• AgoraVox sur Twitter
  • RSS
  • Agoravox TV
  • Agoravox Mobile

Accueil du site > Culture & Loisirs > Culture > La Restauration, ce n’est pas toujours l’ancien (...)

La Restauration, ce n’est pas toujours l’ancien Régime

Aller seul au restaurant n’est pas particulièrement agréable. Mais il y a au moins une compensation, celle d’écouter les conversations des autres et notamment celles des couples. Le prix du mètre carré à l’achat comme celui du bail étant devenu prohibitif, n’envisagez plus l’intimité. Les tables distantes d’au moins deux mètres sont devenues rares, sauf dans d’immenses salles, absolument désertes en février sur la côte belge, quand la mer se déchaîne. Cela a aussi son charme, mais ce n’est pas le sujet.

On croise une faune hallucinante dans les restaurants, mais aussi des gens d’une banalité époustouflante. Des individus qui sont à des lieues de notre univers ou bien qui nous ressemblent, ils pourraient être des collègues, des voisins, des amis.

 

Le couple qui s’engueule

Le restaurant, meilleur lieu d’affrontement pour les couples 

Ils ont commencé chez eux, ils continuent en voiture, au supermarché, en vacances alors pourquoi pas au restaurant. Tout est prétexte à querelle. Les phrases acerbes fusent : « Tu continues comme ça et je me tire ! Eh, bien, tire-toi connasse ! » Puis, à voix plus basse « Tu ne peux pas me lâcher les basquets au moins une fois dans ta vie ? ». Ils ne sont pas mieux avec le serveur, (voir plus loin). Leur vie est faite de cris, d’invectives et d’insultes, mais ils ne peuvent se passer l’un de l’autre. L’amour pour eux commence par des disputes, il se continue par des réconciliations éphémères jusqu’à la prochaine altercation.  

En dehors des éclats que je viens de citer, il s’agit plus souvent d’un affrontement larvé, les insultes, les reproches sont susurrés entre les dents. Une guerre de tranchée qui a commencé dès le menu va se poursuivre jusqu’à la poire et le fromage. S’ils sont raisonnables, après une salve d’accusation, de reproches, de dénigrement et d’ironie blessante pendant les entrées froides, il y aura un cessez-le-feu jusqu’au brie ! Mais ensuite, une réflexion anodine peut entraîner le départ courroucé de la dame qui laisse en plan un mari ou un compagnon qui dira un dernier « Mais Monique, ne t’en vas pas comme ça ! » Tout en ne sachant pas que l’abandon prématuré de la table par Monique va créer une autre catastrophe pour un tiers qui n’y est pour rien (voir aussi plus loin).

Mais il y a surtout ceux, qui se lancent des piques au fleuret moucheté. Cela se passe comme dans un duel, à la Sergio Leone, après un round d’observation, on sort les flèches et narquois rime alors avec carquois. Chacun en prend pour son grade, le but est de blesser l’autre par une saillie particulièrement réussie. Cela ira crescendo, sans esclandre et vous n’en saurez pas la suite, le couple étant parti poursuivre ses sarcasmes dans un autre lieu.

Souvent, dès la commande, on sent que cela va mal tourner. Si le Monsieur est jeune et veut tout bêtement un steak et des frites, sa compagne va lui répliquer : « Serge, tu en mange tout le temps, pourquoi tu ne prendrais pas du poisson ? Garçon, il est frais votre poisson ?  » Comme si à cette question on allait lui répondre : « Mais non, comme il était un peu verdâtre, on le sert désormais avec une béarnaise !  ». Si par contre, on a à faire à un rougeaud proche de la cinquantaine, il n’aura jamais droit à sa choucroute, à une garbure ou un petit salé ! « Robert, tu n’y pense pas ! Et ton hypertension, ton cholestérol, ton diabète, c’est selon ! Tu devrais prendre une grillade avec une salade. ». Si Robert veut une choucroute, il a intérêt de sortir avec des copains. Cela fait plus de vingt ans que sa femme décide pour lui ce qu’il doit manger ou pas et ce qui est bon pour sa santé.

Le comique 

Le type bien graveleux et lourd sort des blagues minables pour que tout le monde en profite. Il est satisfait de lui et rit de ses bons mots. La Ginette en sa compagnie, rit jaune, un peu gênée par la faconde exubérante de son époux. Il se lève, va et toilettes en disant à haute voix : « Commande les desserts pendant que je vais faire une île flottante ! ». Si cela passe de justesse dans un routier, dans un restaurant de poisson avec des chandelles, c’est plutôt limite. 

 Les inquiets pour les enfants 

C’est l’anniversaire de leur mariage, ils ont réservé à l’avance depuis longtemps. Coup dur, ils comptaient sur Chantal (la petite jeune fille si gentille) pour garder les enfants mais elle habite Orgemont et passe une semaine d’examens à Arcueil dès demain. Ce couple n’est pas du genre à confier ses gosses à quelqu’un qu’ils ne connaissent pas, donc pas de recours à une société de baby-sitting. Alors, ils se sont résolus à laisser Corinne, onze ans et demie, garder ses petits frères, mais ils sont inquiets. « On aurait dû décommander, reporter, et s’ils faisaient des bêtises ! » « Ne t’en fais pas, ça va bien se passer  » dit le mari qui soudain est pris par l’inquiétude. 

Il, a laissé sur son bureau les 14 copies de son intervention en anglais pour les clients japonais qui visitent la société demain et Cédric vient de découvrir les joies du stylo feutre. S’il détruit tout, l’imprimante est en panne, il va falloir passer au bureau dès 7 heures du matin. La mère téléphone tout le temps de peur qu’il ne se passe un drame. Ils ont pourtant bien répété à la grande : « Tu n’ouvres à personne sous aucun prétexte ! » Car c’est bien connu, des hordes de pédophiles sonnent aux portes des appartements après 21 heures ! Ils partent avant le dessert, non par avarice ou manque de goût pour les sorbets, Tatins ou autre friandise, mais parce qu’ils ne tiennent plus et se doivent de rentrer au plus vite. Bel anniversaire gâché par la paranoïa ! 

Les accros du téléphone 

Lui.Bonsoir, Devienne ! Vous êtes encore au bureau, et ça tombe bien ! J’ai eu les Legrand au téléphone, ils ne sont que moyennement enthousiastes concernant les colonnes corinthiennes qui devraient rehausser la véranda de leur résidence. Pouvez-vous épurer cela, faire dans le dorique ou la poutre en bois tropical ? Avec notre nouveau logiciel, vous en avez pour tout juste une heure ou deux. Je passe demain en parler vers 9 heures. A propos comment va votre charmante épouse ?” L’épouse en question est furieuse de voir son mari rentrer chaque soir à pas d’heure. Elle soupçonne une maîtresse, se gave de chips devant la télé, bref elle pense au divorce. Le « téléphoneur » est imbu, fat, fier de lui ; on a envie de lui clouer le bec, de lui enfoncer le portable jusqu’à la glotte pour lui apprendre politesse et modestie.

Le même utilisateur intempestif va appeler son représentant au Japon « Je vous réveille ? C’est vrai, il est 5 heures du matin à Tokyo. Mais il faut absolument que vous vendiez à l’ouverture les 20000 titres et replaciez le tout sur des pétrolières, vous savez lesquelles. Je vous aurais bien envoyé un mail plutôt, mais j’ai eu l’info de source sure il y a peu ».  

Elle « Mais non, Maman, je n’ai pas oublié l’anniversaire de papa. Tu me passe Edwige, je voudrais lui dire deux mots !  » Suit alors un échange passionnant avec la sœur concernant dans l’ordre : une paire de collants neufs qui sont dans le tiroir du bas, l’otite de son dernier et l’adresse d’un autre pédiatre bien plus dynamique, Claire, qui est une salope et dont la sœur devrait se méfier. Puis entre deux SMS, “Françoise, je suis avec Paul, il te salue. Tu es toujours libre demain pour les soldes, bon, rendez-vous demain devant la Madeleine à 11heures 30 ».

Plus gênant, l’amant qui vient d’appeler cinq fois sans réponse. On entend alors une petite voix suave dire d’un ton mielleux : « Ah, Béatrice, j’ai oublié de décommander pour ce soir. Paul est rentre de Montréal plus tôt que prévu, il m’a sorti au restaurant ! » Et le cocu magnifique de sourire en pleine béatitude larvaire et d’entamer son onglet à l’échalote. Car en restauration c’est bien connu, l’échalote est à l’onglet ce que les tournesols sont à Van Gogh ! 

Le raseur et la belle (ou la moins belle) 

Le couple glamour. Il parle de lui, que de lui. Il porte une chemise blanche, largement ouverte sur un torse étroit, les cheveux grisonnants mi-longs. Elle a l’air d’une cantatrice défraîchie, un peu trop maquillée et liftée. Ca ne vous rappelle rien ? Mais il s’agit d’anonymes tout aussi prétentieux et imbus. De surcroît, ils vous gavent avec leurs lieux communs pseudos intellectuels. Vous avez une envie irrésistible de vous lever, d’aller au chariot dessert et de les entarter comme ils le méritent. 

Mais le raseur peut aussi ne pas être glamour, avec des airs de comptable ou de gérant des stocks qui va passer son repas à sortir des propos pontifiants, des lieux communs. Il va être tatillon avec la serveuse, choisir le vin d’un air docte et besogneux. C’est le même qui vous développe sa théorie sur le moteur diesel et sur les sens interdits à la sortie d’Honfleur quand il vous invite chez lui ! 

Le Slave  

Le moindre slave orthodoxe, qu’il soit Russe, Ukrainien ou Serbe, quand il dîne avec une femme ne peut s’empêcher d’acheter toutes les roses au Pakistanais de service qui passe en salle, en s’excusant malgré tout quand il y en a moins de cinquante. Le Pakistanais va louer le nom du Prophète pour l’avoir mis sur le chemin d’un tel client et va se ruer chercher glaïeuls, pivoines et tout se qui reste encore en circulation chez les autres vendeurs à la recherche d’un autre Russe.

Le Russe amoureux est romantique, encore heureux, car vu sa fougue, avec son tempérament, une simple prise d’ouzbek pourrait tourner au drame. 

Mais si on tombe sur un oligarque, alors il n’y a plus de limite pour séduire et éblouir une femme. Il peut louer huit tables autour de la sienne et les remplir de figurants qui sortiront au moment voulu par lui, celui ou cela devient intense, violons, guitares, bouteilles, feux d’artifices et autre fantaisie du genre (l’utilisation d’armes à feu étant strictement prohibée en France dans la restauration, vous n’aurez droit à aucune salve). S’il n’a pas réservé le restaurant en totalité, il se répandra en excuses auprès des autres clients et pour se faire pardonner la gêne occasionnée, offrira son champagne de Crimée. Ne vous méprenez pas, ce n’est pas par avarice qu’il néglige le champagne français, mais par nationalisme ! Et d’ailleurs, si vous faites remarquer que la Crimée est en Ukraine, il vous répliquera que cela est encore la faute de Kroutchev en 1964. 

Le gigolo 

Il arrive quelquefois de voir à la table voisine, une sorte de Mamy Nova en compagnie d’un jeune homme. Quelques minutes d’observation vous feront comprendre qu’il ne s’agit ni de son fils ni de son neveu. Quand elle est un peu plus jeune, le maquillage un peu trop accentué la trahit. Quant aux fines ridules verticales au dessus de la lèvre supérieure, elles révèlent une ménopause déjà avancée. La dame mure est gentille, admirative devant le jeune mâle, un peu bellâtre, quelquefois exotique à la recherche d’un titre de séjour. Il a en permanence l’air de se faire chier et acquiesce d’un sourire bovin à chaque affirmation de la dame. Quand elle lui prend la main et lui caresse la paume, il la retire un peu trop rapidement. Inutile de dire qui va payer l’addition. Si le serveur envisage un pourboire, il évitera tout regard ironique et s’abstiendra de dire “ Votre jeune fils, prend-il un apéritif ?” 

Le maquereau, la bimbo 

Pas de cravate blanche sur chemise noire, cela ne se fait plus depuis les séries noires des années cinquante, mais mocassins au pied et gourmette en or, costume se voulant de coupe italienne. Il parle cinéma, bien sûr, au début un petit rôle (il a l’intention de la faire tourner dans des vidéos porno, mais il enrobe) Parle aussi de casino, ou mieux de cercles de jeux plus intimes. Il est allé à Deauville et Enghien, il a des relations dans le show-biz, pas très connues mais influentes. Bref, dans un mois elle ira aux asperges. Il sort une liasse de billets neufs pour payer l’addition, il sent le mac de la Dérobade à plein nez. Elle conne, naïve ou consciente mais qui en a marre du père incestueux, du SMIC et du chef de rayon qui la palpe gratis. Blonde, c’est une évidence, du moins décolorée, lèvres et cul hors de la tête, avec l’accent niçois elle sera parfaite en marcheuse ou en chandelle. Le rubis, elle l’a sur l’ongle, et pourtant, elle manque assurément de vernis ! 

 Le couple d’homosexuels 

Ne vous attendez pas à des Village People ou à des exubérants sortis tout droit de la Cage aux folles. Ils sont de moins en moins nombreux même au Marais. Le plus souvent, en été, vous reconnaîtrez des Monsieur Propre en jeans et tee-shirt blanc, cheveux ras. Si la saison est fraîche, ils seront en blouson, style perfecto. Ils ne s’engueulent pas mais se chamaillent pour des broutilles. “Arrête de prendre du pain, tu vas encore grossir !” Ou bien devant le serveur, sur un ton excédé : “Pourquoi devrais-je toujours prendre une salade de crudités, et si je veux du jambon ! De quoi tu te mêles encore  ! » Ou enfin, « Tu vas arrêter de prendre mes petits pois dans mon assiette, vilain !”  

Et puis il y a le loubard avec le jeune mec en costume. Un jeune type mal à l’aise, presque hargneux car il assume mal son homosexualité et se mettrait bien à casser du pédé, en détruisant, en massacrant ce qu’il déteste avant tout en lui même. Je plains le mec avec sa cravate, il va droit à la désillusion et peut être à la fracture du nez. Ou alors, il en est conscient et cherche la punition, car il a en lui un instinct de mort. Ce genre de gay triste sent la désespérance. 

 Incroyables, Merveilleuses et autres couples plus ordinaires 

Les bikers sortis tout droit d’Easy Rider, en compagnie d’une Daytona demon, sortie d’un clip de Suzy Quatro, sont encore les moins voyants. Les couples dépareillés attirent l’œil dès qu’ils entrent en salle par leur tenue vestimentaire ou leur comportement.

Au cinéma, on parlerait d’erreur de casting tant le couple semble improbable. Certains sont là pour exhiber leurs conquêtes, d’autres leur look. 

C’est une première, il déserte le Mac Do ! Nike aux pieds et street wear, pour une fois il n’a pas de casquette. Contrairement à l’habitude qu’il a de se faire remarquer, de se la jouer racaille quand il est avec ses potes de la cité, cette fois-ci, il la joue profil bas. A peine ose-t-il un timide « Chef, chef deux Coca » au garçon qui le toise. C’est le cake dans toute sa médiocre splendeur. La petite qui l’accompagne est plus à l’aise, elle est déjà sortie une ou deux fois avec un bourge gaulois et comme elle est observatrice, elle a appris à se tenir et passer inaperçue. Le petit gars veut éblouir, ça va lui coûter de la tune, mais elle en vaut la peine. Mais si le grand frère de la donzelle l’apprend, il va lui démonter la tête en lui crachant « respect pour Farida ! ». Il la croit encore vierge, elle n’a pas démenti et il n’ose lui proposer « la technique du pinceau » sur la banquette arrière de sa caisse, pourtant, rien qu’en la regardant, ça lui gonfle l’appendice. 

Les américains eux, vont parler fort, ils sont habillés comme des sacs en taille trop large, vont souvent boire du coca avec le coq au vin (heureusement pas toujours, il y a parmi eux quelques rares amateurs) et s’étonner de tout, poser des questions naïves et demander des renseignements incongrus.  

Le Dom Juan, le vieux beau et les impatients qui veulent aller baiser 

Bien qu’accompagné, il reluque le cul de la serveuse. Le garçon leur dit « Monsieur Paul, comme d’habitude ! ». Ou alors, c’est le client qui dans un clin d’œil et un sourire entendu va déclarer « Roger, comme d’habitude ! Amenez le cocktail maison à la jeune dame ! ». C’est la dix-huitième de l’année qu’il vient exhiber dans le même restaurant.

On croise de temps en temps un moustachu grisonnant en compagnie d’une juvénile. Ce Schweitzer vieillissant rêve de caresser les lombes à Renée, mais cela va lui en coûter ; plus en désillusion et en ridicule qu’en argent et le pire, c’est qu’il en a conscience ! 

Bien que l’endroit soit non fumeur, le bénéficiaire de la prestation se permet en toute impunité de s’humidifier discrètement le cigare sous la pression circulaire du pied de sa compagne sous la table. Allusion à peine voilée, baisers furtifs, ils ne prendront pas de dessert, non par avarice ou manque de goût pour le sucre, mais ils n’ont qu’une envie, celle de se ruer au lit. Attitude se voulant à la limite du torride ; allusion explicite quand on sert des quenelles, des asperges ou une ficelle picarde ! La tienne est plus grosse, murmure t’elle en gloussant !

A l’inverse, le timide, le célibataire qui vit chez sa mère. « Mais oui, maman, je serai de retour à 22 heures pour te donner tes gouttes. ».

Ce n’est pas demain la veille, qu’il va tirer un coup, le pauvre et pourtant, la fille de la boulangère, elle ne dirait pas non ! 

 Les attachants, rustiques et vieux couples 

Normalement il venait avec des « pays » pour la Foire Agricole, mais pour une fois, il arrive au restaurant avec la Louise. Le couteau qui ne coupe rien ne lui fait pas peur, car il a son Opinel. Il réclame par deux fois une corbeille de pain pour essuyer sa sauce. Ils mangent d’un bon appétit. Le rustique est jovial, souvent rougeaud, il parle presque aussi fort que le touriste américain.

Le couple de vieux. Ils sont attachants, un peu sourds. Lui est un peu bougon, elle le connaît depuis longtemps. Ca va être dur quand elle sera veuve, ils ne s’engueulent pas, se chamaillent tout juste avec complicité. Ils se racontent des souvenirs. Ils sont nettement plus apaisants que beaucoup.  

Ceux qui harcèlent le personnel 

Quand il n’est pas question de se disputer entre conjoints, il est presque de bon ton de s’en prendre au personnel. Vous avez déjà vu celles qui doutent de la fraîcheur du poisson, mais il y a pire pour un serveur. Les indécis qui mettent des heures à passer la commande alors que la salle est bondée. La chieuse, qui systématiquement veut changer de garniture, demande que la vinaigrette de sa salade composée soit servie à part, qui veut une niçoise sans olive, qui n’aime pas l’origan, qui modifie la composition de la pizza, se plaint du chauffage, de la climatisation, veut changer de table une fois installée. 

Elle réclame un couteau qui coupe, on lui ramène alors une dague aiguisée, idéale pour la gorge d’un otage dans les zones tribales du Pakistan.

Et le moustachu pontifiant constipé qui scrute la carte des vins comme s’il s’agissait du plan comptable luxembourgeois. Il lit le nom des crus à mi-voix et arrête son choix sur un Corbières à 18 euros la bouteille avec l’air satisfait d’un œnologue qui vient de découvrir un Chambertin d’une année exceptionnelle. Et de le goûter avec des airs de connaisseur ! « Il a de la longueur en bouche !  » On a envie de lui mettre sa queue sous le bec pour lui en faire apprécier la longueur à ce pauvre type. Pour choisir un Bordeaux, il faut assurement avoir un sens aigu des Graves ! 

L’emmerdeur qui vient gaver le couple 

Vous êtes en compagnie, c’est selon, de la femme de votre vie (enfin vous le croyez) ou de la femme de votre nuit. Un type que vous connaissez trop bien déboule à votre table. “Tu tombes bien ! (Sic). Monique vient de me larguer au milieu du repas (voir plus haut). Telle que je la connais, elle va refuser de m’ouvrir et je ne veux pas faire de scandale. Je peux passer la nuit chez toi ?” Vous êtes avec une Sophie Marceau au pis lourd ou une russe flamboyante qu’on ne voit que sur les courts de tennis ou dans les défilés de mode ! Elle repart demain à 11h. S’il ne s’agit pas d’une professionnelle mais d’une femme d’affaire qui commercialise la zibeline, elle va se méprendre et même si elle ne parle pas très bien français, elle va regarder votre malheureux copain comme un partouzeur éhonté qui essaie de se placer pour un truc salace à trois. C’est elle qui risque alors de vous laisser en plan devant votre civet de biche. Elle va se lever furieuse, vous jeter d’un geste large un billet de 50 euros à la figure en disant qu’elle n’est pas une pute, puis vous cracher d’entre les dents un Dourakine (imbécile) ou pire, un Tarakan (blatte, cafard) en vous laissant déconfit et penaud en compagnie du mari de Monique.

Vous aurez ensuite toute la nuit pour écouter les gémissements de votre ami, qui videra la bouteille de Koubanskaia, la vodka des cosaques, que vous aviez achetée en prévision de la nuit rue Daru, dans une épicerie spécialisée. 

Autre type d’emmerdeur, le supérieur hiérarchique qui vous rencontre au restaurant. « Ah, Durand, vous tombez bien ! » C’est le même qui précédemment téléphonait a Devienne ou a Tokyo. « Vous connaissez ma femme, elle n’aime pas trop que je parle business quand je sors avec elle ! » On ne s’en serait pas douté ! « Voila, pouvez vous appeler Whitherspoon and Co, maintenant, les bureaux sont encore ouvert a New York ! Dites lui de contacter notre agent sur place, concernant l’importation des moteurs diesel, ils sont au courant. Et puis bonne soirée, petit cachottier, vous ne m’aviez jamais présenté cette charmante personne ! »

Jadis les fumeurs étaient aussi une catégorie intéressante, il n’y en a hélas plus depuis le 2 janvier 2008. La manière de fumer de certains était assez significative de leur mentalité. Et puis, le prétentieux qui ne savait pas allumer son cigare au moment du cognac était un spectacle à lui tout seul.

 


Moyenne des avis sur cet article :  4.08/5   (13 votes)




Réagissez à l'article

3 réactions à cet article    


  • Annie 21 mai 2009 12:22

    George,

    Vous avez oublié un de ces couples qui n’en finissent pas de me fasciner : les couples qui ne se parlent pas .......ou plus, et qui découpent leur volaille avec une précision de chirurgien, les yeux fixés sur les assiettes, pour éviter de se regarder comme des étrangers. Avec ceux-là, on peut tout imaginer.


    • ZEN ZEN 21 mai 2009 19:48

      Vrai , cruel et tendre...
      Quel talent !


      • arnaud 22 mai 2009 13:59

        J’ai passé un agréable moment.
        merci

Ajouter une réaction

Pour réagir, identifiez-vous avec votre login / mot de passe, en haut à droite de cette page

Si vous n'avez pas de login / mot de passe, vous devez vous inscrire ici.


FAIRE UN DON








Les thématiques de l'article


Palmarès