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Ce qu’il restera de nous

Vincent Macaigne a tourné ce film au début de la création de au moins j’aurai laissé un beau cadavre, et semble-t-il à la place d’un certain travail pour cette création. Il y a une grande part d’improvisation des acteurs et un bâti au fur et à mesure. D’un format inusité et peu praticable, insatisfaisant pour une séance et trop long pour une première partie qui de toute façon n’existe plus, filmé à la hache, comme on voit, il passe dans une seule salle en France, le MK2 Beaubourg avec un débat ce soir (9 mars 2012) avec le réalisateur.

Vincent Macaigne nous offre un film d’une grande maîtrise formelle. L’ambiance est très nietzschéenne : vive les puissants et à bas les faibles, qui réclament assistance et soutien, comme les Chrétiens. Certes, mais comment tenir quand on est soi-même un faible, et qu’on est porteur de cette idée là.
 
Comment tenir cette idée quand tout un chacun est fêlé, et façade une dignité efficace (on ne meurt pas, on n’en meurt pas) et triste ? Chacun crie sa souffrance et sa révolte. De longues engueulades. Et nous découvrons l’originalité occasionnelle d’une situation banale. « Tu vas la fermer, ta gueule ? » Celui qui crie cela revendique d’être entendu. On ne s’en sort pas.
 
Le corps est présent comme corps. Ce n’est pas un porte-tête, tête qui est elle-même un porte-voix, comme la plupart du temps, avec ces deux règles formidables bien connues : « garder la tête haute, ne pas perdre la face. » Tout comme dans au moins j’aurai fait un beau cadavre, les corps parlent et sont à voir parlants. Le texte est crié souvent, éructé, il ne prend pas sa force en lui, ce n’est pas sa force en lui qui le porte, c’est la force du corps parlant. Chacun explique à l’autre la vérité de sa vie, de ce qu’il est, de ce qu’il croit être, de ce qu’il croit devoir être, ce qu’il croit devoir être la vie. Ils déclament, ils crient, ils visent le plus brut du discours, ils sont fort peu acteurs, ou alors agissent de bric et de broc. On voit plus l’action des corps dans leur vie répétitive de corps que l’action des personnages sur la ligne à peine sinueuse que leur fait prendre leurs buts et leur caractère.
 
Héritage. Père mort. Injustice. Abel et Caïn. Depuis les temps anciens, on sait qu’on ne hait vraiment bien que son frère. Le fils qui se plie au père au point de renoncer à lui-même, à son plaisir qui est aussi sa force, n’était pas aimé du père. Et le contraire.
 
Cependant, pas de meurtre. Pas de réparation. Pas même l’idée d’un changement. Pas l’ombre d’une possibilité d’une inflexion. « Maintenant, vous partez. » Pas d’angoisse devant une idée de réparation. Pas d’idée de réparation. C’est comme ça. La violence du père reportée sur la compagne. Qui réplique. Et comment !
 
Jusqu’à la scène finale où tout rendre dans l’ordre des petits soucis quotidiens. Surprenante happy end (modérément happy) : ils vécurent comme tout le monde et eurent quelques enfants. Rien à raconter en dehors des crises.

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