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L’environnement cliquable : une virtualité bien réelle

Internet nous a habitués à des révolutions permanentes mais celle-ci est de taille. Après la révolution du navigateur, puis celle des moteurs de recherche, voici un CamPhone (téléphone muni d’une caméra) qui permet de rendre l’environnement « cliquable ».

Cette découverte fondamentale, et la mise au point de l’appareil et des logiciels, est due à un Japonais de génie, Takaito Iguchi, Président fondateur de la société Tonchidot . Il a obtenu le second prix de la meilleure innovation sur Internet avec sa Sekai Caméra, dans le cadre du forum « Net Explorateur » qui s’est tenu au Sénat les 5 et 6 février 2009.

 
J’avais proposé il y a plus de trois ans dans mon livre « La révolte du Pronétariat », en collaboration avec Carlo Revelli, la notion et le terme « d’environnement cliquable ». C’est pourquoi j’ai eu le plaisir et l’honneur de présenter à ce Forum la démonstration de Takaito Iguchi et de lui remettre son prix.
 
« Même le camphone (téléphone mobile muni d’une caméra photo) deviendra une véritable « souris ». Il sera à la fois télécommande et scanner. En effet des nouvelles technologies (comme SpotCode par exemple), rendent l’environnement physique « cliquable ». Elles permettront d’utiliser son mobile, chez soi ou dans la rue, pour signifier un ordre d’achat directement sur l’image d’un écran ou sur une affiche comportant un code circulaire (analogue à un code barre), susceptible d’être lu par le camphone. Grâce à un « clic photo » sur ce code, l’usager sera mis directement en relation avec le site Web de l’entreprise, ou recevra un SMS répondant à sa question » (« La Révolte du Pronétariat », Fayard, janvier 2006, p.149)
 
La caméra mise au point par Takaito Iguchi ouvre une fenêtre d’applications quasi infinies pour les 20 prochaines années. Par exemple dans le domaine du tourisme, des loisirs, du commerce électronique, de la visite de villes, de musées, ou de la recherche de livres dans une bibliothèque. Le logiciel de la Sekai Caméra utilise pour le moment un Iphone mais pourra bientôt s’adapter à tous les « Smartphones » et PDA’s. L’œil de la caméra de l’Iphone, qui sert normalement à prendre des photos, est ouvert en permanence et « regarde » l’environnement autour de l’utilisateur. En déplaçant l’écran, on voit son environnement comme à travers des lunettes quand on bouge la tête. On continue à voir ce qu’il y a de chaque côté de soi, tandis que devant ses yeux, sur l’écran de l’Iphone, apparaissent, en superposition, des informations numériques sous forme de « Tags » visibles et en couleur. Ces Tags (étiquettes numériques) sont placés à sa guise par l’utilisateur qui souhaite ainsi marquer un restaurant, une exposition, ou créer une bulle au-dessus de sa tête pour que ses amis le reconnaissent dans une foule.
 

Ces "AirTags", comme les appelle Takaito Iguchi, sont très faciles à créer. Puisque le téléphone est géolocalisé par GPS, il suffit de créer un Tag à l’endroit de son choix en cliquant avec le doigt sur une icone de l’écran de l’Iphone et d’ajouter, si on le souhaite, un commentaire enregistré. Comme toutes les informations concernant ces Tags sont stockées sur des serveurs situés dans le « Nuage » (« the Cloud », l’Internet ubiquitaire) et notamment sur le « Nuage » proposé par Amazon (aws.amazon.com/), les amis à qui on destine ses Tags (comme sur FaceBook), peuvent retrouver leurs étiquettes numériques lorsqu’ils visitent une ville où une exposition, n’importe où dans le monde. De plus, le propriétaire d’un restaurant ou d’une boutique de vêtements pourra créer ses propres Tags en utilisant Google Maps ou Google Earth, ce qui permettra à un utilisateur arrivant dans un environnement ainsi « Tagué » de retrouver un commentaire décrivant un menu ou un vêtement à la mode.
 
La création des "AirTags" revient ainsi à créer des favoris dans l’environnement physique. Exactement comme on crée des favoris à partir d’un site Internet que l’on vient de visiter. On peut ainsi marquer des objets, des livres, des monuments ou même des paysages. Autre exemple, dans un stade comprenant 10.000 personnes assistant à un match de football, il sera possible de voir à travers l’écran de son Iphone, déplacé devant cette foule, les « bulles de Tags » flottant au-dessus de la tête des personnes qui ont souhaité être identifiées par leurs amis. Il sera possible de leur envoyer un "AirMail" instantané pour leur indiquer où on se trouve. Déjà des systèmes de localisation de personnes existent, avec Google Latitude ou Aka-Aki, mais la Sekai Caméra permet beaucoup plus de fonctionnalités en mémorisant Tags et parcours, dans le « Nuage ».
 
La grande nouveauté de cet outil est qu’il favorise la fusion du monde réel et du monde virtuel. Le passage de l’un dans l’autre. Les propriétés du monde cliquable pouvant s’appliquer indistinctement à un parc d’attractions, à une foire exposition, ou à une « ville dans la ville » comme la Cité des Sciences et de l’Industrie. Il lui sera sans doute possible de proposer dans quelques années à ses visiteurs une Sekai Caméra (ou un PDA équivalent), pour leur permettre de s’orienter dans la Cité et de lire les Tags recommandant telle ou telle exposition, laissés par les visiteurs précédents.
 
Cette révolution technologique à une portée sociologique, voire philosophique. Avec sa caméra, on passe en quelque sorte « derrière le miroir » comme le proposait Jean Cocteau dans Orphée en 1950. Les « miroirs » placés devant nos yeux, pour communiquer avec Internet, sont les écrans de notre PC, de notre portable ou de notre Smartphone. Mais ces écrans sont petits et en deux dimensions face à l’immensité du monde qui nous entoure. Avec la Sekai Caméra c’est l’environnement qui devient un ordinateur. Les puces RFID cachées dans les murs, les détecteurs de mouvement, de la voix, ou les analyseurs de visage, seront autant d’outils d’interface avec l’environnement cliquable. Dans un premier temps, ce sera notre téléphone portable qui jouera le rôle de scanneur, de souris, et de télécommande comme je l’ai décrit dans la « Révolte du Pronétariat ». Par la suite, ce seront des outils du type de la Sekai Caméra ou de tout Smartphone doté des logiciels adaptés. Comme, par exemple, le nouveau téléphone de Google qui sera lancé prochainement par SFR. La flexibilité de son logiciel Android permettant, en effet, à de nombreux développeurs de créer des applications d’une variété infinie pour naviguer dans notre environnement physique et lire les Tags postés par soi-même ou par d’autres visiteurs.
 
Avec ces différentes applications « l’environnement cliquable » deviendra une virtualité bien réelle. Il faut s’attendre à une véritable explosion d’utilisations, d’autant plus que le logiciel de la Sekai Caméra sera disponible gratuitement sur Apple Store à partir du mois de mars et sur une base mondiale. Mais attention à la traçabilité des internautes. Il conviendra de rester vigilant pour éviter les atteintes à la vie privée et assurer une co-régulation citoyenne afin que « l’environnement cliquable » ne se transforme pas en environnement « flicable » !

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Internet

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    Par Trashon (xxx.xxx.xxx.119) 10 février 2009 11:20
    Trashon

    Les puces RFID cachées dans les murs, les détecteurs de mouvement, de la voix, ou les analyseurs de visage,
    VS 
    Il conviendra de rester vigilant pour éviter les atteintes à la vie privée et assurer une co-régulation citoyenne afin que « l’environnement cliquable » ne se transforme pas en environnement « flicable »

    Big-brother 1 / Humanité 0


  • vote :
    Par GRL (xxx.xxx.xxx.166) 10 février 2009 11:46
    GRL

    Il semblerait alors que l’on ait de plus en plus besoin d’une couche supplémentaire , d’une nouvelle collection de liens , comme l’extension d’une dendrite qui nous aurait un temps reliés au autres humains mais qui chercherait à élargir ses points d’accroche et nous relier aujourd’hui aux objets et à des collections d’informations supplémentaires.

    Est ce qu’un Wikipédia de ce style nous permettrait un jour de nous balader en forêt et arretés devant un arbre ancien , pointer notre troisieme oeil et y voir une bulle " Cèdre du Liban / 350 ans ... etc ... " ? je demande ceci parce que le buisness est toujours le premier à sauter sur une nouvelle technologie mais un moyen est un moyen , il peut ensuite servir , se dériver en une multitude de fonctions , et l’environnement cliquable , si l’on y réflechit semble etre une ouverture pour le moins impressionnante "

    GRL

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    Par Gasty (xxx.xxx.xxx.8) 10 février 2009 11:47
    Gasty

    Une exellente vidéo qui fait froid dans le dos. smiley

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    Par darthbob (xxx.xxx.xxx.2) 10 février 2009 13:04
    darthbob

    C’est peut être l’approche de la quarantaine mais ce genre d’initiative me laisse de marbre.

    Surtout lorsque je pense aux enfants, déjà obnibulés par MSN, leur téléphone mobile, les SMS et autres MMS qu’ils manipulent avec aisance et qui leur prend tout leur temps libre.

    C’est difficile de les persuader que le réel a autant si ce n’est plus d’attrait que le virtuel. Un diner de famille sans SMS innoportuns, un dimanche sans conversations sur MSN, une balade sans mobile qui dérange...

    Maintenant, on les obligera à regarder leur environnement proche par le prisme de leur mobile !

    Un progrès ?

    Avec la miniaturisation à outrance, il manque quelques années avant que les mobiles se cachent dans les lunettes et que les verres servent d’écrans. Et là, l’objecif sera rempli : fusionner le réel et le virtuel.

    Sous de beaux prétextes : services, sécurité, enseignement...

    Mais les vraies applications qui se serviront de cela seront, comme d’habitude : commerciales, rentabilité, marketing et autres billevesées.

    Fusionner le réel et le virtuel ? le Saint Graal ou la boîte de Pandore ?

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