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Fortifications Vauban : interview du directeur du musée des Plans Reliefs

Le musée des Plans Reliefs est en charge de la conservation et de l’exposition au public d’une collection unique au monde. Situé au sein de l’Hôtel des Invalides, au cœur de Paris, cette institution présente au public une série de plans-maquettes dont certains ont été fabriqués sur l’ordre express de Louis XIV. Son directeur, Max Polonovski, passionné par ce lieu, nous présente ce musée hors du commun dans une interview exclusive.

M. Polonovski, pouvez-vous nous retracer l’histoire des plans reliefs ?

Cette collection est née de la volonté de Louis XIV. Son objectif était de faciliter la programmation technique et financière de la défense du Royaume au travers de la rénovation d’anciennes places fortes, ainsi que la création de nouveaux ouvrages de défense rendus nécessaires par les changements stratégiques de l’époque. La collection était nécessaire à l’étude de la défense des villes. Elle correspondait aussi à une vision politique du roi : la domination des villes par le biais d’ouvrages fortifiés chargés à la fois de protéger, mais aussi de surveiller et verrouiller.

L’intérêt militaire de tels objets vient de la nécessité de connaître le terrain à portée de l’artillerie placée dans les fortifications. De plus, la géométrie des ouvrages de l’époque, largement supervisés par Vauban les rendait peu lisibles sur des plans en deux dimensions. D’où l’idée de créer ces Plans Reliefs, maquettes en trois dimensions des lieux.

Cette collection est-elle unique ?

La République de Venise avait déjà fait fabriquer un certain nombre de plans reliefs au XVIe siècle, mais ces objets étaient relativement petits et surtout n’étaient que les témoins parcellaires de quelques lieux stratégiques pour Venise. Le duc de Bavière, toujours au XVIe siècle, possédait lui aussi six ou sept plans reliefs, toujours de tailles réduites.

La collection initiée par le roi Soleil se distingue par le nombre, la taille, le luxe de détails et la beauté intrinsèque de ces objets.

Les Plans Reliefs ont été fabriqués durant combien de temps ?


Les pièces les plus anciennes datent de la fin du XVIIe siècle. Des plans reliefs seront fabriqués tout au long du XVIIIe siècle et une partie du XIXe. Les pièces les plus récentes de la collection datent du tout début du XXe siècle, mais ce ne sont plus des plans reliefs, plutôt des plans directeurs au 1/10 000e.

La raison de l’arrêt de la fabrication est simple. Les progrès constants de l’artillerie au XIXe siècle ont amené les plans reliefs à devoir représenter des surfaces de plus en plus vastes, en raison de la portée sans cesse accrue des canons. Dès la seconde moitié du XIXe, la portée était telle qu’à l’échelle utilisée les plans reliefs devaient faire des dizaines de mètres carrés. Par exemple, nous avons en réserve les plans reliefs de Brest et de Cherbourg, deux ports militaires français. Ces objets font respectivement 140 m² et 160 m².

A la fin du XIXe siècle, les fortifications n’étaient plus capables de résister à l’artillerie moderne. Avec le changement de technique de construction des défenses, l’utilité de tels objets, militaires par nature, a disparu.

Pourquoi n’ont-ils pas été détruits ?

Ces objets ont une grande beauté intrinsèque. Installés dans la grande galerie Bord-de-l’eau au Louvre, les plans reliefs ont failli être détruits en 1774, à la demande de Soufflot qui avait été chargé par le roi d’y installer un musée de peinture. la collection est transportée en 1777 dans les combles de l’Hôtel des Invalides où elle se trouve toujours. La beauté, le luxe de détails et la fascination des ministres du roi pour ces grands jouets ne sont pas étrangers à cette préservation.

De plus, il ne faut pas oublier que les plans reliefs sont un matériel militaire utilisé pendant plus de 150 ans. La vraie question sur leur devenir se pose à la fin du XIXe siècle. Ils sont alors versés au service géographique de l’armée sous la garde duquel ils resteront jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, date à laquelle ce service sera dissous à la demande de l’occupant. Classés Monuments historiques en 1927, les plans reliefs sont alors versés au fonds du tout nouveau Institut géographique national avant que le Musée des Plans Reliefs ne soit créé en 1943.

Le musée est donc aux Invalides depuis sa naissance ?

Si on excepte l’évacuation provisoire des plans reliefs en 1939 vers les châteaux de la Loire, à Sully-sur-Loire puis à Chambord pour des raisons de protection, ils sont présents aux Invalides depuis la fin du XVIIIe siècle . La situation change en 1985. Pierre Mauroy, Premier ministre à l’époque, apprend l’existence du plan relief de Lille dont il est le maire et demande à ce que ce plan relief soit versé au patrimoine de la ville. Jack Lang, ministre de la Culture propose alors un déménagement total du musée à Lille et un projet se monte pour son installation au sous-sol du Palais des Beaux-Arts.

Le changement de majorité politique en 1986 bouleverse ce programme. La collection revient à Paris, ne laissant que les quinze plans reliefs des places du nord à Lille, où ils sont toujours exposés. Le musée se réinstalle alors aux Invalides, mais doit procéder à des travaux de mises aux normes, dont la première tranche, ouverte en 1986, sera terminée en 1997. Une seconde tranche est prévue, mais non encore programmée.

Combien de pièces peuvent donc être présentées au public ?

Le musée présente à l’heure actuelle 28 maquettes sur 85 pièces importantes, soit environ un tiers de la collection. Il faut savoir que certaines pièces sont trop grandes pour être exposées facilement, en particulier les plans reliefs datant du XIXe siècle. Les surfaces dont dispose le musée aux Invalides sont insuffisantes pour présenter la totalité des plans reliefs, mais n’est-ce pas le cas de tous les musées ? Un système de rotation et d’exposition temporaire est prévu dans l’aménagement futur du musée.

De plus, les objets sont très fragiles. Ils sont constitués d’une structure en bois sur laquelle on a collé à la colle animale du sable et de la soie hachée. Les bâtiments sont décorés avec du papier, la végétation est faite en chenilles de soie torsadée dans des fils de fer.

Ces maquettes supportent très peu de lumière et doivent être conservées à une température et une humidité constante. Nos vitrines sont conçues pour assurer cette protection. La galerie d’exposition, plongée dans l’obscurité, permet d’éclairer les plans reliefs avec seulement 50 lux.

Quelle est la réaction du public devant votre collection ?

L’appropriation est immédiate. Outre le côté jouet qui a toujours exercé une fascination certaine, y compris sur les ingénieurs, les ministres et Louis XIV lui-même, les visiteurs aiment ces objets car ils reconnaissent très vite les lieux dans lesquels ils vivent ou qu’ils ont visité. Il n’est pas rare de voir une personne montrer une maison précise sur un plan relief, en précisant que c’est là que vit une connaissance, un membre de la famille, parfois lui-même. L’aspect France en miniature exerce aussi une attraction remarquable sur les enfants. Les plans reliefs sont donc des objets qui attirent et fascinent tout le monde, petits et grands.

Avez-vous la visite de chercheurs et d’urbanistes qui viennent étudier ces plans reliefs ?

Beaucoup de chercheurs viennent au musée pour faire des études sur les lieux représentés tels qu’ils étaient au XVIIe, XVIIIe ou XIXe siècle. Par exemple, le plan relief de Saint-Omer, très bien conservé, a donné lieu à une étude très complète. Nous accueillons volontiers tous les chercheurs désireux d’utiliser les plans reliefs dans le cadre de leurs études.

C’est cependant parfois un peu complexe car les plans reliefs ont fait l’objet, durant toute la période où ils furent utilisés à des fins militaires, d’actualisations partielles. Les plans reliefs sont parfois donc des objets hybrides, présentant des vues des lieux ne correspondant pas totalement à leur état quand ils furent fabriqués.

Quel est l’avenir du musée des Plans Reliefs ? Avez-vous joué un rôle dans le cadre du projet visant à inscrire au Patrimoine mondial de l’humanité une partie des fortifications Vauban ?

Nous attendons la programmation de la prochaine tranche de travaux afin d’augmenter le nombre de pièces présentées au public. Le musée des Plans Reliefs, avec la connaissance qu’il possède sur les ouvrages concernés, est intervenu auprès du conseil scientifique chargé du projet Vauban afin de donner un avis et valider les propositions. En revanche, les plans reliefs n’ont pas pu intégrer le projet, car les objets ne peuvent pas faire l’objet d’un classement au Patrimoine mondial de l’humanité.

Nous travaillons aussi au sein de Septentrion, projet européen qui vise à appréhender l’ensemble des fortifications du nord de la France, de la Belgique et des Pays-Bas au sein d’un même réseau. Réseau qui regroupera non seulement les villes possèdent encore des fortifications, mais aussi celles dont les ouvrages défensifs ont disparu. L’objectif est de mettre en perspective tous ces lieux qui ont eu un rôle à jouer lors des multiples guerres.

Propos recueillis par Manuel Atréide

Illustration principale plan relief du château Trompette à Bordeaux
Crédit photos : Musée des Plans Reliefs


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9 réactions à cet article    


  • alberto alberto 8 juillet 2008 15:39

    Jolie visite qui déconnecte de la politique !
    Merci à l’auteur.


    • ZEN ZEN 9 juillet 2008 14:45

      Exact, le musée de Lille vaut le détour..
      Quantité de petites villes ont vu leurs remparts détruits au cour du 19°siécle, mais on en repère encore souvent les contours et quelques reliefs , comme à St Venant, Aire-sur -la -Lys...


    • ZEN ZEN 9 juillet 2008 14:50

      Aller à > "patrimoine militaire", surtout


    • Fergus fergus 8 juillet 2008 19:49

      Connaissant la plupart des sites Vauban de France, j’ai pris beaucoup de plaisir à les retrouver aux Invalides sous la forme de plans-relief. Superbe ! Je recommande vivement cette visite à tous. Et bravo pour cet article.


      • Manuel Atreide Manuel Atreide 9 juillet 2008 13:00

        A toutes et tous ...

        Si je vous ai donné envie d’aller faire un tour dans cet endroit unique mais trop méconnu, alors j’aurai réussi. Honnêtement, j’y suis allé un peu par hasard mais je n’ai qu’un seul regret : ne pas y être allé plus tôt. C’est sans aucun doute l’un des musées de Paris qui peut prétendre laisser la plus forte impression à son public. Sa collection, la muséographie, la mise en scène des oeuvres, tout concourt pour faire de ce moment de visite un souvenir inoubliable.

        Je reparlerai bientôt de ce musée dans un autre article. Je suis à la pêche aux infos actuellement.

        A très vite donc.

        Manuel Atréide


        • Manuel Atreide Manuel Atreide 9 juillet 2008 14:36

          Salut furtif ...

          Excellente idée, surtout à l’heure où le pouvoir politique dévoile sa pensée militaire au travers d’un livre blanc. la concommitance avec le classement de 12 forteresses Vauban au patrimoine mondial de l’humanité est effectivement frappante.

          Ca me dirait bien qu’on fasse un travail en collaboration sur ce sujet. En tant qu’ancien officier, je garde pour le sujet un intérêt certain. Mais si on veut faire un bon boulot, il va falloir taper tant chez les militaires qui pensent strétégie de défense actuelle que chez des historiens de l’armée capables de mettre en perspective Vauban, sa doctrine et ses réalisations. Car, si le musée des plans reliefs nous apprend une chose, c’est qu’entre Louis le grand et nous il y a un gouffre en terme d’art de la guerre.

          Contacte moi sur mon adresse mail : manuel.atreide(at)gmail.com. je crois que ça vaut le coup d’en parler plus avant.

          Si d’autres agoravoxiens sont tentés par l’aventure d’une enquête à plusieurs, entrez dans la danse !

          Manuel Atréide


        • Gasty Gasty 14 juillet 2008 09:31

          A propos de Vauban, je voudrais signalé que le 07 juillet 2008   ont été classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. les fortifications de vauban ( pas toutes).

           Les forts du briançonnais font partis des heureux lauréats.



        • Gasty Gasty 14 juillet 2008 09:35

          Ah ! désolé manuel, le lien était déjà sur l’article.

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