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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > D’un si joli bleu, tu as fait ce ciel meurtri

D’un si joli bleu, tu as fait ce ciel meurtri

Chronique douce-amère du dernier Grégoire Delacourt.

 Bon, que dire sur ce livre ?

 

On pourrait dire que ton écriture s’est affinée, Grégoire – je peux t’appeler Grégoire, dis ?

Si, si, on pourrait le dire (parce qu’entre nous, on a le droit de le penser et on a même le droit de dire ce qu’on veut). Mais, toujours entre nous, « affinée », ça fait un peu fromage. Oui, l’écriture de ce livre possède une texture, un arôme particulier. Mais, est-ce bien captivant ? Est-ce simplement pertinent ? Et puis, comment la définirais-je, cette écriture, sans trahir son identité par la mienne ?

 

On pourrait dire que ce livre est un poil mélancolique et un peu froid. De cette froide beauté qu’ont parfois les voyageurs, toujours entre deux destinations, toujours déjà ailleurs.

On pourrait même dire que c'est un livre qui fuit parfois le lecteur (cependant que l'évocation que tu fais de ces embryons de bonheur est si sincère qu'elle touche tranquillement sa cible, presque paisiblement).

 

On pourrait dire que ce roman – ah oui, au fait, c’est un roman – est empreint d’une poésie que je ne me souvenais pas avoir déjà trouvé dans tes précédents ouvrages. Bien sûr, cela serait peut-être un tantinet technique pour une si modeste chronique et puis, qu’est-ce que j’y connais à la poésie (ce serait un peu comme si Pierre Menès décortiquait le jeu de jambes de Messi, non ?) ?

 

On pourrait dire qu’on a lu ce livre en deux jours. Mais cela ne dirait rien sur sa qualité, car on est tout de même pas très occupé.

 

On pourrait dire aussi que ce livre est beau, qu’il parle de la vie et de l’amour, mais là encore cela serait éviter le sujet (et puis : quel livre ne parle pas de vie et d’amour à part peut-être le guide du Routard du Cotentin ?).

Mais si, tu sais, l'Amour – je mets un grand « A » pour pas qu’on le confonde avec les amourettes derrière les baraques à frites –, c’est un peu cette chose dont tout le monde parle mais que personne ne vit.

Tes personnages sont d’ailleurs un peu des vagabonds de l'amour, je trouve. Toujours à la recherche d’un toit, d’une aumône.

 

Alors, on va juste dire que ce sont quatre histoires, parce qu’il faut bien parler, il faut bien dire. Quatre histoires pour quatre âges de la vie.

Quatre histoires qui s’effleurent sans se toucher, comme ces corps oubliés que tu décris, Grégoire, avec un soupçon moins de tendresse que d’habitude – mais toujours autant d’acuité – et un peu plus de désillusion peut-être. Ces corps qui se cherchent sans se trouver vraiment.

 

"L'amour n'étant qu'une invention tiède pour ceux que justement la passion ignore", dis-tu.
En fait, peut-être que ton livre ne parle pas d’Amour, mais se situe juste avant. Ou juste après. Bref, pas au bon moment. Pas avec les bons hommes (j’ai failli dire « bonne femmes », mais ça sonnait pas bien).

On pourrait raconter plein de trucs là-dessus. Si tu ne l'avais pas déjà si bien dit – quel fayot, je me fais honte (d’autant plus que je ne suis pas sûr de l’orthographe de « fayot » et que j’ai très peur de provoquer quelques flatulences chez mon lecteur, moins nombreux que le tien mais exigeant tout de même).

 

J’en étais où ?

Ah oui, c'est donc l'été des illusions abandonnées, des rêves déjà vécus et qui s’achèvent, l'été des solitudes qui se frôlent mais jamais ne se comblent.

C’est l’été des fleurs et de quelques grammes de tristesse. Pas plus, sinon après ça fait pleurer.

 

C’est l’été des promesses non tenues, des histoires qui se perdent, des amours qui attendent, infinis car non assouvis.

 

C’est l’été de toutes les absences, celles de ceux qui ne sont jamais venus ou qui sont partis trop tôt.

 

C’est l’été d’avant la fin du monde prédite par Paco Rabane. On va tous mourir et ce roman évoque furieusement la beauté plastique de Melancholia.

Une femme nue sous le soleil bleu et cru. Oubliée et déjà un peu partie.

 

Parce qu’il n’est rien de plus beau dans ton livre que quand tu décris la détresse des corps et des âmes.

Même lorsque l'espoir et l'amour pointent de nouveau le bout de leurs illusions, on n'y croit plus trop, nous non plus.

 

Alors c’est peut-être ça finalement que tu essayes de nous dire, Grégoire : l'amour, c'est pas comme dans les livres.

 

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« Les 4 saisons de l’été » - Grégoire Delacourt (JC Lattès)

 


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