. Certains : Italie, Espagne, Finlande, sont parmi les plus industrialisés du monde. Les PME devraient, en outre, traduire en français les brevets en anglais, les protégeant ainsi contre... elles-mêmes ! Elles pourraient, enfin, déposer à leur tour en anglais, et donc ne recruter que des ingénieurs anglophones, en violant l’égalité entre demandeurs d’emploi et l’exigence de formation des immigrants en français soulignée par le président de la République. La plupart des grandes firmes françaises déposent leurs brevets en anglais, imposé, en France, aux personnels, ce qui fait gronder même les syndicats les plus modérés sans pour autant faire mieux vendre. Un des enjeux est d’endormir, par un langage opaque, leur vigilance aux conditions de travail, avec le risque de mort d’hommes, comme en 2005 à l’hôpital d’Epinal par surirradiation, due notamment au défaut de compréhension d’un logiciel anglais non traduit. Le Medef veut-il, de plus, aider et les partenaires anglophones et les PME ? Comment le croire ? La traduction ne coûte que 10 % du total, contre 75 % en taxes et frais de maintien en vigueur, et 15 % en procédures. En fait, les pressions extérieures et ce qu’elles attisent, à savoir les réactions contre la fausse image d’un monolinguisme français de repli, finissent par faire voir dans l’anglais LA langue de l’ouverture. Cela s’ajoute à une autre cause profonde : l’argent n’a pas de langue. Mais, même alors, on se trompe de combat, car rien n’a jamais démontré que l’anglais améliore la compétitivité des entreprises françaises. Trois raisons expliquent, en fait, le petit nombre de brevets européens d’origine française : un investissement trop timide dans la recherche et le développement, une méconnaissance des atouts de la propriété industrielle, condition stratégique pour la conquête des marchés, enfin l’absence d’une culture de l’action commerciale. La baisse des taxes n’a pas accru le nombre des brevets français. Il faut donc que l’école enseigne très tôt le goût de la découverte avec l’outil de la langue maternelle, ce qui, évidemment, n’exclut en rien la formation plurilingue. Un vaste programme de domination revêt aujourd’hui le masque de la mondialisation, comme l’admettent crûment certains industriels outre-Atlantique. Dès lors, la francophonie, en attendant le renfort de nouvelles volontés géoculturelles et économiques (hispanophone, lusophone, arabophone, russophone, turcophone), est, face à l’anglophonie, le seul autre projet mondial, avec des idéaux distincts. Ratifier le protocole de Londres, c’est refuser au français la chance historique de créer en traduction sur Internet une immense base de données scientifiques et techniques d’avenir. Ce n’est pas en immolant ainsi la langue française au mépris des 50 Etats et régions francophones qui, conscients de ces faits, la soutiennent avec force et font résonner très haut ce que la France n’ose plus affirmer comme au temps de son éclat, que l’on accroîtra la capacité commerciale des entreprises françaises. D’autres moyens existent, beaucoup moins onéreux et beaucoup plus efficaces. Ils sont scientifiques et culturels. Ces moyens sont plus dignes, au demeurant, de ce que l’opiniâtreté de beaucoup dans le monde continue d’appeler, tout en appréciant les autres vieilles civilisations engagées dans la modernité, « une certaine idée de la France ». Cela même qu’exaltaient les grandes voix qu’on oublie.

          Claude Hagège, professeur au Collège de France Article paru dans l’édition du 18.09.07.


        • docdory docdory 19 septembre 2007 13:38

          Salut , Zen ,

          Cette histoire de brevets que tu dénonces à juste titre me fait penser à un autre phénomène qui est l’affaiblissement du systême métrique : personne ne proteste contre le fait absurde et illégal que les dimensions d’écrans d’ordinateurs soient indiquées en « pouces » dans les grands magasins , alors que les écrans de télévision restent encore ( pour combien de temps ? ) en centimètres ! Ca mériterait presque un article !


        • Pierre JC Allard Pierre JC Allard 19 septembre 2007 22:14

          @ l’Auteur. Merci pour cet article intéressant et qui nous change un peu des bruits de bottes qu’on entend sur tant d’autres d’articles avec une insistance qui me fait craindre qu’on soit en pre-lavage de cerveau belliciste

          PJCA


        • Marie Pierre 19 septembre 2007 12:29

          Bonjour Docdory, article intéressant auquel je voudrais ajouter des mots couramment utilisés au travail : un patron m’a demandé, il y a 2 ans, de faire du phoning et un reporting. Phoning, j’avais à peu près compris mais reporting ? Il m’a traitée de nulle...

          Aujourd’hui, le mot « acter » prend de plus en plus d’importance. On ne prend plus acte d’un fait, on l’acte.


          • docdory docdory 19 septembre 2007 13:32

            @ Marie-Pierre

            Je suppose que le mot « reporting » , utilisé par ton patron , voulait dire « rapport » ! Nouveau cas de doublet linguistique , à ne surtout pas utilser dans tous les sens du mot « rapport » ! Par exemple , un impuissant ne devra pas , sous peine d’être grotesque , dire à son médecin « Docteur , j’ai du mal à avoir des reportings sexuels » !!!


          • Ronny Ronny 19 septembre 2007 14:18

            On peut ajouter à liste des tendances :

             impacter que je trouve insupportable au lieu d’affecter

             en charge de, traduit de in charge of, au lieu de chargé de (chargé étant utilisé par les anglophones d’ailleurs !)

             appliquer (to apply) pour demander (tu as vu l’appel d’offres machin ? As-tu appliqué ?)

             efficience au lieu d’efficacité (le mot doit cependant appariatre dans le dictionnaire, mais il était tombé dans l’oubli, et réactivé par l’anglais efficient)

             le challenge (souvent véritable le challenge !) au lieu de défi, tout aussi significatif

             adresser un problème (to address a problem, pour aborder).

             et puis, en vrac le passé de mode « ca le fait » (this makes it), « podcast » et l’horrible « podcaster » (au lieu de l’élégant télécharger), la hot line (j’aimerais appeler cela ligne rouge), la « maintenance » au lieu de l’entretien, mon supplier (mon fournisseur), etc.

            « Fun », non ? smiley


          • bozz bozz 19 septembre 2007 17:25

            mon cher Ronny, ces anglicismes, ces glissements semantiques ont de tout temps existés, ils sont d’ailleurs présents dans toutes les langues, même l’anglais ! c’est le propre d’une langue vivante.

            Qu’est-ce qu’un barbecue ? rotir un animal de la barbe au cul passé par la perfide Albion et revenu en France.


          • bozz bozz 19 septembre 2007 17:27

            désolé ronny, je n’avais pas lu votre message ci-dessous


          • Al 19 septembre 2007 12:43

            Et que penser du « language d’entreprise » que l’on entend de plus en plus fréquemment, du style :

             L’ordonnancement spécifique impactera le client au niveau de la gestion proactive du package opérationnel car votre impact client spécifique requiert une gestion de processus contraire à votre schéma d’évaluation management.-

            Lorsque j’entends ce genre de discours, je suis obligé de sortir pour ne pas éclater de rire !


            • LE CHAT LE CHAT 19 septembre 2007 13:01

              @al

              et quand mon chef de service me dit qu’il est en confco avec la supply-chain pour pouvoir réacter ! MDR ! smiley


            • LE CHAT LE CHAT 19 septembre 2007 13:02

              @al

              ils disent une gestion du process !


            • docdory docdory 19 septembre 2007 13:26

              @ Al ,

              Là je dois dire que , dans le domaine , c’est indépassable ! Osons , pour décrire cette phrase , créer le néologisme de « cacoglossie » : du grec « kakos » ( mauvais ) et « glossa » ( langue ) . Le mot usuel « charabia » paraît presque trop faible !


            • Al 19 septembre 2007 13:44

              @ Le Chat

              Merci, Le Chat, c’est exact, je ne suis plus dans le coup !

              Il faut que je phone à mon manager pour obtenir un stage de resourcing...


            • LE CHAT LE CHAT 19 septembre 2007 12:59

              c’est djeust un thym berre lac qui est au top 50 !

              lire des sms de nos enfants permet de rester dans le coup , d’être « aware » comme le dit jc vandamme smiley


              • Sir William 19 septembre 2007 13:07

                En fait ce « djeust » ne serait il pas la résultante du matraquage publicitaire de cette marque américaine qui nous recommandait : « Juste fais le ».

                cet anglicisme est apparu depuis bien plus longtemps que ce que l’auteur a semblé remarquer


                • docdory docdory 19 septembre 2007 13:20

                  @ Sir William

                  Oui , l’hypothèse d’une contamination publicitaire du langage est très plausible dans le cas de « djeust » . Je ne pense pas que cette expression date de plus de deux ans , mais son usage répandu ne date pas plus que de quelques mois , du moins en province ! Ou peut-être n’y avais-je pas prêté attention , en raison de la quantité d’horreurs linguistiques entendues et lues à longueur de journée !


                • Vincent 19 septembre 2007 16:19

                  Peut-être que vous avez raison et que la firme de l’Oregon qui emploie des tites n’enfants dans les pays d’Asie n’est pas étrangère à l’emploi de cette expression.

                  Mais toujours dans le domaine de la pub et très récemment un célèbre marque de frites congelées, à créer les djust à la poêle....

                  ALors est-ce là une conséquence ou une cause ?


                • Marc P 19 septembre 2007 13:25

                  Bonjour Docdory,

                  J’admets que ces emprunts balourds à la langue anglaise m’agacent mais l’intention de ces « emprunteurs » est sans doute d’amuser l’auditoire tout en faisant « in »...

                  Je suis encore plus agacé par ces emprunts qui avancent masqués, où le mot qu’on croit français est en fait par exemple anglais (je n’ai pas d’exemple en tête rapidement comme cela) ou de faux emprunts comme le mot « challenge » prononcé parfois « à l’anglaise »...

                  ce qui me fait le plus mal, sont peut être encore les traductions litérales ou presque de l’anglais souvent : « pas de soucis », « ça va le faire » expressions qui n’ont cours que depuis très peu de temps avec le succès que l’on sait sans aucun scrupule ni aucune créativité...

                  On pourrait bien sûr déplorer les erreurs de transposition comme « shampooing » (shampoo en anglais et peut être hindi), parking (car park en Anglais)... L’importation sauvage ne date pas d’aujord’hui...

                  Et puis l’éternel « sweatshirt » prononcé « switcheurt » au lieu de « swetcheurt » !!

                  après tout la francisation qu’est ce que c’est ?

                  Lors des championats d’athlétisme, cet été au japon, Sebastian Coe a dit au reporter qu’il reviendrait dans son studio quand il veut car il était « cool ». Le reporter contredit par Diagana insistait que c’est parceque l’équipe était « cool » et non parceque le studio était « frais » que Coe voulait revenir... Marc P


                  • romi romi 19 septembre 2007 13:25

                    j’ai l’impression de l’avoir toujours utilisé...

                    peut-être que la mode a été relancé par la boite à con-con ?


                    • KiaN 19 septembre 2007 13:27

                      Possible, mais pour moi c’est expression a au moins 5 voir 10 ans ou plus encore ! Peut-être est-ce parce que j’ai toujours évolué dans un milieu ou le franglais est roi, qui plus est à Paris, mais cette expression n’est pas du tout nouvelle. Après, elle se répand peut-être, et effectivement dans ce cas, la télévision doit avoir une forte influence...


                    • Z Z 19 septembre 2007 14:22

                      Moi pareil... ça fait certainement plus de 10 ans que j’entends le mot « just » employé dans des expressions comme « ça fait un peu just ». Pourtant j’ai toujours vécu en province. Et je ne crois pas me souvenir l’avoir spécialement entendu à la télé, du temps où je la regardais.


                    • Vilain petit canard Vilain petit canard 19 septembre 2007 13:38

                      Salut doc !

                      Bien observé. Ou « justly observed », si tu préfères...

                      J’ai relevé quant à moi depuis dix ans, une présence grandissante de la préposition de dans le langage parlé. De remplace ainsi à, voire même rien du tout. Exemple : « j’ai intérêt de faire ceci », au lieu de "j’ai intérêt à faire ceci (ou cela, d’ailleurs). Peut-être une influence de l’allemand (zu), mais c’est maintenant devenu une langue morte en France...

                      Autre bizarrerie : le verbe parler est devenu peu à peu transitif, et remplace souvent le verbe dire : « ce que je lui ai parlé ».

                      Dans cinquante ans, comme ce que je te parlais, ça sera djeust pour comprendre de ce qu’ils disent dans la rue...


                      • Vilain petit canard Vilain petit canard 19 septembre 2007 16:03

                        @ doc

                        Ah ben tout s’explique : la première fois que j’ai entendu ces de bizarres, c’était en Franche-Comté ! Mais je te confirme que les Pays de Loire sont gagnés par la fièvre du de.

                        Wooof, à part ça, depuis le temps que j’entends que l’enseignement du français se dégrade, on devrait ne plus communiquer que par grognements, maintenant... Régulièrement, on intègre des nouvelles tournures, de nouveaux mots, et puis on les abandonne - et on les oublie ! J’adore relire les éditoriaux des journaux des années 70 et 80, c’est édifiant. On se dit « ohlala, c’est vrai ils parlaient comme ça en ce temps, ça fait rétro maintenant »... Eh eh, non : nous parlions comme ça.

                        D’ailleurs, je me rappelle dans les années, 70, on stigmatisait l’hexagonal, qui est malheureusement devenu la norme du jargon énarquien. C’était l’époque où est survenue la terrifiante locution prépositionnelle « au niveau de », qui peu à peu a remplacé toutes les autres prépositions : de, sur, avec, pour, dans.... Pas seule, la locution, toujours alliée à son vieux copain « ya » (exemple : au niveau du peuple, ya du désaccord).

                        A la même époque, en Angleterre, où devait certainement sévir un problème comparable, Anthony Burgess avait écrit Orange Mécanique (en anglais), où les personnages parlaient un sabir composé d’anglais et de russe (l’Occident était censé s’être effondré devant la culture soviétéique... eh oui, c’était les années 70). Chose étrange, ce sabir burgessien, je l’ai d’ailleurs retrouvé souvent sous la plume de Demian de l’Ouest, incroyable, non ?

                        La morale à mon avis, c’est que toute époque a son argot (la France du dessous), ses maniérismes(la France du milieu) et sa langue du pouvoir (la France du dessus). Il y a eu « quelque part » (là où on était interpellés). Et en ce moment, c’est « jeust »... Il y a aussi « ben... voilà, quoi, hèèè... » (bien séparer les mots), qui conclut toute tirade de portée générale, il y a les index et les majeurs (des deux mains, sinon, ça marche pas) brandis devant le visage qui griffent spasmodiquement l’air (pour dire « entre guillemets »), et il y a, depuis peu, les « tabous » (à briser, naturellement). Il y a aussi les épouvantables semi-traductions américaines, relevées plus haut : sanctuaire pour refuge, pas de souci (ou ça va aller) pour tout va bien, supporter quelqu’un (ou une opinion) pour soutenir, conforter pour confirmer, ou renforcer, etc...

                        Allez, dans vingt ans, on se marrera en disant : « tu te rappelles, quand tout le monde (sauf nous) disait djeust, ahlala ce qu’ils étaient cons, hein... »


                      • docdory docdory 19 septembre 2007 13:59

                        @ Le furtif

                        Malheureusement , l’argot me paraît tomber en désuétude , et c’est dommage . Je crains fort que dire à quelqu’un qu’il a les esgourdes ou les portugaises ensablées , ou bien lui demander d’abouler l’artiche ne soit plus compris par grand monde , à l’exception des lecteurs inconditionnels du regretté Fréderic Dard , dont je fais bien sûr partie !


                      • Ronny Ronny 19 septembre 2007 14:27

                        Vu qu’il est 2 plombes et 25 broquilles à ma dégoulinante, et que mon dur se radine dans un quart d’heure, je vais devoir les mettre fissa si je veux éviter le concerto de pipo de mon dabe. A la revoyure !


                      • LE CHAT LE CHAT 19 septembre 2007 15:15

                        @RONNY

                        ça c’est la version Audiard remasterisée Frédéric Dard !


                      • Ronny Ronny 20 septembre 2007 09:14

                        @ Le chat

                        Merci ! Je prends cela pour un compliment ! Audiard et Dard, mes maîtres !


                      • Signé Furax 19 septembre 2007 13:47

                        @ à l’auteur

                        Très bon article, un grand merci parcequ’il y a vraiment urgence.

                        Depuis que j’ai entendu un journaliste de radio annonçant qu’un « music award » sera décerné à la meilleure chanson française, j’ai décidé de ne plus m’étonner

                        Mais ceci ne m’empêche pas d’être très en colère contre tous ces prétentieux qui se pavanent sur les plateaux TV, si possible en prime time, se gavant d’anglicismes approximatifs.

                        Molière et ses précieuses ridicules n’ont pas pris une ride.

                        Ils se comportent comme des colonisés volontaires !!!

                        Celui qui détient la parole détient le pouvoir, c’est ce qu’il faudrait vraiment faire comprendre à ces moutons de panurge.


                        • Paul Villach Paul Villach 19 septembre 2007 16:33

                          Le jugement « colonisés volontaires » me paraît rendre compte de ces postures de distinction quand on n’a, hélas, rien pour se distinguer.

                          Le sabir précieux anglo-américain est « un manteau de Noé » à la portée du premier inculte venu. La puissance des États-Unis et tout ce qui y renvoie, est, croit-il, un argument d’autorité définitif.

                          Le microcosme des médias offre un exemple caricatural de cette préciosité nouvelle touchant à la farce et donnant à croire que derrière ses « termes techniques » se cache forcément une haute technologie du dernier-cri estampillée de la plus grande puissance du monde. Et l’inculte qui en use, croit se hisser d’un coup de rein au paradis de la culture, quand ce n’est que « Dysneyland ».

                          On y parle de « live » au lieu de « direct », de « prime time » au lieu de « première partie de soirée », de « morning » au lieu d’« émission du matin », de « talk-show » au lieu d’entretien télévisé, de « off (the record ») pour « confidentiel », de « gap » pour manquement, ratage ou lacune, de « outing off » pour aveu, de « scoop » pour révélation, de « coach » pour entraîneur (Voyez comme le monde sportif s’en régale !), de « jingle » pour « indicatif », de « single » pour disque à une seule chanson.

                          Un sort particulier doit être réservé à l’expression « presse people » qui a remplacé « presse à scandales » ou « presse à potins et popotins de stars », afin de masquer le contenu méprisable de cette presse, au prix d’une dévaluation méprisante du mot « people » désignant désormais non plus le peuple mais une populace voyeuse.

                          C’est bien d’une « colonisation volontaire des esprits » qu’il s’agit, comme Étienne de La Boétie parlait de « servitude volontaire » au 16ème siècle.

                          Merci, cher docteur, pour l’humour de votre article, qui est un utile antidote contre la mélancolie que ne manquerait pas autrement de susciter cette reddition non seulement linguistique mais morale. Paul Villach


                        • ZEN ZEN 19 septembre 2007 17:18

                          Bonjour, Paul

                          You are right ;I’m okay... smiley


                        • cflorian 19 septembre 2007 13:57

                          apparemment le conservatisme français existe également dans le langage. le français est une langue vivante, elle est liée à notre environnement, elle s’imprègne de tout ce qui l’entoure. c’est d’ailleurs pour cela que le français de france est différent du français canadien ou que le nord et le sud du pays utilisent des mots et des expressions différents. à chacun de s’adapter aux personnes à qui il parle pour se faire comprendre au mieux. or c’est sur ce point là qu’il faut insister, on a de plus en plus de mal, notamment chez les jeunes, à changer de langage en fonction de la situation. le français est un moyen de communication et l’essentiel est de se comprendre, les codes ne doivent pas être figés.

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