• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > Arts martiaux, Aiki Do : L’occulte du secret au Japon

Arts martiaux, Aiki Do : L’occulte du secret au Japon

En enfilant pour la première fois son kimono (Keiko Gi), le nouveau pratiquant d’arts martiaux accomplit-il le premier geste kabbalistique qui va le conduire à détenir des secrets ancestraux et jalousement gardés ou, au contraire, rejoint-il une communauté large et peu farouche à l’égard du grand public ?

Sans doute les deux, mon général. En tout cas, la réponse va varier au gré des disciplines choisies par le novice. Leur éventail va, en effet, du planétaire et olympique Judo au très confidentiel Kalaripayatt indien voire au Bartitsu, l’art martial pratiqué par le perspicace Sherlock Holmes ou à l’intellectualisé japonais Aiki Do.

Bien sûr, le nerf de la guerre demeure l’argent et les pièces vont sonner et trébucher d’autant plus fort que la pratique sera largement reconnue, poussée par de médiatiques et télévisées compétitions, grandes pourvoyeuses de lucratives licences.

A côté des « stars » que sont devenues le Judo ou le Taekwondo, les plus petites pratiques ont parfois un tantinet du mal à exister et leurs Maîtres doivent faire appel à un certain exotisme, teinté de secrets empruntés à des « philosophies » plus ou moins bien bordées, pour attirer et recruter. Manger les miettes éparses, quoi … 

Ce point n’est ni ridicule ni sans objet. A condition que le discours ne tombe pas dans l’extrémisme ou dans celui d’un gourou intraitable. 

Il convient de savoir que les arts martiaux, particulièrement les « Budô » japonais, doivent beaucoup aux secrets, aux « Himitsu ». 

Les écoles, « Ryu », ont toujours été jalouses de leurs secrets. Ceux-ci se transmettaient d’homme à homme plutôt que d’hommes à hommes. Lorsque les secrets ont commencé à prendre la forme de biens dotés d’une valeur marchande, leur prix fût élevé.

 

                             GROS SOUS

Bien souvent, on le sait, l’art devient affaire de gros sous, même si il est martial. Les plus belles histoires, lorsqu’on les creuse, perdent un peu de la pureté dont on les parait innocemment. 

Si chacun sait que le fondateur de l’Aikido, Morihei Ueshiba, fût l’élève de Takeda Sokaku, grand maître de Daito-Ryu Aiki-Jûjutsu, peu savent comment et pourquoi le terme Aiki Do naquit. 

En résumé, car il y aurait en somme un livre à pondre sur le sujet, Morihei Ueshiba a quelque peu renâclé à payer ses droits de « patente » à son professeur qui lui demandait cinq yens par élève formé par celui qui allait devenir le Fondateur de l’Aïki Do. Cette dernière pratique n’ayant pas, alors, encore trouvé son appellation définitive. Et pour cause.

 Cinq yens, montant dérisoire vous direz-vous ? Pas vraiment , car au début du 20e siècle, la somme représentait le salaire moyen perçu au Japon. 

Malgré les pressions de Takeda, celui-ci n’a pu recouvrer sa « dette ». Et ainsi l’Aïkido finit par voir le jour car il n’était plus question pour Morihei Ueshiba d’enseigner son savoir sous son nom d’origine : le Daito-Ryu. Attention : marque déposée !

L’école du Daito, au fil de l’évolution de l’Aïkido, au 20e et en ce début de 21e siècle, perdit un peu de son intérêt car pour être très efficace il peut paraître moins agréable à pratiquer, les chutes sont douloureuses voire impossibles. Le Daito-Ryu semble, du coup, moins "sportif". 

Normal, quand on sait que ses techniques sont destinées à des opérations de police (cf : accueil www.aikidosansfrontieres.com) visant à amener le contrevenant devant la justice en état de parler mais pas forcément de faire des claquettes ni des sauts périlleux arrière.

Mais, de la même façon qu’il est intéressant de savoir le grec et le latin pour s’exprimer en bon français, il est bon de connaître les origines des Budô pour être à l’aise avec les formes modernes. Sauf à en perdre le sens.

Sans en dire mot, Morihei Ueshiba poursuivit son bonhomme de chemin. Un chemin lumineux d'ailleurs : l’Aiki Do était né. Mais le Daito-Ryu n’était pas mort : Il vivait aussi avec Ueshiba, mais ce dernier fût muet comme une carpe à ce sujet. Il formait ses premiers élèves, les meilleurs, en gardant tous les points clés. Ou plutôt sous clé.

 

                           ANTONIO VIVALDI

Résultat des courses : à la mort d’Ueshiba l’Aiki Do perdit autant de sens que la partition du printemps d’Antonio Vivaldi lorsque qu’elle est reprise dans la musique d’attente du standard de votre dentiste. 

Le « Prêtre roux » a perdu ses cheveux dans la transposition commerciale de son oeuvre. Il n’y a plus la magie du secret. 

C’est peut-être pourquoi certains, aujourd’hui, vouent un culte au secret en matière d’arts martiaux. « Si vous donnez un secret à quelqu’un qui n’en sait pas la valeur, soit il ne le comprendra pas, soit il n’en fera rien de bon », explique Satô Hideaki Sensei, expert de Daito-Ryu Aiki-Jûjutsu, élève de Chiba Tsugataka Sensei, de la lignée de Takeda Sokaku.

Traduit par le Français Olivier Gaurin, Satô Sensei alerte sur les mauvaises façons d’appréhender les secrets. Ce qu’il dit s’applique aux arts du combat mais pourrait s’appliquer tout aussi bien à la littérature, au théâtre ou bien encore à la peinture. 

« Tout secret n’est qu’une pièce d’un ensemble, une pièce indispensable de l’art, mais seulement une pièce de l’art : elle n’est pas l’ensemble de l’art », dit-il. 

Le risque alors est que la « pièce » et « l’art » soient utilisés à des fins qui ne correspondent ni à l’usage de la première ni du second. Nous nous perdons alors en vaines gesticulations.

Ensuite, relève Satô Sensei, « les secrets ne sont pas des faits ». Ils ont des « niveaux de profondeurs, de compréhension et d’importances variables » et « rien ne peut dire si un secret n’est pas encore plus subtil que ce qu’on vous en dit ou de ce que l’on en sait ». 

C’est un animal mystérieux, presque indomptable, là encore des plus dangereux si on ne le comprend pas. Et l’apprivoiser peut prendre une vie. Si toutefois on y parvient un jour …

Satô Sensei prévient : « il faut rester très humble face aux secrets » et il est donc « très difficile de les enseigner ». 

Selon cet expert résidant à Wakimachi, île de Shikoku - la plus petite et la moins peuplée des quatre qui composent l’Archipel du Japon - il n’est pas facile de partager le secret du prince. Le secret de l’art.

Pourtant, le jeu en vaut la chandelle. Selon Satô Sensei : « les secrets de l’art sont juste des clés qui permettent d’ouvrir les portes à l’art lui-même ». Ni plus, ni moins.

Peu seront à même de voir la différence entre l’imitation et l’art, poursuit-il. Ce qui présente un avantage non négligeable : comme les secrets sont invisibles, ils ne peuvent être dérobés.

Denis Thomas

 

Moyenne des avis sur cet article :  3.77/5   (13 votes)




Réagissez à l'article

11 réactions à cet article    


  • gaijin gaijin 23 mai 2014 10:31

    en effet les « secrets » sont un peu comme la surprise a l’intérieur du kinder : un argument de vente
    mais a notre époque ou tout se veut commerce et ou la prostitution est devenue la seule religion il faut se demander pourquoi les consommateurs ( on ose a peine parler de pratiquants encore moins de budokas ) sont si crédules ?
    car enfin si un type a un secret ( je veux dire un vrai ) il est bien évident que la première chose qu’il va s’abstenir de faire c’est d’en parler ......
    est ce le gogo qui suscite l’existence de l’escroc ou l’inverse ?
    un peu les deux bien sur
    veut on de l’ exotisme, du mystère.....se la jouer au petit samourai ?
    alors on trouvera quelqu’un qui va vous vendre ça
    si on veut autre chose alors il faut exercer son jugement :
    trouver un enseignant sincère.
    ( si si ça existe ) qui peut être préfèrera l’être au paraître et ne prétendra pas avoir réinventé le beurre a couper le fil, qui vous promettra des lendemains difficiles et de longues années de labeur .......
    celui là au moins a des chances d’être sincère, pas sexy mais sincère ......
    au fait dans le shintoisme la sincérité n’est elle pas la première qualité ? ( makoto )

    le laboureur dit a ses enfants :
    « travaillez, prenez de la peine c’est le fond qui manque le moins » 
    le voilà le secret ! et comme tout les vrais secrets il n’est pas caché dans l’ombre mais tenu en évidence dans la lumière.
    ce qui fait que personne n’y prête attention ............. smiley


    • Rounga Roungalashinga 23 mai 2014 10:37

      Takeda Sosaku...Un sacré bonhomme. Un authentique descendant de guerriers, versé dans les arts militaires, capable de fabriquer des ponts, de détourner le cours d’un rivière. Un vrai paranoïaque, aussi, qui ne dormait jamais deux fois au même endroit, voire même qui changeait de couche pendant la nuit, de peur d’être assassiné. Les témoins qui ont eu l’occasion de le voir en action ont rapporté des faits étonnants. Un de ses élèves raconte qu’il lui avait demandé de saisir sa chemise, et sans comprendre pourquoi, il se trouvait projeté. A chaque fois qu’il prenait son vêtement, il tombait, alors que le maître ne faisait quasiment aucun mouvement. C’est la technique qui se nomme aïki. Takeda, à partir de photos de Ueshiba, prétendait que celui-ci ne maîtrisait pas l’aïki. Coup d’oeil d’expert, ou malveillance envers celui qui quitta son école pour en fonder une autre ? Quoi qu’il en soit, il existe des témoignages sur Ueshiba qui ont de quoi surprendre. Un militaire avait essayé un jour, pour exercice, de le frapper avec son sabre de bois, sans jamais y arriver car le maître esquivait tout. A la question « comment faites-vous pour éviter mes coups qui sont pourtant très rapides ? », il répondit : « avant que vous frappiez, je vois une lumière de la forme d’un haricot se diriger vers moi, je l’esquive, et le coup de sabre vient après ». S’agissait-il là d’un authentique don mystique (on sait que Ueshiba baignait pas mal dans ce genre de délires), ou d’un secret que Ueshiba a voulu transmettre de manière codée ?


      • leypanou 23 mai 2014 11:19

        Délire ? Pour quelqu’un qui a compris les étapes Go no sen, Sen no sen et Sen tout, ce n’en est pas un.

        Mais combien d’années de pratique pour arriver à cela ? Et surtout combien d’humilités ? Le pratiquant lambda n’a pas cette patience, ni le temps pour l’avoir : les MMA et autres UFC, Krav-Maga, Systema sont autrement plus rapides, ...pour ceux qui peuvent en faire, mais le but est totalement différent.


      • Rounga Roungalashinga 23 mai 2014 13:00

        Quand je parle de délires, je fait référence aux expériences extatiques que Ueshiba raconte avoir vécu : visions de son coeur enveloppé de lumière, ce genre de choses.
        Je ne dis pas forcément qu’il n’a pas expérimenté ça, mais dans la mesure où ce n’est ni prouvable ni transmissible, on ne peut rien en faire, ça n’appartient qu’à lui. D’où l’utilisation du terme « délire », comme quand on parle d’un délire entre potes.


      • Rounga Roungalashinga 23 mai 2014 14:26

        ERRATUM : son corps, et pas son coeur.


      • leypanou 23 mai 2014 11:20

        Sen tout court à la fin


        • Jean Keim Jean Keim 23 mai 2014 13:56

           Souvent le secret d’un message est là sous nos yeux, évident dans sa simplicité, le « Je suis celui qui est » adressé à Moïse par le buisson ardent peut donner lieu à de longs développements expliquant le sens sibyllin mais il suffit d’écouter les mots et tout est clair. 


          • Pere Plexe Pere Plexe 23 mai 2014 17:27

            Sympathiques éléments de réflexions autour des arts martiaux japonais. 

            Mais à mon sens il manque au moins quatre points importants

            -l’influence du nationalisme exacerbé japonais

            -l’influence culturelle des samouraï et de leurs codes de chevalerie dans un Japon féodal jusqu’au 19éme

            -la propension à codifier et s’approprier des connaissances pourtant présente ailleurs en asie.(en Chine notamment). 

            - la culture d’une société hiérarchisée et à la recherche de l’excellence génératrice de « maitre ». 


            • juluch juluch 23 mai 2014 19:40

              Article interessant......merci pour ce partage.


              • mmbbb 24 mai 2014 08:07

                j’ai pratique cet art martial assez tard dans ma vie J’aurais aime le pratique beaucoup plus tot Les arts martiaux apprennent a respirer en profondeur a equilibrer son enegie a assouplir son corps et renforcent de facto son ame Nous en occident nous ne pensions qu’a gaver ce cerveau en meprisant ce corps quoiqu’’en polytechnique l’art du fleuret est obligatoire Le peuple n’a pas droit a ces egards Belle lecon d’egalite Quant au secret il n’y en pas comme tout art c’est l’apprentissge du geste parfait qui est long Pour le novice, l’ebiniste manipulant d’’un geste simple son ciseau a bois parait un exercice facile preque enfantin mais s’il prend ce ciseau a bois il s’apercevra que ce geste requiert une intention particuliere et une maitrise ( apprehension de l’outil connaissance du bois visualition du travail que l’on veut faire, j’ai connu des artisan qui avait un compas dans l’oeil ) C’est ce j’ai appris en Aikido tout geste simple est le resultat d’un tres long travail 


                • Gaurin Olivier 8 juin 2014 22:05

                  Si effectivement : « tout geste simple est le resultat d’un tres long travail », et j’acquiesse à ce postulat, il faut vraiment ne pas connaître les secrets ni même leur existence pour oser formuler qu’en Aïkido des secrets n’existent pas (je cite : « Quant au secret il n’y en pas »). Quelle ignorance ! En fait ils existent bien, sont très techniques, Ueshiba Morihei les utilisait, mais ne les enseignaient pas (ou très parcimonieusement). L’Aïkido d’aujourd’hui, sportif et éducatif s’entend, c’est-à dire populaire, n’est qu’une pâle imitation visuelle de ces secrets de l’Aïki. Parler par exemple et TECHNIQUEMENT de l’utilisation pratique du KI dans les techniques d’Aïki est la voie d’entrée à ces secrets-là... Mais voilà où nous en sommes, les pratiquants d’aujourd’hui jugent sans rien savoir et donc pour eux : « Il n’y a pas de secret ». Bien sûr... (^_-) : nul n’est plus ignorant que celui qui parle de ce qu’il n’a jamais connu. Les couleurs existent-elles pour l’aveugle de naissance ?

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON







Palmarès



Partenaires