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Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La Baltique, terre de croisade

La Baltique, terre de croisade

Habituellement, le terme de croisade est plutôt consubstantiel à des paysages arides balayés par les vents chauds du Moyen-Orient ainsi qu’à la lutte implacable contre l’infidèle musulman tant il est vrai que l’appel lancé par le pape Urbain II marqua l’histoire occidentale comme orientale. Néanmoins, la fureur des combats et l’ardeur évangélisatrice ne manquèrent aucunement en d’autres lieux que l’on aurait pu croire préservés de si féroces combats, tel le pourtour de la Baltique…
Les sombres forêts et piégeux marécages baltes, il est vrai, n’avaient rien de prédestinés à devenir une zone de lutte, mais il en advint ainsi par suite d’événements se déroulant à plus de deux mille kilomètres de là : en pleine terre sainte.
 
C’est en effet suite à l’échec retentissant de la croisade dite des pauvres [1], où plusieurs milliers de hères perdirent la vie à peine après avoir posé le pied sur le sol de l’Anatolie, qu’il fut décidé que seuls des guerriers pourraient mener une telle opération [2]. Là est la subtilité de l’entreprise qui conjugue libération des lieux saints et canalisation de la violence féodale. De cette évolution géopolitique, religieuse comme sociétale naîtront les fameux ordres militaires religieux dont il serait trop long à la fois d’en effectuer l’énumération comme de s’étendre sur leurs spécificités réciproques. Il est préférable en revanche de se focaliser sur celui qui deviendra le plus connu et redoutable des ordres en terre baltique : les teutoniques, ou plus exactement l’Ordre de la maison de sainte Marie des teutoniques.
 
 
Un ordre oriental puis septentrional
Les origines de l’ordre sont particulièrement difficiles à établir, notamment parce que le premier établissement accueillant des croisés d’origine germanique fut détruit lors de la conquête de Jérusalem par Saladin, le grand chef kurde ; il est néanmoins coutume généralement d’évoquer l’existence de l’hôpital des Allemands au premier quart du XIIe siècle. La « renaissance », si l’on peut l’appeler ainsi, de l’ordre est, elle, clairement notifiée en 1191 après la prise d’Âcre et le don de terres par le roi Guy de Lusignan puis la consécration par le pape Célestin III qui lui octroiera des prérogatives égales à celles des autres ordres religieux [3].
 
Ordre créé pour défendre la présence germanique dans les territoires latins du Moyen-Orient, il prospéra au point que ses biens en terre sainte devinrent minoritaires au sein de l’inventaire général. Cette richesse combinée à une diplomatie aussi active qu’efficace, permirent aux chevaliers et servants de l’ordre de se replier de Palestine une fois la dernière place forte croisée en possession des forces musulmanes, évitant un sort analogue à celui des Templiers et Hospitaliers [4].
 
Disposant de nombreux et prospères bailliages sur tout le pourtour méditerranéen, les teutoniques pourtant se dirigèrent vers les contrées rudes et ingrates du nord-est de l’Europe à l’instigation du grand maître Hermann von Salza. Ce dernier prenant acte de l’échec de sa tentative de territorialisation sur les terres hongroises, malgré une victoire sur les tribus coumanes [5], prépara au mieux l’implantation future de son ordre en se gardant de le faire cette fois dépendre d’un quelconque monarque comme ce fut le cas en Hongrie. Et l’occasion se présenta rapidement sous la forme d’une demande émanant du duc de Mazovie en 1225 pour le protéger des tribus païennes, en premier lieu des Prussiens (ou Borusses). Ce fut le début d’un établissement durable, avec la garantie de bénéficier de la part de l’empereur du Saint Empire romain germanique, Frédéric II, d’un statut de vassalité directe, évitant toute éviction future comme en Hongrie, sauf par l’empereur lui-même : le grand maître venait de doter son ordre de toutes les garanties pour l’avenir. Ne restait plus qu’à convertir les païens de la région et s’approprier leurs terres par la même occasion.
 
 
Des païens tout aussi fiers que redoutables
Mais lesdits païens allaient se révéler de féroces combattants. Prussiens, Lituaniens, Estoniens et Samogites furent tout d’abord ébranlés par le choc et la discipline de fer des armées teutoniques. Mais passé le premier temps de la surprise et des défaites militaires contre des forces supérieures technologiquement et tactiquement, les peuples réfractaires à cette évangélisation par la pointe de l’épée optèrent pour une redoutable guérilla qui allait obliger les teutoniques à revoir leur manière d’occuper le terrain. S’adaptant, les conquérants allaient s’implanter par une politique d’érection de châteaux forts disposant dans leur proche périmètre de villages aptes à leur assurer une autonomie en vivres et fourrage le temps de rétablir des voies de communication bloquées par l’ennemi.
 
Les Prussiens bien que mis au pas assez rapidement par la soudaineté et la violence du choc initial de la conquête reprirent leurs esprits et menèrent une révolte causant plusieurs défaites à l’ordre teutonique, notamment en 1260. Et l’asphyxièrent à tel point qu’une demande d’aide formelle fut formulée, faisant affluer de toute l’Europe chrétienne des croisés répondant à l’appel du pape Urbain IV, soucieux de la mauvaise tournure des événements et de la résistance des païens. Les Prussiens durent capituler définitivement en 1283, ployant sous les coups des renforts et lésés par leur impossibilité de prendre d’assaut les fortifications teutoniques par manque de matériel de siège.
 
Mais cette résistance n’était qu’un avant-goût de ce que les autres peuples baltes allaient leur faire endurer. Certes la colonisation en provenance du Saint Empire romain germanique amenait de nouvelles forces et permettait la mise en culture de nombreuses terres agricoles, mais parallèlement les adversaires apprenaient des nouveaux occupants et s’adaptèrent à la menace. A ce jeu-là, les Lituaniens furent les plus efficaces opposants de l’avancée de l’ordre, et même l’une des principales raisons de son déclin militaire et économique.
 
Habiles cavaliers dès que l’environnement spatial leur permettait d’évoluer efficacement, adeptes de l’embuscade au sein de l’élément sylvestre, et surtout numériquement très supérieurs à l’envahisseur, les Lituaniens empêchèrent jusqu’au bout les Etats teutoniques de communiquer entre eux en les coupant en deux parties distinctes (Livonie et Prusse). La Samogitie devint de ce fait une région âprement disputée et qui en corollaire changea souvent de maître pendant deux siècles jusqu’au traité de Melno en 1422 où elle échut définitivement au Grand Duché de Lituanie.
 
Mindaugas, roi fraîchement baptisé de Lituanie, outre une administration efficiente de son royaume et de réelles qualités militaires, entreprit de tarir le flux de croisés venant prêter épisodiquement main forte aux teutoniques en se convertissant au catholicisme [6]. Si cette décision n’arrêta aucunement les opérations militaires de ses adversaires, elle retrancha énormément de légitimité à celles-ci puisqu’il ne s’agissait plus de convertir des païens, toute croisade étant dorénavant interdite à son égard. De plus, Mindaugas entreprit de céder quelques terres pour contenter temporairement les teutoniques afin de propager prospérité économique et paix en son propre royaume dans un dessein pourtant moins irénologique. Sa patience et sa perspicacité furent récompensées lorsqu’il soutint directement la grande et dernière révolte prussienne, lui permettant de récupérer de fait une part conséquente des territoires cédés. Ses successeurs, une fois les troubles civils calmés après sa disparition, entreprirent une politique de bonnes relations diplomatiques avec les ennemis de l’ordre, aboutissant à bloquer son expansion puis à le dépecer inexorablement. A ce titre, l’année 1386 marquera avec l’union personnelle du Royaume de Pologne et du Grand Duché de Lituanie l’avènement d’une force irrésistible face à laquelle l’ordre ne pouvait que se sentir de plus en plus menacé, et ce à juste titre.
 
 
La fureur viking au service de la croix
Aussi curieux que cela pourrait paraître de prime abord, les descendants des redoutés Vikings furent aussi acteurs des croisades baltes. Cet engouement trouve ses racines dans la conversion au christianisme d’Harald Ier du Danemark en 965.
Il n’est par conséquent pas si étonnant de relever dans les chroniques de l’époque qu’Erik Ier du Danemark fut la première tête couronnée à se rendre dans le Royaume de Jérusalem en 1103, y effectuant là un pèlerinage censé prouver sa piété. Signalons en outre que Sigurd Jorsalafar co-régnant de Suède (appelé aussi Sigurd Ier Magnusson) se rendit aussi en terre sainte en 1107, aidant même avec sa flotte les croisés à prendre des places côtières encore aux mains des mahométans. Le nom de Jorsalafar signifiant d’ailleurs en vieux nordique… le croisé !
 
Cette christianisation récente n’entrava en rien l’efficacité guerrière des souverains scandinaves flanqués de troupes acquises à leur cause et religion. D’autant que, comme énoncé précédemment, les monarques du Nord souhaitaient montrer au reste de l’Europe qu’ils appartenaient à la même famille que les souverains du Sud. Si les expéditions au Moyen-Orient étaient une entreprise longue, dangereuse et coûteuse, ils purent en revanche avec l’autorisation papale rapidement soumettre les régions alentours encore dévouées au paganisme. De plus, leur système de recrutement, le ledung [7], favorisait les attaques rapides et ciblées pour asseoir leur domination sur les côtes de la Baltique.
 
Il est établi par les historiens que les armées levées ne dépassèrent jamais 4 000 hommes, d’où la présence de fortifications censées conserver les territoires conquis sur les païens : la progression ne se fit que progressivement et par zones juxtaposées. Stratégie raisonnée qui n’empêcha pas par ailleurs certaines de ces places fortes d’être sérieusement menacées par les forces adverses, notamment en Livonie. Si la Suède parvint à réaliser une campagne victorieuse en Finlande, de 1240 à 1292, il en alla tout autrement pour ses frères Danois qui se heurtèrent à une éprouvante résistance estonienne qui ne prit temporairement fin qu’avec l’émergence du grand chef de guerre Valdemar II dit le victorieux [8]. Toute cette agitation cependant aboutit au réveil d’un géant jusqu’alors paisible avec ses voisins occidentaux.
 
 
Une République marchande prête à en découdre
L’un des aspects des croisades, qu’elles soient orientales ou septentrionales, fut qu’elles dévièrent de leur intention première pour s’en prendre à des peuples et Etats qui n’étaient rien concernés par cette velléité d’évangélisation. On se souvient bien sûr de la chute de Constantinople en 1204 par les croisés à la solde de la République de Venise, mais l’on pourrait aussi évoquer l’invasion des terres orthodoxes alors menacées au même moment par les hordes tataro-mongoles.
 
C’est la République de Novgorod, première cité russe fondée selon la légende par Rurik le varègue (ou viking dans la terminologie occidentale) qui fut obligée de faire face à la déferlante de croisés scandinaves, comme aux intentions clairement belliqueuses de l’ordre teutonique. Heureusement pour elle, cette riche principauté russe, affranchie depuis 1136 de la tutelle de Kiev, allait se découvrir en son sein un remarquable stratège qui allait mettre à profit la force armée nombreuse et entraînée à sa disposition : Alexandre Nevsky. Tout aussi marchande qu’elle fut, la riche cité de Novgorod pouvait compter sur des milices prêtes à défendre son territoire et sur une ferveur religieuse décuplée par les intentions des croisés. Cependant les Suédois avançaient depuis la Finlande dont ils venaient d’en entreprendre la conquête et manifestèrent dès le début des projets sans ambiguïté aucune : envahir les riches terres novgorodiennes et prendre possession d’un axe de communication essentiel au Moyen Âge [9].
 
Ce fut lors de la bataille dite de la Neva (du nom du fleuve prenant sa source au lac Ladoga et se jetant dans la mer Baltique) qu’Alexandre Nevsky tira son nom qui restera dans l’Histoire. La victoire éclatante du prince de Novgorod ne fut cependant que la première manche d’une série de batailles qui allaient opposer durablement la République de Novgorod au Royaume de Suède, tout du moins jusqu’en 1323 avec le Traité de Nöteborg délimitant leurs zones d’influence respective. Des escarmouches persisteront sporadiquement jusqu’au XVe siècle, ne remettant cependant pas en cause ni la partition de la Finlande entre les deux puissances ni l’intégrité du territoire novgorodien.
Mais Alexandre Nevsky n’en avait pas fini avec les croisés puisqu’il prit connaissance peu après cet affrontement de la chute de Pskov, ville florissante alors sous la tutelle de Novgorod, par les forces teutoniques qui bien qu’ayant subi de lourdes pertes lors de la bataille de Legnica continuèrent leur progression vers la cité marchande. Au son du viétché, les forces novgorodiennes se rassemblèrent une fois de plus, et rencontrèrent l’ennemi près du lac Peïpous. Il est difficile comme pour la bataille de la Neva d’avoir une vision historiquement exacte du déroulement de celle-ci [10], toutefois il semble acquis que les forces teutoniques stoppèrent là leur progression par suite d’une résistance trop conséquente.
 
Kiev rasée par la déferlante mongole, Novgorod restait la seule principauté russe à échapper à la sujétion étrangère, mais la croisade baltique faillit en décider autrement. La bataille de Rakovor (en territoire estonien alors sous contrôle danois) en 1268 clarifia la situation de manière encore plus radicale puisque se déroulant sur le territoire des croisés tout en démontrant une fois de plus par la victoire le sens tactique et la valeur guerrière des troupes novgorodiennes. La paix allait être obtenue pour plusieurs décennies.

Epilogue
Le climat de la région baltique rendant les opérations de grande envergure difficiles ainsi que la rugueuse résistance des peuples païens et même orthodoxes aboutirent à un succès des croisades en demi-teinte. Du reste, l’essoufflement de la ferveur religieuse ainsi que la conversion du peuple lituanien au christianisme laissèrent peu de combustible à la poursuite de celle-ci. Elle n’en modifia pas moins comme au Moyen-Orient la configuration géopolitique de la région pour les siècles à venir où Scandinaves, Baltes, Germains et Slaves continueront à s’affronter en ces mêmes terres.
 
[1] Subjuguée par les prédications de Pierre l’Ermite prêchant en diverses régions françaises et allemandes et popularisant le Dieu le veut ! du pape Urbain II.
[2] Ce sera la première véritable croisade (1096-1099).
[3] Ces privilèges étant de prime importance puisqu’ils permirent d’assurer l’autonomie financière de l’ordre.
[4] Les Templiers firent l’objet d’une persécution par le roi de France Philippe le Bel, tous leurs biens furent confisqués au profit de la couronne tandis que les Hospitaliers se replièrent sur l’île de Rhodes puis de Malte afin de continuer la lutte contre les musulmans, avec des actes héroïques notoires, mais sans pour autant retrouver leur lustre d’antan.
[5] Peuple d’origine turque ayant peuplé une grande partie de l’actuelle Ukraine et les abords de la mer Caspienne au XIIe siècle, appelés aussi Kiptchaks. Ils furent défaits par les Mongols en 1238.
[6] Cette conversion est sujette à des analyses variées, et ce d’autant plus que le pays lui-même ne se convertit que très tardivement au catholicisme (la dernière région en 1413) sans que pour autant la pratique ne disparaisse entièrement.
[7] Le ledung, ou fyrd dans les îles Britanniques, est un système de levée d’hommes libres censés pouvoir subvenir au besoin d’une expédition maritime tout en pourvoyant à la construction de navires devant emporter un nombre d’hommes déterminés.
[8] Anecdote historique, c’est pendant la bataille de Lyndanisse en 1219 que le roi Valdemar II aperçut tombé du ciel un étendard rouge flanqué d’une croix blanche, signe de victoire. Le Dannebrog devint dès ce jour le drapeau national du Danemark ainsi que le plus vieux drapeau au monde encore en usage.
[9] La fameuse voie des Varègues aux Grecs, qui était celle qu’empruntaient les Vikings pour commercer avec l’Empire byzantin.
[10] Ce qui n’empêche aucunement le cinéphile de se replonger dans l’Alexandre Nevsky du cinéaste soviétique Eisenstein.

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20 réactions à cet article    


  • LE CHAT LE CHAT 26 août 2008 11:49

    la lituanie a été marquée par la présence des teutoniques , jusque dans sa monnaie !
    http://www.worldwide-tax.com/lithuania/images/5lt_av_2.jpg


    • Dzilis 29 août 2008 06:33

      Dommage que ce ne soit pas un Chevalier Teutonique !

      Il s’agit en effet du Vytis, ou chevalier blanc, symbole de l’Etat Lituanien, apparu pour la premiere fois sur les etendards lituaniens a la bataille de Zalgiris (encore appelee de Grunwald ou de Tannenberg - 15 Juillet 1410), dont il n’est malheureusement pas parle dans cet article, au cours de laquelle les Lituano-polonais ont arrete definitivement l’avance des Teuroniques.

      Car, contrairement a ce que vous pouvez penser, les Lituaniens n’etaient pas des sauvages, formaient un Etat depuis 1253 et avaient une chevalerie comme les autres pays d’Europe. Ils etaient simplement paiens, comme d’autres sont catholiques, orthodoxes ou musulmans. 

      La croix sur le bouclier du chevalier est dite croix de Jogaila, Grand-duc de Lituanie qui, en se convertissant au catholicisme et en epousant la reine Jadwiga de Pologne en 1386, devint Roi de Pologne.


    • Yannick Harrel Yannick Harrel 29 août 2008 15:58

      Labas rytas Dzilis,

      Non je n’ai pas parlé de la fameuse victoire de 1410 de Zalgiris/Tannenberg/Grunwald par les troupes coalisées de Pologne/Lituanie car l’on était déjà sorti de la période dite de croisade balte (je parle d’ailleurs de 1386 pour finir mon paragraphe sur les Lituaniens à escient). Cependant, le lieu et la date de la bataille sont indiqués sur la carte que je fournis en fin d’article smiley

      Cordialement


    • Forest Ent Forest Ent 26 août 2008 15:30

      Intéressant.


      • Cug Cug 26 août 2008 16:13

         Merci très cool smiley


        • manuelarm 26 août 2008 16:20

          @ auteur
          pense tu que la ligue hanséatique as pu developper son commerce grace à l’ordre teutonique ?


          • Yannick Harrel Yannick Harrel 26 août 2008 20:56

            Bonjour,

            Je ne peux pas vous répondre catégoriquement mais plusieurs faits m’incitent à penser que les liens étaient très forts entre les deux entités :

            • L’ordre teutonique avait l’esprit méthodique dans ses comptes, et s’était par exemple assuré de la main mise sur les gisements d’ambre, un filon assurant de juteux revenus aux frères chevaliers. Par conséquent, il aurait été plus que déraisonnable d’empêcher les navires de la Hanse de pouvoir négocier la vente et l’achat de ce produit en particulier et de bien d’autres comme le bois, la cire et les fourrures.
            • Les marchands hanséatiques comme les teutoniques venaient principalement du Saint Empire Romain Germanique, l’on peut très facilement supposer qu’il y avait une entente plus favorable qu’avec des ressortissants d’autres nations.
            • Plusieurs villes sur le pourtour balte étaient des villes ralliées à la Hanse : Königsberg, Riga, Reval... Difficile de penser qu’elles auraient pu croître et devenir commercialement intéressantes sans la "pacification" de l’ordre.
            Par conséquent je pense qu’effectivement la ligue hanséatique et l’ordre teutonique ont entretenu les meilleurs rapports qui soient dans leur intérêt réciproque (la hanse s’est constituée en 1150 pour information). Il est d’ailleurs notable que ces deux entités ne furent aucunement des Etats au sens moderne du terme mais tirèrent leur pérennité de leur puissance économique ou militaire. Dans un article précédent, j’avais même évoqué le cas du pirate balte Störtebeker qui avait fait l’objet de représailles à la fois de la part des forces hanséatiques et teutoniques (ces dernières lui enlevant l’île du Gotland).

            Cordialement

          • brieli67 26 août 2008 23:21

             Cette théocratie teutonique en fait s’est résolue par conversion à la religion réformée de Luther vers 1525 l’Ordre-État teutonique (Ordensstaat Preußen) en duché héréditaire (Erbherzogtum Preußen).

            Des dissidents restés cathos se regroupent en Mittelfranken Bad Mergentheim l’ordre devient dans cette ville balnéaire hospitalier mais surtout habsbourgeois-autrichien. A quelques lieux du romantische Carcassonne allemand
            Rothenburg ob der Tauber http://fr.wikipedia.org/wiki/Rothenburg_ob_der_Tauber


            C’est notre Napoléon suite à Austerlitz http://fr.wikipedia.org/wiki/Trait&eacute ;_de_Presbourg aidé par le Recès http://fr.wikipedia.org/wiki/Rec&egrave ;s_d’Empire obtint la sécularisation des biens de l’Ordre en Allemagne http://de.wikipedia.org/wiki/S&auml ;kularisation en 1809.



            Pas simple l’Histoire autour du Duché de Courlande qui s’st payé le luxe de coloniser Tobago
            http://fr.wikipedia.org/wiki/Colonisation_courlandaise_&agrave ;_Tobago


            Très difficile de s’orienter dans ce halo légendaire http://fr.wikipedia.org/wiki/L&eacute ;gendes_au_sujet_des_Templiers.
            Perso j’ai jetté la cognée.. les noms des lieux des personnes changent de langue de région de culture en fonction de la religion du pouvoir en face. Sources orales.... Que de vernis à gratter que de lieux et de documents pillés détruits. La plus grande plaie étant ces historiens ethnologues avant 45 qui dans chaque état faisaient leurs excés de zéle chauvin nationalisant etc....


            On est été resté paiens jusque vers 1425 dans ce coin. Lors de cette deuxième croisade celle dites "pour des prunes" on connait les premières exactions des Juifs pourchassés en Espagne et dans le Sud de la France - le Moine Raoul http://fr.wikipedia.org/wiki/Rodolphe_(moine) par exemple tout le long du rhin sur les terres impériales. un cistercien !


            C’est Clairvaux et les cisterciens qui colonisent qui convertissent... et c’est bien leur Bernard qui a lancé la Deuxième Croisade.Des ordres militaires il n’y avait pas que OT (Ordo Teutonicus) dans la colonisation de l’Est
            http://en.wikipedia.org/wiki/Ostsiedlung avec belle carte dynamique.

            Il y avait les Schwertbrüder, les frères Dorpat, l’Ordre de St Georges....


            Berlin est une ville jeune. sortie des marécages après 1200
            http://fr.wikipedia.org/wiki/Histoire_de_Berlin


            Encore merci compatriote d’avoir eu le courage de présenter sur Avox ce point d’histoire !


          • Yannick Harrel Yannick Harrel 26 août 2008 23:59

            Buschur Brieli67,

            Et le Drang nach Westen chez nos amis de l’Oberrhein ?
            La commanderie Teutonique : Dès le début, les chevaliers ont occupé une place prépondérante dans l’histoire de la ville de Mulhouse. Il semble que leur établissement date d’une donation de 1230. Leur puissance et leur rang tient surtout au fait que dès leur arrivée, et pendant longtemps, ils ont détenu le droit régalien de monopôle des moulins et, à partir de 1381, le patronage de l’église paroissiale. En plus, l’ordre lui-même, avait la protection de l’empereur. Leurs biens de l’ordre étaient nombreux dans la région et dépendaient en grande partie de leur colonge de Rixheim. A l’origine, la commanderie se trouvait dans la ville basse, près de l’église St Etienne. Elle faisait partie du baillage d’Alsace et Bourgogne de l’ordre. Ce baillage était placé sous l’autorité d’un bailli provincial (Landkomthur) qui résidait à Altshausen et gouvernait les huit commanderie d’Alsace plus quelques unes en Allemagne. Celles de Mulhouse et Rouffach (1215) étaient les plus anciennes. La commanderie de Mulhouse était dirigée par un commandeur (Hauskomthur), assisté d’un trésorier (Trissler). Elle comprenait des frères chevaliers (Ritterbrüder) qui devaient prouver leurs quartiers de noblesse, des frères prêtres (Brüder mit cruz) qui devaient prouver leur ordination et des frères servants (Dienende Brüder ou frères convers) comme domestiques.

            Toujours plus à l’Ouest, que dire de la Porte des Allemands encore visible à Metz ?

            Mais si jamais l’envie vous prendre de passer à Wissembourg, n’oubliez pas de vous rendre dans la rue de l’ordre Teutonique...

            Cordialement


          • brieli67 27 août 2008 22:10

            le Drang vers Osten ou Westen ?

             
            L’Allemand c’est le romantique .... das Land wo die Lemonen blühen comme écrivait Göthe. Bien mal a pris le fils de Barberousse de fuir la Pfalz et les halliers de la forêt impénétrable mais très giboyeuse de Haguenau et s’installer indolemment en Italie. La guerre des Chefs allemands a perduré en Italie. Richard Coeur de LIon était hôte de l’empereur à Haguenau en geôle au retour de la III Croisade.


            Loin de leurs possessions vernaculaires, les "dynastes allemands" se sont guerroyés en Italie et ont cotoyé les Normands les Hateville Altavilla dont le célèbre Bosso http://fr.wikipedia.org/wiki/Roger_Ier_de_Sicile
            http://fr.wikipedia.org/wiki/Guelfes sur les terres récemment abandonnés^par Constantinople.

            1318 : Dante d’Alighieri termine en cette année sa trilogie "La Divine Comédie" (Enfer-Purgatoire-Paradis). Il fait allusion à plusieurs reprises aux Templiers, à leur martyr et à leur résurgence. Béatrice est entourée dans l’Empyrée, d’une "assemblée de blancs manteaux" (Paradis - Chant XXX). 
            Dante, Guido Cavalcanti et Pic de la Mirandole auraient fait partie des Fidèles d’Amour, une confrérie secrète à l’écart des luttes fratricides qui opposaient les Guelfes (partisants du Pape), les Gibelins (partisants de l’Empereur) ainsi que la Ville de Florence. 
            Du parti Guelfe, à l’origine, favorable au Pape, Dante rejoindra (avec les Guelfes blancs) le camp des Gibelins et de l’empereur Henri VII. Quand les terribles Guelfes noirs prendront le pouvoir à Florence, en 1302, Dante sera condamné à mort.Il quittera sa ville qu’il ne reverra jamais.


            a noter que ben avant François Premier Le Fils de roi, frère de roi, oncle de trois rois, père de roi, mais jamais roi lui-même.http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_de_Valois&nbsp ;
            aurait du et pu être Empereur du SERG

            Le devin donc Henri VII du Luxembourg http://de.wikipedia.org/wiki/Heinrich_VII._(HRR) pour voir les magouilles et une belle carte ...



            Le Drang vers Osten

            http://en.wikipedia.org/wiki/Ostsiedlung
            http://en.wikipedia.org/wiki/History_of_German_settlement_in_Eastern_Europe


            Le Drang vers Westen ??

            Jusqu’en 1789, selon le jargon usité, les Amis de l’Oberrhein ben ils étaient très très près de Paris et de son Versailles par les "Luxembourg" dynastie qui a fournit les empereurs avant les Habsbourg profitant des effets des Croisades

            Le Comté de Brienne au Sud de Saint-Dizier à l’est de Troyes célèbre pour son école militaire ses Cadets qui "trollaient" un petit condisciple non vraiment noble au teint jaune aVec un drôle d’assent...
            Ah le Jean de Brienne roi et empereur http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_de_Brienne&nbsp ;

            et bien sûr La principauté de Salm avec l’Abbaye de Senones si chère à Voltaire
            http://fr.wikipedia.org/wiki/Salm-en-Vosges Ober-Salm à cheval sur le fond de la vallé de Schirmeck 

            avec son Alter-ego Nieder Salm le Barrois et son Barrois mouvant http://fr.wikipedia.org/wiki/Barrois_mouvant

            La Pucelle avec Domrémy plutôt germaine ? 


            Un peu hors-sujet... je vais me rattrapper promis !




          • Vilain petit canard Vilain petit canard 27 août 2008 10:33

            Passionnant.


            • Georges Yang 28 août 2008 18:58

              Passionnant mais n’interressant que peu de lecteurs.
              Juste une question : combien de temps y a t’il encore eu des "paiens" dans la region apres la conversion de 1387


              • Yannick Harrel Yannick Harrel 28 août 2008 20:20

                Bonjour,

                Merci pour votre commentaire. Le nombre de lecteurs n’est pas forcément le but premier de mes articles : celui-ci étant déjà de se faire plaisir et de faire plaisir à ceux qui me lisent ainsi que débattre si le besoin s’en fait ressentir smiley

                Très difficile de vous répondre concrètement mais disons que la mansuétude des pouvoirs locaux ont fait que le paganisme subsiste encore de nos jours en Lituanie ! La date de 1413 est de ce point de vue assez... artificielle.Vous pouvez d’ailleurs vous référer à l’article que j’ai consacré à la Lituanie il y a quelques mois. Sachez par exemple que le roi Mindaugas que j’évoque dans un paragraphe de cet article a vu son règne s’interrompre brutalement par suite d’une contestation pour le moins violente et radicale de païens réfractaires à son apostasie.

                Cordialement


              • Dzilis 29 août 2008 06:49

                Pourquoi "mansuetude" ?

                Le paganisme est une religion comme une autre, et je ne vois pas pourquoi elle n’aurait pas droit de cite en Lituanie ?! C’est justement une grande preuve de tolerance de la Lituanie moderne que d’admettre toutes les religions. Quant aux Teutoniques, il faut reconnaitre que leur but n’etait pas uniquement d’evangeliser mais surtout de conquerir, comme le montre la poursuite des reise apres la conversion de la Lituanie (1387). 

                A noter que Jogaila s’est officiellement converti au catholicisme le 15 Fevrier 1386. Ce qui lui a permis de devenir Roi de Pologne en epousant Jadwiga (Edwige d’Anjou). Mais ce que les Lituaniens, encore aujourd’hui, ne lui ont pas pardonne ! 

                Cordialement de Vilnius.


              • Yannick Harrel Yannick Harrel 29 août 2008 15:46

                Labas rytas Dzilis,

                Je pense que vous vous méprenez sur le terme « mansuétude » en ce sens qu’il n’est aucunement connoté négativement. Disons pour parfaire ma pensée que ces autorités prêtaient une attention bienveillante à la perpétuation de la religion de leurs ancêtres.

                Les forces régnantes semblent avoir effectivement été très tolérantes vis à vis des autres religions. La meilleure preuve est par exemple la constitution de leur garde personnelle par des membres de religion... karaïte ! Dont d’ailleurs je recommande le musée à Trakai après la visite du superbe château un peu à l’extérieur de la ville smiley

                Cordialement


              • Dzilis 1er septembre 2008 03:38

                J’accepte bien volontiers l’explication. La Lituanie fut effectivement au cours des siecles une terre de tolerance religieuse.


              • Georges Yang 29 août 2008 15:01

                Je me permets donc d’insister. Plus au nord, de quand date la conversion des lapons ?


                • Michel Frontère Michel Frontere 4 octobre 2008 12:12

                  Félicitations pour votre érudition !

                  Connaissez-vous la BD de Jeanine Rahir « Chevalier Walder » ? Elle parle aussi des chevaliers Teutoniques.

                  Je suis très curieux de toute cette période ainsi que de celle de la Hanse (elles se recoupent), avez-vous des lectures à conseiller à ce sujet ?

                  Merci.

                   


                  • Yannick Harrel Yannick Harrel 5 octobre 2008 03:15

                    Bonjour,

                    En premier lieu merci de votre compliment même si je ne suis en réalité qu’un compilateur de données éparses, c’est plutôt moi qui tire un grand coup de chapeau aux historiens minutieux ayant débroussaillé chacun de leur côté le thème abordé. Et non, je ne connaissais pas cette BD, en revanche je connaissais celle du dessinateur Bernard Capo basée sur l’oeuvre d’Henryk Sienkiewicz.

                    En second, difficile malheureusement de vous conseiller réellement un seul ouvrage généraliste sur la question, mes sources étant diverses et dans différentes langues.
                    Toutefois, pour vous répondre au moins sur La Hanse, et si vous êtes germanophone, je vous conseille un ouvrage réputé pour son sérieux, celui du Docteur Rolf Hammel-Kiesow, et appelé fort sobrement Die Hanse. Il est encore possible de le commander sur Amazon.

                    Cordialement


                  • Michel Frontère Michel Frontere 4 octobre 2008 12:17

                    Bravo pour votre érudition !

                    Connaissez-vous la BD de Jeanine Rahir « Chevalier Walder » qui évoque également les chevaliers Teutoniques ?

                    Je suis très curieux de cette période ainsi que de celle de la Hanse, pourriez-vous m’indiquer des ouvrages de référence à ce sujet ?

                    Merci.

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