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La musique classique dans la publicité

Dans les années 50 déjà, de nombreux Français fredonnaient un petit air entendu sur leur poste de radio « D’un coup de Timbler, je nettoie mon auto » sans se douter un seul instant que cette entraînante musique – la Marche militaire – avait été écrite par le grand Franz Schubert. Depuis, la télévision a pris le relais de la radio et de multiples spots publicitaires ont fait appel au patrimoine classique. Petit tour d’horizon...

Dans le répertoire français, c’est tout naturellement vers Georges Bizet et son chef d’œuvre Carmen, l’opéra le plus joué dans le monde, que les publicitaires se sont le plus souvent tournés, à l’image des promoteurs de la lessive Ajax détournant à leur profit la célèbre Habanera en 2003. D’autres Français ont collaboré – bien malgré eux – à la réussite de spots publicitaires à finalité mercantile. Ce fut notamment le cas de Paul Dukas dont L’Apprenti Sorcier a servi de support à la promotion du... papier hygiénique Lotus en 1973. Pauvre Dukas ! Ont également été embauchés pour vanter des produits commerciaux : Maurice Ravel avec son œuvre-culte (comme on dit de nos jours), le Boléro, mis au service des AGF en 1992, Charles Gounod avec le Dies Irae de son Requiem, redescendu pour l’occasion des altitudes célestes pour répondre à l’appel plus prosaïque des torréfacteurs de La Maison du Café, et Camille Saint-Saëns dont les friselis aquatiques tout droit sortis de l’Aquarium du Carnaval des Animaux ont boosté les ventes du lait pour enfants Gallia.

Le compositeur russe Alexandre Borodine a également apporté sa pierre à l’édifice publicitaire, grâce notamment aux Danses Polovtsiennes du Prince Igor mises en 1989 au service des pneus Kléber-Colombes. Autre Russe appelé en renfort des courbes de vente : Sergueï Prokofiev avec Pierre et le Loup, naguère au profit de Nestlé puis, en 2010, de la multinationale Coca-Cola. Le champion russe dans le domaine est toutefois Piotr Ilitch Tchaikovsky dont de nombreuses œuvres ont été utilisées par la publicité, notamment l’opéra Roméo et Juliette (Chanel en 1990 pour le parfum Égoïste) et les ballets : le Lac des cygnes pour le chocolat Lindt en 1991, et Casse-Noisette pour Intel Pentium (Valse des fleurs) ainsi que pour les bouchées chocolatées Ferrero en 2003 (Danse de la fée Dragée).

Eu égard au caractère très mélodique de ses compositions, il était évident que l’on fasse appel au Norvégien Edvard Grieg et à son merveilleux opéra Peer Gynt (prononcer Peur Gunt). Plusieurs annonceurs y ont eu recours, et notamment Bridel en 2003 avec, en accompagnement de la promotion des produits allégés, l’impressionnant crescendo Dans la caverne du Roi des montagnes.

L’immense Joseph Haydn lui-même a été mis à contribution à différentes reprises, et notamment par Bosch en 1990 (3e mouvement du concerto pour trompette). Autre grand nom épinglé par les publicitaires : Georg Friedrich Haendel dont la magnifique sarabande – celle-là même qu’avait utilisé Stanley Kubrick dans son film Barry Lyndon – a servi de support au chocolat Nestlé en 2000 ainsi qu’aux jeans Lévi’s la même année.

Anton Dvořák – rien d’étonnant à cela tant le Tchèque fut talentueux – a également été mis à contribution. Par les biscuits Delacre en 2002 sur fond de Tempo di valse de la Sérénade Op. 22, et surtout pour vanter, grâce à la tonicité de la formidable Symphonie du Nouveau Monde, les mérites d’Audi en 2002 (4e mouvement, allegro con fuoco) et du Thé Éléphant (1er mouvement, allegro molto). Quant on compatriote Bedřich Smetana, c’est évidemment avec son magnifique poème symphonique La Moldau qu’il a, à son corps défendant, collaboré en 1994 à faire grimper les actions du constructeur automobile Subaru. Quant à leur grand voisin d’Europe centrale Johannes Brahms, c’est sur la danse hongroise n°7 que les publicitaires ont axé en 1990 leur campagne en faveur des pneus Dunlop.

Á tout seigneur tout honneur, la palme en matière d’emprunt publicitaire revient tout naturellement à Wolfgang Amadeus Mozart. Et presque tous les genres abordés par le génial compositeur ont été mis à contribution : l’ouverture des Noces de Figaro pour les sauces Barilla en 2002 ; le sombre 1er mouvement de la symphonie n°25 (allegro con brio) , toujours pour Barilla ; la merveilleuse romance du concerto pour piano n°20 au service de la Renault Safrane en 1990 : des arias d’opéra, et notamment Non piú Andrai et Voi che sapete tous deux tirés des Noces de Figaro au profit respectivement de Renault Portes ouvertes en 2002 et de Émail Diamant, sans oublier le spectaculaire air de la Reine de la Nuit extrait de La Flûte enchantée, souvent utilisé, en particulier par la Banque Directe.

Autre géant dont l’œuvre a souvent servi de support à la publicité : Ludwig van Beethoven. Pour Quick en 2001 (pauvre Ludwig !) avec les premières mesures de la 5e symphonie (le célèbre Pom Pom Pom Pom). Pour le journal économique Les Échos en 2003 avec le formidable scherzo de la 9e symphonie, utilisé de façon si inquiétante dans le film de Stanley Kubrick Orange Mécanique. Pour les Éditions Atlas en 2002 avec le rondo du sublime concerto pour violon (3e mouvement).

Un autre thème familier**, extrait de l’ouverture de Guillaume Tell de Gioacchino Rossini (également présente dans Orange Mécanique), est régulièrement utilisé hors des salles de concert. En matière de publicité, il a servi les intérêts du chausseur Reebok en 2001, à l’image de quelques airs d’opéra du natif de Pesaro également mis à contribution par le marketing. Rossini n’a évidemment pas été le seul compositeur italien appelé à la rescousse par les annonceurs. Ce fut également le cas de Giuseppe Verdi dont les œuvres ont servi des intérêts pour le moins diversifié, de la Citroën Saxo sur la Marche triomphale d’Aïda aux... serviettes hygiéniques féminines Vania en 1991 en recourant au magnifique Chœur des Bohémiens de La Traviata***. Autre contributeur incontournable : Antonio Vivaldi, souvent mis à contribution, dernièrement avec son Gloria pour les Reprises Peugeot en 2006 et avec le presto de son concerto « Alla rustica » pour les produits de beauté Gemey-Maybelline en 2008.

Ni Merkel ni Sarközy n’ont en revanche été sollicités pour illustrer la « réclame » comme on disait naguère (entendez Adolf Merkel, compositeur allemand, et Pal Sarközy, compositeur hongrois). Quant à Cécilia, l’ex-madame Sarkozy (pas le compositeur, le président, lui-même grand interprète de pipeau), elle ne s’est jamais mêlé de publicité musicale, contrairement à son grand-père, le compositeur espagnol Isaac Albenitz dont le célèbre Asturias a servi les intérêts du gringo Jacques Vabre.

Ce modeste tour d’horizon ne recense évidemment qu’une part infime des contributions de la musique classique à la promotion des ventes, parmi les plus connues ou les plus récentes des prestations télévisées (on aurait pu citer également Pachebel, Puccini, Strauss, Offenbach, Orff, et de nombreux autres compositeurs, auxiliaires involontaires du marketing). Toute chose ayant une fin, on terminera cet article en faisant appel à la célébrissime Marche nuptiale de Félix Mendelssohn utilisée naguère par Téfal. La Marche nuptiale, une évidence pour illustrer le... mariage de la musique classique et de la publicité.

* Étonnante et sympathique version à... huit mains par le pianiste chinois Shi Shucheng et ses trois filles

** Il sert d’indicatif à l’excellente émission musicale de Frédéric Lodéon sur France Inter

*** Amusante mise en images due à Cyrile-Z. Á déguster sans modération !

par Fergus lundi 17 janvier 2011 - 26 réactions
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Les réactions les plus appréciées

  • Par pepin2pomme (xxx.xxx.xxx.11) 17 janvier 2011 12:53

    Excellent article, l’allusion au joueur de pipeau m’a bien fait rire !

    Sans prétendre à l’exhaustivité, en tant qu’amateur de Shostakovitch, je reste sur ma faim puisque sa seconde valse n’a pas été citée ci-dessus.

    A+

  • Par Fergus (xxx.xxx.xxx.64) 17 janvier 2011 13:05
    Fergus

    Bonjour, Pepin2pomme.

    Vous avez raison, je suis absolument impardonnable d’avoir oublié Shostakovitch et les très beaux films publiciatires de la CNP. Séance de rattrapage. A voir sans modération, même si l’on est publiphobe !

  • Par pingveno (xxx.xxx.xxx.14) 17 janvier 2011 13:57

    Soyons réalistes, s’il y a autant de musique classique dans la pub ce n’est pas pour ce qu’elle évoque, mais bien parce que la plupart des œuvres sont depuis longtemps dans le domaine public donc pas de droits à payer !

  • Par Fergus (xxx.xxx.xxx.64) 17 janvier 2011 14:19
    Fergus

    Bonjour, Ariane.

    Pingveno (que je salue) a raison : le fait que ces œuvres soient dans le domaine public n’est pas étranger à la multiplication des appels au répertoire classique. Mais cela n’explique pas tout, et certaines œuvres sont si expressives et si naturellement utilisables pour capter l’attention que les annonceurs auraient malgré tout payé des droits si cela avait été nécessaire.

    D’accord avec vous : certains compositeurs feraient une drôle de tête en constatant l’usage mercantile qui est fait des partitions sur lesquelles ils ont beaucoup investi de leurs capacités créatives. Ce n’est pas toujours le cas, et la valse de Shostakovitch que j’avais oublié est là pour montrer qu’il est possible (rarement hélas !) de réaliser des films publicitaires (en l’occurence la CNP) d’une telle qualité qu’ils ne desservent pas la musique.

    Pour ce qui est de DSK (un choix de 2e tour par défaut, et encore avec des pincettes !), il va de soi que c’est le thème des Eléphants du Carnaval des animaux de Saint-Saëns qui s’impose.

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