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Accueil du site > Actualités > Société > Violences sexuelles : une enquête qui fait mal

Violences sexuelles : une enquête qui fait mal

Le silence tue, ici réside une certitude, et s’il ne tue pas il permet aux comportements sexuels violents de perdurer dans le fracas sourd insupportable d’un mal que notre société n’arrive pas à endiguer.

C’est ce que nous confirme l’enquête Contexte de la sexualité en France (CSF) menée en 2006 par une équipe mixte de l’Inserm et de l’Ined à l’initiative de l’Agence nationale de recherche sur le SIDA (ANRS). Réalisée sous la responsabilité scientifique de Nathalie Bajos et Michel Bozon, cette étude large comprenait notamment une partie consacrée aux violences sexuelles, faisant suite à la première Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (Enveff), réalisée en 2000, et qui brossait déjà un état des lieux inquiétant. Entre ces deux recherches, les chiffres ont doublé, mais les auteurs s’en expliquent.

Afin de pouvoir dresser un tableau comparatif entre les deux séries de résultats obtenus en 2000 (Enveff) et en 2006 (CSF), Nathalie Bajos (Inserm) et Michel Bozon (Ined) ont repris à l’identique la formulation de la question à l’endroit du panel des personnes interrogées par téléphone. Soit un échantillon aléatoire de la population âgé de 18 à 69 ans, composé de 6 824 femmes et 5 540 hommes (12 364 personnes au total). La question posée était la suivante : « Au cours de votre vie, vous est-il arrivé que quelqu’un vous force, ou essaye de vous forcer à avoir des rapports sexuels ? » Le choix des réponses était le suivant : « oui / oui a essayé mais sans y parvenir / oui mais ne veut pas en parler / non / sans réponse ». Observons que dans l’enquête CSF, cette question a aussi été posée aux hommes, différence notoire avec l’enquête Enveff.

La première observation remarquable est que le nombre d’agressions sexuelles déclarées dans cette enquête a doublé par rapport au chiffre obtenu en 2000, alors que sur cette même période, le nombre de dépôts de plaintes est resté stable. Ainsi on apprend que 16% des femmes et 5% des hommes déclarent avoir subi des rapports forcés, ou des tentatives de rapports forcés, au cours de leur vie. De plus, à la question de l’âge au moment de l’agression, toutes les générations questionnées ont répondu que les faits ont été commis ou tentés avant 18 ans (59% chez les femmes et 67% chez les hommes), ce qui est un élément qualitatif fondamental et que chacun pourra comprendre aisément. De plus, mais on le savait déjà, l’immense majorité des agressions sexuelles commises sur les personnes mineures l’ont été dans le cadre de socialisation, à savoir, famille, pairs, école, alors que ceux commis à l’âge adulte sont plus liés au conjoint, lieux de travail et autres. Par contre, l’agresseur inconnu, dans les deux cas, reste largement minoritaire (17%)*.
En outre, plus de 90% des personnes déclarent un agresseur unique, par opposition à un groupe d’individus (viol collectif).

Quant aux catégories socio-professionnelles, l’enquête CSF révèle que pour les agressions commises ou tentées avant 18 ans, aucun milieu n’est surdéterminant, si ce n’est que le pourcentage le plus élevé se retrouve chez les filles de cadres (ce qui peut ici infirmer les représentations sociales). Mais, plus globalement, l’étude tend à démontrer que toutes les couches sociales sont représentées dans une distribution relativement équivalente.

Concernant la révélation des faits, 46% des femmes et 62% des hommes disent ne pas avoir verbalisé les faits avant cette enquête, et plus on remonte dans les générations, moins les faits son révélés, ce qui corrobore l’idée selon laquelle le tabou est en partie levé, les faits de violences sexuelles étant de nos jours beaucoup plus révélés, mais lorsqu’ils le sont c’est essentiellement dans l’entourage familial, et non aux institutions de justice ou de santé. Par ailleurs, les hommes révèlent beaucoup moins les faits de violences sexuelles dont ils ont été victimes.
En outre, les violences sexuelles les moins facilement révélées sont celles commises par le conjoint ou le partenaire régulier.

Mais en dehors des chiffres, ce que cette enquête tend à démontrer, c’est une plus forte propension à révéler les faits dans le cadre de travaux scientifiques uniquement, et non une réelle augmentation des actes commis. Les auteurs expliquent cela en avançant l’idée d’un abaissement du seuil de tolérance de notre société à l’encontre des faits de violences sexuelles. Mais, pour autant, le nombre d’actes révélés n’a pas impliqué une augmentation du nombre de plaintes auprès des autorités, et c’est ici que réside l’incompréhension, comme si le pas décisif à franchir par les victimes était encore impossible dans la grande majorité des cas. Dès lors, une infime minorité des actes commis font l’objet d’un dépôt de plainte et donc d’une action pénale. L’enquête CSF évalue que 50 000 à 120 000 personnes ont été victimes de violences sexuelles sur les douze derniers mois ; seuls 10% des actes de violences sexuelles ont été en fait portés devant la justice, soit un chiffre qui stagne depuis le milieu des années 2000 alors qu’il avait fortement crû durant les trente années précédentes (de 1 417 plaintes en 1972 à 10 506 en 2004).

C’est donc ce paradoxe que souligne ce travail scientifique, soit un seuil de tolérance aux violences sexuelles qui s’affaisse, mais qui ne se traduit pas par une augmentation des plaintes devant nos instances pénales. Comment expliquer cela, les auteurs ne nous éclairent pas plus quant à l’interprétation possible de ce phénomène, si ce n’est par l’évocation d’une certaine dépendance matérielle et financière des victimes à l’égard de leurs tortionnaires. Pourtant, et l’étude ne l’évoque pas, notre législation prévoit désormais l’éloignement du domicile à l’encontre du conjoint auteur de violences, sexuelles ou non (loi du 4 avril 2006).

Ainsi, malgré une quantité de données parfaitement évocatrices, de nombreuses questions restent en suspens et aucune explication n’est apportée quant au paradoxe mis en exergue par les éléments recueillis dans cette étude. Et, s’il est impossible de conclure que notre société commet plus de violences sexuelles qu’avant, il est toutefois certain que ce phénomène est encore loin d’avoir disparu, révélant combien elle reste encore pétrie d’archaïsmes profonds, tout autant que de mal-être puissants.

*La proximité de l’auteur avec l’agresseur (8 fois sur 10 ) se retrouve aussi dans les homicides volontaires comme l’a démontré Laurent Mucchielli dans une étude de 2002.

Bibliographie :

  • Maryse Jaspard et l’équipe ENVEFF - « Nommer et comp-

ter les violences envers les femmes : une première enquête

nationale en France », Population & sociétés, n° 364, janvier 2001,

et Les Violences envers les femmes en France. Une enquête nationale,

Paris, La Documentation Française, 2003.

  • Nathalie Bajos et Michel Bozon - «  Les agressions sexuelles

en France. résignation, réprobation, révolte » in Bajos N., Bozon

M. (dir), Beltzer N. (coord), Enquête sur la sexualité en France. Pra-

tiques, genre et santé, éditions la Découverte, Paris, 2008, 610 p.

  • Catherine Cavalin - « Les violences subies par les personnes

âgées de 18 à 75 ans », Études et résultats, n° 598, DrEES, 2007.

  • Lorraine Tournyol du Clos et Thomas Le Jeannic - « Les

violences faites aux femmes », Insee-Première, n° 1180, 2008.

  • Xavier Lamyere, Les Violences sexuelles, Milan Ed., mars 2008.

 


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40 réactions à cet article    


  • roOl roOl 12 juin 2008 11:22

    le titre, le sujet, ca raccole a mort.


    • Coquille 12 juin 2008 12:28

      La violence sexuelle est un sujet "raccoleur" pour vous ? "Rien que le titre" semble vous mettre dans une diposition d’agacement.

      C’est très instructif ! La simple évocation du sujet réveillent des réflexes de défense et de rejet.

      Où l’on peut voir comment s’entretient le déni collectif qui explique bien des choses dans le silence des victimes...

      Il serait intéressant que vous développiez un peu plus le "ça raccole à mort" d’une enquête publiant que 10% de la population rapporte avoir subi des violences sexuelles.

       


    • roOl roOl 12 juin 2008 14:16

      Il ne voit pas la mauvaise blague dans le titre le monsieur ?

      Bah faudrai voir a aprendre a lire.

      Ensuite, ne vous demandez pas pourquoi les aggressions de ce type sont en recrudescence, l’homme reste un animal, et la tendance, bien poussée par les media, a mettre les chairs fraiches a nues et de manieres exitantes, ne peut que renforcer le phenomene...

      On ne va pas reprendre l’exemple des fillettes en string...

      bref c’est battu et rabbattu, c’est raccoleur, et ce, depuis le titre.

      Bisous smiley


    • Coquille 12 juin 2008 15:45

      Je suis amusée de lire que vous pensez vous adresser à un "monsieur".

      Le sujet est tellement rebattu comme vous dites, qu’avant cette étude, il n’y avait aucune statistique disponible en France. Juste la possibilité d’exploiter les données d’autres enquêtes partielles.

      Tellement débattu aussi que nul ne semble capable de s’expliquer pourquoi les victimes ne portent pas plainte. Alors qu’elles savent toutes pourquoi. Etrange non ?

      J’ai mon avis sur les raisons de la recrudescence des violences. Il ne rejoint pas le votre. C’est un autre débat.

      J’ajoute que je me passerais volontiers de vos bisous et smileys sarcastiques.


    • roOl roOl 12 juin 2008 16:08

      Je ne trouve pas que ce soit un autre débat.

      N’ayez pas peur, exprimez vos avis, apres tout, le site est fait pour ca.

      Je serai curieux de les lire.

      Selon moi, la honte est le grand facteur qui empeche de porter plainte, le victime portant souvent un fardeau de semi-culpabilité infondée, sans compter l’acceuil qui leur est fait par les forces de l’ordre.

      Pour mes proches, ca a ete tres humiliant, allant du refus de porter foi a leur dire a la condescendance la plus abjecte "franchement, vous l’avez cherché, aussi".

      N’aller pas croire que ce sont des hommes qui les ont proferer...

       

      Quand au bisous, avant de crier a la violence sexuelle sur internet, vous devriez en profiter...

      Je ne mord pas 


    • Coquille 12 juin 2008 17:11

      Mes commentaires sur le paradoxe relevé dans l’étude sont au bas de cette page. 

      Sur les raisons de la violence, le sujet est bien trop vaste pour ne faire que l’objet de commentaires sur agoravox.

      Pour le reste, je vous laisse à vos suppositions sur mes croyances et idées. Juste : dire que je me passe de vos sarcasmes -car il s’agissait bien de cela- ne revient en aucun cas à crier à la violence sexuelle. L’amalgame est ici douteux. A moins qu’il ne soit encore question d’ironie, au quel cas, elle frise le cynisme.


    • Fergus fergus 12 juin 2008 17:38

      Votre commentaire est inapproprié et choquant car ce sujet est un des problèmes les plus préoccupants de notre société. Il montre en outre que vous n’avez jamais été au contact de jeunes femmes abusées et psychologiquement détruites, ce qui a été mon cas lors de procès d’Assises

      Et, pire encore si je puis dire, jamais au contact d’enfants violés, la plupart du temps dans leur environnement habituel (familial, sportif ou éducatif), ce qui est toujours mon cas, au travers des expériences, parfois dramatiques et douloureuses, vécues par ma soeur et son époux, famille d’accueil et, à ce titre, en charge de gamins particulièrement malmenés par l’existence et la perversion de leurs proches.

      Les émissions de Delarue sont raccoleuses, cet article ne l’est pas et j’en félicite l’auteur !


    • roOl roOl 12 juin 2008 17:45

      Et aller...

      On s’en ballance de votre CV ...

       


    • hans lefebvre hans lefebvre 12 juin 2008 19:06

      N’est pas charles villeneuve qui veut ! En outre, permettez-moi d’avoir la faiblesse de penser que vous avez du poster votre commentaire sans avoir pris le temps de lire ce billet. Faire du racolage sur un sujet pareil, une étude scientifique qui dresse un état des lieux quant aux violences sexuelles, vous m’avez l’air d’avoir un esprit quelque peu mal placé, non ? De plus, l’objectif, par le biais de liens placés en début du billet était de renvoyer le lecteur vers les travaux concernés, ce que vous n’avez pas du faire par ailleurs.

      bien à vous.


    • hans lefebvre hans lefebvre 12 juin 2008 19:14

      Affligeants vos commentaires sur les tenues vestimentaires aguichantes. Vous êtes de ceux qui pensent que bien mal en a pris aux victimes, elles n’ont que ce qu’elles méritent etc...et tout ce genre d’inepties phallocrates. Mais encore, vos commentaires confirment ma 1ère réponse à votre endroit, vous n’avez pas pris le temps de lire l’étude en question qui indique qu’une grande majorité des victimes sont proches de leur agresseur ! Seules 17% sont victimes d’un inconnu ! Donc la tenue vestimentaire n’a aucun rapport ! Aller, prenez le temps de lire un peu plus sur le sujet, et je vous rappelle que la première étude date de 2000 seulement, donc pour un sujet redondant, vous repasserez !

      Avec la plus grande cordialité.


    • hans lefebvre hans lefebvre 12 juin 2008 19:39

      @coquille, c’est à ce titre que j’ai renvoyé, dés le début du billet vers les études en question, et que je cite quelques éléments bibliographiques importants mais non exhaustifs.


    • Gazi BORAT 12 juin 2008 12:40

      "l’agresseur a plus de droits et de soutiens que la victime "

      Cette assertion se vérifie dans le cas de l’affaire d’Outreau, où une série de criminels ont tous été relachés dans la nature !

      gAZi bORAt


    • Gazi BORAT 12 juin 2008 12:53

      Ah ! Ah !

      Je viens de me faire "moinsser" par les amis des assassins, des criminels et des délinquants, sans aucun doute !

      Mr SEB59 a raison d’invoquer le laxisme général.

      Ce qu’il faudrait, c’est un garde des Sceaux, de préférence femme et issue de l’immigration, afin de faire passer des lois bien répressives et pour que que l’opinion publique, majoritairement gauchiste dans notre pays bolchévisé, n’y puisse trouver rien à redire..... Pourquoi pas une loi, par exemple instituant une rétention de süreté, par exemple ?

      Pourquoi aussi ne pas reconnaitre responsables les malades mentaux délinquants ?

      Pourquoi personne n’écoute mes idées géniales ?

      gAZi bORAt


    • Zalka Zalka 12 juin 2008 13:14

      "Mais comme dans notre pays l’agresseur a plus de droits et de soutiens que la victime (par les juges, people, politiques, journalistes), c’est peine perdue !"

      Ah ça, c’est bien vrai ma bonne dame ! Bébert, un blanc sec en attendant le tiercé.


    • Zalka Zalka 12 juin 2008 14:20

      Je te trouve ça, dès que tu indiques les statistiques prouvant que les juges protègent en permanence les accusés et condamnent à de lourdes peines les victimes.

      En attendant, je te rappelle que les refléxion café du commerce, ce n’est pas de la réflexion.


    • Cbx Cbx 12 juin 2008 16:22

      J’aime bien vos réactions du genre "La seule solution est d’augmenter fortement les peines pour ces delits.".

      C’est sur, instaurer la peine de mort ça règlerait tout. Ha mais zut le problème ici c’est pas la récidive, c’est le fait que seulement 10% des victimes portent plainte... Pas de chance, encore un raisonnement simpliste qui tombe à l’eau !

      Pourtant je serais pas contre un système ou chaque individu déviant serait immédiatement mis à l’écart ou éliminé, un peu comme un dans une usine ou les pièces deffectueuses sont mises au rebus. A la limite si la matiere premiere est pas trop mauvaise on peut peut être refondre la pièce (ils appellent ça éducation par le travail en chine), mais sinon on jète et on en parle plus.


    • Traroth Traroth 12 juin 2008 17:35

      @Seb88 : si vous ne comprenez pas que, quand quelqu’un est arrêté, il faudrait d’abord vérifier qu’il est coupable avant d’envisager de lui couper la tête, achetez un cerveau...


    • hans lefebvre hans lefebvre 12 juin 2008 19:26

      C’est ici une idée reçue, notre justice est particulièrement sévère à l’encontre des infracteurs sexuels, les quanta de peine n’ont cesser de croître, et environ 20% des détenus le sont en raison d’actes criminels sexuels. De plus, notre droit pénal n’ a eu de cesse d’élargir le filet pénal, notamment en ce qui concerne ce type de délinquance. Aujourd’hui, un suivi socio-judiciaire peut-être prononcé pour une durée sans limite. Enfin, notre société, heureusement, tolère beaucoup moins ce type de délinquance. Parallélement, les victimes sont de mieux en mieux considérées, et ce n’est que justice, leur indemnisation est prévue dans le cadre du dispositif CIVI, et financé par l’état lorsque l’auteur est insolvable. En outre, l’ADAVEM est une association nationale très repèrable, elle intervient même des le déôt de plainte dans les commissariats/gendarmeries. Certes les choses sont encore perfectibles, je vous l’accorde.


    • Traroth Traroth 13 juin 2008 11:30

      @Seb88 : Vous affirmez que la justice libère des gens contre laquelle il y a des preuves et qu’on sait coupable ? Ce n’est qu’un mensonge pur et simple.


    • Lisa SION 2 Lisa SION 12 juin 2008 11:58

      "...si ce n’est que le pourcentage le plus élevé se retrouve chez les filles de cadres ..." avez vous écrit. Quand on sait qu’elles sont aussi harcelées par les castings, les dealers, les racketts, la gratuité d’entrée en boites de nuits moyennant service, sujettes à l’hébergement gratuit par des copropriétaires opportunistes...Cela fait beaucoup, non !

      "...seuls 10% des actes de violences sexuelles sont en fait portés devant la justice..." L’affaire d’Outreau a fait beaucoup de mal à ce manque de confiance déjà chronique en la justice. Non seulement celle-çi ne remplit pas toujours son devoir, mais parfois, elle retourne la culpabilité à la face de la victime...

      Dans l’amour, les caresses les plus douces sont les plus porteuses de frissons salvateurs et extatiques. A l’autre bout de la chaine des relations physiques se déclinent des palettes d’actes brutaux banalisés par Internet, qui révèlent la pauvreté dans la douceur face au flot d’animalité sordides mais communes et habituelles...


      • delicemetis 12 juin 2008 17:17

        J’ai rien compris....

        Castings, dealers ??????

        Actes brutaux...internet.. ???

        Sur cette lancées d’inepsies et de clichés, tu voudrais pas dire que c’est à cause de Sarko ??


      • Lisa SION 2 Lisa SION 12 juin 2008 18:24

        Ne me tutoyez pas s’il vous plait. Si vous ne comprenez pas le rapprochement entre l’accumulation des multiples pièges tendus vers les jeunes économiquement moins faibles, et le vice...n’hésitez pas à poser des questions. Mais, sachez que de grandes stars sensées nager dans le bonheur le plus douillet sont tout autant victimes d’un entourage " qui leur veut du bien "...


      • Coquille 12 juin 2008 12:24

        @ l’auteur,

        Vous rapportez :

        "C’est donc ce paradoxe que souligne ce travail scientifique, soit un seuil de tolérance aux violences sexuelles qui s’affaisse, mais qui ne se traduit pas par une augmentation des plaintes devant nos instances pénales. Comment expliquer cela, les auteurs ne nous éclairent pas plus quant à l’interprétation possible de ce phénomène, si ce n’est par l’évocation d’une certaine dépendance matérielles et financière des victimes à l’égard de leur tortionnaire"

        Il y a pourtant bien des explications à cet apparent paradoxe. Si les auteurs avaient demandé aux victimes ce qu’elles ressentent, ils auraient trouvé d’autres réponses que cette histoire de dépendance matérielle...

        - En France, l’immense majorité des victimes de violences sexuelles commencent par se sentir coupables et honteuses... même si beaucoup savent que ce sentiment n’a rien de légitime. Or, poursuivre son agresseur implique de "prouver" que l’on est victime. Le plaignant est placé dans une position où la réalité du préjudice et de la contrainte seront mis en doute. Perspective particulièrement angoissante pour une victime constamment en proie au doute et rongée par la honte.

        - Les auteurs de l’enquête de manquent pas de relever que la plupart des violences sont commises par des proches. Les victimes se trouvent alors dans une position ambivalente vis à vis de leur agresseur, qui est aussi un "proche". C’est lourd pour quelqu’un de se dire qu’il va peut-être envoyer son père, son frère ou autre en prison... même si celui-ci l’a violé.

        - La justice attend des preuves. Or, ici il n’y a aucune la plupart du temps, ce sera la parole de l’un contre celle de l’autre. En cas de doutes sur la culpabilité de l’accusé, il sera acquitté, relaxé, ou même pas poursuivi après instruction. Nombres de victimes estiment -à raison- qu’elles n’ont aucune chance, et préfèrent s’épargner la deuxième blessure de voir leur préjudice publiquement nié.

        - Il y a aussi la crainte des conditions d’accueil et d’écoute par la police judiciaire et la justice. Sans doute se sont-elles améliorées. Mais il serait naïf de croire que toutes les victimes de violences sexuelles sont reçues et écoutées de façon respectueuse. C’est assez décourageant.

        - Plus concrètement encore : le délai de prescription. Nombres de victimes se trouvent psychologiquement en mesure de porter plainte une fois passé ce délai.

         

         

         

         

         

         


        • hans lefebvre hans lefebvre 12 juin 2008 19:34

          @coquille, vos observations sont tout à fait judicieuses, notamment en ce qui concerne la honte qui habite les victimes de violences sexuelles. Par contre, croyez-moi, lorsqu’une affaire de violence sexuelle se retrouve en instruction, l’auteur est très ouvent en détention provisoire, et c’est qu’il existe de lourdes charges à l’encontre du mis en examen. Par contre, il faut rester prudent, l’affaire d’outreau, qui a fait suite à un emballement général, le démontre clairement. Enfin, lorsqu’on est victime de violences sxuelles, ou autres, il y a généralement des stigmates et des traces, notre police scientifique et notre mèdecine légale s’emploient à fournir des éléments matèriels à charge.

          merci pour votre commentaire.


        • Coquille 12 juin 2008 23:47

          Votre article se fait l’écho de la publication de l’enquête. C’est une information qu’il est important et nécessaire de diffuser. Et moi non plus je ne vois rien de raccoleur là dedans, ni dans le titre que vous avez choisi.

          En revanche, je me trouve en désaccord avec votre commentaire ci dessus, ainsi qu’avec l’optimisme sur la situation présente que vous affichez dans le précédent.

           

          Vous dites :

          Enfin, lorsqu’on est victime de violences sxuelles, ou autres, il y a généralement des stigmates et des traces, notre police scientifique et notre mèdecine légale s’emploient à fournir des éléments matèriels à charge.

          Et justement non, c’est bien là le problème ! Je vais devoir être crue pour rectifier. Cela arrive lorsque l’agression a laissé des lésions qui puissent n’être imputables qu’à une violence sexuelle (ce qui est rare) et sont encore visibles lorsque la victime porte plainte (ce qui l’est encore plus). Ou encore si elle a subi un viol avec coït et qu’elle est examinée avant même de s’être lavée (ce qui n’arrive pour ainsi dire jamais, à moins que le violeur soit pris un flagrant délit par la police ou que sa victime soit retrouvée morte).

          Hormis ces cas assez rares, la violence sexuelle ne laisse pas de preuves matérielles. Quelles preuves pour un viol n’ayant pas entrainé de blessures ? Pour un viol commis avec doigts ou objets ? Quelles preuves pour des fellations ? Des attouchements ? Quelles preuves 3 jours, 6 mois, 5 ans ou 20 ans après ? 

          Il y a pourtant des preuves, d’ordre psychologique. Mais la justice traîne des pieds à considérer comme preuve les marques d’un traumatisme ou le discours pervers d’un agresseur.

           

          Il me semble vous touchez là à une des idées reçues tenaces sur la violence sexuelle : celle qui veut que les actes soient accompagnés de coups, que la victime se débatte, ou que le viol commence et s’arrête au coït forcé. Or, la réalité est souvent bien différente. Peut-être en êtes vous averti d’ailleurs. Il n’en reste pas moins qu’affirmer que les violences sexuelles laissent généralement des éléments matériels alimente cette désinformation.

          Il y a eu une campagne d’information sur le sujet il y a quelques mois. Je ne trouve pas sur internet les références. Je me souviens d’affiches avec cette phrase accrocheuse : "ca commence dans les cris et finit souvent dans un grand silence". Cela m’a choqué, car rares sont en fait les victimes qui ont crié. L’intention semblait être d’encourager leur prise de parole... en les exhortant à sortir du silence. A mon sens, une campagne d’information se devrait... d’informer, c’est à dire lutter contre les idées reçues qui contribuent à enfermer les victimes dans le silence. En regardant l’affiche, je me suis demandée combien allaient se dire comme moi : "je n’ai même pas crié. Je ne suis pas victime alors ou ne serai pas considérée comme telle si je portais plainte ?" Depuis j’ai pensé : ces gens là ont réfléchi, sont censé s’être informés, connaître un minimum la "problématique" des victimes. Comment se fait-il alors qu’ils aient pu pondre un slogan si maladroit, dans lequelle la majorité ne va pas se reconnaitre et va se sentir encore plus isolée, blessée ou coupable ? 

          L’enquête révèle que 83% des agresseurs sont des proches et que la majorité des victimes étaient mineures au moment des faits. (Ce dont on se doutait en examinant les statistiques que d’autres pays ont pris la peine de mener avant). "En général" donc, une agression sexuelle ressemble plus à cela : un enfant ou adolescent agressé par une personne proche (un parent le plus souvent...) qui ne comprend rien à ce qui arrive et un abuseur qui en profite, souvent à répétition.

           

          Vous dites également :

          Par contre, croyez-moi, lorsqu’une affaire de violence sexuelle se retrouve en instruction, l’auteur est très ouvent en détention provisoire, et c’est qu’il existe de lourdes charges à l’encontre du mis en examen

          Croyez-moi, cela n’empêche pas que la victime ne soit pas prise au sérieux ou traitée de façon insultante avant l’instruction. Ni même après. Cela n’empêche pas non plus que nombre d’affaires n’aboutissent pas en instruction. Ni que d’autres soient "déqualifiées". "déqualifié" est le terme employée pour dire "considérer un viol comme une agression sexuelle pour qu’il soit jugé en correctionnel et non aux assises". 

          Je vous concède que l’on ne va pas aller bien loin à coups de "croyez-moi" . Je parle ici d’expérience et de lecture de nombreux témoignages sur des fora d’échange entre victimes.


        • hans lefebvre hans lefebvre 13 juin 2008 13:29

          @coquille, vous restez pertinente et ne contredit point vos observations, si ce n’est qu’en matière de traces, la police scientifique et la mèdecine dlégale peuvent se staifaire de traces infimes. Je sais aussi que les dites violences peuvent être beaucoup plus insidieuses et tapie dans un huit clos étouffant. La pression psychologique peut s’avérer tout aussi efficace que des coups, certaines personnalités perverses jouissent de cela ;

          Mais là ne réside pas la difficulté en matière de poursuite, c’est surtout le fait que les dépôts de plaintes font cruellement défaut, et on en revient au problème fondamental de la honte de la victime, ou encore de la peur qui l’empêche de révéler les faits. Par contre, lorsque les faits sont révélés, je ne peux vous affirmer que tant la police que la justice ménent à bien leur travail, et je parle en connaissance de cause, la délinquance, au sens large tout autant que la criminalité sexuelle, est mon quotidien professionnel, c’est en ce sens que j’employais la formule "croyez-moi". En matière d’écoute des victimes, de recueil de leur plainte, d’énormes progrès ont été réalisés. En outre, de nombreuses femmes sont aujourd’hui policières ou magistrates, ce qui change considérablement la donne, vous en conviendrez. 

          Le problème fondamental reste le dépôt de plainte, c’est donc le silence qui continue à oeuvrer, mais n’y voyez aucun reproche, je mesure entièrement la difficulté pour les victimes de verbaliser, et ensuite de s’exposer à une procédure douleureuse et longue.

          Merci pour vos apports personnels.


        • Kieser 13 juin 2008 14:53

          @l’auteur,

          Bien lu votre commentaire, nous sommes bien d’accord sur votre première réponse à coquille... Elle n’ignore sûrement pas les possibilités actuelles de la médecine légale.

          Concernant l’autre point , vous écrivez : "Par contre, lorsque les faits sont révélés, je ne peux vous affirmer que tant la police que la justice ménent à bien leur travail, et je parle en connaissance de cause, la délinquance, au sens large tout autant que la criminalité sexuelle, est mon quotidien professionnel, c’est en ce sens que j’employais la formule "croyez-moi". En matière d’écoute des victimes, de recueil de leur plainte, d’énormes progrès ont été réalisés. En outre, de nombreuses femmes sont aujourd’hui policières ou magistrates, ce qui change considérablement la donne, vous en conviendrez. "

          Beaucoup des victimes avec lesquelles j’ai à faire aimeraient se trouver dans votre circonscription. Car mon vécu, de Toulouse à Angers, en passant par Strasbourg ou Boulogne est bien différent. De ces affaires qui traînent en longueur, des expertises médico-légales pratiquées 6 mois après les faits, parfois déconseillées par le Procureur lui-même... et tant d’autres encore.
          Coquille évoque ce qu’elle a rencontré, moi aussi, toutes les semaines (3 cas du genre cette semaine)

          Vous habitez bien la France ? Non ? Je veux bien accorder crédit à votre "croyez-moi !" Faites de même, SVP pour ce que d’autres vous disent. L’évidence des faits pourra alors servir à la mise en place de véritables programmes de prévention, d’information, d’accueil...

          Cordialement.


        • Coquille 13 juin 2008 17:34

          Si, j’ignore en partie les possibilités actuelles de la médecine légale.

          Je me basais ici sur la réponse d’une juriste et d’un avocat (droit pénal) à la question "dans quels cas une expertise médicale est-elle réalisée ?". Réponse : quasiment jamais, hors prise en charge immédiate.

          Et sur les témoignages lus.

          Je me rends compte que j’ai exclu le cas des enfants engagés dans une procédure à l’initiative d’un tiers... l’étude s’interrogeant sur le silence des adultes devant la justice, qu’ils aient été victimes étant enfants ou plus tard. Je rectifie donc mon précédent message en précisant ce cadre.


        • Le Hérisson Le Hérisson 12 juin 2008 18:03

          A l’auteur,

          Je ne pense pas que le nombre des victimes soit supérieur qu’avant mais, comme on le dit souvent, on en parle plus et les victimes osent tout de même davantage se dévoiler.

          Comme vous devez probablement le savoir, nos prisons sont à présent peuplées, surpeuplées serait le mot le plus juste, par des délinquants sexuels ou des auteurs de violences sous l’emprise de l’alcool.

          Dans ces deux cas, la maladie, car il s’agit bien de maladies, devrait être traitées par des praticiens spécialisés.

          Or, ce n’est pas le cas. Nos prisons se remplissent, les lois se multiplient, la répression s’accentue, et l’inefficacité aussi...

          Quantité d’autres pays font mieux que nous, dans ces deux domaines, à commencer bien évidemment par le Canada.

          On se demande quand les magistrats, les juges, les hommes politiques prendront conscience de leur inéfficacité, plutôt que de multiplier les enquêtes.


          • hans lefebvre hans lefebvre 12 juin 2008 19:47

            Vous touchez là un sujet sensible, et c’est surtout un manque cruel de moyens dont souffre l’ensemble des intervenants, justice et santé notamment. Savez-vous que le budget alloué au ministère de la justice ne représente que 2% de notre budget total. en outre, un agent de libération conditionnelle au Canada suit environ 12 infracteurs, alors qu’un conseiller d’insertion et de probation gère en moyenne 100 mesures, les chiffres parlent d’eux-même.


          • Le Hérisson Le Hérisson 12 juin 2008 18:11

            Encore un mot... Et si la hausse des abus sexuels venait de la baisse de la la liberté sexuelle ???

            Vive mai 68 !!!

             


            • Le Hérisson Le Hérisson 12 juin 2008 19:58

              A l’auteur,

              Je connais la situation carcérale et le manque de praticiens en prison pour la bonne raison que j’ai un ami psychiatre qui y travaille. Il change d’ailleurs de travail car il n’en pouvait plus de travailler dans un mileu où les psys sont tellement déconsidérés et manquent autant de moyens.

              Notons, par exemple, qu’il avait des consignes "autoritaires" du système carcéral afin d’éviter tout traitement de fond et se limiter à la prescription de médicaments neuroleptiques (très puissants d’ailleurs, bien plus que ceux prescrits dans la vie "civile" de tout un chacun).

              La justice manque évidemment également cruellement de moyens. Je suis bien d’accord avec vous.

              Bien à vous.


              • docdory docdory 12 juin 2008 22:24

                 @ Hans Lefebvre

                J’avoue que les résultats que vous exposez me surprennent . Que 5 % des hommes se disent avoir été victimes de rapports forcés me paraît extravagant : on voit mal une femme prendre un couteau et dire à un homme " tu me baises ou je te tue " ou bien ( autre version ) " tu bandes , sinon couic " ! 

                Par ailleurs , à moins que la femme soit d’une laideur repoussante , il n’est guère besoin pour elle d’exercer une violence pour avoir un rapport alors que la majorité des hommes ne demandent que ça !

                Pour ce qui est des femmes , j’exerce la médecine générale depuis 1986 , la proportion de femmes qui se sont plaintes à moi d’avoir eu des rapports forcés dans leur existence est infime . Or , la plupart des femmes n’hésitent pas à raconter leur vie dans les moindres détails en consultation , surtout si elles souffrent de troubles psychiques . Le chiffre de 16 % me paraît donc relever de l’affabulation .

                 


                • hans lefebvre hans lefebvre 12 juin 2008 23:19

                  Je me permets de vous renvoyer vers l’étude en question, vous y verrez les réponses à vos questions. En effet, 5% des hommes victimes le sont alors qu’ils sont jeunes, et sont victimes d’autres hommes ! Quant aux femmes, comme le montre l’étude elles révèlent peu les agressions aux autorités, tant sanitaires que judiciaires, en outre, plus elles sont âgées et moins elles verbalisent les faits. Voilà pour les explications.

                  cordialement


                • Hermes Hermes 13 juin 2008 11:11

                  Un sujet difficile en réalité.... Comme certains l’ont noté, la "société" pousse à susciter et aussi réprime (pas assez d’après certains), le tout sur une base éducationnelle morale forte. Le fait de créer les problèmes pour mieux les réprimer serait nécessaire à l’établissement de certains types de pouvoirs.

                  Les thèses de W. reich, bien que fortement controversées, ne peuvent être ignorées dans une réflexion globale, car c’est un des rares à avoir eu le courage de défricher ce domaine. Les commentaires mettent d’ailleurs en évidence la notion d’abus de pouvoir qui n’est pas cantonnée au cercle agresseur-victime mais qui englobe aussi l’institution dans sa façon de traiter le phénomène.

                  Au delà de toute contre-idéologie réductrice je souhaite seulement encourager chacun à investiguer dans son propre vécu et à valider ou invalider ces éléments. Un lien à ce sujet.

                   


                  • hans lefebvre hans lefebvre 13 juin 2008 13:41

                    Je viens de lire le lien vers lequel vous renvoyez, et les thèses de W. Reich, on y perçoit nettement sa culture (au sens façon d’être au monde) psychanalitique, avec une forte influence freudienne visiblement. Pour autant, le psyché humain reste fort complexe, et dans des situations identiques (violences, tyranie, milieu rigide), on observe des comportements inverses, cf. la résilince chère à B. Cyrulnik. En d’autres termes, à environnement équivalent, résultats différents. Par exemple, tous les agressés séxuels ne deviennent pas agresseurs sexuels etc...Tout est parfaitement complexe dans cette matière.


                  • Kieser 13 juin 2008 14:40

                    Bonjour,

                    j’avais prévu d’éditer un article sur ce thème mais l’auteur m’a précédé, qui plus est, avec des références supplémentaires. On peut lui en savoir gré. J’interviens juste sur la question que se posent les enquêteurs eux-mêmes : Pourquoi si peu de plaintes enregistrées ?
                    (Désolé de faire si long)

                    Certains commentateurs se réjouissent de l’abolition d’un tabou qui se traduisait auparavant par une abolition de la parole et un déni général. Mais c’est ignorer que pour abolir un tabou, il faut d’abord combattre socialement les barrières collectives qui verrouillent l’expression. Si parler à un enquêteur (sondage) est devenu familier porter plainte auprès de la police signe le premier véritable rapport de la victime au collectif. C’est par cet acte, suivi d’une enquête, que la société signifie qu’elle prend en compte une parole de souffrance. De ce point de vue, l’Europe, en général, est en pleine régression. La reconnaissance des souffrances de la victime par la société est une étape fondamentale et nécessaire au processus de réparation... La régression sur le terrain des droits des femmes et de la défense de l’enfance s’établit à un niveau politique et au niveau des mentalités. (Nous aurons sûrement à y revenir lors de la publication d’autres articles sur ce thème.)

                     

                    À quoi cela peut-il tenir ? En premier lieu, il est patent que l’attitude de la police et des juges/procureurs incite les plaignants à une certaine réserve. Même si de considérables progrès sont constatables au sein de la police, même si, en théorie, chaque dossier de viol doit être traité par une cellule spécialisée, dans les faits, il en va tout autrement. J’ai recueilli dernièrement les paroles de plaignantes qui s’étaient vues devoir signifier leur plainte dans un local de police ouvert à tous et parcouru par les divers personnels et personnes concernées par d’autres affaires de police.

                    Je viens de recueillir le témoignage d’une maman qui a porté plainte après l’agression/viol dont sa fille a été victime (6ans). Le procureur a décidé qu’il n’y avait pas lieu d’ordonner une expertise médico-légale de l’enfant au prétexte que cela serait plus traumatisant que ce qu’elle avait subi. Traduction : Moi, Procureur de la République, à la seule lecture du rapport du policier chargé d’interroger l’enfant, Moi, Juge et expert en Psychiatrie, je décide que les sévices subies sont moindres que ne le serait une expertise médicale pratiquée par des praticiens formés et diligents...

                    Or, 10 mois après, l’affaire sera forcément qualifiée en délit... puis les choses traînant, les parents vont se décourager et il n’y aura plus qu’un non lieu à prononcer... affaire classée. En attendant, une petite fille devra « faire avec ».

                    On est loin de la diligence et de la prudence nécessaires à ce type d’affaire. On instrumentalise l’agression par le déni total du vécu de la victime. Autrement dit, on refuse d’envisager le préjudice subi par celle-ci. Ces méthodes bafouent volontairement ou non la fragilité des victimes. La hiérarchie policière, soit par volonté, soit par manque de moyens, traite ce genre d’affaire avec une désinvolture coupable. Bien souvent les faits sont arbitrairement déclassés afin d’éviter l’encombrement des Assises et un viol peut se trouver requalifier en "attouchements". Parfois des juges d’instruction demandent qu’une plaignante se soumette à une expertise psychiatrique au prétexte d’évaluer les dommages subis mais l’obsession de beaucoup d’enquêteurs demeure la crédibilité des plaignantes. Pourtant de nombreuses enquêtes engagées au Canada et aux États-Unis, ont démontré que les fausses allégations sont rares. De plus les ravages du procès d’Outreau ont rendu les juges plus que prudents. Loin de remettre en cause leurs méthodes d’investigation, leur attitude tend à se rigidifier.

                    Au Canada, dans des affaires de pédocriminalité, d’inceste ou de viol, les interrogatoires sont filmés intégralement (C’en est au début en France). Et quand il s’agit d’une personne mineure, les éducateurs ou intervenants sociaux, qui auraient reçu un premier signalement, peuvent mener l’enquête eux-mêmes en relation avec la police. C’est impensable en Europe tant acteurs sociaux et policiers se méfient les uns des autres. Pourtant il sera plus facile pour une jeune personne de se confier à un éducateur qu’à un policier.

                    Réagissant à la généralisation récente, à partir de juin 2008, de l’enregistrement vidéo des gardes à vue et des auditions chez le juge d’instruction dans les affaires criminelles (hors terrorisme et associations de malfaiteurs), Christophe Régnard, secrétaire national de l’Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire) explique pourquoi il y est hostile.
                    Sur 20minutes,
                    Ses arguments sont purement techniques, pas un seul en rapport avec les victimes, pas un mot d’éthique. Comment, dans une société où l’information circule quasiment en temps réel, penser que le public ne sera pas sensible à cette retenue de l’autorité judiciaire, voire ce conservatisme ? Les magistrats perdent là une occasion de montrer qu’ils appartiennent à un grand corps d’État chargé de défendre les libertés et de maintenir l’équité en toutes choses, non pas à une corporation soucieuse de préserver ses privilèges.

                     

                    Une autre explication ne doit pas manquer de nous interpeller. Une victime me rapportait son témoignage affirmant qu’elle n’avait parlé de son agression ni à sa mère ni à quiconque d’autre – elle avait 12 ans à l’époque des faits – car elle se sentait honteuse de ce qui s’était passé entre son agresseur et elle. On ne manque pas d’être intrigué par cette culpabilité dont témoigne la plupart des victimes de viol même quand celui-ci a été perpétré dans la petite enfance. Nombre de rescapés de l’inceste révèlent ce doute qui les a toujours assaillis sur la réalité de leur statut de victime. N’y a-t-il pas là l’expression d’une grave carence sociale ? Quand un commerçant est victime d’un vol, il ne doute pas un instant de la réalité du délit dont il vient d’être victime. En effet, la société a érigé depuis des siècles des srtates successives qui permettent à chaque partie de nommer le déni, ce qui libère d’autant la victime du poids du doute. Pourquoi en serait-il autrement pour des victimes d’incestes ou de viol dans l’enfance ou l’adolescence ? Force est de considérer que nos sociétés, qui se voudraient évoluées, n’ont établi aucune règle qui permette de qualifier réellement ce genre de crime/délit. On en reste à des règles d’usage ou à l’arbitraire des situations et des individus. Outreau et Burgaud en sont un exemple frappant. On éponge après en s’efforçant de noyer rapidement le poisson.

                    Il a existé un phénomène similaire dans nos sociétés : dans les premières années d’épidémie de SIDA, de nombreuses victimes du virus exprimaient un tel malaise coupable. Nous en étions, à cette époque, aux rumeurs malsaines qui clouaient au pilori les homosexuels, les prostituées et les Africains...

                    Les rumeurs naissent sur fond d’ignorance et de passions, mais pas seulement. Il leur faut des relais pour durer. A contrario, le savoir, la connaissance, l’instruction, l’information sont de puissants antidotes à la propagation des rumeurs et des préjugés. Concernant les agressions sexuelles, l’esclavage sexuel auquel de nombreuses femmes et enfants sont soumis, cette inertie de la collectivité révèle les dessous d’une conscience collective qui n’ont pas encore dépassé les mentalités archaïques de domination de l’homme et du père, dans la famille, dans la société. Cet archaïsme est fort bien perçu par l’enfant dès les premiers temps de l’ouverture de sa conscience au monde. Ajoutons à cela la persistance d’une vision toute aussi primaire de la famille qui n’a pas permis de développer des attitudes familiales adaptées au monde contemporain et ouverte sur l’extérieur. Sur fond d’individualisme, on voit trop souvent des familles crispées autour du maintien d’un noyau constitué du père-dominant, de la mère-relais de l’autorité du premier et des enfants ; dans une architecture qui favorise et amplifie cet isolement, l’enfant peut se retrouver dans une prison de mots, de comportements et de fantasmes qui ne lui permettront pas de trouver une oreille attentive s’il est agressé.

                    La famille traditionnelle, par la multiplicité de ses composantes, offrait la possibilité, pour un enfant, de compenser les attitudes extrêmes d’un parent. Au moins, la blessure de l’inceste ou du viol dans l’enfance trouvait une écoute attentive du côté d’un oncle, d’une tante, d’une grand-mère...
                    (J’ai, dans mes archives, de nombreux témoignages qui attestent que quand l’environnement octroie à la victime un lieu d’écoute approprié, la construction de la personnalité se fait de manière moins heurtée que quand celle-ci se trouve isolée)

                    L’isolement actuel ne le permet pas, offrant au prédateur les facilités pour son œuvre malfaisante ; un des comportements habituels du prédateur consistant à isoler sa victime du monde environnant et la soumettant à une surveillance constante qui prendra des formes diverses selon le milieu social, plus ou moins brutales, plus ou moins subtiles.

                    Voici quelques éléments de réflexion, partiels certes, concernant les agressions sexuelles dans l’enfance.

                     

                    Pourquoi si peu de plaintes enregistrées ?


                    • hans lefebvre hans lefebvre 13 juin 2008 21:55

                      Merci pour votre apport au débat, et votre long commentaire qui illustre votre engagement dans ce combat encore long. C’est une culture à construire, avec une société qui doit valoriser la parole, et encourager le dépôt de plainte. Pour autant, je pense aussi que nombre de victimes se trouvent dans une situation de terreur qui empêche littéralement le dépôt de plainte. L’auteur a souvent une emprise totale sur sa victime qui s’en trouve inhibée. Je pense par ailleurs, que ceux qui recueillent la parole doivent encourager impérativement à porter plainte, l’étude montrant que les victimes révèlent les faits à l’entourage. Enfin, le rôle ds associations, en tant que tiers pourrait-être accentué.

                       

                       


                    • hans lefebvre hans lefebvre 16 juin 2008 18:37

                      Certes, si notre justice est loin d’être parfaite, toutefois elle ne peut pas n’être qu’incompétence, je le rappelle, il y a aussi d’éminents magistrats qui œuvrent du mieux qu’ils le peuvent, avec les moyens du bord. Notre institution fonctionne à moyens quasiment constants alors que le nombre des contentieux s’est envolé.


                      • Kieser 19 juin 2008 10:11

                        @l’auteur,

                        je viens de réagir à votre article : Le viol, arme de maintien de l’ordre

                        Pour entretenir le débat, contribuer à une prise de conscience...

                        Bien à vous

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